Mauritanie : Histoire du banc d'Arguin / première partie

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Mauritanie : Histoire du banc d'Arguin / première partie

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Jean Finore | 16.12.2003 | 452 visites | 0Favoris |
Jean Finore

Mauritanie : Histoire du banc d'Arguin / première partieLe Banc d'Arguin, sur la côte Saharienne de la Mauritanie, constitue manifestement l'un des plus prodigieux rassemblements d'oiseaux marins et littoraux de la planète. Là, s'observent saisonnièrement (qu'il s'agisse de visiteurs temporaires, migrateurs venus souvent du Grand Nord ou d'Europe ou d'espèces nicheuses) les plus étonnantes concentrations de limicoles (barges, courlis, chevaliers, bécasseaux divers, pluviers, etc...), d'échassiers divers (hérons et aigrettes, cigognes et flamands)et de palmipèdes (pélicans, cormorans, goëlands et mouettes, sternes et guifettes, pétrels et guépiers) ou d'accidentels (circaètes, aigles et vautours)." Théodore Monod. La presqu'ile du Cap Blanc, réserve naturelle-satellite du Parc, classée site mondial par l'UNESCO, abrite aussi les derniers groupes de phoques moines, à la limite méridionale de l'aire occupée régulièrement par l'espèce, aux portes du désert. Cet étonnant écosystème est si viable qu'il " perdure " depuis le néolithique.

Préhistoire et origine du Banc :

La disparition de la grande faune saharienne et sahélienne marque le terme d'une histoire naturelle millénaire : celle du peuplement biologique d'un univers soumis, durant des dizaines de milliers d'années aux modifications périodiques d'un climat alternativement aride et humide, puis finalement sujet, depuis 3 à 4000 ans, à une longue désertification qui se poursuit de nos jours. L'homme dispose, durant ces quelques millénaires, de conditions de vie très propices qui vont lui permettre de s'épanouir et de peupler abondamment l'actuelle Mauritanie. C'est le néolithique. Localement, la date la plus ancienne apportant la preuve d'une occupation humaine remonte à 6440 A.JC (à partir de 1950) et concerne le site de Tintan, à l'est de la Baie du Lévrier. Ils forment des tribus de pêcheurs et de ramasseurs de coquillages. Puis, peu à peu, toute la côte se voit peupler à son tour. C'est entre 7000 et 4000 A.JC qu'une transgression marine transforme la configuration du littoral. La mer pénètre largement à l'intérieur des terres, donnant naissance à de nombreux abers et à de vastes golfes. Plusieurs fleuves accèdent alors à l'océan. Les grands oueds (Téguédé, Chibka, Chrack), secs désormais, en sont les derniers témoins. La Baie de St Jean jouait le rôle d'un estuaire entre 5 et 4000 A. JC. Une variété de palétuviers s'observe encore de nos jours au Cap Timirist et au nord de l'île de Tidra. Les coquillages marins prolifèrent alors dans les eaux chaudes de ce littoral. Les néolithiques en feront leur nourriture favorite, laissant encore maintenant des 'dépottoirs' qui parsèment la côte. Les néolithiques péchaient des poissons : silures, raies, courbines. Ils consommaient aussi des végétaux. La découverte de squelettes indique que certains sites d'habitants (Tintan) étaient utilisés comme lieux de sépulture. Enfouis parmi les coquilles, tessons de jarres, et de vases décorés, pointes de flèches, molettes et haches polies, grattoirs et perçoirs, perles d'enfilage, coquillages ou oeufs d'autruches trahissent une société évoluée, organisée, dotée d'artistes et d'artisans doués d'un savoir-faire exceptionnnel. C'est une civilisation qui s'épanouit alors sur les rivages accueillants du Banc d'Arguin, et témoigne des progrès décisifs accomplis par l'humanité durant ces millénaires. Cette civilisation sera pourtant témoin ensuite d'une dégradation écologique générale de son environnement. Le recul de l'océan s'accompagne d'un rétrecissement des golfes, qu'attestent aujourd'hui les vastes sebkhas de la Baie du Lévrier, de la Baie d'Arguin, de l'ile de Tidra ou de la Baie de St Jean; d'une extention des lagunes et des mangroves; d'un assèchement progressif des cours d'eau et des marigots côtiers. Le peuplement humain, à son apogée avant cette évolution (transgression marine), a été estimé à près de 100.000 personnes, entre le Cap Blanc et l'actuelle sebkha Tenioubrar, au sud du Cap Timirist. C'est cent fois celle d'aujourd'hui. Un gisement préhistorique découvert à Chami, à 35 km de l'océan, nous permet d'évoquer le mode de vie d'un campement de chasseurs-éleveurs. L'existance de l'élevage, il y a 4000 ans, dont l'apparition bouleverse la dépendance des hommes à l'égard de la faune sauvage, est attestée sur ce site; car 63% des ossements recueillis proviennent de bovidés, généralement domestiqués. La chasse toutefois perdure, servie par une invention capitale du néolithique : l'arc, qui permet de tuer à distance. L'inventaire de ces os permet aussi de dénombrer des phacochères, des oryx gazelles, éléphants, rhinocéros, antilopes, buffles, zèbres, lièvres, grenouilles... Ces animaux témoignent bien de la présence d'un climat beaucoup plus arrosé qu'il ne l'est actuellement. Le paysage du Banc d'Arguin devait certainement ressembler, il y a 3 ou 4000 ans à l'actuel estuaire du Sénégal. Mais la désertification est en marche, inexorablement (mais probablement pas de façon irréversible). Les grands mammifères refluent vers le sud, obligeant les hommes à quitter les lieux. A Tintan et à Chami, les sites sont vides d'habitants depuis 2500 ans. Certes, quelques ultimes groupes de pêcheurs se rassemblent-ils ensuite sur les meilleurs endroits, dont la dégradation écologique est moins rapide. Les Imraguens actuels sont probablement, du moins en partie, leurs descendants. Ce qui est valable pour les hommes, l'est à plus forte raison pour les animaux. Selon la théorie de René de Naurois, relative aux oiseaux; les pélicans et les spatules, les flamands et les sternes, les aigrettes et les cormorans qui peuplent de nos jours le B.A., seraient aussi les descendants des populations qui vivaient jadis dans le dédale d'un grand delta semé d'îlots, de lagunes, de vasières et de mangroves. Bénéficiant des ressources en nourriture de l'océan, ces oiseaux ont pu s'adapter au fil des siècles à la lente désertification de leur milieu de vie, et même à la disparition totale de l'eau douce. La coexistence actuelle d'espèces aux exigences apparemment si opposées devient dès lors beaucoup plus plausible. Un delta offre par définition une mosaïque d'habitats d'eau douce, d'eau saumâtre ou d'eau salée, capable d'accueillir les oiseaux les plus diversifiés.

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