Thines : Une vallée en Ardèche.

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Thines : Une vallée en Ardèche.

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Antoine Barrois | 30.11.1999 | 785 visites | 0Favoris |
Antoine Barrois

Pour accéder à Thines au départ des Vans, si on est motorisé, on a le choix entre deux passages. Par le haut, en empruntant la D10 qui contourne la vallée et se poursuit, aux environs de Peyre par un chemin de pierres, de rocailles et d’ornières. Secousses garanties... bien vite oubliées, quand, devant nos yeux s’étend la vallée où serpente la Thine, limpide et légère... Elle se découvre petit à petit, au fur et à mesure de la descente... Je l’emprunterais au retour. Car pour l’heure, j’opte pour la deuxième solution, c'est-à-dire par le bas. La départementale, cette fois, ne contourne pas la vallée, mais la traverse. Elle longe le cours de la rivière et remonte vers Thines, en zigzaguant à travers une épaisse forêt de pins et de hêtres. La route est étroite et quand on croise un autre véhicule, ce qui n’arrive pas particulièrement souvent, on se range au risque de faire une chute d’une trentaine de mètres dans les gorges abruptes de la Thine.

Thines : Une vallée en Ardèche.La Première étape de mon ascension est pour Mallarce sur Thine. Pour aller à sa rencontre, il faut s’écarter de la départementale principale, prendre une autre route en lacet et grimper. Arrivé à sa hauteur, c’est un charmant hameau d’une dizaine de maisons regroupées autour de son église. De ma voiture dont je suis prisonnier pour cause d’orage, je contemple l’unique rue du village, plutôt une ruelle, il n’y a pas un chat mais des guirlandes de lumière accrochées aux arbres. Un peu plus tard, en discutant avec un couple de belge qui loue tous les ans une petite chambrette ici même, j’apprendrais que, hier, c’était jour de fête au village, un mariage était célébré... Les poules, les canards et les chèvres déambulent, à présent, en liberté sur le macadam lustré par la pluie qui continue de tomber. Ils n’ont pas l’air de s’inquiéter de ma présence... Il n’y a que les chiens qui aboient pour signaler l’inconnu ou me souhaiter la bienvenue. Les maisons en pierre de taille et les granges d’où déborde la paille m’offre une vision décalée, anachronique par rapport à une société où tout va très vite, trop vite et de plus en plus vite. Ici, le temps semble n’avoir pas eu prise sur le décor. J’imagine qu’il y a cinquante ans, tout devait être tel quel... La pluie vient juste de cesser, les nuages s’écartent pour laisser filtrer une intense luminosité. Le soleil inonde de ses rayons la vallée humide et l’évaporation embaume l’atmosphère d’une forte odeur de terre. Il est temps pour moi de remonter dans le véhicule, de faire en sens inverse la route empruntée à l’aller pour retrouver la rivière qui coule en contrebas. D’ailleurs, un peu plus loin, je m’arrête pour aller y piquer une tête, puis flaimarder sur les rochers, le corps étendu au soleil.

Thines : Une vallée en Ardèche.Quelques arrêts et lacets plus loin, j’atteins Thines... Ou plutôt, j’atteins son parking, car il est interdit aux véhicules de circuler dans le village même... non seulement, cela briserait le silence et l’atmosphère sereine du lieu, mais en plus, en tant que village de caractère, Thines peut bien se permettre quelques interdictions. Je finis donc à pied les quelques cinq cents mètres qu’il me reste à parcourir. Sur le chemin, les feuilles des arbres offrent une ombre qui n’est pas déplaisante et les raies de lumière qui les traversent forment des taches de couleurs sur le sol. L’église romane du 12eme siècle semble, elle aussi, vouloir prendre part à ce jeu d’ombre et de lumière. Tantôt, elle apparaît, impressionnante et majestueuse du haut de son promontoire. Tantôt, elle disparaît derrière les branches ou les rochers du sentier. Construite par les moines bénédictins qui avaient trouvé là un havre de paix prompte à la méditation, elle se tient en avant du village tel un gardien guettant l’arrivée de l’étranger... Sans doute, depuis longtemps déjà, elle m’observait venir. On entre dans le village par un étroit passage entre deux maisons en schiste brun aux toits de lauzes, couverts de mousse, qui scintillent sous l’éclat du soleil. A cet endroit, la route qui traverse le village est fait de macadam, mais bientôt dans les ruelles du village, il sera remplacé par un dallage en grosse pierre qui est également le matériau que l’on utilise pour les maisons. Je remonte la rue. A ma gauche s’élève un crucifix; dans son prolongement, l’église et tout à coté, le cimetière, croix de bois et dalles en pierre. A ma droite, ce sont les accoles, murets permettant quelques cultures sur le versant pentu. Pour atteindre le porche roman sculpté d’une fresque représentant la cène, les douze Apôtres encerclant Jésus lors du dernier repas, il faut gravir une bonne quarantaine de marches. L’intérieur de l’église est assez humble: une exposition retraçant sa construction, un autel, quelques sièges, un monument à la gloire des morts et des représentations pieuses. Elle sert aussi bien de salle de concert que de salle de recueillement. Jean me raconte, à ce propos, un souvenir qui l’a ému, le chant d’un moine bouddhiste qui remplissait le chœur de l’église. Ce dernier était venu passer une semaine dans la vallée et répétait ses vocalises tous les jours. A la fin de son séjour, il a donné un concert qui a regroupé tous les habitants de la vallée. «Jean, c’est un peu la mémoire du pays», me dit Marie, la petite serveuse de l’unique auberge, «bien qu’il n’en soit pas originaire»... Des souvenirs, il en a. Quarante ans qu’il est installé dans la région. Il est venu en tant que maçon au milieu des années soixante. «Avec toutes ces maisons à retaper, y avait pas mal de boulots», me confie-t-il de son accent chantant. Depuis, il n’est pas reparti. Un soir, alors qu’il profite des derniers rayons du soleil qui chauffent le balcon de sa maison, une maison en pierre de taille, à l’ancienne, il me parle de sa femme qui donna des cours à ses deux fils au début de leurs scolarités. A cette époque, il n’y avait déjà plus d’écoles à Thines... par manque d’effectifs. De la haut, il a vue sur toute la vallée et il m’apparaît non pas comme un patriarche, plutôt comme quelqu’un qui se sent chez lui, rempli de cette joie qu’on éprouve devant un endroit qu’on connaît trop bien mais qui chaque jour vous ravit. Je n’ai pas rencontré ses fils. Ils ont grandi et ont fait leurs vies ailleurs, mais Marie me précise qu’elle les connaissait. Pour elle, ils ont eu une enfance idéale pleine d’amour et de ballades dans la montagne. Elle aussi, a passé les premières années de sa vie à Thines. Aujourd’hui, elle est étudiante à Montpellier et revient, pendant les vacances d’été donner un coup de main à sa mère. A part l’auberge pour se désaltérer, il y a un gîte pour se reposer et une librairie pour se cultiver sur l’histoire, la géologie, la faune et la flore de la vallée. Ce local sert également de quartier à l’association des «amis de Thines», une association très engagée dans la préservation de l’environnement de leur village... Sans doute ont-ils conscience de son caractère particulier qu’évoquait Pierre Dalloz, homme de lettres et de montagne: «Thines est à mettre à part. Dans ce village perdu, ce n’est pas l’exceptionnel qui se présente à nous mais l’unique.»?... En tous les cas, leur brochure en fait mention. Tout ce petit monde se connaît bien et vit dans une entente harmonieuse, quoique, à ce qu’on m’a dit, des rivalités et des querelles existent entre certains membres... comme dans tous villages qui se respectent. Mais, celui-ci possède une originalité propre à son statut de «village de caractère» comme en son temps, le village provençal des Beaux de Provence, surnommé le plus beau village de France!!!... En effet, certains aimeraient le voir accéder à un rang plus digne qui aurait pour but de faire marcher le commerce local en attirant le touriste. D’ailleurs, un projet de route plus accessible par l’ancienne voie romaine et l’agrandissement du parking sont prévus à cet effet. D’autres veulent le conserver tel qu’il est, silencieux et solitaire. Ceci est assez compréhensible, il n’y a qu’à observer la façon dont le village des Beaux est pris d’assaut, chaque été....

Thines : Une vallée en Ardèche.Le lendemain, je décide d’explorer l’autre extrémité de la vallée. Direction Tastevin, le «hameau de la résistance». En raison de son passé héroïque, il mérite qu’on s’y attarde un peu. A Tastevin, il y a une maison que l’on appelle «la maison brûlée», une belle et grande bâtisse toute en pierres et poutres apparentes. En son temps, elle fut le repère des maquisards, de jeunes résistants y avaient trouvé refuge. Ils «croyaient être au paradis, mais ils en étaient loin, ils attendaient la mort, mais ils n’en savaient rien», déplore Emile Comte dans son journal _Emile Comte est «un enfant du pays». Né en 1903, il fut maire de Thines. Dans ce journal, il raconte le passé de sa vie dans les Cévennes, à Thines. Gilbert Comte, son fils, avait 7 ans à l’époque des évènements. Un soir, nous avons discuté ensemble... Un retour vers le passé._ Cette nuit du 3 Août 1943, des chars allemands pénètrent dans la vallée, progressent lentement sur la petite route qui mène à Thines. Tout est calme. Les habitants dorment. Personne ne se doute du drame qui va arriver. Personne n’entend les chars allemands... «Et, Dieu sait, si ça fait du bruit. Ils sont passés devant les mas qui longent le bord de la route,... sans éveiller le moindre soupçon.» s’étonne Gilbert Comte. Au petit matin, le soleil n’est pas encore levé. La mère de Gilbert, comme chaque matin, s’en va donner pâture à ses chèvres, mais ce jour-là, un milicien français lui dit de retourner chez elle. Elle ne comprend pas mais s’exécute. Sur le chemin du retour, elle aperçoit une cinquantaine d’allemands, toutes mitraillettes dehors... Les tirs ont commencé à l’aube. Il y eut 9 morts: 6 Jeunes et 3 personnes du village...Un seul réussit, cependant à échappé au massacre en sautant par la fenêtre de la maison en flamme et en restant caché dans un bosquet pendant deux jours. A Thines, un bas relief, situé en haut du village et sculpté par Marcel Braconnier, évoque ce tragique évènement. Une stèle lui est consacrée sur les lieux, à Tastevin, où, tous les ans, le 4 Août, les anciens rendent hommage à leurs compatriotes...

Un peu plus tard, je reviens sur Thines où un petit écriteau attire mon attention: «l’Encas chez Nathalie, la Blacherette, 60 mn à pied, restauration, dortoir sous tipi, produits artisanaux». La description me tente et je me lance, encore tout frais du matin, sur le GR 4. Effectivement, une heure plus tard, je suis à la Blacherette, situé sur les hauteurs de la vallée et je prends un café sur la terrasse aménagée et construite comme le sont les accoles, autrement dit, en redressant la pente à l’horizontale. Nathalie vient juste d’ouvrir. Elle m’apporte le café et s’excuse aussitôt d’être un peu énervée, car en retard sur son horaire et d’avoir à me quitter immédiatement, car c’est le jour des courses... L’histoire de Nathalie nous ramène aux années 70 en plein mouvement hippies... Elle a débarqué dans la vallée, à bord d’un «combi» _Elle y était habituée et se rappelle les vacances en compagnie de ses parents_. Une de ses copines, qui vient tous les ans lui rendre visite, me confie qu’elles se sont connues à Nantes. Avant de venir vivre ici, Nathalie avait un pavillon, une vie «dans les normes» comme elle aime à le dire. Elle a tout plaqué pour se lancer, avec son copain, dans l’élevage de chèvres et vendre les fromages sur le marché. A l’époque, elle avait deux filles en bas age.... Depuis, leur père les a quittés. Seule avec deux enfants, elle est revenue à son premier métier: la restauration. «Je ne pouvais pas m’en sortir entre les chèvres et les gosses...» me lance-t-elle. Alors, elle a ouvert un petit commerce au cœur du village. Sa maison lui sert à la fois de foyer et de lieu de travail. Elle a l’air heureuse et son sourire accueillant est à la hauteur de ce bonheur, mais elle m’explique les difficultés de vivre dans une vallée de la sorte où tout le monde se connaît et est au courant des moindres faits et gestes... Quand elle revient, je suis encore là et j’en profite pour l’aider à débarrasser le camion rempli de nourritures. Le soleil est déjà haut dans le ciel et le village s’anime de chiens qui aboient, d’enfants qui crient et de touristes qui prennent une pause en dégustant quelques spécialités du pays.

Thines : Une vallée en Ardèche.Un peu au dessus de la Blacherette, en continuant sur le GR 4, j’arrive sur une plate forme, qui rejoint la D10 et domine toute la vallée,... un bien étrange endroit, plutôt désert, clairsemé d’arbres et de maisons aux formes atypiques. En fait, il s’agit du lieu dit «la Croix de Combes». Il y a 30 ans environ, des néo-ruraux, hippies en leurs temps, sont arrivés dans la vallée et se sont accaparés le lieu, vivant sous des tipis ou dans des caravanes. Depuis, ces derniers ont laissé place à des maisons en dure aux styles propre à chacun. Construites avec des matériaux naturels ou de récupération, elles sont chauffées et éclairées à l’énergie solaire. Les anciens hippies sont encore là et sont devenus des néo-ruraux ingénieurs et chefs d’entreprise... L’actuel maire de Thines fait partie de cette génération. Comme me l’a expliqué l’un d’entre eux, ils vivent en «indivision», autrement dit, si un nouvel arrivant veut s’installer ou racheter une des maisons de la butte, tous les membres doivent donner leur accord. Du haut de ce terre-plein, je regarde une dernière fois le panorama, la vallée qui s’étend devant moi et vers laquelle je m’apprête à redescendre... Emmurée de part en part par des montagnes couvertes de forêt, elle m’apparaît comme une île presque vierge, un îlot de préservation face aux mondes environnants.

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De nombreuses randonnées pédestres sont disponibles à partir du village. Il est également possible de se baigner dans la rivière (la Thine) en contrebas.

 

Quelques adresses utiles :

-Site du comité départemental du tourisme de l’Ardèche http://www.ardeche-guide.com

-Office de tourisme des Vans, 04 75 37 24 48

-Mairie de Malarce sur la Thine, 04 75 39 45 26 (le Jeudi)

-A Thines même, pour dormir et se restaurer, il y a le gîte d’étape communal et l’auberge que l’on peut joindre au 04 75 36 94 47 (hors saison, durant l’hiver, la réservation est conseillée.)

-Les «amis de Thines», association loi 1901 «pour la protection et la mise en valeur du village et de ses environs» et leur boutique «le Fùont» restent à la disposition des voyageurs pour toute explication concernant la vie du village, l’histoire, la géologie et bien d’autres domaines. Joignable au 04 75 35 08 98.

-Artisanat local : vente de miel et de produits de la terre.

 

-Je vous recommande tout particulièrement une adresse des plus agréables pour son accueil et sa sympathique patronne, Nathalie ; L’encas «chez Nathalie» (04 75 36 97 72) à La Blacherette, hameau situé à 30 minutes de Thines. On s’y rend à pied par le GR4 ou le GRP. On a la possibilité de dormir soit sous le tipi, soit en chambre (sur réservation) et de se restaurer ou de pique niquer sur la terrasse offrant une vue magnifique sur la vallée de Thines.

 

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