
Du soleil, des plages de rêves, une eau chaude et des peaux bronzées, ces images nous viennent immédiatement à l’esprit lorsqu’on évoque le surf. Entre clichés et vérités, j’ai vécu pendant quatre mois sur l’une des plus belles côtes du monde, au pays du surf roi, à Margaret River, Australie de l’ouest.
Ici, le surf est avant tout un style de vie. Les locaux vont dans l’eau avant la journée de travail, ou après, au soleil couchant. Loin des adolescents bruyants et couverts d’autocollants, ces surfeurs de tous les ages sont – à l’instar d’un marin breton – humbles. Très accueillants, dans la plus pure tradition australienne, ils vous parleront volontiers de leurs voyages et de leurs vagues autour d’un barbecue et d’une bière froide. Mais sur le parking de la plage, personne ne frime outre mesure, malgré les autocars de touristes qui s’arrêtent parfois pour prendre en photo ces funambules de l’océan.
Il faut dire qu’ici l’océan est puissant, et les vagues parfois énormes. Il ne suffit pas d’avoir une planche de surf et de se promener sur la plage pour faire partie de la bande, il faut aller affronter ces tonnes d’écumes qui vous malmènent au dessus des rochers et autres requins. Il faut entrer dans l’arène. Ce n’est plus un phénomène de mode, c’est un sport, et même plus qu’un sport, un défi permanent de soi-même. Une adrénaline intense, une communion avec la nature, une recherche perpétuelle du meilleur terrain de jeu, le surf impose son mode de vie à ceux qui y goûtent, et ici le phénomène de dépendance commence dès le plus jeune age.
Australie : Un dimanche matin
Un dimanche matin comme les autres, j’arrive sur le parking de la plage vers 10h00. Il est déjà difficile de trouver une place de stationnement. Les australiens sont des lèves tôt. Il est d’ailleurs intéressant de constater que les heures d’affluence des plages sont le matin de 10h00 à midi, puis en fin d’après-midi de 17h au coucher du soleil… Alors avec mon rythme européen, je me suis retrouvé assez souvent presque seul sur des plages magnifiques, vers 15h !!
On est au mois de janvier, donc c’est l’été et les vacances scolaires. La plage prend alors un visage de cour de récréation, les planches de surf remplaçant les livres d’école, le rythme des vagues remplaçant le tic-tac de l’horloge. Les enfants affrontent les vagues comme les grands, sous l’œil amusé et protecteur de leurs parents, qui les aident parfois à ramer vers le large ou à se placer au bon endroit.
J’ai vu des petites filles attendre patiemment les plus grosses vagues, des petits garçons pleins d’énergie ramer dans tous les sens pour en surfer le plus grand nombre possible… J’ai vu des sourires, des moments de complicité familiale passés à attendre ces vagues. Généralement, un chien les regarde jouer de loin, en courant sur la plage, ou en jouant avec les rebonds dynamiques de l’océan sur le sable doré : « Aussie Lifestyle ». Enfin, vers midi toute la famille plie bagage, fixe les planches de surf sur le toit du gros 4x4, fait monter les enfants à l’arrière, entre le chien et la glacière, et file prendre le repas de midi.
Les adolescents, eux, ont plutôt tendance à aller s’entasser à quatre ou cinq dans une petite voiture, planches sur le toit, en direction d’une vague plus « radicale » sur laquelle ils pourront exprimer pleinement et tranquillement leur surf rebelle, en toute quiétude. Ces vagues sont généralement cachées au bout d’une route en terre rouge - Australie oblige -, loin des regards des curieux. Parfois il faut marcher vingt minutes sur des sentiers étroits pour trouver LA vague. Loin des foules dégoulinantes de crème solaire, loin du « surf system », juste pour la passion du sport.
Australie : Un jour de grosses vagues
Réveil vers 8h, j’allume la radio et j’écoute les prévisions de surf, données par un envoyé spécial en direct des spots de surf. Aujourd’hui sera un jour un peu spécial, les vagues sont grosses et magnifiques ! Je file donc en direction de la plage, et forcément je suis en retard et l’endroit est déjà surpeuplé. Il ne faut pas se faire d’illusions, les jours parfaits les premiers surfers se mettent à l’eau avec le lever de soleil, vers 6h !!! Sur le parking, le spectacle est au rendez-vous. Des vagues d’environ 5m se brisent sur le récif situé à environ 200m de la plage. Une bonne trentaine de surfers sont dans l’eau. Une grosse série de vagues commence à se dessiner à l’horizon. Les « ahhhh » et les « ohh » se font entendre lorsqu’un surfer dévale la pente de l’un de ces monstres, avant de tomber violement ! Ce n’est pas pour rigoler, certains portent même un casque pour se protéger du récif en cas de chute !
D’autres regagnent enfin la terre ferme, certainement pour aller travailler. Et là, quelle surprise de découvrir le visage de ces gladiateurs de l’océan : jeune retraité, petite (et finalement pas si) frêle demoiselle, adolescents, … Comme si toute la société se retrouvait ici pour partager ces moments de frisson, en toute simplicité, loin des clichés !
Australie : Un jour de compétition
Les clichés, justement, on les retrouve vite en ce jour de compétition internationale. Les surfeurs jeunes et musclés, les groupies, la musique et les autocollants colorés des grandes marques de surfwear, tout y est.
Il faut dire que le spectacle est bien organisé. Les spectateurs viennent de loin pour grignoter un peu de cet esprit fun et jeune qui leur est offert sur un plateau ! Autographes, dédicaces, radio, le « surf business » bat son plein, comme vous pouvez l’imaginer.
A quelques centaines de mètres de ce lieu, cependant, la vie continue et les surfeurs locaux impassibles devant cet étalage publicitaires continuent de surfer, comme si de rien n’était, comme tous les jours.
Australie : Vivre dans un fourgon
Vous avez sûrement déjà vu des surfeurs squattant toute la journée leur mini Van sur le parking de la plage, mais vous êtes vous déjà demandés où ils passent la nuit ? Réponse : au même endroit, ou presque ! Pour voyager à la recherche des plus belles vagues, rien de tel qu’un camping car, pour pouvoir se déplacer librement au gré des conditions météo. Mais pour les petits budgets, il faut se contenter d’un fourgon aménagé ou comme moi d’une voiture break. Un matelas, des rideaux, il n’y a alors plus qu’à réussir à organiser tant bien que mal ce petit espace vital, pour passer une bonne nuit entre les planches de surf et les bagages… Ensuite, il faut se choisir un bon parking pour ne pas être dérangé pendant la nuit. En Australie, il est généralement interdit de rester dans sa voiture pour la nuit, il m’est donc arrivé une fois de me faire réveiller par le Ranger à 6h du matin, en toute courtoisie, pour me dire de ne pas recommencer sous peine d’une amende. Néanmoins la plupart du temps, un parking un peu isolé fait parfaitement l’affaire. Pour les sanitaires, pas de problèmes, toutes les plages sont équipées de douches et toilettes. Alors pourquoi aller payer un camping ? Le seul problème, finalement, se pose lorsqu’il n’y a rien à faire de la journée - pas de vagues, par exemple – il faut alors prendre son mal en patience car le temps passe d’autant plus lentement que votre salle de séjour se résume au siège avant, et la chambre à la banquette arrière…
Il s’agit cependant d’une expérience très intéressante. J’ai rencontré des gens adorables, passé de longues soirées à discuter, partager des bières, des sourires et des histoires de surf avec des gens qui comme moi, ont privilégié l’aventure et les rencontres au confort d’un hôtel avec ses soirées programmées et ennuyeuses de restaurants et de télévision.
Aujourd’hui je suis de retour en France, pour quelques semaines avant de partir chercher d’autres vagues, d’autres horizons et de nouvelles rencontres. A l’heure du bilan, donc, je peux dire que j’ai pris beaucoup de plaisir à passer ces quatre mois parmi ces gens, à partager leurs vagues, sans chichis. J’y ai redécouvert pourquoi ce sport est unique, et pourquoi je l’aime. Je vous encourage donc à ramer, prendre des vagues, en Australie, à Hawaii, ou en France, mais hors saison, loin des « citadins-surfeurs-frimeurs », juste pour le fun, et peut-être aurons nous l’occasion de partager une vague et un sourire !





