
Tour du Monde
Tour du monde : « South to South, 43 000 km en ULM » (partie 3)
21 septembre, Maroc. Passager clandestin !
L’été Européen tire à sa fin et l’expédition totalise 29’000 kilomètres lorsque nous passons au dessus du détroit de Gibraltar. L’Afrique est devant, et l’on commence vraiment à y croire. A Salé près de Rabat, des centaines d’escargots squattent nos ailes posées sur le gazon de l’aérodrome. Au Nigeria, un mois plus tard, nous trouverons un survivant coincé dans l’aile de Mike. Baptisé "Rbati", nous déciderons de faire de lui le premier mollusque à traverser l’Afrique en ULM.
11 octobre, 33’000 km. Green Desert !
Des pluies record sont tombées sur la Mauritanie les semaines précédant notre arrivée. Nous quittons Nouakchott et l’Atlantique et filons sur l’Est au dessus d’une mer de sable. Le Sahara est d’une exceptionnelle beauté. Les dunes fauves semblent jaillir au travers d'un fin tapis de verdure tendre parsemé de milliers de fleurs multicolores. Certains bleds construits près des oued, sont totalement inondés. Avec le vol au dessus du Groenland, ces étapes sur ce désert vert, resteront les plus marquantes de ces sept mois.
A Nema, dernier village à l’est, la police se montre méfiante malgré nos autorisations signées par Nouakchott. L’un des commissaires veut garder nos passeports jusqu’au lendemain. Mon système "B.A.D."(Bureaucratic Alert Device) se met à hurler et je nous vois avec horreur, bloqués des jours dans ce trou perdu. Je parviens à convaincre le policier que nous viendrons voir son supérieur le lendemain pour discuter. J’ajoute aussi que sans nos précieux documents, nous dormons très mal. Coup de bol, il nous les rends. Lorsque l’aérodrome a repris son calme, nous décollons sans chauffer les moteur et nous enfuyons en direction du Mali. Une demi-heure plus tard, l’obscurité nous force à atterrir et nous nous posons en vrac sur un plateau rocailleux où nous nous cachons pour la nuit.
Le Web @ Tombouctou !
Tombouctou n’a pas trop changé depuis ma dernière visite en 1986. Les rues en terre sont à peine plus défoncées, la plupart des habitations semblent toujours sur le point de s’écrouler et la population vaque avec la même nonchalance intouchable. On date le déclin de Tombouctou aux environs de la fin du 19ème, époque qui coïncide bizarrement avec l’arrivée des civilisés du nord. On estime aussi que le charme sacré de la ville aux Sept Saints avait commencé à disparaître lorsque les Berliet prirent le relais des méharées, dans les années cinquante et qu’il a dû définitivement partir en fumée avec l’arrivée des premières Land-Rover chargées de touristes, cela, à la fin des soixante. Sinon, l’ambiance est restée intacte, tout du moins depuis vingt ans que je connais la région. Parmi les nouveautés, il faut noter la présence d'un paquet de Land-Cruiser à l'état neuf, dont la majorité appartient à des ONG et autres missions d’aides internationales. Les délégués humanitaires sont friands d’exotisme et dans ce registre, Tombouctou a beaucoup pour plaire. Mais le détail qui frappe, c’est bien sur le débarquement en force d’Internet! Le toile du Web a atteint la cité Saharienne, nous sommes soufflés. Mais rassurant quelque part, rien ne fonctionne vraiment. Big Bazar à Ouaga ! A Ouagadougou, nous croisons le rallye Air Solidarité qui passe par le Burkina, en route pour le Gabon. Leur logistique est impressionnante. Ils ne viennent pas de si loin, mais leurs avions sont couverts d’autocollants de sponsors. Contrairement à nous, ils doivent être des champions du porte à porte. Une trentaine d’avions sont parqués à l'aéro-club de la ville. Parmi les équipages, il y a une fille splendide que Mike et moi remarquons immédiatement. Nous volons au dessus du désert depuis des semaines et faut nous excuser. Par moment, nous sommes comme deux bêtes en rut, c’est vrai, mais on reste de bonnes bêtes tout de même, discrètes et tout. On se demande bien qui peut être le matou veinard qui sort cette splendide brunette. La réponse arrive sur un plateau. Oh quelle surprise! Je souffle à Mike que je reconnais le mari célèbre qui soudain la prend par la main. C’est Michel Fugain, un ancien de la chanson française. Je dois faire quelque chose pour aider Mike qui hallucine sur la superbe créature. C'est comme si Zorglub lui avait filé un coup de Zorglonde.. Mais Mike, c’est pas un sauvage. Une simple discussion avec une femme qui lui plaît, et cela lui remet les neurones en place pour la journée. C’est juste "pour le plaisir des yeux" comme insistent les marchands Marrakchi de Jemaa El Fna lorsqu’ils te tirent par la manche dans leurs tanières d’Ali Baba. Je vais donc proposer au cantador un tour en ULM pour le lendemain matin, avec l’idée de libérer ainsi sa femme pour Mike qui pourra durant une vingtaine de minutes, lui tailler une petite bavette tranquille. Fugain très courtois me remercie pour l’offre mais m’assure qu’ils sont crevés, finis, à ramasser à la petite cuillère. Caramba! Encore raté! Deux jours plus tard, nous atterrissons à Natitingou au nord du Bénin. Le rallye est passé la veille et y a perdu un avion. Un Mooney portugais trop chargé s’est vautré en bout de piste et s’est littéralement "enroulé" autours d’un arbre, c’est très impressionnant. Heureusement cette fois, les types s’en sont sortis indemnes. Cela fait le quatrième zing qui s’écrase le long de notre route. Brrr!!! Finalement l’avion ça craint plus que nos drôles de machines.
24 octobre, 36’000 km. Port Harcourt, Golfe de Gui
Le Nigeria, numéro deux sur la liste des états les plus corrompus du globe reste fidèle à sa tradition de pays le plus emmerdeur d’Afrique et nous fait passer un sale moment. Ici plus qu’ailleurs, nos permissions civiles et militaires sont précises et complètes dans le détail. Mais cela ne suffit pas. Après une épuisante journée de guerre psycho-bureaucratique, les officiels fatigués s’en vont "at home" et le directeur, moins fumier, nous autorise après durs marchandages, à passer la nuit sur son aéroport, près des machines. Les orages menacent et nous jetons nos sacs de couchage sous les ailes protectrices de ce que je suspecte avoir été, un valeureux Boeing 707. Cette unité particulière a été altérée au delà de l’identifiable. L’Afrique est la place qui vient à bout des grosses machines de l’Occident avec une facilité déconcertante. Nous passons une nuit très originale à l’intérieur d’un des compartiments des roues du Boeing, seul refuge épargné par les torrents d’eau. L'orage est dément. A minuit, nous fêtons l'anniversaire de Mike en compagnie de notre nouvelle mascotte , l'escargot "Rbati". Les boules au Cameroun… Apres le "Numéro Deux" des pays corrompus, nous nous rendons directement chez le champion du monde de la spécialité : le Cameroun. En ce moment les deux pays sont en dispute à cause de quelques hectares de jungle contenant du pétrole. Les Nigérians frustrés de nous avoir laissé filer sans nous piquer quelques dollars cadeaux, oublient de câbler notre plan de vol aux camerounais. Cela va créer un gourbi sans nom. Après deux heures de vol au dessus de la mer, nous passons à proximité de la zone en litige bordant la côte, puis plus tard, atterrissons à Douala. L’armée camerounaise est furibarde. On nous accuse d’être passés en pleine zone bien sûr. Un détachement en tenue de combat nous embarque chez un colonel. Sur la route qui mène au camp, Mike et moi sommes horrifiés. Un corps d’homme gonflé par le soleil, gît près du goudron. Le soldat assis à coté de moi me dit que c’est juste un clochard et qu’il n’y a pas d’argent pour l’enterrer. En traversant un village, j’ai une sale envie d’hurler: Stop!!, de descendre acheter une pelle à la boutique libanaise et de la leur foutre à la figure. La fatigue des longs mois commence à peser et l’humidité oppressante en rajoute encore. Ici, les vilains ont décidé de nous la faire plus dure que jamais. Nous passons trois jours dans l’ambiance moite et surchauffée de Douala en sachant pertinemment qu’en arrosant de billets verts cette bande d’ânes, nous serions autorisés à repartir dans l’heure. Malheureusement, notre budget croise dans le rouge et le Cap est encore loin. Dommage! Je les aurais tous achetés. Comme au Nigeria, nous gagnons la partie à l’usure. Nous sommes autorisés à repartir. Le plan de vol pour le Gabon est signé et j’insiste pour qu’ils l’envoient. La météo s’est vite détériorée depuis le matin, c’est la saison des pluies et des orages se forment partout. Ces pignoufs nous mettent en danger sans même s’en rendre compte. Malgré les vilaines conditions, nous ne resterons pas une heure de plus. . Mieux vaut pas traîner, des fois qu’ils changent d’avis. Durant des heures, nous zigzaguons le long de la côte bordée de cocotiers, contournant les cumulonimbus les plus menaçants, forcés par moment de nous éloigner à plus de vingt kilomètres des terres. Je reconnais au passage le village de Kribi et ses plages de rêve, qui fût la destination finale d’un de mes premiers voyages en Afrique, au volant d’une 404. Nous finissons par nous faire doucher copieusement et maudissons les officiels de tout poil. Les plages très pentues nous interdisent tout atterrissage, nous devons tenir le coup jusqu’à Libreville. Mais lorsque des éclairs craquent à quelques mètres de nos frêles machines, je commence à douter. Mike dit que ça va jouer, alors je passe le message a mon assemblée mentale qui débate furieusement et j’ignore ses veto.
Libres à Libreville !
Apres l’enfer, le paradis! La vie n’est qu’une affaire de cycles. Des pilotes prévenus de notre passage au Gabon nous attendent à l’aéroport de Libreville. Nous passons une semaine de luxe avec eux. Merci les gars! Ici comme dans la plupart des pays d’Afrique de l’Ouest la paperasserie aéronautique est une affaire relativement simple. Le Gabon apparaît comme un îlot civilisé au millieu d’un grand souk. Les feux rouges fonctionnent, les verts aussi et les flics s’occupent du trafic et foutent la paix aux machines volantes. Il ne reste plus qu’un pays difficile sur la route du Cap : l’Angola en guerre. Grâce à Henri Momissong, président du club ULM et personnalité locale, l’ambassade angolaise finit par nous céder le dernier visa de l’expédition. Mais cela n’a pas été facile. Bon sang! Qu’est ce qu’ils ont tous? Le visa a dû être inventé en Afrique. Plus la république est bananière plus le visa est difficile à obtenir. Wonga-Wongue... L’Equateur encore une fois… En survolant le sublime parc national de Wonga Wongue au sud de Libreville, nous passons l’Equateur pour la seconde fois et re-capturons aussi le record de distance en ULM que Brian Milton nous avait piqué l’an dernier durant son tour du monde. Nous totalisons 37’500 kilomètres en 400 heures de vol. La fin du siècle est dans pas longtemps et je pense pas qu’un gus va nous "niquer" ce nouveau record avant le millenium prochain. Et puis, nous serons encore là pour une éventuelle enchère. Au Congo Brazzaville, les copains des Gabonais nous attendent sur la côte, à une demi heure de vol de Pointe Noire. Trois petit avions ULM nous escortent jusqu’à l’aéroport, c’est même eux qui font la radio et tout. S’ils avaient des boîtiers de télécommande, je suis sur qu’ils nous poseraient aussi. Des fois, c’est si bon d’être pris en charge et de pouvoir se laisser aller. La famille Dufossez a orchestré notre arrivée et un festin au club house, du grand art dans le domaine de l’hospitalité. Ce voyage se termine en succession de fiestas, comme nous l’avions commencé avec nos amis sud-américains. La cuisine est cinq étoiles mais je me sens si patraque que je ne peux rien avaler. J’ai des courbatures et un rallye de camion sous le crâne, signes que je reconnais tout de suite. Ca manquait encore. C’est sûrement l’un des millions de moustiques qui nous ont dévorés le long du Niger. Sale bêtes! Là- bas, ce sont les pires d’Afrique. Cassé, je passe trois nuits au fond du lit. La Malaria, c’est le truc par excellence qui fait un putain de bien lorsque ça s’arrête. C’est une renaissance, une résurrection pour les agneaux. Je suis donc très frais pour attaquer l’Angola.
Testarossa à Luanda !
L’Angola est le seul pays véritablement en guerre que nous devons traverser. Par chance, Robert Benatouil, l’un des pilotes de Pointe Noire a pu prévenir un ami français en poste à Luanda. Toutes nos permissions sont en ordre et notre fenêtre de passage est encore valable pour deux jours. Si ce voyage doit mal tourner, ce sera là-bas, car après l’Angola, nous arriverons "chez nous" en Namibie et en Afrique du sud. Mike me dit que son ULM commence à renifler l’écurie et qu’il carbure à merveille. Pour une fois, nous n’avons pas la moindre appréhension. On nous avait dit plein de mal de la Colombie et ce fût le meilleur de tous les pays visités. Peu après le décollage, nous nous écartons de la côte comme conseillé et évitons l’enclave Angolaise de Cabinda. Nous volons près des plates-formes pétrolières éparpillées au large. Il y a des centaines de puits reconnaissables de loin à leurs torchères. Je me demande toujours pourquoi on brûle tous ces gaz pour des prunes. Il doit bien avoir moyen de canaliser ce surplus et l’utiliser pour nos cuisinières. C’est un peu comme si nous volions au travers d’un gâteau d’anniversaire géant, passant entre les bougies prêtes à êtres soufflées. Cette région est la plus riche en brut de toute la côte Africaine. L’ex-Zaire du gangster Kabila est toute proche. En ce moment ça bastonne très fort. Mieux vaut pas s’approcher des plages, les gars s’amuseraient à nous dégommer. Par chance, ce pays immense (3ème d’Afrique) n’a que 45 kilomètres de côtes, coincées entre deux morceaux d’Angola. Là, nous passons encore plus loin sur la mer. Luanda est à 500 km de Pointe Noire et nous bouclons cette étape en quatre heures et demie, poussés par une brise légère. L’aéroport de Luanda est immense et le trafic intense. Un avion décolle ou arrive toutes les deux minutes. La plupart sont des gros transporteurs Russes loués par l’ONU, l’armée angolaise, ou les gens des affaires. Le bal est impressionnant. Nous nous glissons là au millieu et taxions entre les rangées d’Antonov et Illuchin aux ventres ouverts, entourés de camions et de fourmis manipulant élévateurs et caisses de tous gabarit. La première impression est positive. Luanda est trop affairée et ne va perdre son temps à nous chercher des histoires. Patrick et Raul son bras droit angolais sont déjà là. Les types bossent dans l’import-export, donc on pose pas trop de questions. Et puis, Raul s’occupe de tout, les passeports, un hangar pour la nuit et le fuel, pendant que Patrick, un chouette type nous dresse un topo rapide de la situation. Tout se goupille très vite. Sans eux, nous y passions trois jours. Car même si les officiels angolais sont relax, ni Mike ni moi ne parlons portugais et si l’on n'est pas des habitués de la "maison", il y a des kilomètres de couloirs à arpenter jusqu’aux différentes administrations. Raul connaît les raccourcis et va à l’essentiel. Lorsque nous recevons nos cent litres d’essence, nos deux copains refusent nos billets verts. Patrick dit que la somme est tellement ridicule que ça ne vaut même pas la peine d’en parler, et l’on se demande soudain si ils ne bossent pas dans le diamant. Nous chargeons nos bagages dans leur carrosse et partons chercher un hôtel. La ville est assez bordélique, mais les affaires semblent boomer. Les voitures sont toutes climatisées, métallisées et récentes, avec de gros huit cylindres sous le capot. Paraît qu’il y a même quelques Ferrari et aussi des Porshe en pagaille. Les rues sont très animées et Patrick affirme que ce pays est le Brésil de l’Afrique, y’a du vrai. A part l’état lamentable de la ville - mais cela n’est plus un critère en Afrique – on n’a pas l’impression d’être dans un pays ravagé par une guerre de 25 ans. Les shops pleins de lumières regorgent de tout et les gens ont l’air plus heureux qu’à Paris. Pendant que Dos Santos se met sur la gueule avec le rebelle Sawimbi, les rats du business dansent. Si la guerre a au moins un avantage, c’est celui de faire remuer les culs et de développer le sens du commerce. Come back please ! Le lendemain, nous nous apprêtons à décoller lorsque la tour nous rappelle au parking. Oh oh.. Va-t-on nous reprendre nos délicieuses culottes de velours? Tout semblait si lisse et si aisé. Trop facile peut-être. Une camionnette militaire s’arrête à coté de nos pendulaires, un officier descend et poliment, nous demande si l’un de nous peut l’accompagner à sa base. Nous passons au milieu des avions, et ça n’en finit plus, il doit y en avoir une centaine. Plus loin, un soldat mal rasé soulève une barrière, le lieutenant le salue à peine et nous continuons le long d’un immense cimetière d’avions. Whaou! Tout ce qu’ils ont bousillé! Y’en a pour des billions. J’ai un soudain sursaut lorsqu’au tournant le long des barbelés, nous passons à quelques mètres de trois monstrueux insectes menaçants. Mais je ne risque rien, les insectes sont morts, éteints, couverts de poussière. Voici le fameux "Hint", hélicoptère de combat Soviétique au look terrifiant qui fait tant de dégâts dans les guérillas africaines. J’en avais jamais vu en réel. C’est franchement quelque chose. Nous pénétrons dans une salle qui doit être le briefing office des pilotes. Trois types en uniforme m’invitent autour d’une table où sont posées des cartes. L’un deux parle un anglais parfait. Il m’explique que nos petits avions bizarres sont une grande première dans le pays et qu’ils désirent simplement que notre passage en Angola soit un succès et que l’on ne se fasse pas tirer dessus. Ils connaissent le caractère de notre expédition au travers des permissions qui nous ont été délivrées. Il enchaîne: "- Restez au dessus de la mer, à cinq kilomètres des côtes, et assez haut, au cas où l’un de vous aurait une panne. Nous avons averti la base aérienne de Lobito et vous devrez les appeler lorsque vous serez a vingt nautiques de leur zone. Nous avons aussi prévenu Benguela de votre arrivée, tout se passera bien. Have a nice flight!" Voilà ce que j’appelle du travail de pro. La bonne bureaucratie existe donc et en Angola par dessus le marché, un comble. J’ai la mâchoire qui m’en tombe. L’Afrique a cette capacité incroyable de réarranger acquis et certitudes. Après quatre heures de vol sans problème, nous atterrissons à Benguela, petite ville qui n’a rien à voir avec Luanda. Tout est calme, l’aéroport est vide et détail surprenant, il n’y a pas le moindre soldat traînant ses guêtres. Au contrôle, un officiel plaisant nous annonce qu’il n’y aura pas de taxes, ne sachant pas où classer nos deux moustiques. L’Angola va nous épater jusqu’au bout. En sortant des bâtiments, nous découvrons une congrégation de plusieurs centaines de curieux, agglutinées le long du treillis métallique qui entoure l’aéroport. Ca faisait longtemps qu’on avait pas déplacé une telle foule. Nous rencontrons un jeune Portugais, fiston d’une grosse fortune locale et selon lui, unique paramotoriste du pays. Demain 11 novembre sera à la fois la fête nationale angolaise et mon anniversaire. Et si tout va bien, nous fêterons quelque chose de beaucoup plus important encore : l’arrivée en terre de paix et la fin des tracas bureaucratiques. Et croyez-moi, cela s’arrose vraiment! Même si nous avons toujours suivi au mieux les règles des pays traversés, ce genre d’expédition, reste toujours en équilibre fragile au milieu des lois et vacille des fois dangereusement entre légalité et illégalité. Dudu Perez, le fils à papa nous organise le fuel. Il revient avec les 100 litres commandés et nous présente une facture de… quatre dollars… Pour la énième fois, nous tombons culs par terre. Ce sera le carburant le moins cher de toute l’expédition.
11 novembre, Cunene River, Namibia, 39’000 km
Pour cette étape, Mike a bricolé un système similaire à celui utilisé lors de la traversée de l’Atlantique. Il nous reste quelques mètres de tuyau transparent et nous rajoutons un bidon de 30 litres chacun sur les sièges arrières. Cela va nous permettre d’arriver sans soucis aux chutes d’Epupa, de l’autre coté de la frontière, 750 kilomètres au sud.
Quand six heures plus tard nous passons au dessus de la bouche du Kunéné. Je lâche une bonne larme tellement l'émotion est forte. Cet instant est avec l’arrivée au dessus des côtes écossaises, l’un des deux grands moments de libération du voyage.
Rancards dans la savane…
Une petite anecdote avant de finir cette histoire.. En septembre, j’avais filé un rendez-vous à Manuela ma copine italienne, sans être certain du succès de l’opération bien sûr, tellement d’imprévus pouvant nous barrer le chemin entre Tanger et Luanda. Je lui avais donné le 12 novembre comme date probable d’arrivée à Grootfontein, une des villes au nord de la Namibie. Le vendredi 12 à deux heures du matin, Manuela arrive avec le dernier bus de Windhoek. Huit heures plus tard, elle sort sur la terrasse de l’hôtel, s’étire comme une chatoune et commande son premier café. Dix minutes après, nous survolons la ville.. Les trains Suisses peuvent aller se rhabiller...
A Mangetti dans la savane des Bushmen, nous retrouvons nos amis Melitta, André et Martine sur les starting-blocks pour la dernière ligne droite vers le Cap. Martine impatiente de voler astique son DTA depuis des jours alors qu’André plus philosophe pratique la Clarinette. Nous partons avec trois ULM et une Land Rover chargée de matériel et de gâteries. Nous terminons dans le confort avec des machines allégées. Le reste du voyage est un vol de pur loisir au dessus d’un des plus beaux pays du monde. Nous passons le désert du Namib, le Fish River Canyon et rentrons en Afrique du sud sans même nous soucier des tampons ou des douanes, tout sera arrangé au Cap, après les festivités. C’est comme ça par ici.
27 novembre 1999, Cape Town, 43’000 km
Sans bobo jusqu’au bout… En huit étapes relax, nous arrivons en vue de la "Table Mountain", dernière rugosité naturelle au sud du continent. Nous atterrissons au Western Cape Microlight Club, là où nous étions partis en avril 1995 pour la Norvège et le Cap Nord. C’est de nouveau la grande fête. Le voyage finit sur la même latitude que Buenos Aires, 34° Sud. Quelques minutes avant d’atterrir, je programme le GPS sur "General Rodriguez" et il m’indique 7700 km. On a fait un petit détour de 35’000 kilomètres… Une fois de plus, la chance était avec nous, et personne ne s’est fait mal. Au delà de tout ce que représente en réussite ce long voyage extraordinaire, la plus belle de toutes, est de loin l’entente sans faille qui a scellé une amitié à vie et qui nous a permis de passer, en nous marrant, au travers des difficultés, désarmant au passage antagonistes et autres ronds de cuir. Notre escargot "Rbati" célèbre avec nous ce grand jour. Il devient le premier escargot à avoir survolé l’Afrique en ULM. Il aura parcouru 14’000 kilomètres depuis Salé, au Maroc. En buvant le Champagne bras dessus bras dessous, on se dit qu'il va commencer à être difficile de trouver une destination pour une prochaine évasion. La pression des administrations limite les libertés, et les conflits champignons chamboulent les itinéraires. Je me tourne vers mon compère et lui dit: "- Hé Mike! Que penses tu de Tokyo?" Lui me répond: "- Okay, mais en passant par Pékin!" THE END…






