
Grèce
Du grand bleu plein les yeux
Par un beau matin froid du mois de Mai, nous voilà, blancs comme des linges, à l'aéroport de Roissy. Le raz le bol de la vie urbaine, l'envie d'être isolés de tout l’espace de quelques jours, nous a poussé à partir à la découverte des mythiques Cyclades...
Chargés comme des mules, sac à dos, tapis et sac de couchages, sans oublier, bien sûr : les tongues et les maillots de bain... Bref, trêve de plaisanterie : nous voici partis pour les îles grecques !
L'arrivée, quelques heures après, confirme nos intuitions : la chaleur est plus que présente, voire étouffante. Une Grèce estivale au mois de mai... voilà qui est de bonne augure ! Une petite échappée en bus et nous voici sur les quais du Pirée, l’immense port d'Athènes. On ne compte plus les ferries en attente d’un départ. Ici, les îles se reniflent...
Les îles en quatre étapes
Larguez les amarres ! Nous passons la nuit sur le ferry, emmitouflés dans nos sacs de couchage, sur le pont. Adieu vie stressante du continent... Bonjour la mer Egée. La nuit fût si belle, si douce sous les étoiles et la brise méditerranéenne... que l’on s’est à peine rendu compte de notre premier accostage ! 5h du mat. pourtant, la terre des dieux nous attendait. Santorin et son port désert s’annonçaient face à nous ... mais c’était sans compter sur les premiers rabatteurs, en poste sur le quai. Le dépaysement se paie cash.
Première escale, Santorin
Située dans le sud de la Mer Egée, son histoire l'a rendue célèbre. Santorin est une île-volcan. Son cratère, conséquence d’une formidable éruption au 15ème siècle, est délicatement bordé d’habitations posées sur un sol noir de jais. Cette île impressionnante serait à l’origine du mythe de l'Atlantide....
Mais plus que par la géographie locale, nous somme avant tout frappés par la merveilleuse intensité de la lumière. Celle-ci est digne de l'éclat d'un cristal. Mais déception quand nous cessons d’être éblouis... Santorin est aussi un vaste repaire à touristes.
Malgré son attitude d'île princière, elle fourmille de touristes Américains ou Allemands. Dans la capitale, Fira, le brouhaha est anglophone et les échoppes regorgent de souvenirs importés d’Asie ou des Etats-Unis. Les restaurants s’empilent les uns sur les autres et affichent tous la même carte sur fond de musique grecque "spécial touristes" toute droit sortie du film Zorba le Grec.
Mais où sont donc les grecs ? Tous polyglottes, les autochtones et leurs traditions ne sont pas au rendez-vous.
Loin de la capitale agitée, dans le nord de l'île, tout au bout sur la route, un petit village appelé Oia nous renvoi l'image de la Grèce que nous espérions tant. Des maisons troglodytiques, suspendues sur les falaises les unes à côté des autres, catalysent le soleil qui les dote d’une blancheur incroyable. Plus loin, au détour d'un virage, le petit port de pêche d’Ammoudi, encastré dans les hauteurs volcaniques, laisse échapper les odeurs de la pêche matinale et ce parfum si propre à l’écume des flots lorsqu’ils se brisent sur la roche...
Amoureux du paysage, nous levons l'encre, malgré tout. Cette fois, cap vers le nord, toujours à la recherche d’une Grèce des plus traditionnelles. Nous revoici en pleine mer, les mouettes virevoltent au dessus de nos têtes et le soleil balaie doucement nos cheveux, c'est le paradis ! Au large, nous apercevons des dizaines et dizaines d'îles toutes figée dans ce désert bleu.
Tout à coup, par la grâce de Zeus, voici qu’apparaît un petit port encastré dans la roche... Nous abordons l'île d'Amorgos, découverte avec bonheur dans le Grand Bleu de Luc Besson...de quoi donner l'eau à la bouche...
Deuxième escale : Amorgos
Située au nord est de Santorin en remontant la mer Egée, l'île prend la forme d'un long serpent tortueux, paisible, au milieu de l'eau. Havre de paix, l’île n’a pas encore été dénaturée par le tourisme de masse.
Sur le port de Katopola, noyé dans un soleil au zénith, les pêcheurs dénouent les mailles de leurs filets remplis des petits bonheurs de la pêche du jour. Mirage ou réalité ? Ici tout pointe vers le bleu azur : les maisons, les bars du bord de mer, les bateaux... Bleu. Tout est bleu.
Retour à la réalité... Le camping municipal est fermé. Nous nous " rabattons " vers une jolie maison blanche, dans une petite rue sinueuse, face à une église au dôme d'un bleu éblouissant. Une mamie voûtée, couverte de son fichu blanc, nous accueille avec les mots grecs de bienvenue : "Kalimèra !". Notre petite chambre donne sur une terrasse coiffée par le ciel bleu...
L'île est toute petite et vient à peine d'être dotée de nouvelles routes goudronnées reliant le nord au sud. Munis d'un scooter, nous voilà, quelques minutes après la sieste, pétaradant sur les routes sinueuses et biscornues. A chaque virage, une nouvelle surprise nous attend : un petit village abandonné, une minuscule église au milieu de nulle part ou encore le fameux monastère de la Panaghia Chozoviotissa (celui du "Grand Bleu"), tout blanc, perché dans le creux d'une falaise. Un seul petit chemin sinueux dans la montagne permet d'y accéder à pied. Juste en dessous, la plage d'Haghia Anna, une crique sublime d'un bleu turquoise assez particulier, dépeuplée et juste bercée par une mer calme, dans un décor de falaises. La sensation de bien être est plus présente que jamais, ce sentiment de liberté tant attendu nous envahit...
L’arrêt " fringale " dans le petit village de Kolofana, nous conduit par hasard à la taverne Delphini, tenue par un vieux couple : Dimitri et Irène. Sur un bout de nappe à carreaux, en un instant, ils nous concoctent un de ces délicieux plats dont ils en ont la recette : petites sardines grillées à l'huile d'olive grecque accompagnées de délicieuses pommes de terre. Leur curiosité nous emmène à établir un petit bout de communication en échangeant, à tour de rôle, nos prénoms en alphabet grec.
Le coeur déchiré, nous reprenons le fil de notre expédition maritime. De réflexions philosophiques en réflexions philosophiques, nous voici à refaire le monde sur le pont du ferry...
Troisième escale : Naxos, on vient à toi.
Plantée juste à l'ouest d'Amorgos, Naxos est sans doute la plus grande des Cyclades. L’île est montagneuse et verte. Ses plaines sont plantées d'oliviers, de vignobles et de citronniers.
Que dire de Naxos ? Bruits et fureur sont au rendez vous. Nous sommes au milieu des moutons de Panurge ! Le troupeau des touristes se dirige irrémédiablement vers la même direction. Esquivant tout ce brouhaha, nous nous échappons de la ville. Non loin de Chora, la capitale de l’île, un petit camping à l'abri des bambous, sur un bout de route, nous nargue... avec la mer juste en face.
A nouveau chevauchant un scooter, nous filons dans le sud, fuyant les plages bondées de touristes, étalés comme des steaks hachés, bof...
La route goudronnée laisse découvrir une grande diversité de paysages : des maquis, un monastère fortifié, de vieux villages... Tous ces lieux sont sublimés par la lumière naturelle du jour. Au sud ouest de Chora, des plages de sable blanc s'étendent sur plusieurs kilomètres. Ce sont jusque là les plus belles que l'on ait vues dans l’archipel. La plage d'Hagios Prokopios ou encore celle d'Hagia Anna Plaka avec quelques dunes parsemées, quelques massifs de buissons et beaucoup d'avancées rocheuses n’attendent que les romantiques...
La nuit tombée, nous voici de retour à Chora. La ville est assez fascinante. Nous notons une forte opposition entre son côté port, bruyant, ultra touristique où les cafés bondés s'accumulent les uns après les autres et finissent par tous se ressembler et le quartier de Kastro, qui surplombe la vieille ville. On atteint cette oasis de calme via un labyrinthe de petites ruelles tortueuses jonchées de fleurs aux couleurs vives. L’architecture des lieux est originale et peu organisée. Des escaliers serpentent entre de petites maisons biscornues, des passages voûtés ou encore de petites chapelles ne laissant entrevoir que leurs portes imposantes.
Une taverne blottie dans une ruelle et répondant au doux nom de Manolis Garden, nous accueille sous les filets de pêcheurs, dans un jardin intérieur. Sous les accents d’une musique traditionnelle à la fois douce et entraînante, un petit papi tout sourire, nous réserve ce que la Grèce offre de meilleur à ses hôtes : l'ouzo, la salade grecque et la moussaka, le tout arrosé d'un vin au goût décidément étonnant : le Resina. Mais les meilleures choses prennent fin et nous voici partis en direction de Paros !
Dernière escale : Paros
De forme ovale, l’île est toute proche de sa voisine Naxos (moins de 2 heures de ferry). Ici, le vent est assez fort, même en ce début de saison estivale. Le tourisme aussi d’ailleurs... Nous voici alpagué dés notre arrivée sur la terre ferme, à Parikia.
En route pour le camping Koula, face à la mer, au bout du port. Celui-ci est géré par une charmante famille grecque : la maman s’occupe de la réception, la fille du supermarché et le fils...des jolies touristes.
Et nous voilà repartis sur les routes goudronnées... Une erreur dans notre itinéraire nous mène, par un pur hasard, vers un cimetière de bateaux prés de Kolymbithres. Les lieux sont envahis par le bruit des mâts qui s'entrechoquent sous la force du vent. Des dizaines de bateaux aux coques multicolores, sont là, figés sur le sol, produisant un spectacle d'une rare intensité.
Cette fois, le retour vers Paris approche... Déjà un soupçon de nostalgie nous gagne. La grâce des dieux nous contraint à différer de quelques heures le départ : les vents sont trop forts. Le temps d'apprécier une dernière plage, une dernière balade le long d’un port, le regard noyé de bleu...





