USA : Les Amish... Retour vers le passé

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Marielou Dhumez | 20.11.2003 | 1474 visites | 0Favoris |
Marielou Dhumez

Aux Etats-Unis, et plus précisément, en Pennsylvanie, existe une communauté religieuse dont les habitudes de vie sont celles du XVIIème siècle : les Amish. Ceux que j’ai rencontrés habitent à trois heures de route de New York, dans une région bien industrialisée, la région de Lancaster, à une centaine de kilomètres de Philadelphie. D’autres communautés sont réparties dans 22 Etats d’Amérique ainsi que dans l’Ontario, au Canada. Au nombre de 5000 à l’origine, ils sont actuellement 150 000 sur tout le territoire américain.

Leurs origines

Les Amish sont d’origine européenne. En provenance, pour la plupart d’Allemagne et de Suisse d’où ils étaient chassés et bannis pour cause de schisme religieux, ils ont répondu, à l’époque, à l’invitation généreuse de William Penn, fondateur de l’état de Pennsylvanie et chef de file des Quakers. Les Amish sont avec les Mennonites et les Huttere, les derniers représentants des groupes anabaptistes qui se sont créés à travers l'Europe au XVIème siècle. Contemporains de Luther, les anabaptistes réfutaient la validité du baptême chez l'enfant et prônaient le baptême adulte, la non-violence et l'application à la lettre des enseignements de la Bible. En 1693, un schisme se produisit dans le groupe mennonite fondé un siècle plus tôt par le pasteur hollandais Menno Simonsz. L'évêque suisse Jacob Amann, qui donna son nom aux Amish, décidait de réformer et de purifier les préceptes de son prédécesseur en introduisant de nouvelles règles encore plus sévères, dont le fameux "shunning" ou exclusion de toute personne qui ne se conforme pas à la discipline religieuse et à l'éthique de la communauté. Leur vie aujourd’hui Rien n’a changé. Ou presque…

Leur apparence

Si vous vous rendez en visite chez les Amish, sans connaître au préalable leur histoire, il vous semblera débarquer sur un tournage ! Les hommes portent la barbe, sont vêtus de bure noire grossière et d’un large chapeau également noir. Les femmes n'ont pas le droit d’être habillées de robes avec des boutons (trop voyants) ; alors elles utilisent des lanières et des agrafes pour fermer leurs vêtements, très simples, et attacher leurs tabliers. Elles doivent aussi porter un chapeau ou plutôt un bonnet. Le plus frappant, c’est leur maintien : ils sont droits, fiers, minces, hauts dans leur allure et ceci contraste considérablement avec le dépenaillé général américain.

Leur langue

Leur langue est le francique rhénan. Cette langue régionale est très ancienne (elle est issue du peuple franc : Charlemagne parlait cette langue). C'est une langue germanique différente de l'allemand , encore parlée en Lorraine(département de la Moselle), et dans une petite partie de l'Allemagne(en Sarre et en Rhénanie-Palatinat notamment). Elle est appelée aux USA "le Pennsylvania Dutch". Une anecdote : quand les premiers colons sont arrivés, au XVIIème siècle, les autorités britanniques d’alors leur demandèrent quelle était leur langue maternelle. " Deutsch " leur répondirent-ils. Le mot étant équivoque pour des anglo-saxons, ceux-ci inscrivirent " dutch ". Cette appellation de " Hollandais " leur resta et on engloba sous ce vocable tous les nouveaux habitants de la région ; ils devinrent les " Pennsylvania Dutch ".

Leurs habitations

Les habitations des Amish sont de toutes petites maisons, presque des cabanes où il n'y a ni eau courante, ni électricité. Lorsque la famille ou le groupe se rassemble sous la quiétude, la sérénité, la douceur, la paix qui règne autour du halo des lampes à huile, c’est toute l’ambiance des tableaux de Vermeer qui reprend vie… Les intérieurs Amish sont très colorés, les murs souvent peints de couleurs vives. Tout est en bois, simple, rustique et fonctionnel mais réveillé par du verre, des céramiques, des textiles de couleur. Les matelas des lits sont emplis de paille, que l'on change, deux fois par an. Les jardins affichent également des palettes de couleurs vives et éclatantes.

Les communautés

USA : Les Amish... Retour vers le passéLes Amish sont regroupés en communautés qu’ils désirent conserver réduites afin d’éviter les recherches d’autonomie. Une communauté, ou ferme, regroupe environ 35 à 40 familles soit 250 à 300 personnes. Un espace géographique de petite taille favorise la cohésion du groupe. Dans chaque ferme vivent ensemble quatre à cinq générations : des petits-enfants aux arrière-grands-parents. Chaque couple a en moyenne 10 enfants… Leur système est quasiment autarcique. Pour exemple, ils refusent la Sécurité Sociale parce qu’ils considèrent qu’il n’est pas " adulte " d’être assisté par l’état. Le premier souci de l’individu ou du groupe est de réfléchir si telle ou telle chose est indispensable au bon déroulement de l’existence. Si la réponse est non, et c’est souvent le cas parmi tout ce que peut offrir notre civilisation de consommation, ils rejettent purement et simplement.

Leurs activités

USA : Les Amish... Retour vers le passéL’impression d’assister au tournage d‘un film historique s’arrête au moment où l’on observe les Amish à l’ouvrage. Leurs activités sont essentiellement artisanales et agricoles. Leurs outils ont une apparence ancestrale mais maniés avec fermeté, rigueur, courage, habileté, patience, ils permettent d’aboutir à d’excellents résultats. Les Amish refusent l’électricité, je l’ai précisé, car tirer une ligne jusque dans leurs maisons serait la porte ouverte au monde factice des images, du son, de la facilité… Mais pour leur industrie – au sens ancien du mot - ils ont contourné la difficulté : les Amish fabriquent eux-mêmes leur propre électricité, en utilisant gaz et kérosène. Vivre en autonomie est leur maître mot. Le progrès n’a de valeur à leurs yeux que si l’on demeure capable de le gérer par soi-même, à petite échelle, pour mieux travailler. Malgré la fée électricité, rien ne remplacera jamais dans le travail l’union sacrée de l’homme et du cheval. Au sein des communautés Amish, le rendement se mesure à l’aune de ce que peut produire un cheval au cours d’une journée. Certes, on sourit de les voir se déplacer dans leurs carrioles à cheval (les buggies), si incongrues dans le flot des voitures américaines modernes. Mais, si l’on réfléchit cinq minutes, aux vues des embouteillages locaux, ils circulent aussi vite que " l’homme moderne " ! Et puis, ils polluent moins ! L’odeur du crottin est certes plus " précise " que celle de l’oxyde de carbone mais elle est sûrement moins néfaste à l’environnement et à la santé ! Dans un petit village j’ai été saisie par la quiétude de l’endroit : nulle voiture : aucun bruit de moteur pour perturber la tranquillité ancestrale. Seul le bruit des sabots des chevaux troublait le silence… Pour goûter à cette tranquillité, je vous conseille d’emprunter les tout petits chemins qui parcourent la campagne du comté de Lancaster. Tout y est soigné, la terre est entretenue avec amour et respect. Les hommes, absorbés par leurs tâches, déploient une force, une ténacité, une constance remarquables. Ils sont courbés sur leur ouvrage et ne se laissent distraire par rien. Ils pellettent, piochent, creusent, sèment, bêchent, avec le plus admirable acharnement. Dans leurs ateliers, les femmes sont pour beaucoup absorbées par les travaux d’aiguille. Leur grande spécialité est le patchwork, appelé quilt. Cette production est d’ailleurs très prisée et constitue un apport financier non négligeable pour la communauté. Bien que discrets et réservés, les Amish sont accueillants, le visage toujours éclairé par un sourire aimable.

Leur croyance et leur philosophie

Précisons-le, les Amish ne composent pas une secte mais une communauté. Chez eux, il n’y a pas d’endoctrinement. D’ailleurs, ils se méfient de la parole, car non-violents, ils considèrent le verbe comme le premier vecteur possible d’agression. Leur première prédication est celle de l’exemple. Si, par extraordinaire, un non Amish, séduit par leur philosophie et leur mode de vie, désire s’intégrer à la communauté, il ne reçoit pas, comme pour beaucoup de religions, un enseignement oral et écrit. Là, on lui tend une brosse et on lui dit : " il faut étriller les chevaux ". Peu reste…. Cette vertu de l’exemple est le pilier essentiel de l’éducation que les Amish servent à leurs enfants. La vie des Amish est guidée par une règle, celle de l’Ordnung. Cette règle est d’ordre religieux et conditionne tous les détails de la vie pratique, de la naissance à la mort. L’accent est mis sur la simplicité de la foi : il faut suivre Jésus dans la vie de tous les jours, c’est-à-dire renoncer à soi-même, ne pas vouloir jouer un rôle dans le monde, apprendre à supporter les épreuves avec patience et tout espérer de " l’autre monde ". La philosophie Amish, proche du stoïcisme, est en religion, un quiétisme teinté de piétisme. D’une manière très conforme au pessimisme monastique, les Amish pensent que la seule manière possible, pour eux-mêmes, de mettre en pratique les enseignements de Jésus, c’est de vivre en communauté et d’essayer de se soustraire aux mauvaises influences du monde moderne en s’en séparant. Il faut noter qu’en 1960, un schisme a eu lieu chez les Amish. Les protagonistes de cette dissidence voulaient alléger la rigueur des préceptes de leur Eglise et, notamment, permettre l’usage des nouvelles technologies. Le Nouvel Ordre a ainsi été créé. Et l’utilisation des voitures (il ne faut pas exagérer : elles doivent être noires et banales…), du téléphone et de l’électricité est désormais permise. Cependant, le Vieil Ordre, toujours extrêmement vivant, lui, s’y refuse. En dehors de leur vie quotidienne, leurs principes les conduisent à refuser de : - faire partie de toute structure politique, - d’avoir recours à la Justice d’Etat. S’ils sont poursuivis, ils ne se défendent pas, s’ils ont subi un tort, ils ne portent pas plainte. Les Amish construisent et entretiennent leurs propres écoles, avec leurs propres enseignants. Leur cursus est rudimentaire : il se borne à l’enseignement primaire. Ils sont objecteurs de conscience. Depuis peu, ils ne paient plus d'impôts puisqu'ils ne coûtent rien à l'Etat. Ils ont recours à la médecine classique, mais ne veulent percevoir aucune allocation ni pension. A noter qu’ils décident eux-mêmes du moment où ils prennent leur retraite : du moment qu’un père à un ou deux fils de plus de 20-22 ans et même s’il est jeune, 40-45 ans, il arrête son activité pour se consacrer alors à des travaux manuels plus doux que la terre, le bois par exemple. Cependant, quel que soit l’âge d’un Amish, on le verra toujours un outil dans les mains… Comment leurs jeunes vivent, acceptent et s’intègrent dans cette vie ? Ils ne sont apparemment pas cloîtrés et semblent avoir parfaitement connaissance du monde dit moderne. Certains tentent de s’affranchir et vont voir ailleurs si le néon, les voitures, le cinéma sont aussi attrayants qu’il y paraît. D’après ce que j’en sais, la plupart reviennent dans leur milieu où la chaleur et l’entraide familiales n’ont d’égales nulle part ailleurs. Ceux qui finalement demeurent chez " les Anglais " sont très appréciés pour leur conscience au travail, leur fiabilité et leur honnêteté. Les jeunes ne sont pas véritablement Amish puisqu’ils choisissent le baptême entre 18 et 22 ans. On ne le devient que par le baptême, reçu à l’âge adulte.

Espoir ?

Tous les prévisionnistes supputaient, il y a une vingtaine d’années, la disparition des Amish dans le grand " melting pot " américain. Il n’en est toujours rien aujourd’hui. La vie en autarcie pratiquée par les Amish semble les protéger des grandes menaces que constituent les déviances dues à la surexploitation des ressources et à l’élaboration de nouvelles technologies. Ils produisent eux-mêmes ce qu’ils consomment et font absorber à leur bétail. Aussi, sont-ils protégés des OGM et, plus généralement, de tout ce dont l’impact sur l’environnement et la santé n’est que très mal maîtrisé par leurs créateurs. Farines animales et maïs transgénique sont inconnus chez eux. A découvrir cette société singulière, on ne peut qu’être amené à réfléchir sur bien des aspects de la nôtre…Les Amish, par leur respect des choses simples et essentielles de la vie, sont probablement, à l’heure actuelle, en avance sur les rêves les plus fous de fraternité, d’entraide, de solidarité, de respect d’autrui et de conservation de l’espèce de biens des mouvements " modernes ". " Si l’excès est raboté, le superflu supprimé, le nécessaire même, réduit à sa plus simple expression, nous nous apercevrons alors que la beauté nous attendait ".

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