Bali : Rite sacré, une crémation dans la jungle

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Bali : Rite sacré, une crémation dans la jungle

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Dominique et Paul Mariottini | 21.11.2003 | 4403 visites | 0Favoris |
Dominique et Paul Mariottini

Bali : Rite sacré, une crémation dans la jungleA Bali tout est sacré et la crémation est un des rites les plus vivaces de la religion hindouiste. Ce grand rite mortuaire témoigne de la ferveur religieuse qui, dans la vie comme dans la mort, unit le sort de chaque Balinais à celui de son village…

Les royaumes hindouistes et l’hindouisation de Bal

Si l’on ignore précisément comment les civilisations de l'Inde et de Ceylan ont réussi à s'implanter sur les rivages de l'archipel indonésien, on suppose qu’il existe plusieurs raisons à cette hindouisation : exil de princes, voyages de moines et de marchands, qui introduisirent la civilisation indienne. Puis les seigneurs des îles firent venir auprès d'eux des lettrés capables de les initier au sanskrit, au bouddhisme et à l'hindouisme. Les souverains et leur cour adoptèrent alors les structures sociales de l’Inde (castes), les philosophies (brahmanisme, hindouisme, bouddhisme) et l’écriture. Réputée inhospitalière, Bali vécut longtemps à l’écart, jusqu'à ce qu’une reine de Java, franchisse le détroit entre les deux îles pour épouser un prince et faire bénéficier Bali de l'influence hindoue de Java. Par rayonnement la société évolua vers les concepts de l'Inde. Mais l'islam se répand rapidement à travers l’île de Java, ce qui attire à Bali toute «l'intelligentsia». Bali devient alors le refuge de l’hindouisme. De nos jours, l'islam ne s'est toujours pas imposé à Bali, contrairement à ce qui s'est passé dans le reste de l'Indonésie, et l'influence hindoue y demeure.

L’hindouisme à la Balinaise.

L'hindouisme de Bali est très différent du rituel pratiqué en Inde, il repose sur des éléments sociaux propres à l’île et la mentalité de ses habitants l’a remodelé. On y retrouve certes le culte d’un dieu suprême et les trois grandes divinités hindoues (trinité regroupant Vishnu, Shiva, et Brahmâ), mais cette religion se rapproche d'une religion animiste car en dehors de cette trinité, les Balinais adorent diverses divinités des montagnes, de la mer et des rivières, des dieux propres à chaque village, chaque maison. De plus, pour les balinais, l’île et la mer sont peuplées d’êtres surnaturels, esprits ou démons. Les autres grands principes que l'on trouve en Inde existent aussi à Bali, mais adaptés et moins contraignants. Le système des castes par exemple n'a pas la rigidité de celui de l'Inde. Mais surtout, les balinais ont spiritualisé toutes les manifestations de la nature et de la vie, chaque geste, chaque événement de la famille ou du village, a une importance magique ou religieuse. Tous les grands événements de la vie sont marqués par des cérémonies religieuses. Chaque jour, les dieux reçoivent leurs offrandes, il y a les fêtes au temple, les rites de purification, les processions, les danses, les crémations.

Le rite sacré de la mort.

Façonnés par l'hindouisme, les Balinais savent que leur vie s'inscrit dans le grand cycle des renaissances qui mène l'âme purifiée vers la paix du ciel. Jamais le sacré ne se sera aussi bien exprimé à Bali que dans le cérémonial de crémation qui est un des rites les plus vivaces de la religion hindoue. Mais ici, la mort n’est pas aussi tragique qu’en Inde et la crémation n'a rien à voir avec nos enterrements. Il s’agit d’une fête qui concerne l’ensemble du village, le disparu appartenant à la communauté. L’incinération, en réduisant en cendres le corps du défunt permet à l'âme immortelle qui erre sur terre de poursuivre son chemin, libérée de son enveloppe charnelle, et de renaître sous une nouvelle forme. Si l'habitude d'incinérer le mort vient de l'Hindouisme, les balinais en donnent un caractère différent de l'Inde; en croyant en la force purificatrice de l'eau et du feu : pour que l'âme puisse accéder à l’au-delà, il faut que les cendres soient dispersées dans la mer ou dans une rivière.

La préparation

Bali : Rite sacré, une crémation dans la jungleCérémonie très onéreuse (certaines crémations coûtent le prix d'une voiture ou d'une maison et représentent toute une vie d’économie) est souvent collective et a lieu plusieurs mois, voire plusieurs années après le décès. Mais l’incinération est un devoir sacré et personne ne s'y dérobe. Dès que la famille a réuni les fonds nécessaires, le village tout entier prépare le sarcophage et la tour, qui s'en iront en fumée avec le corps. La tour (ou bade), symbole du cosmos, repose sur une tortue qu'enlace un naja. La base représente la montagne du monde et le toit la montagne du ciel, le mort se trouve ainsi placé entre ciel et terre. Cette tour de bambou, couverte de tissu, d’étoffes, de papiers colorés et de morceaux de miroir indique, par sa richesse et par le nombre de ses toits, l'importance du défunt (les castes inférieures n’ont droit qu’à un seul toit).

La cérémonie

Bali : Rite sacré, une crémation dans la jungleLa date de la crémation est choisie par les astrologues, puis fixée par le prêtre (ou pédanda). Le corps est ramené du cimetière et déposé à l'intérieur de la cour de la maison familiale où s'amoncellent les offrandes. On dispose dans le cercueil des mets et des objets qui le préserveront des mauvais esprits. Le défunt est couvert de pétales de fleurs, de riz, de parfums. Le prêtre récite de longues prières dans un profond recueillement. Puis, quelques dizaines d'hommes arrivent au son du gamelan (instrument à percussion), saisissent le cercueil et le hissent en haut de la tour de bambou pour transférer le corps sur le lieu de la crémation.

Bali : Rite sacré, une crémation dans la jungleLe cortège funèbre, suivi d'une longue procession de femmes porteuses d'offrandes, rassemble tout le village. Les porteurs font tourner la tour à plusieurs reprises pendant le trajet pour que l’esprit du mort perde le chemin du retour et ne retrouve le village. Sur le lieu de la crémation, le prêtre récite les formules sacrées et arrose une dernière fois la dépouille qui quitte la tour pour le sarcophage. Le sarcophage prend toujours la forme d'un animal, selon la caste c’est un taureau (Brahmanes), un lion ailé ou un poisson-éléphant. Les parents et les amis jettent des sous pour payer la rançon destinée au dieu de la mort. Le prêtre récite les ultimes prières, on met ensuite le feu au sarcophage et à la tour.

Bali : Rite sacré, une crémation dans la junglePour les balinais, l’âme n’est pas contenue dans le corps, elle est partout. L’incinération est le moment ou l’âme prisonnière du corps s’évade, il faut donc que le corps soit entièrement brûlé. Alors que la famille nourrit les invités, le village entier regarde le brasier se consumer jusqu'à ce qu'il n'en subsiste que des cendres. Lorsque le bûcher est éteint, la famille recueille les cendres dans des noix de coco. Le lendemain de la crémation, les cendres sont portées en procession, jetées dans l'eau purificatrice et dispersées dans la mer ou les eaux d’une rivière, tandis qu'au village la vie reprendra son cours.

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La crémation, à Bali, garde partout son importance et si l’occasion d’y assister se présente, il ne faut pas la manquer ; les balinais, dans la mesure où l’on respecte leurs rites, sont accueillants à l’égard des étrangers qui se joignent à leurs fêtes.

Vous aurez plus de chance d’assister à une crémation si vous êtes voyageur individuel ou en séjour hôtelier à Bali. Un voyage en circuit organisé, par manque de temps et pour respecter son programme, ne pourra pas vous y conduire.

Les crémations sont prévues et annoncées longtemps à l’avance. Toutes les agences de voyages et tous les grands hôtels y envoient leurs clients. Le plus simple est d’aller dans ces hôtels (la plupart d’entre eux disposent d’un tableau indiquant les dates des crémations et les réceptionnistes sont au courant de tous ces événements).

Les conditions du reportage

Un voyage individuel à Bali nous a permis d’effectuer ce reportage. L’information de la crémation nous a été fournie par le réceptionniste de l’hôtel que nous occupions dans la ville d’Ubud. Après contact avec une agence pour le transport sur les lieux, nous voilà le matin dans un petit village, avec quelques autres européens, au milieu de centaines de balinais en tenue de fête.

Notre privilège : le défunt, un Brahmane, caste aisée et supérieure et par conséquent gage d’une cérémonie fastueuse et d’une crémation individuelle, était aussi un villageois, d’où la crémation en pleine jungle, ce qui ajoute une note insolite à cet événement.
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