
Singapour
Singapour : Chinatown
Sur la voie express qui nous mène de l’aéroport en ville, nous avons l’impression d’évoluer au sein d'un immense jardin botanique. En pénétrant dans Singapour nous découvrons une ville propre et ordonnée, à l’aspect d'une grande cité moderne. Nouveau carrefour mondial, Singapour est devenue, en un siècle et demi, l'une des plus belles villes d'Asie. La conséquence en est une véritable frénésie immobilière. Pour faire place aux gratte-ciels et aux tours d'acier et de verre, des quartiers entiers, des rues, autrefois peuplés de petits commerces, sont rasés, entraînant la disparition de nombreuses activités traditionnelles. Face à la menace de la disparition du patrimoine exotique et colonial de la ville, le gouvernement a mis en chantier un projet destiné à réaménager les quartiers pittoresques et de Singapour (Chinatown, Boatquay, Little India).
La ville chinoise, un autre monde
Tous deux (et notre plan) quittons, à pied, le quartier colonial en direction de South Bridge Road. Une coexistence entre le moderne et l’ancien commence, progressivement, à se laisser deviner.
Les gratte-ciels se dressent au-dessus des vieilles demeures et à deux pas de ces modernes buildings, l’ambiance de la rue affiche sa culture chinoise. Paradoxalement, en empruntant Pagoda Sreet et ses maisons de thé, on croise le plus vieux temple indien de Singapour : le temple Sri Mariamman et ses sculptures de personnages hindous.
Entre Pagoda Street et Temple Street les pharmacies chinoises fourmillent, avec en vitrine, des bocaux renfermant racines de ginseng et cornes de rhinocéros. En fond de ces échoppes, on aperçoit toutes sortes d'armoires dont on ne peut s'empêcher d'imaginer les contenus exotiques, composant mystérieux de la pharmacopée chinoise...
Tout ce quartier, de Pagoda Street à Smith Street, est entièrement rénové (trop ?) et occupé par de nombreuses échoppes en tout genre d'où s'échappent mille et une senteurs. Dans Trengganu Street, qui coupe les rues précédentes, nous observons de talentueux fabricants d’ombrelles en papier, puis, plus loin quelques calligraphes, traçant au pinceau des caractères inconnus. A l'angle de Trengganu Street et Smith Street nous nous glissons dans le marché du matin. Il nous est difficile de nous frayer un chemin entre les étals de poissons, de poulets et de fruits exotiques. Notre curiosité est tout à coup titillée par de surprenants marchands de grenouilles, tortues et lézards, chauves-souris et serpents (ingrédients de soupes ou de médecine chinoise ?). En face, de vieux Chinois s’attroupent autour de marchands d'élixirs cernés de toutes sortes de pommades et de poudres d’animaux écrasés et séchés.
De retour sur Bridge Road, nous apercevons People's Park complex. Connu pour ses prix avantageux, il est un des premiers shopping centers construits à Singapour.
Singapour paradis du shopping
Port franc, comme Hong Kong sa rivale, Singapour, est un véritable paradis pour les consommateurs. Le People's Park, à Chinatown, est spécialisé dans le matériel électronique : caméras, magnétoscopes, appareils photo... Aussitôt, je craque pour un téléobjectif de 300 mm dont le prix me paraît alléchant, mais après discussion (dans la bonne humeur) l’objet convoité, arraché de haute lutte, s’avère carrément être une affaire ! Si au cœur de Chinatown, on n’entend que le chinois (malgré les quatre langues officielles que sont le malais, le tamoul, l’anglais et le mandarin), le commerçant s’adresse à nous en singlais (mélange d’anglais et de singapourien) et nous assure qu’il vaut mieux s'affairer dans le quartier durant la période du nouvel an chinois. Chinatown se pare alors de kilomètres de guirlandes lumineuses et déborde d'activités.
Cuisine au goût flatteur et amendes amères
Est-ce la marche ou l'odeur des épices fraîchement moulues ? Un petit creux, au bas de l’estomac, se fait ressentir. Ici pas de problème, à chaque coin de rue... un chinois marchand de soupes. En réalité, Singapour, et Chinatown en particulier, possède de nombreux complexes de restauration qui n’ont pas été détruits, mais modernisés, sous la contrainte des services d'hygiène. Les anciens marchands ambulants chinois (hawkers) se sont sédentarisés et regroupés en hawkers centers (food centers). Nous en choisissons un en plein air, car l'ambiance est là et nous voici aussitôt devant quantité de plats, tous très bon marché. Je commande des satay sur l'un des stands, du poisson à un autre et une boisson à un troisième. A peine sommes nous installés à une table que l’on s'affaire déjà à nous servir. Comment sont-ils parvenus à nous repérer aussi vite au milieu de toutes ces tablées d'affamés ? Tous les mets sont servis en petits morceaux émincés (la tradition veut que l'on mange avec les doigts dans le sud-est asiatique) et en guise d’assiette, présentés dans des feuilles de bananiers. Notre curry de poisson est lui enveloppé dans des feuilles de palmier. Au moment de partir, un des hawkers, s’approche de nous et nous recommande de ne surtout pas jeter ces assiettes improvisées à terre... Avec un grand sourire, il nous explique qu’à Singapour, tout est passible d'une amende, qui peut être exorbitante si nous jetons papiers, détritus, ou mégots, si nous crachons par terre, si nous traversons une avenue hors des passages piétons, si nous fumons dans les lieux où c’est interdit, c’est à dire partout (métro, taxis, bus, ascenseurs, théâtres, cinémas, bureaux, halls climatisés), seuls restaurants et coffee-shops disposent de zones fumeurs et non fumeurs. Avec force courbettes, nous le remercions vivement pour ses précieux conseils….
Shop houses nouvellement restaurées et vieux templ
L’après-midi sera consacré à la visite de la ville basse, enserrée entre les tours de la City. Nous empruntons Club Street, l’une des plus anciennes rues de la ville où nombre de familles chinoises prennent « le frais » (enfin...presque) sur le pas de leur porte. Nous nous régalons du spectacle de la rue, riche en métiers traditionnels, avant de redescendre sur Telok Ayer Street par Amoy Street.
Ici, à Amoy Street, Chinatown est devenu chic et branché, les shop houses (maisons de commerce traditionnelles) élégamment rénovées, sont à présent occupées par des agences de publicité et des bureaux d'avocats. La rénovation a chassé du quartier les derniers métiers traditionnels...
Nous terminons notre balade de découverte par Telok Ayer street et ses vieilles maisons de bois et de plâtre, construites par les chinois du début du siècle. Plus haut, dans la même rue, nous apercevons enfin le temple taoïste Thian Hoi Keng (non loin d'un temple indien et d'une mosquée).
Thian Hoi Keng est le plus ancien et le plus beau temple chinois de Singapour. Il est dédié à la déesse protectrice des marins. Il fut construit par les émigrants des provinces du sud de la Chine en reconnaissance de leur voyage sans encombre. Puis les nouveaux immigrants viendront y offrir des prières de remerciements pour leur bonne traversée. Plus tard, vers 1840, il sera agrandi et embelli grâce aux dons de commerçants enrichis qui feront venir de Chine artisans et matériaux. Dans l’atmosphère des bâtonnets d'encens fumants, nous admirons les portes peintes et dorées et les poutres richement décorées.
Pour rejoindre la station de métro de Tanjong Pagar, nous traversons la première zone de préservation de Singapour (restaurée avec le concours des Monuments Historiques Français). A Tanjong Pagar, les maisons rénovées et peintes de couleurs pastel accueillent aujourd'hui des salons de thé et des ateliers d'artistes. A cette heure-ci le quartier est peu vivant, mais il s’animera peut être en soirée ? De nombreuses shop houses sont superbement transformées en bars et restaurants...
Le chant des oiseaux
Le lendemain, dimanche, nous nous rendons en tout début de matinée à Tiong Bahru, un quartier à la périphérie de Chinatown. Ici, rien de spectaculaire, sauf, peut-être, la vraie vie des Chinois de Singapour. Tout en flânant, nous recherchons ce petit coffee-shop dont on nous a parlé la veille : « surtout, visitez Tiong Bahru, le dimanche matin, pour son concours de chants d'oiseaux au café de l’angle de Thiong Bahru Road et de Seng Poh Road ». Un brouhaha nous met sur la bonne voie. Des dizaines de Chinois sont déjà là, d’autres propriétaires pénètrent les lieux avec leur oiseau, qu’ils placent aussitôt à côté des autres.
Plusieurs espèces se côtoient dans leurs superbes cages d'osier. Beaucoup ressemblent à des tourterelles. Certains ont une longue queue noire et une tache blanche sur le dos. D’autres, plus petits, sont très colorés et même les plus anonymes sont assez jolis. Devant ce mélange de sons indescriptibles, mais non dénué d'une certaine harmonie, nous quémandons quelques explications à un amateur qui nous apprend (c’est du moins ce que nous avons cru comprendre) que ces passionnés sont regroupés en associations et organisent des compétitions de chants d’oiseaux. Ce dimanche, les oiseaux s'entraînent pour les jours de concours. Notre interlocuteur nous précise que, durant ces compétitions, le chant est noté par des juges selon des règles strictes. Plusieurs critères entrent en ligne de compte, comme la puissance, la beauté, la variété et la longueur du son. Le meilleur total des notes attribuées par les juges désigne l’oiseau vainqueur. Son propriétaire pourra alors le revendre pour une somme importante (en effet, un oiseau, abordable à l’achat, peut atteindre des prix fous lorsqu’il remporte plusieurs concours).
Nous terminons la visite du quartier par Tiong Bahru Market, l’un des derniers « marchés mouillés » de Singapour. Le sol y est arrosé en permanence pour conserver la fraîcheur des fruits et des légumes. Les allées du marché sont un festival de bruits et d'odeurs ! Lieux de rencontre des chinois de Singapour, les marchés mouillés étaient autrefois beaucoup plus nombreux.
Rescapé, mais de justesse
En détruisant systématiquement tous les vieux quartiers jugés insalubres, les autorités de Singapour, dans leur excès de propreté et de modernité, ont voulu rompre avec le passé et l'histoire. Sous l’assaut continu des bulldozers, le charme de la ville s’étiolait, tout comme le quartier de Chinatown...
Par bonheur, les autorités ont réagi et mis l'accent sur la sauvegarde du patrimoine. Le gouvernement a décidé la préservation de certains secteurs, dont une partie de Chinatown. Ce rescapé, en cours de restauration, mène une vie active à deux pas des buildings modernes. On peut y passer la journée entière à y faire du shopping, s’y restaurer, papoter avec certains habitants, observer et photographier ses rues animées. Et c’est tant mieux pour Singapour, qui a pu, ainsi, retrouver une partie de son authenticité, en rupture avec l’autre versant de sa ville, moderne et très occidentalisé.
info plus
Climat : situé près de l’équateur, Singapour jouit d’un climat chaud et très humide tout au long de l’année (particulièrement de mai à septembre). Pendant la mousson les averses sont fréquentes, principalement entre novembre et janvier. En juillet et août, les orages sont brefs mais violents (coups de Sumatra).
Shopping : achats intéressants en électronique, photo, vidéo, à condition de connaître l’article et sa valeur avant de partir. La plupart des achats se font dans les shopping centers pour le matériel électronique. Pour les appareils photo et la vidéo :
1) vérifiez que la garantie soit internationale, sinon réclamez-la.
2) vérifiez la compatibilité des systèmes avec les normes européennes.
3) vérifiez si l’appareil n’est pas défectueux (normes de qualité moins strictes qu’en Europe)
4) Surveillez le montant autorisé de vos achats et conservez vos factures (les frais de douane ça existe).
Quelques spécialités culinaires à déguster sans modération :
Le chicken rice : lamelles de poulet cuites à la vapeur et riz, le tout servi avec des sauces aux piments, au gingembre et au soja.
Le fish head curry : poisson et sauce curry très épicée.
Le steamboat (équivalent de nos fondues ) : soupe de fruits de mer dans un récipient maintenu en ébullition par un réchaud dans lequel on plonge feuilles de salade, pousses de soja, légumes, œufs, crevettes, poisson, poulet et viande, le tout coupé en dés. A ne pas manquer
Le satay : délicieuse petite brochette de poulet, de bœuf ou de mouton, grillée sur des braises.
Goûtez aussi : les soupes (soto) au poulet, au mouton ou aux crevettes, les vermicelles en soupe ou frits avec des crevettes et du piment, toutes les variantes de riz, les desserts à la noix de coco.
A voir aussi :
Le vieux quartier colonial et ses monuments britanniques du XIX°.
Little india, un quartier qui baigne dans le parfum des guirlandes de jasmin et où les Indiens effectuent leurs offrandes avec ferveur dans des temples aux toits décorés, dans le style de l’Inde du sud.
Arab street, et ses rues serrées autour de la mosquée du Sultan, qui regroupent plusieurs ethnies originaires du Moyen-Orient (ambiance moins fébrile qu’à Chinatown et Little india).
Et pour s’immerger un peu plus dans l’ambiance chinoise, le tour des parcs et jardins comme :
- Le jardin botanique, lieu de prédilection des praticiens du Tai-Qi, gymnastique chinoise fondée sur l’harmonie gestuelle et respiratoire.
- Le jardin du Baume du Tigre (des frères Aw, inventeurs du Baume du Tigre, onguent à l’odeur camphrée) qui propose des reconstitutions de légendes chinoises.
- Le jardin chinois avec sa réplique du Palais d’Eté de Pékin
- Le jardin des oiseaux (Jurong Bird Park) avec des milliers d’oiseaux de toutes espèces et le matin une représentation d’oiseaux chanteurs (comme à Tiong Bahru).






