
Equateur
Equateur : L’Autoferro d’Ibarra
C’est en partance d’Ibarra, une ville au nord de l’Equateur, que l’« Autoferro », un bus sur roulement de train, traverse les Andes en direction de l’océan Pacifique. Aujourd’hui son trajet est amputé d’un tiers, vu le mauvais état des voies. Mais cette ligne reste une aventure à part entière qui ravit plus d’un passager. Quel voyage ! Vous êtes prêts ?
A 2210m d’altitude, Ibarra, son point de départ, est une ville paisible au nord de l’Equateur. Non loin de la gare, le marché. On y trouve de tout : maïs, céréales, tomates, petits pois mais aussi fruits tropicaux et surtout bananes ! Des femmes en habits traditionnels tirent leurs chèvres à travers les rues pour vendre le lait, et plus loin, sur la place de style colonial, cireurs de chaussures et autres vendeurs crient sans relâche pour ameuter le client. Au loin, on aperçoit les volcans Imbabura et Cotacachi et plus loin encore, par beau temps, les glaciers étincelants du Cayambe, troisième sommet de l’Equateur (5790m).
Autrefois, l’Autoferro était suivi de plusieurs wagons de marchandises. Il parcourait les Andes au départ d’Ibarra pour atteindre l’océan du côté nord Ouest à San Lorenzo. Depuis quelques années, le lien entre la sierra et la côte se fait principalement par la route, la Panaméricaine, bien plus rapide et plus sûre. La voie ferrée a donc été laissée à l’abandon, au détriment des cheminots mais aussi des commerçants des villes par lesquelles passait le train, devenues fantômes aujourd’hui.
Cet engin roule encore ! Mais de façon aléatoire… Il ne sert à rien de réserver, de toute façon, le train ne part que s’il y a assez de passagers… J’ai de la chance. Ce matin là, quelques personnes et des cheminots sont au rendez-vous. Alors que le soleil commence à dévoiler les couleurs intenses du marché le long des voies, un long bruit sourd se fait entendre…. Un bus antique monté sur des roulements de train et muni d’un moteur diesel fait son apparition. La machine est prête ! Et nous voilà parti pour une grande aventure, direction les volcans.
Saluée par les campesinos…
En chemin, le conducteur me propose de monter sur le toit. Rapidement, je grimpe à l’échelle du fond de la locomotive pour me retrouver assise sur un plancher bien dur. A la vitesse où roule le train (25km/h), il n’y a aucun risque ! Quoique vu l’état des rails, on peut s’attendre à tout…. Quelques petites surprises comme de petits sursauts et surtout d’audacieuses branches d’arbres, qui viennent vous chatouiller le nez ou vous arracher les cheveux ! Le voyage n’est pas des plus confortable…Mais son côté pittoresque vaut le détour ! Face à nous, mama Imbabura et à son côté gauche, taïta (papa) Cotacachi, protègent la ville. Nous nous en rapprochons de plus en plus, pour les traverser et nous diriger vers les tropiques. Soixante-dix kilomètres en 2h de trajet intense. Très vite, la végétation change. A une dizaine de kilomètres de la ville, la nature se dévoile. Les arbres et les plantations prolifèrent de façon anarchique sous un climat agréable. Travaillant sur leurs terres, les « campesinos » nous font signe. L’autoferro est en quelque sorte l’attraction du jour. Surtout quand une touriste se balade sur le toit ! De temps à autre, le conducteur arrête le train pour faire monter ou descendre un passager ou une passagère.
Plus loin, le train longe les gorges vertigineuses de la rivière, la « Chota ». La voie s’agrippe au versant de la vallée et traverse de nombreux tunnels. Le premier, construit en 1938, se situe dans la commune d’Ojablanca. Des gouttes d’eau transpirent de le voûte. Vu du toit, c’est vraiment surprenant ! Soudain l’engin ralentit. Nous allons traverser le pont d’ « Ambi ». Un ravin de plus de 100m nous sépare de la rivière. Ce passage difficile et filiforme n’est pas des plus rassurants…. Mais tout se passe pour le mieux. Une fois mon taux d’adrénaline redescendu, j’apprécie un peu plus le paysage. Tout autour de moi, des volcans, omniprésents. Ils semblent, par un curieux effet d’optique, se rapprocher ou s’éloigner, prendre des formes arrondies ou cassantes. La nature évolue. Cactus et autres plantes tropicales envahissent les pentes abruptes des montagnes.
Vers les villages afroéquatoriens
La vallée de la Chota se découvre peu à peu. Située entre la région d’Imbabura et du Carchi, elle part de la sierra nord, se prolonge dans la cordillère orientale pour se perdre dans l’océan. Cette vallée présente différents microclimats et une écologie variée. Sur ses terres irriguées par la Chota, des plantations de café, de canne à sucre, des papayes et des bananes. Plus en hauteur, des tubercules et des céréales. Tout en bas, à une trentaine de kilomètre d’Ibarra, le village de Salinas. Le train y fera sa première, seule et unique halte. A partir d’ici, la population est majoritairement noire. Ce sont les descendants des esclaves africains du 17ème siècle, sous le régime espagnol. Cette société afroéquatorienne est bien différente du monde andin.
Le redémarrage est assez pittoresque. L’entre choc des deux fils de contact allume le moteur. A l’intérieur les cheminots s’activent. On décide de remplacer des traverses un peu plus loin. Mais ici déjà, la voie est chaotique. Le machiniste descend débroussailler le chemin. Une cigarette plus tard, la conversation avec le chauffeur porte sur les coutumes de la région, la faune et la flore mais aussi sur leur qualité de vie…. Le conducteur me donne son point de vue sur l’avenir du chemin de fer, de ses travailleurs et sur la situation de l’Equateur.
A la fin du parcours, au « Primer Paso » la locomotive fait un demi-tour sur elle-même. Un coup de téléphone : c’est le signal pour repartir. Et ce sont les mêmes paysages, en sens inverse : Arrêt au village, passage du terrible pont, traversées des tunnels et … nous revoilà à Ibarra. Quatre heures aller/retour. Celles-là mêmes qui vous font paraître la vie trop courte et intense à la fois.
Un petit train, une longue histoire
L’idée de créer une ligne passant par Ibarra et San Lorenzo est très ancienne. Il en était déjà question au 19ème siècle. C’est en 1803, que ce projet est introduit. En partance d’Ibarra, cette ligne suivrait le cours du Mira pour atteindre la côte Pacifique. Mais il faut attendre un siècle d’accords et de discussions avant de voir apparaître le bout du nez de ses travaux. En 1896, sous le président Eloy Alfaro, le projet est enfin accepté. Malheureusement, quatre ans plus tard, il est gelé par manque de fonds. Les travaux ne commencent réellement qu’en 1917 grâce à la ténacité des autorités des régions d’Imbabura et du Carchi (plus au nord).
Dix ans plus tard, en 1928, la première locomotive est offerte par une compagnie française qui collabore aux travaux. Le premier tunnel, celui d’Oja Blanca est construit en 1938, et celui de Tulcizan, quelques kilomètres plus loin, en 1942. Tout ceci implique un travail laborieux dans des conditions déplorables et non sans risque : plus d’un millier de travailleurs y trouvera la mort. Il faut attendre 1957 avant de voir le train rouler !
Ce train, c’était une locomotive et des wagons de style colonial, genre Orient Express, avec quelques compartiments de différentes classes suivis de wagons de marchandises. Les arrêts étaient animés : petites restaurations, colporteurs de toutes sortes, dans des villages peuplés et bien vivants.
Mais l’Autoferro, plus qu’un train, est une frustration pour les provinces du Nord. Tout spécialement pour Ibarra, qui y a embarqué tous ses désirs et son énergie. Dès sa construction, il y a des bâtons dans les roues : difficultés naturelles et humaines, une impression de travaux vains et interminables. En réalité, ce projet de longue haleine a eu le temps de périr sur place. A peine en activité, son renouvellement aurait été nécessaire pour conserver sa rentabilité.
Mais notre petit train a quand même eu ses jours de gloires ! Lors des années soixante, soixante-dix. Les petites entreprises et les marchands l’utilisaient régulièrement, ainsi que les autochtones, pour lesquels il représentait le seul lien avec le reste du monde. Les années soixante correspondent à l’expansion économique de l’Equateur, lorsque la production agricole s’intensifie et que de nouvelles industries se créent : sucreries, industries de cuir…
Hélas ! Ce n’est pas grâce au transport ferroviaire. En 1964, les travaux de construction de la Panaméricaine débutent. Ces routes rejoignent aussi bien la frontière colombienne (Tulcan) que la côte (San Lorenzo). Rapidement en fonction, elles confirment une facilité d’accès et une rapidité que l’Autoferro n’offre pas. Des années d’attente et de travail pour un projet tant espéré et remplacé au bout du compte par la Panaméricaine et les transports routiers. Travaux inutiles, voies impénétrables !
Aujourd’hui, l’Autoferro est seul. Témoin de son histoire, il la transporte dans tous les paysages.
info plus
Il faut se lever tôt pour prendre le train (départ à 7h du matin en semaine et à 8h le samedi) mieux vaut donc dormir à Ibarra la veille. Le residencial Colon, situé près de la gare, calle Manuel de la Chica Narvaez 8-62, est assez confortable et abordable (comptez 7$). Le jour suivant vous pourrez essayer un endroit plus typique un peu plus à l’écart : « l’Hostal Aya Huma » par exemple. C’est une ancienne gare réaménagée, située dans le village de Peguche à 20 minutes d’Ibarra. Une occasion rêvée pour découvrir la région et le marché d’artisanat d’Otavalo à 10 minutes de là. (www.ayahuma.com). Pour manger, vous trouverez de nombreux « chifas » (retaurants chinois) à Ibarra, très bons et pas très chers. Mais la spécialité de la région, ce sont les beignets de morochos, les glaces et une multitude de jus de fruits (mûres, papayes, fruits de la passion, ananas, banane, et bien d’autres) à consommer dans un petit bar du « mercado popular », non loin de la gare.
Quelques conseils : avant de partir, pensez à valider votre passeport, car il doit encore être valable six mois après la date de retour. N’oubliez pas la taxe d’aéroport s’élevant à 25 dollars qui est obligatoire pour quitter le pays. Quant aux vaccins, il est fortement conseillé de se faire vacciner contre la fièvre jeune, l’hépatite A et B, le tétanos et la polio. Le traitement antipaludisme n’est vraiment nécessaire que si vous vous aventurez en Amazonie profonde.
Petits détails en vrac : le dollar américain a remplacé le sucre depuis 2000, le décalage horaire est de 7h en été et de 6h en hiver. Le soleil se lève à 6h et se couche vers 18h toute l’année.
Sur le net :
L’ambassade de France en équateur - Portail d’informations et d’adresses





