Chine : Steppes mongoles

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Jean-Bernard Antoine | 12.11.2003 | 434 visites | 0Favoris |
Jean-Bernard Antoine

Plein de vide et vides de plaines...

Je roulais doucement vers l'ouest ce soir là. Le train chinois cahotais plus que d'habitude, et peut être d'autant plus que j'approchais de la frontière mongole. La troisième classe ne me faisait pas autant souffrir que d'habitude, parce que je crois que nous étions trois dans le wagon. Et puis à droite, le grand plat vert et doux de la steppe accompagnait mes rêveries. A gauche par contre, s'étendait la masse énorme du ciel. Un ciel manifestement renaissance italienne, avec des mordorés à faire frémir le Louvre et ses toiles. Ecrasé entre l'énorme rien du vide de l'air et l'insignifiant plein du plat de la terre, je me sentais bien fatigué. Déjà 18 heures de trajet... Les gens m'avaient dit que cette région, vers Manzhouli et qiqihaer était le berceau du grand Khan, Gengis pour les intimes. Parce qu'ici la terre est généreuse, même si elle est plate comme une vieille femme. Et les bêtes sont grasses. La capitale de la Mongolie intérieure Huhehaote est plus facile d'accès depuis Pékin, mais c'est une ville récente et les terres qui l'entourent ne méritent pas le nom de steppes. Ah non, ces champs rassis et caillouteux ne sont pas des steppes. Et puis, les vaches sont lasses et maigres de ne manger que du foin poussé sur le gravier. Gengis était plein du vide de sa plaine, et c'est ce qui l'a poussé au loin. Jusque dans les terres occidentales barbares ou l'on aime l'argent et le confort. Mais que sait du confort celui qui n'a jamais dormi sous l'immense ciel Mongole, sous une immense couverture de nomade, sous une minuscule et tendre fille exercée aux vents de la steppe. Les européens se bercent avec la prétention de ce qu'ils ont, ou de ce qu'ils auront. Et, en fait, c'est de vide qu'ils s'emplissent. Voilà ce que je pensais ce soir là au milieu du vide de la steppe, et puis plus tard sous la yourte d'un gentil mongol. Je te salue vieux frère, il doit faire chaud dans la plaine en ce moment, et j'envie ta vie et la tasse de thé au beurre rance que tu tiens sûrement en ce moment. Et puis toi, l'occidental attaché à ce qui est insupportablement tangible, ne va pas en Mongolie parce que tout le vide qui est en toi pourrait bien sortir d'un coup pour retrouver celui du ciel mongol.

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