LE PAYS DES MONTAGNES BLEUES

Tanzanie
LE PAYS DES MONTAGNES BLEUES

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COURTY | 23.11.2009 | 3110 visites | 1Favoris |
COURTY

INTRODUCTION

Dans le nord de la Tanzanie, pays des "VERTES COLLINES D' AFRIQUE" chères à l'écrivain Ernest HEMINGWAY, il est cependant un endroit où les montagnes sont... bleues et les flamants... roses. L'endroit se situe entre deux grandes célébrités qui lui font un peu d'ombre. Enclavé entre le très célèbre KILIMANDJARO à l'est et le mythique SERENGETI à l'ouest, le lac NATRON fait pâle figure. Peu accessible, le lac est un peu délaissé par les voyagistes bien qu'un camp de toile soit installé à demeure sur la berge sud et que le petit village masaï d'Engare Saro offre quelques places de camping. Bordé au sud par le Gregory Rift , entouré de volcans et encerclé de chaînes montagneuses, le lac Natron constitue une immense réserve ornithlogique où vivent des millions d'oiseaux. Là-bas, on peut voir des flamants roses planer dans un ciel d'azur et au milieu d'un silence vieux de... 30 millions d'années. Mais, pas de chance pour les paresseux qui voudraient voyager pépère, on ne va pas à Natron comme on va à l'épicerie du quartier. Natron se mérite...

UN PEU DE ROUTE

L'endroit est isolé et le voyage jusqu'à Natron n'est pas vraiment reposant. Depuis Arusha, la grande ville du nord, il faut pas moins de 5 à 6 heures de voiture. On roule tout d'abord sur une jolie route bien goudronnée et fort bien entretenue qui descend vers Dodoma, la capitale. A peu près au bout d'une heure de route, on prend à droite et on se retrouve face au Gregory Rift, qui doit son nom au géologue allemand qui le découvrit en 1893. Il s'agit d'une immense barrière rocheuse résultant du séisme qui donna naissance à la Rift Valley voici quelques 20 ou 30 millions d'années. Tout au bout de la route, on aperçoit le scintillement des eaux du lac Manyara. Autrefois, dans les années 30, HEMINGWAY venait chasser dans le coin et il dormait le plus souvent à Babati ; mais, aujourd'hui, le lac et ses alentours sont protégés et il est formellement interdit de tirer la moindre gazelle. On longe un moment le lac puis la route monte sur le plateau jusqu'à la petite et charmante bourgade de Mto Wa Mbu (la rivière aux moustiques, en swahili). Pendant la montée, il faut s'arrêter sur une petite aire de stationnement pour profiter du paysage; la vue sur le lac est superbe et le tombant du rift vertigineux. Arrivé à Mto Wa Mbu, il est nécessaire d'être prudent car la direction est très mal signalée. En effet, la piste démarre entre deux maisons anonymes et, pour l'indiquer, il n'y a qu'un modeste piquet de bois surmonté d'une flèche avec, écrit en lettres rouges : NATRON 100 KMS. On passerait dix fois à côté sans le voir mais, heureusement pour nous, notre chauffeur connaît le chemin pour l'avoir emprunté des dizaines de fois. On quitte alors l'asphalte lisse et rassurant pour une piste défoncée, creusée d'ornières, qui met à mal les suspensions du véhicule. Pendant une bonne demi-heure, on est bringuebalé comme des sacs de patates. Puis, la piste s'améliore et on peut rouler à une allure presque normale. On longe toujours le Gregory Rift. La barrière rocheuse, haute de 600 mètres, est impressionante. Ici, tout est vert. Le tombant du rift est couvert de verdure et, lorsque la pente n'est pas trop prononcée, des arbres arrivent même à s'y accrocher, isolément ou en petits bosquets. Au pied du rift, c'est un paysage de pâturages et de cultures. Nous longeons des champs de maïs et, ici et là, nous apercevons les toits de quelques fermes. Des bovins paissent dans des prairies agréablement verdoyantes et, pour un peu, on se croirait presque en métropole. Mais, un peu plus loin, nous rencontrons des girafes et des zèbres qui nous rappellent que nous sommes bien en Afrique.

BEAUCOUP DE PISTE

Puis, brusquement, la piste descend en lacets au milieu d'une végétation d'épineux. Environ un quart d'heure plus tard, nous traversons un gué où s'abreuvent des vaches maigres. De l'autre côté du gué, se dresse une guérite avec un garde en uniforme et une barrière rouge et blanche interdit tout passage. Notre guide descend pour payer les taxes et nous reprenons la route. Nous traversons un petit village construit de bâtiments en dur, avec quelques échoppes et, dans l'artère principale, des petits stands où des Masaïs vendent des fruits et légumes. Passé le village, le décor change radicalement. Ici, il n'y a plus de cultures; il n'y a plus de jolis champs tirés au cordeau; il n'y a plus de prairies verdoyantes. Ici ne pousse qu'une herbe rase qui résiste au soleil et au manque d'eau. Plus loin, flouté de bleu par la brume atmosphérique, se dessine la silhouette massive du Ketumbeïne. Ce volcan éteint, qui domine la plaine d'Ngaruka, n'est pas très haut mais sa présence est impressionnante car son pied atteint onze kilomètres de long; ses flancs, à la pente très douce, montent jusqu'à son sommet qui, au lieu d'être conique, est tabulaire, plat comme la main. Puis, on roule. On roule dans la chaleur et la poussière. On ne roule pas trop vite pour ne pas tomber dans un nid à poussière, pour suivre la piste qui chemine et qui n'est plus à la même place depuis la dernière saison des pluies. C'est lent mais, au moins, on ne peut pas se perdre : il suffit de rouler entre le rift sur la gauche et le volcan sur la droite. Au fil des kilomètres, le paysage change encore. L'herbe rase et jaune du début disparaît parfois pour céder la place à une poussière lourde et grise qui ruisselle comme de l'eau sur les vitres du véhicule; d'où cette recommandation évidente : rouler les vitres fermées, même avec la chaleur. Ici et là, quelques cratères de très vieux volcans achèvent de donner aux lieux un aspect lunaire. La vie végétale est extrèmement réduite car seuls résistent quelques épineux desséchés et quelques rares acacias rabougris. Fatalement, à force de rouler, de rouler toujours et de rouler encore dans la chaleur et la poussière, on finit par laisser le Ketumbeïne derrière nos essieux. Très loin devant nous, sur la ligne d'horizon, apparaît la masse énorme du Gelaï (2947 m), un autre volcan, lui-aussi éteint, qui trempe son pied dans le lac Natron. De loin, de très loin, sa silhouette céruléenne nous dit que nous sommes presque arrivés au pays des montagnes bleues.

UN VOLCAN EN ACTIVITE

Mais il nous reste encore du chemin à faire. La piste contourne le Kerimasi (2300 m), un volcan assez typique et fort joli mais sans aucun intérêt. Puis, derrière lui, apparaît enfin la silhouette du Lengaï. Celui-ci, par contre, n'est pas vraiment anodin. Certes, il est un peu plus haut que son modeste voisin avec ses 2878 mètres; mais, il est surtout connu dans le coin pour être la montagne sacrée des Masaï; car Engaï, le dieu masaï, dort ici... Mais le Lengaï n'est pas seulement un lieu de légendes. C'est aussi un volcan unique au monde puisqu'il est le seul volcan de la planète à rejeter de la carbonite, une lave très noire et très fluide lorsqu'elle est en fusion mais qui blanchit au contact de l'air; ce qui explique les longues trainées blanches sur ses flancs, résultat de ses récentes éruptions. Car cet honorable vieillard d'environ 370000 ans refuse de s'endormir pour de bon et, parfois, il explose. Jusqu'à une époque récente, ce volcan atypique était un lieu touristique très fréquenté. Quelques vulcanologues, professionnels ou amateurs, très courageux ou totalement inconscients, plantaient même leurs tentes au sommet, sur la croûte refroidie du magma. N'importe qui, tenté par les hauteurs et la curiosité, pouvait y grimper à condition d'être en bonne condition physique et de se faire accompagner par un guide masaï, rémunéré pour l'occasion une bonne centaine de dollars US par personne. En plus d'un bel exploit sportif et d'une photo vraiment exeptionnelle prise au sommet, ça faisait rentrer des sous dans la tirelire de la tribu chargée de l'exploitation du site. L'ascension durait en moyenne entre 5 et 6 heures pour les bons marcheurs et, sur la fin, le cône devenant très pentu, il valait mieux être bon grimpeur; elle se faisait de nuit la plupart du temps pour éviter les heures chaudes de la journée et voir le soleil se lever sur la Rift Valley. Mais tout cela est fini. Il n'y a plus de touristes dans la région; l'argent ne rentre plus dans la tirelire des Masaï. Pourquoi? Parce que, au mois de septembre 2007, le dieu Engaï a piqué une colère terrible. Les flancs du vieux volcan ont tremblé; le cône s'est mis à expurger sa lave bouillonante et un panache de fumée noire s'est élevé dans le ciel jusqu'à 15 kilomètres de hauteur. Depuis, les autorités du pays ont interdit toute approche à moins de 50 kilomètres. Donc, avant de se rendre dans ces lieux reculés et hors du temps, il faudra attendre que le dieu Engaï se calme et retourne faire sa sieste. Ce volcan est très connu pour ses éruptions intempestives et tout porte à croire que les touristes pourront revenir dans un proche avenir. En suivant la piste, on contourne le Lengaï puis, à force de contourner, on finit par tourner le dos au volcan. Le lac n'est plus très loin...

LE LAC

Après quelques tours de roues supplèmentaires, toujours dans la chaleur et encore dans la poussière, un scintillement au loin. Le lac est là. Ce n'est d'abord qu'un miroitement sous le soleil des tropiques, quelques fragments bleutés aperçus à travers la végétation. Sur la carte, il paraît tout petit mais, plus on s'en approche et plus on le trouve grand. Il est si grand qu'on en voit pas la fin qui se perd, là-bas, derrière la ligne bleue de l'horizon. Ses 55 kilomètres de long l'emmène jusqu'à la frontière kenyanne et, pendant la saison des pluies, il lui arrive même de déborder sur le pays voisin. Il est si grand que, depuis la berge, on a l'impression de se trouver devant une mer intérieure; ce sentiment se trouve renforcé par le fait que l'air y est iodé. En effet, bien que situé à une altitude d'environ 610 mètres, le lac Natron est un lac ... salé ! Ce sont les eaux de ruissellement qui, se chargeant de sodium au contact des roches volcaniques, lui donnent sa salinité. Il est si grand que ses berges convergent vers le nord dans une perpective bleutée, les montagnes bordurières se teintant de bleu en raison de l'éloignement et leurs silhouettes céruléennes, de plus en plus floues, finissant par se confondre avec le ciel bleu azur. C'est ici que les montagnes rejoignent le ciel; c'est ici le pays des montagnes bleues. Il est si beau que l'on a envie de se promener le long de ses berges. On y découvrira de nombreuses empreintes d'animaux: chacals, hyènes, zèbres, antilopes mais aussi celles de prédateurs comme le léopard, par exemple. On y relèvera des traces de combats nocturnes et on y trouvera des restes de festins sauvages car, sur cet immense point d'eau, viennent boire proies et prédateurs. Et si, le jour, les rives paraissent bien calmes, elles s'animent, la nuit, d'une vie aussi sauvage que cruelle. Ici, dès la tombée du jour, il est vivement conseillé de rejoindre le campement et de rester près du feu; de ne pas sortir de sa tente pendant la nuit et d'attendre le lever du jour pour risquer un oeil dehors. Ici, à Natron, il y a des bêtes sauvages et il y a aussi des flamants roses...

DES MILLIONS D'OISEAUX

Bien sûr qu'on trouve des oiseaux à Natron. Surtout des flamants roses. Ces gentils volatiles, appartenant à l'ordre des phoenicoptéridés, ne sont pas moins de 2,5 millions sur ce site. Ca en fait du monde ! Mais il y a une explication à ce chiffre exeptionnel. Natron est en effet le lieu où naissent 80% de la population mondiale de flamants nains (Phoenicopterus minor). Ils naissent ici, puis certains migrent vers d'autres pays d'Afrique tandis que d'autres, l'âme voyageuse, partent à tire-d'aile en Oman, au Yemen, au Pakistan, en Afghanistan et même jusqu'en Inde. Car le flamant nain est un migrateur, lui. Il peut voler à 60 km/h et parcourir des distances de plus de 1000 kms. Un athlète du ciel ! Et au cours de sa vie, il doit voir pas mal de pays puisqu'il peut vivre environ 50 ans. Le flamant nain n'est pas le seul à apprécier l'endroit car il le partage avec son cousin, le grand flamant (Phoenicopterus ruber). Mais ce dernier est légèrement différent de son petit cousin. Le grand flamant est en effet beaucoup plus haut et peut atteindre 1,55 m pour les plus beaux spécimens; il est aussi un peu plus gros. Il migre moins loin, mais il est quand même répertorié dans 42 pays d'Afrique et 24 pays d'Europe. C'est un migrateur mais, s'il trouve un coin qui lui convient, avec des eaux boueuses, des algues et quelques crustacés, il peut aussi devenir sédentaire et s'installer à demeure sur son domaine. Mais il ne profitera pas longtemps de son nouveau territoire car il ne peut vivre, lui, que 13 courtes années. Pour se protéger des bêtes sauvages, les flamants, roses mais pas si bêtes que ça, ont installé leurs colonies au milieu du lac, sur les bancs de sable qui découvrent à la saison sèche. Ils sont de cette façon à l'abri des patounes griffues des léopards et autres carnassiers mais pas des prédateurs à plumes. Natron est certes la plus grande maternité au monde pour les flamants; mais, pour les prédateurs à plumes, c'est sans doute le meilleur restaurant de l'Afrique de l'Est. Aigles, vautours, éperviers, busards, etc..., trouvent ici de la chair fraîche à volonté; sans oublier le très laid et très gourmand marabout d'Afrique qui, lui, raffole des oeufs de flamants. Avec pareil voisinage, les couvées ont du souci à se faire ! En plus de cette multitude de flamants, Natron accueille aussi environ 100000 oiseaux d'espèces aquatiques (hérons, aigrettes, ibis, oies cendrées...). Pour bien profiter du spectacle, se munir d'une bonne paire de jumelles ou -mieux- d'une longue-vue posée sur trépied. Frissons garantis ! Pour les photographes soucieux de rapporter de beaux clichés, se doter au moins d'un 400 mm, les oiseaux conservant toujours une distance de sécurité avec d'éventuels prédateurs, et se méfier de la réverbération de l'eau qui vient fausser la mesure du posemètre. Puis, après un ou deux jours d'observations, après avoir profité du cadre majestueux et de l'éternité des lieux, on reprend la route vers des destinations plus connues comme le Ngorongoro ou le Serengeti. On quitte Natron. Mais Natron, lui, ne vous quitte pas. Car, dans la mémoire, demeure encore le souvenir du lac, des eaux couleur de ciel et du ciel d'azur : le souvenir du pays des montagnes bleues. Etienne COURTY

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info plusinfo plus

RAPPEL IMPORTANT : Aprés la dernière éruption de septembre 2007, les autorités ont par précaution interdit toute approche à moins de 50 kms du Lengaï. Le lac Natron, dont la berge sud se trouve à 15 kms du volcan, se situe dans la zone interdite. Avant un départ pour Natron, il faudra donc s’assurer que le volcan s’est calmé et que la route est libre. Le voyagiste organisant le départ devrait normalement être au courant.

Pour la Tanzanie, il faut savoir que le vaccin contre la fièvre jaune n’est plus obligatoire mais il est quand même fortement conseillé. Vaccin délivré dans des centres spécialisés et non remboursé par la Sécurité Sociale. Pour trouver le centre de vaccination le plus proche de chez soi, il suffit de taper “centre antia-marile” dans un moteur de recherche pour avoir une liste quasiment à jour. En principe, il y a au moins un centre par département.

Il est également très conseillé de suivre un traitement anti-paludéen pendant toute la durée du séjour. Médicament délivré uniquement sur ordonnance.

A voir absolument avant de partir - ou après - le très beau film de Disney, “Les ailes pourpres”. Le film raconte, sans trop rentrer dans les détails, la vie d’un flamant rose, depuis la parade nuptiale jusqu’au premier vol. Très intéressant parce qu’il permet de voir tout ce qui se passe au milieu du lac. Un très beau documentaire animalier, remarquablement bien filmé, avec un commentaire discret qui sait faire la place à des images superbes. Disponible en DVD et en livre.

Visa obligatoire pour la Tanzanie.
Ambassade de Tanzanie
13 Av. Raymond Poincaré
75116 PARIS
Tel : 01 53 70 63 66

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commentaires à ce récit de voyage
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Gérard Decq

Merci pour votre commentaire sur TACHKENT. Au temps de l'ancien site, dont je suis nostalgique (mais vous ne l'avez pas connu, je crois) nous pouvions trouver les adresse e-mail des rédacteurs et ainsi correspondre en intimité. Maintenant les administrateurs entretiennent plutôt les rivalités, ce que je déplore. J'ai bien apprécié votre récit tanzanien en ce qu'il fait pleinement partager votre vécu. Pour parler photos ; decq.gerard@gmail.com ”

Gérard Decq | 19.01.2010 12h32

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