Tour d'horizon sur un autre monde

Japon
Tour d'horizon sur un autre monde

Partager
Doriane Bier | 30.11.1999 | 573 visites | 0Favoris |
Doriane Bier

Tour d'horizon sur un autre mondeJe suis arrivée au Japon en pleine saison des pluies. J’en ai pris conscience dans l’avion, en constatant l’ampleur des inondations au journal télévisé. Au sortir de l’avion, rien ne me laissait encore entrevoir que j’avais enfin atteint mon but... mais l’humidité qui m’assaillit fut une première confirmation ! A peine montée en voiture avec Mme Yamada, la personne qui m’hébergeait, j’ai redécouvert toute sortes de détails que j’avais oubliés depuis mon précédent voyage. Au Japon, les voitures roulent à gauche. Il y a des distributeurs à tous les coins de rue : cigarettes, boissons... Depuis les toits des maisons basses s’enchevêtrent un tas de fils électriques. Je crois que c’est, avec l’omniprésence des vélos, ce qui confère aux rues japonaises leur charme si particulier. Après un long trajet, durant lequel j’ai pu apercevoir le parc Disneyland de Tokyo ainsi qu’une piste de ski d’été, nous sommes arrivées à l’appartement, dans lequel on circule bien entendu sans chaussures. Je dors dans la seule pièce traditionnelle, qui possède des tatamis et une porte coulissante en washi (papier japonais). J’ai pour lit un futon, mince matelas posé à même le sol. Je connaissais déjà les toilettes japonaises traditionnelles (à la turque). Cette fois-ci j’ai découvert les toilettes japonaises modernes. Un petit jet d’eau bien dirigé vous lave le derrière, un autre le rince ! Il y a même une hotte aspirante. Le lendemain, visite d’une école maternelle. Les enfants me dévisageaient comme si je débarquait d’une autre planète, un mélange de fascination et d’appréhension... J’ai mangé à l’école un bento. C’est le repas qu’emportent les enfants dans une boîte. Je loge dans une petite ville de la banlieue de Tokyo appelée Warabi. Il va bientôt y avoir des élections et les haut-parleurs bombardent sans cesse les habitants de slogans. Mais cela ne semble nullement déranger les Tokyoïtes, qui sont habitués au bruit : au Japon, les agressions sonores de ce genre sont constantes. Dans le train, une petite musique cristalline accueille les voyageurs à chaque arrêt ; dans la rue, des haut-parleurs martèlent des publicités sans relâche ; et presque tous les jours, la sirène retentit pour signaler un incendie. Ce sont souvent des accidents de voiture, Tokyo est une ville totalement engorgée. Il y a bien une voie express, mais elle est payante et il y a pratiquement autant d’embouteillages qu’ailleurs. C’est pourquoi les gens préfèrent utiliser le vélo ou le train. De plus l’entretien d’une voiture revient très cher. Le parking surtout : la place faisant cruellement défaut au Japon, la location d’une place de garage est presque aussi chère qu’un loyer d’appartement en France ! Tous mes déplacements se font donc à vélo, en train ou parfois en taxis. Les taxis japonais sont particuliers : les chauffeurs conduisent avec des gants blancs et commandent automatiquement l’ouverture de la porte côté passager. Il paraît que nombre de chauffeurs de taxis sont d’anciens yakuza reconvertis, et en effet, certains ont une véritable allure de mafieux. L’un d’entre eux m’a conduite au grand temple d’Asakusa, puis j’ai déambulé dans la ruelle bordée d’échoppes qui conduit au grand temple (dédié à la déesse de la miséricorde). Dans une de ces boutiques j’ai acheté un " daruma ". Cette petite poupée à l’effigie d’un bonze bouddhiste est censée apporter le succès aux examens. Il faut lui peindre un œil, et en cas de réussite, peindre ensuite le deuxième. Je ne suis pas spécialement superstitieuse, mais ça peut toujours servir... Avant de pénétrer dans les quartiers " jeunes " de Shinjuku, Harajuku et Shibuya, j’ai fait halte au sanctuaire Meiji, une oasis de verdure au milieu de la vie tumultueuse du centre ville. Puis retour au train de vie effréné du Tokyo moderne ; dans une petite salle, je découvrais, alignés, des dizaines de photomatons. Les Japonais, peut-être par égocentrisme, raffolent de ces toutes petites photos appelées " pulikula ". On les fait généralement entre amis avec de préférence une tête hilare... Ils en collent de partout : même sur les parois des photomatons ! Je ne comprends toujours pas pourquoi... Dans une pièce voisine s’alignaient des machines de jeux en tous genres. La clientèle variait des jeunes enfants aux punks, en passant par les hommes d’affaires. Il était particulièrement étonnant d’observer ces derniers se démener sur de la pop japonaise, avec une espèce de machine à danser. Ils sautaient en l’air avec un sérieux et une concentration ahurissants ! Je me suis arrêtée, par curiosité, devant une salle de pachinko, qui est un autre jeu très prisé. Les Japonais (surtout les hommes) raffolent de ces espèces de flippers verticaux, où il n’y a rien d’autre à faire que de regarder des billes tomber, afin de récupérer parfois un lot d’une valeur dérisoire. Mais tout comme l’alcool et le tabac, le pachinko est interdit aux moins de vingt ans. Serait-il aussi nocif ? Exténuée par les bains de foule, je suis entrée dans un salon de thé pour souffler un peu. Là, un jeune Japonais sirotait un thé tout en se passionnant pour un match de base-ball sur sa télé portative ! J’ai plusieurs fois remarqué des gens qui la regardaient en conduisant... Cela a l’air très répandu ici, notamment chez les chauffeurs de taxi. Pendant le week-end, je me suis rendue avec ma famille d’accueil à la station balnéaire d’Atami, en train. Je commence à avoir l’habitude de le prendre. La première fois, une chose m’a beaucoup étonnée : malgré le bruit, la foule compacte et la chaleur, pratiquement toutes les personnes assises dorment. Il y a aussi les inconditionnels des mangas qui, même écrabouillés et le nez collé contre la vitre, trouvent moyen de déplier leur B.D... J’ai dîner dans le train d’un bento très complet et une soupe de miso. J’ai testé quelques bizarreries culinaires telles que les racines de lotus. Au restaurant, j’ai souvent été confrontée à un dilemme : vais-je m’imposer de goûter à ces choses typiques mais gluantes ? J’ai décidé d’adopter la tactique suivante : je mange, puis je demande ce que c’était ! C’est ainsi que j’ai adoré la cuisine japonaise, y compris la pieuvre, les algues et autres curiosités... L’une des particularités est que les plats ne sont pas servis dans l’ordre, les uns après les autres, mais tous à la fois, afin que l’on puisse picorer, passer de l’un à l’autre et mélanger les saveurs. Atami a deux atouts qui en font un lieu hautement touristique : c’est une ville thermale réputée pour ses sources d’eau chaude, mais elle est, de plus, située au bord de la mer, sur la péninsule d’Uze. Quasiment tous les immeubles possèdent leur propre bain thermal collectif, " onsen ". On s’y retrouve entre colocataires pour se détendre. A peine arrivée, j’ai voulu essayer celui de notre immeuble. C’est assez déroutant de se dévêtir totalement et de croiser tous ces gens nus... Heureusement que ces bains n’étaient pas mixtes ! Il est étonnant de constater que les Japonais, réputés timides et pudiques, ne répugnent pas à croiser leurs voisins en tenue d’Adam... Il faut d’abord se doucher avant de pénétrer dans l’onsen à proprement parler (qui est un bain d’eau très chaude). Depuis la salle d’eau je bénéficiais d’un panorama sur toute la ville et la mer. Certains onsen sont bâtis à ciel ouvert et l’on se baigne au milieu des rochers. Les bains de ce genre appartiennent en général à des ryokan, les auberges japonaises traditionnelles (parfois plus chères que les plus grands hôtels de luxe !). A Atami, beaucoup d’entre elles ont fermé. La crise économique a provoqué une récession du tourisme. C’est la première fois que j’observe si nettement les effets de cette crise dont on a tant parlé. En soirée, nous sommes sorties nous promener malgré la pluie, intriguées par un son de tambour. Nous avons découvert des enfants qui s’entraînaient pour le prochain festival de taiko. Jouer de cet instrument a l’air épuisant. Nous avons poursuivi vers la plage où des jeunes gens s’amusaient avec des hana-bi (feux d’artifices). Une fine bruine tombait ; le clapotis des vagues et l’odeur de la mer me berçaient tandis que l’obscurité était percée de temps à autre par ces fleurs de feu. Je me sentis vraiment au Japon. Pour revenir vers Tokyo, nous étions si fatiguées que nous avons pris le Shinkansen, qui est deux fois plus rapide que le train ordinaire. Par la vitre du train, j’ai entr’aperçu la " Tour Eiffel de Tokyo ", imitation de la nôtre, mais légèrement plus haute... Ginza, le quartier " smart " de Tokyo. C’est le centre des affaires : le costume est de rigueur pour tous les hommes. Toutes les grandes compagnies ont leur gratte-ciel à Ginza. Celui de la Japan Airlines semblait vouloir s’élever aussi haut que leurs avions. On m’avait dit que le Japon était une terre de contrastes, entre tradition et modernité : c’est à Ginza que j’en ai découvert l’exemple le plus saisissant. A côté de cet immense immeuble tout de béton et de verre qui se hissait à perte de vue vers le ciel, avait été érigé un minuscule sanctuaire shintô ! A peine de quoi mettre un torii (portique de purification), un autel et quelques plantes. Au détour d’un carrefour j’ai photographié un " koban ", à la grande surprise de mes amies japonaises. En France nous ne connaissons pas ces tout petits chapiteaux disséminés à travers la ville, abritant deux ou trois policiers, toujours prêts à renseigner les passants. Il faut dire que les rues françaises ont des noms... contrairement à celles de Tokyo ! Eh oui, la plus grande ville du monde est divisée en quartiers, subdivisés en pâtés de maisons, où chacun des logements porte un numéro. Les Tokyoïtes eux-mêmes s’y perdent, et se repèrent grâce aux grands magasins. A Ginza, il existe un " marché international " destiné aux touristes amateurs de japonaiseries. C’est là que j’ai trouvé mon kimono. Il y en avait pour tous les budgets : du simple yukata (kimono d’été en coton) au kimono de cérémonie dont le prix de la ceinture (obi) avoisine déjà celui d’une voiture... ! Bien sûr, ces kimonos de luxe sont en soie. Dans ce quartier, les gratte-ciel côtoient d’étroites ruelles où sont alignés de tout petits commerces. Nous avons déjeuné dans l’un de ces minuscules " sushi-bars ". C’est là que viennent reprendre des forces tous les hommes d’affaires du coin. Alignés devant un comptoir, coude à coude, les mangeurs engloutissent en un rien de temps les sushis préparés sous leurs yeux par un cuisinier d’une dextérité et d’une rapidité étonnantes. En nous promenant nous sommes arrivées au théâtre kabuki de la ville. Il y avait de très belles estampes anciennes exposées à l’extérieur. Un peu plus loin, j’ai vu des boutiques portant des noms français, pour faire chic sans doute. Il y a même une marque qui s’appelle " Comme ça du mode " et qui vend des T-shirts estampillés " couche-tôt " ! Visite du lycée de Warabi. Dès l’entrée nous nous sommes déchaussées pour enfiler des pantoufles que nous devions quitter en pénétrant dans chaque pièce. C’est le quotidien des élèves japonais. Je ne verrais pas les écoliers français faire classe en chaussettes... J’ai fait la connaissance de deux étudiantes coréennes en échange scolaire. En discutant (en japonais...) j’ai appris qu’en Corée, plus de personnes parlent japonais qu’anglais ! Le japonais semble être la langue standard de communication en Asie. Je suis ensuite retournée chez Madame Yamada afin de me préparer pour la fête de ce soir, car aujourd’hui c’est " Tanabata ". Une légende raconte que deux amants séparés par la vie sont devenus deux étoiles à qui il est donné de se rencontrer tous les 7 juillet (au Japon, les fêtes tombent souvent sur des dates à numéro double : 1/01, 3/03, 5/05, etc.). Pour célébrer l’événement, on écrit un vœu que l’on accroche à une branche de bambou : on peut en voir un peu partout dans les rues à l’approche de la fête. En principe, le vœu se réalisera avant le prochain " Tanabata "... Pour l’occasion, j’ai étrenné mon kimono, et mon hôte m’a prêté un magnifique " obi " (ceinture avec le nœud derrière le dos). Heureusement, elle m’a aussi aidé à le mettre ! Sinon j’aurais pu commettre des erreurs lourdes de conséquences, comme... revêtir le kimono à la manière des morts ! En effet il faut toujours replier le pan droit d’abord. Le contraire est réservé à l’arrangement funéraire des personnes décédées, avec tout ce que cela implique comme symbolique. Pour la même raison, il ne faut jamais planter ses baguettes verticalement dans le bol de riz, car c’est le geste qu’on accomplit pour les offrandes rituelles aux morts. Mais assez parlé de mort, ce soir là l’esprit était plutôt à la fête.

Tour d'horizon sur un autre mondePour nous rendre au restaurant karaoké, nous avons emprunté le moyen de locomotion habituel : le vélo. Mais essayez donc de conduire un vélo en kimono ! La veille de mon départ, j’irai à nouveau au karaoké, mais cette fois en petit groupe, dans une salle louée pour cinq ou six personnes. L’avantage, c’est qu’on peut chanter à volonté sans avoir à subir les braillements des autres. Inconvénient : moins de monde vous écoute... Après le repas, nous avons pris le thé chez une dame qui vit de manière très traditionnelle. Chez elle, toutes les pièces sont faites de tatamis et de portes coulissantes. Il y a un autel shintô et un autel bouddhiste à la mémoire de ses parents. Les personnes décédées reçoivent symboliquement un autre nom après leur mort que l’on grave sur une petite stèle placée sur l’autel familial. Nous avons pris place autour d’une table basse, à genoux sur des coussins. Notre hôte nous a joué du shamisen (sorte de guitare) et j’ai appris que la caisse de cet instrument est recouverte de peau de chat ! Je n’ose pas imaginer le prix d’un shamisen, sachant que le médiator (en ivoire ou écaille de tortue) coûte déjà 50 000 F... Ainsi s’est achevé Tanabata. J’espère que mon vœu va se réaliser... J’ai eu durant mon séjour la chance d’assister à une pièce de théâtre Nô. J’avais une photocopie du texte mais cela ne m’avançait pas à grand chose, car je n’arrivais ni à suivre les paroles, ni à comprendre l’histoire. Une chose me rassurait cependant : les Japonais étaient aussi perdus que moi, car le texte était écrit en japonais ancien. Toutefois, ne pas comprendre l’histoire n’empêche pas de goûter à la beauté du spectacle. En effet l’ambiance, la force d’expression du Nô priment sur la narration, qui est assez simple et étirée dans le temps. Les acteurs sont tous des hommes (même pour les rôles de femmes), portent un masque et un somptueux kimono, dont la beauté est en rapport avec l’importance du personnage dans l’histoire. La déclamation très lente, monocorde, les gestes et déplacements scéniques au ralenti donnent au spectacle un caractère lancinant et tendu. Entre les deux pièces principales, conformément à la tradition, fut joué un interlude en forme de farce dansée, dont la vivacité contrastait avec le sérieux et la lenteur des " vraies " pièces de Nô, l’apparentant plus au Kabuki ; ces farces en sont d’ailleurs à l’origine. Le jour suivant, repas au Mac Donald’s : mais au moins ai-je choisi un " hamburger japonais " (si si, ça existe !). Enfin, seule la sauce teriyaki était japonaise... Je suis allée voir un film de Takeshi Kitano. Ce réalisateur jouit d’une plus grande renommée en Occident qu’au Japon, la plupart des Japonais allant peu au cinéma et ne connaissant que les films américains. Kitano est très connu en tant qu’animateur comique d’émissions télévisées loufoques ; il en produit au moins cinq par semaines. Mais peu de gens savent qu’il tourne des films sérieux. De fait, la place de cinéma est si chère que peu de Japonais se hasardent à aller voir des films d’art et d’essai. J’ai du payer ma place 75F, tarif réduit ! Ce soir étant le dernier de mon séjour en famille, la maman de Mme Yamada a décidé de m’inviter dans un restaurant avec plaques chauffantes. Nous avons préparé et cuit nous-mêmes de l’okonomiyaki (grosse crêpe au chou, très bourrative). J’en mangeais souvent à Hiroshima, dont c’est la spécialité. J’ai remarqué que dans la plupart des restaurants, les prix sont en kanjis : d’où l’intérêt pour un étranger de les apprendre... A mon retour en France, je n’avais qu’une hâte : partir à nouveau au Japon, vœu qui s’accomplira durant l’été 2000 pour un séjour de 5 semaines.

Partager
Doriane Bier | 30.11.1999 | 573 visites | 0Favoris |
2
photos associées
Tour d'horizon sur un autre mondeTour d'horizon sur un autre monde
0
commentaires à ce récit de voyage
Souhaitez-vous faire un nouveau commentaire ? Cliquer ici
Créer un compte

Aujourd’hui voyageur,
demain rédacteur...

Une sélection de 3 articles sera mise en avant chaque mois

Créer un compte
Envoi d'un site thématique

Thématiques : farfouillez avec nous !

Si vous connaissez l'adresse d'une "pépite du net", n'hésitez pas à la partager avec nous !

Envoi d'un site thématique
Envoi d'un site utile

Développons ensemble l'annuaire des sites utiles

Vous connaissez un site utile pour les voyageurs ? Indexez-le dans notre annuaire.

Envoi d'un site utile