
Brésil
Brésil : Salvador de Bahia, Pelhourino
Salvador da Bahia. C’est d’abord la légende, le rêve, l’imaginaire en marche. Corto Maltese, le gentleman marin d’Hugo Pratt, y a promené sa nonchalance légendaire, dans l’album « Sous le signe du Capricorne ». Une véritable invitation à la découverte dans les bulles du dessinateur italien. Aujourd’hui encore, les marins du monde entier souhaitent y faire escale. Fidèle à l’image qui lui colle, Bahia l’étincelante fait rêver. Capitale du Brésil pendant deux siècles, et désormais de l'Etat de Bahia dans le Nordeste brésilien, Salvador brûle d’un centre-ville palpitant de jour comme de nuit. Balade dans Pelourinho, le centre de vie de la cité.
A chaque classe sociale son bus...
A peine descendu de l’avion, la chaleur est étouffante. Dans le taxi qui me mène à l’hôtel, je n’en reviens pas. Partout des affiches 4x3 de la campagne électorale des présidentielles 2002 vantent les mérites des candidats. Impossible de rater Lula, le nouveau président, son étoile rouge et le numéro 13 de son Parti des Travailleurs. Sur le chemin également, une université catholique gigantesque où trône au fronton une maxime de dévotion à « Jésus Christ Notre Seigneur ». Bahia ouvre déjà grand ses bras et ses contrastes à qui veut bien les découvrir. Une fois arrivé à Barra, rien de tel que le bus pour rallier la Praça Da Sé, la porte de Pelourinho. Je monte dans un classique à 1,10 real mais j’aurais pu choisir le luxe d’un bus avec air conditionné et débourser 2,20 reais (R$). Ou encore me déplacer en mini-bus pour 3,30 R$. A chaque classe sociale son moyen de transport… Le trajet n’est pas très long pour rejoindre la Cidade Alta. Pas plus d’un quart d’heure. Le chauffeur me fait signe de descendre. On est arrivé au terminus : la Praça da Sé. Derrière l’arrêt, un vieillard en costume gris n’arrête pas de siffler. Il règle la circulation sans se faire réellement respecter…
L’histoire à tous les coins de rues
Les premiers pas ne se font pas seuls. Alors que mes yeux découvrent au loin la Baie de tous les Saints, dans laquelle Amerigo Vespucci serait entré le 1er novembre 1501, un bracelet s’est déjà posé sur mon poignet. « C’est un porte-bonheur, explique un jeune garçon. Un nœud correspond à un vœu, tu peux en faire quatre. » Pour obtenir la protection d’un Saint de la Cité. Sur le petit morceau de tissu, on peut lire « Lembraça do Senhor do Bonfim da Bahia ». Devant moi, on se bouscule. Chacun veut sa place dans l’Elevator Lacerda. Le grand ascenseur qui relie la Cidade Alta et la Cidade Baixa. Quelques mètres plus loin, à l’entrée du Terreiro do Jesus, on me propose de la marijuana et encore de changer mon argent. Et enfin, Pelourinho est là.
Les façades bleues, vertes, rouges et jaunes offrent un véritable arc-en-ciel. L’histoire de la ville transpire de ces murs multicolores. Europe et Afrique se mêlent. Le passage de chaque ethnie se révèle dans ce centre entièrement pavé, comme une grande mosaïque. Même s’il a physiquement disparu, le Pelourinho demeure le nom donné au poteau sur lequel étaient battus les esclaves africains. Dans les bateaux qui les menaient au Brésil, ces derniers ont apporté leurs croyances, leurs Dieux, leurs vies. Les colonisateurs portugais ont débarqué leur foi chrétienne et leurs églises gigantesques. L’histoire de Salvador s’est écrite avec ses cultures si différentes.
Des quatre coins du Terreiro, une forte odeur d’huile de palme africaine parvient à mes narines. Plusieurs bahianaises, dans leur traditionnelle robe blanche, font frire des acarajés dans un bain de dendê. Ces boulettes fourrées aux crevettes que l’on déguste à toute heure du jour et de la nuit. Sur cette même place, trois édifices religieux sont érigés dans un rayon de 100 m. Présentes depuis le XVIe et le XVIIe siècle, la Catedral Basilica, l’Igreja Sao Pedro dos Clerigos et l’Igreja do Ordem Terceira de Sao Domingus sont des chefs d’œuvre en péril dans le quartier emblématique de Bahia. Quelques mètres en contrebas, je pénètre dans l’Igreja do Sao Francisco. Des fidèles sont en pleine prière. Dédié à Saint-François d’Assise, qui avait fait vœu de pauvreté, l’édifice est inimaginable. De superbes faïences, importées du Portugal, décorent l’ancien couvent. La feuille d’or épouse les murs.
La misère côtoie le Patrimoine Mondial de l’Humani
Plusieurs ruelles me conduisent au Largo do Pelourinho, le centre du centre. Ces endroits chaleureux abritent les petites galeries des artistes locaux. Sur le Largo, l’église NS do Rosario dos Pretos arbore ses magnifiques couleurs jaune et bleu. Face à elle, la Casa de la Fondation Jorge Amado, du nom de célèbre auteur brésilien, lui rend la pareille. Sortant d’une façade verte, un tatoueur m’invite à la scarification.
Tous ces murs bleus, jaunes, verts, rouges… l’UNESCO les a intégré au Patrimoine mondial de l’Humanité. Les élus bahianais s’emploient pour conserver au mieux ces témoignages du passé. Mais au détriment du reste de la ville. Chaque rue vivante de Pelourinho tente, sans y parvenir, de dissimuler la misère des quartiers adjacents. Laquelle est compensée par la joie de vivre.
En s’enfonçant dans la cité, en quittant Pelourinho par le Largo, le quotidien des Bahianais est joyeux. Devant sa glacière en polystyrène, un vendeur de noix de coco crie : « Agua de coco, agua de coco ! ». Armé d’une machette, il décapite le fruit, enfonce une paille. Ses clients se désaltèrent avec ce jus très frais. Cette eau, ce lait, se boit gelé, « gelado » en brésilien. Pour seulement un demi real, je me laisse tenter. Pour goûter à la chair de la coco fraîche, il suffit de casser la noix en la jetant par terre. Un vrai jeu d’enfant pour un vrai délice. Dans la même rue, entre le cordonnier et le marchand de tissu, la vie coule doucement.
Plus on s’enfonce dans la ruelle, plus les façades apparaissent délabrées. Les murs pleurent leurs couleurs perdues. Les familles, sur les pas de portes, font l’inventaire de ma tenue. D’un coup, un drôle de sentiment s’invite. Les images sont toutes autres. A l’ombre d’un muret, sans que personne ne soit troublé, un SDF dort près d’un vieux pick-up fatigué. Un jeune garçon en haillons me presse de lui laisser quelques reais. Salvador soudain montre un autre visage. Celui de la pauvreté.
Le peuple de la fête
La nuit, la condition sociale disparaît. Les Bahianais se retrouvent. Pour faire la fête. Tous les soirs, les restaurants font le plein. Au 1er étage d’une maison colorée, des danseurs s’enflamment. Les tambours accompagnent leur transe. Ils répètent, sans le savoir, devant les clients d’un restaurant, installés au balcon de l’établissement. La musique est omniprésente dans la nuit bahianaise. Dans les bars comme dans les rues.
Et tous les mardis, c’est l’explosion. Se retrouver dans Pelourinho le mardi soir est un bonheur. Dans la chaleur moite de la cité, le doux son du bérimbau s’invite à mes oreilles. L’instrument à cordes des capoeiristes rythment leur danse de combat. Les danseurs, assemblés en cercle avec leurs tenues d’apparats, s’encouragent. Le bleu se mêle au jaune et au vert comme sur le drapeau national. Ils enchaînent, dans la plus pure tradition, des gestes d’une incroyable souplesse.
Le Terreiro do Jesus est noir de monde. Pas un mètre pour se mouvoir. Sous les petites guérites qui abritent des bars de fortune, des barmaid préparent la caipirinha. La boisson nationale à base de cachaça, le rhum local, de citron vert et de glace pilée, coule à flots. Tout le monde se laisse aller à la fête. Sur la grande scène hebdomadaire, la musique traditionnelle coule. Un artiste s’en donne à cœur joie avec sa cohorte de danseurs. Il ondule devant son public. Sur les trottoirs comme dans les rues, les jeunes Bahianaises bougent. Sans aucun tabou. Toutes rivalisent de décolletés pigeonnants pour attirer les regards des prétendants. Simplement Bahia fait la fête. En s’enivrant dans la joie comme le veut la tradition. Celle de la folie des mardis soir.
La ville, déjà si chaude le jour, se révèle bouillante la nuit tombée. Dans les rues reliant le Terreiro au Largo do Pelourinho, les sons des tambours m’attirent. Une école de samba répète en public et en extérieur. Pour simplement partager son bonheur. Une vingtaine de musiciens joue à l’unisson. Leurs tambours claquent. Les applaudissements s’ajoutent à leur mélodie. La chaleur étouffante est soudain plus douce. En contre-bas, sur le Largo, la fête est plus familiale. Des Bahianaises, en tenue traditionnelle blanche, s’agitent devant la Casa Jorge Amado. Elles enchaînent les pas de danse. Imitées par deux gamins portant chapeau et tenue blanche.
Une course poursuite survient alors. Un jeune homme court. Les policiers locaux le rattrapent. Plaqué au sol, le pickpocket est emmené loin du Largo. Le calme revient vite. La musique ne s’est même pas arrêtée. Pour rejoindre la Praça Da Sé, je repasse devant les échoppes des artisans. La foule déverse un flot continu de visiteurs dans les ateliers. Et il devient plus en plus difficile de bouger. La nuit vient seulement de débuter…
Lorsque Bahia devient folle, c’est en taxi qu’il faut quitter l’agitation. Le chauffeur m’explique alors qu’à Salvador, ce bonheur de nuit ne fait qu’un avec celui de la journée. Bahia est bien une vraie terre de bonheur.
info plus
Ville de plus de deux millions d’habitants, Salvador accueille des marchés ou mercados magnifiques. Des lieux colorés et superbement odorants. Le plus célèbre est le Mercado modelo, malheureusement, devenu au fil du temps, une concession de Bahia au tourisme exacerbé. Il faut mieux lui préférer les ruelles du marché traditionnel de Sao Joaquim, près de Bonfim, dans la Cidade baixa. Pour s’y rendre, il faut emprunter le bus. Une farandole de couleurs s’offre sur les étals. Papayes, goyaves, ananas et fruits locaux, jamais exportés, se serrent. Pour les amateurs de photos, c’est un endroit de rêve. Les boucheries et poissonneries en plein air y sont très pittoresques. Vraiment une étape à ne pas manquer à Bahia !
Vous pourrez également découvrir dans ces mercados des hommes dormant dans des brouettes ! «Ici les gens boivent de la cachaça et quand ils sont trop saouls, ils préfèrent faire une pause et dormir », explique Christine, une Française expatriée depuis 18 ans, qui tient la charmante Pousada Ambar, une pension de famille, dans le quartier de Barra. Son établissement, situé rua Alfonso Celso 485, n’est vraiment pas cher… et on a l’impression d’être à la maison. Un véritable coup de cœur. Elle bénéficie d’un gros avantage : celui d’être à l’écart de Pelourinho et de son agitation nocturne ! (tél. 264-6956 ;
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Bon à Savoir : le real, la monnaie, a subi une forte dévaluation dès le début de la campagne électorale des présidentielles en septembre 2002. La victoire de Lula n’a pas arrangé les choses. A l’origine, un real valait un dollar américain. Désormais 1 $ équivaut à 3,50 reais (R$).
Formalités : le passeport est indispensable. Il faut être vacciné contre la fièvre jaune. Et ceux qui souhaitent continuer leur route jusqu’en Amazonie, doivent prendre les mesures adéquates concernant le paludisme.
Se renseigner : office de tourisme du Brésil en France : Ambassade du Brésil, 34 cours Albert 1er, 75008 Paris. Tél. 01.45.61.63.00.






