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USA : Santa Fe ou les fantômes de la conquête de l’Ouest
Plantée au milieu du haut désert américain, à 3000 mètres d’altitude dans l’Etat du Nouveau Mexique, Santa Fe, ville d’un peu plus de 50000 habitants reflète les vestiges d’un passé pas si lointain, celui des cow-boys et des indiens…
Une histoire mouvementée...
Le Nouveau Mexique, avant d’être un état américain, était mexicain. Il fut colonisé, dès la fin du XVIème siècle, par les espagnols qui durent affronter une farouche résistance de la part des indiens. En 1848, le Mexique, qui en était propriétaire depuis son indépendance en 1821, le céda aux Etats-Unis en même temps que le Texas, l’Arizona et le Colorado. Ce territoire adhéra à l’union en 1912, devenant ainsi le quarante-septième Etat membre. Jusqu’en 1900, le Nouveau Mexique fut réputé pour l’anarchie qui régnait sur ses terres et l’accueil de hors-la-loi tels Billy the Kid ou Calamity Jane…. Quant aux fameux Apaches qui peuplaient la région, les américains ne réussirent à les « soumettre » qu’en 1886.
Un territoire très apprécié par les « chasseurs de
Toute proche de Las Vegas, Santa Fe jouit de 300 jours de soleil par an. La saison la plus humide est l'été, mais il ne tombe guère plus de 35 cm d'eau annuellement. Peu d’habitants peuvent se permettre de posséder une pelouse. L'herbe jaunit rapidement sous les rayons du soleil. La consommation d'eau par habitant est régulée par décret et annonces radiophoniques !
Prenez tout de même garde voyageurs : les variations de températures sont très importantes. Si les 30 degrés sont dépassés les jours d'été, les soirées peuvent néanmoins être particulièrement fraîches. En hiver, il n’est pas rare que la température descende en dessous des -5 degrés et que 20 centimètres de neige recouvrent le désert !
Cette lumière éclatante et ce ciel bleu si pur, attirent à Santa Fe les photographes et les artistes du monde entier. Comment ne pas se souvenir de William Curtis, véritable précurseur, reconnu mondialement pour ses fameux portraits d’indiens, mais aussi d’Edward Weston (qui entretint une relation avec Georgia O’keefe, la célèbre peintre, adulée en ce pays) ou bien d’Ansel Adams, auteur de paysages de l’ouest américain réalisés à la chambre photographique.
Aujourd’hui encore, nombre d’artistes séjournent à Santa Fe et dans sa région pour profiter de ces exceptionnelles conditions de lumières. Les nombreuses galeries qui jalonnent le centre ville sont là pour le souligner : on en dénombre plus de cent cinquante (photographie, peinture, sculpture…).
Cow-boys et maisons en torchis…
Il se peut que, comme moi, vous parveniez à Santa Fe à bord d’un petit "coucou" en provenance de Denver. Il fera probablement nuit. Le taxi qui vous transportera de l'aéroport au centre ville vous permettra de distinguer une enfilade de grandes avenues bordées de supermarchés pourvus d'immenses parkings. Rien de bien aguichant sous les lumières blafardes, je vous l’avoue... Toutefois, il en sera tout autrement le lendemain et les jours qui suivront lorsque vous serez en mesure de découvrir le vrai visage de la ville. Les larges avenues typiquement américaines laisseront alors place à de charmantes petites rues dans lesquelles vous vous perdrez aisément, dans un certain anachronisme...
Santa Fe, traversée par la mythique route 66, nous conte une grande partie de l’histoire américaine, celle du « Far West », devenu aujourd’hui légende dans notre imaginaire européen. Quelques « standards » de cette époque s’affichent encore au quotidien : le chapeau, les Santiags, le jeans font partie de la panoplie de ceux l‘on nomme encore ici “cow-boys“. Seul le pick-up a remplacé le bon vieux canasson, qui lui, réserve ses apparitions lors des grands rodéos de l’été.
A Santa Fe, le décor et tout spécialement l’architecture, se font l’écho du passé. Les maisons sont encore en torchis, de celles que l’on croise habituellement au Mexique ou bien surgissant de notre mémoire, au souvenir d’un épisode de Zorro….
La «rail road station» dégage elle aussi une étrange sensation de déjà vu. Autour d’elle, un horizon aride où ne souffle que le vent du désert. Il suffit de fermer les yeux pour retrouver le Bon, la Brute et le Truand, au moment crucial où l’harmonica résonne, quand vient l’heure fatale du duel.
De vieux wagons, demeurés à quai, semblent désespérément attendre leurs voyageurs. Les américains, utilisent plus volontiers la voiture ou l’avion pour les longues distances intérieures, mais ce ne doit pas être la seule raison de cet endormissement… Ces vieux trains, aux noms semblant tout droit sortis d’une bande dessinée (le Santa Fe - Albuquerque express, le Santa Fe railraod, la Southern Pacific railroad) ont apparemment fait leurs temps. Devant eux, le vent du désert balaie la poussière et soulève avec lui des fantômes de mémoire…
Toi aussi… viens méditer à Santa Fe !
La ville est divisée en quartiers au caractère plus ou moins affirmé. Le centre ville et la plazza débordent durant l'été, de toutes sortes de festivités : danses indiennes, concerts, représentations théâtrales et spectacles en tous genres... Dans le centre se côtoient cafés modernes (situés le plus souvent dans les galeries couvertes) et vieilles enseignes ayant pignon sur rue. Les devantures de ces cafés sont surmontées de balcons de bois, très agréables lorsque le soleil brûlant du désert est au zénith. Ses établissements sont fréquentés par de nombreux touristes, souvent américains, en balade dans l’Etat. Enfin, de nombreux pubs sont conçus par et pour des artistes. Il est agréable d’y contempler leurs oeuvres tout en dégustant un "moka", une boisson artisanale, mélange de café et de chocolat, très appréciée en ce pays...
Sous le porche de la maison du gouvernement, un écriteau indique que ce lieu a été "gracieusement" offert par l’Etat aux indiens afin qu’ils puissent proposer leur artisanat aux visiteurs de passage. Sous les rambardes, les touristes passent nonchalamment, admirant bijoux et autres objets traditionnels. De temps à autre, l’un d’eux s’arrête pour discuter et donne l’impression de s’étonner d’une totale absence de rancœur dans le regard de ces hommes. C’est vrai qu’il ne transparaît dans leur attitude, que le désir de partager, de communiquer leur héritage, à leur manière, par le biais de leur art… Celui-ci évoque un monde peuplé de légendes que ces indiens, alignés sous le porche, ne racontent pas volontiers. Lorsque l’on vient à leur rencontre, ils arborent un large sourire. Le ressentiment naturel, que nous pourrions imaginer de leur part, tient plus à notre propre sentiment de honte, celui qui nous rappelle le vol de leur territoire et leur destinée dans les réserves.
La plazza est un lieu idéal de rendez-vous et de rencontres. Comme son nom l'indique, il s'agit de la place centrale de la ville, là où tout converge : affaires et informations... Il suffit de s'asseoir sur l’un des bancs, il suffit de regarder s’écouler la vie de cette cité mi paisible mi décalée. Les jeunes et les moins jeunes s'y retrouvent. Vous y croiserez de nombreux routards venus faire une halte, des bandes d’ados qui passent leur temps en d'interminables parties de balle, des « anciens » venus se rafraîchir à l’air frais du désert, en bordure de l’église.
La religion et la recherche spirituelle jouent d’ailleurs un rôle très important à Santa Fe, comme le montre l'affluence et l'influence d'un grand nombre de communautés dans la région... avec une nette préférence pour les philosophies orientales. Les effigies et les temples bouddhistes, hindous ou sikhs rivalisent avec les représentations du christianisme. Les centres de yoga fleurissent un peu partout dans la ville tandis qu’il n’est pas rare de croiser de petits drapeaux « mantras » flottant dans le vent du désert... L’atmosphère particulière de Santa Fe attire en son sein nombre de peuples et de cultures : sous une apparence très américaine, Santa Fe est bien plus cosmopolite que l’on ne pourrait le croire.
"Canyon road" est l’un des quartiers qui reflète le mieux ce bouillonnement culturel. Au fil de cette longue artère qui remonte vers le nord, galeries et artisans se sont regroupés en une sorte de corporation. Faute d’une forte activité économique « classique », Santa Fe s’est développée autour des arts, qu’ils soient amérindiens… ou d’influences beaucoup plus exotique.
Si le désert vous manque, évadez-vous vers le quartier et la route d'Old Santa Fe trail ou bien encore vers celle, au non enchanteur, d'Old Pecos trail. Vous rejoindrez alors les hauteurs de la ville et cette immensité désertique qui s'étend à perte de vue.
En toile de fond, les vestiges des épisodes sombre
Malgré son charme, Santa Fe n’est pas sans rappeler l’oppression de l’homme blanc sur le “peau rouge”, épisode peu glorieux de la conquête de l‘Ouest… Aux abords de la ville, tout est là pour nous rappeler qu’il fût un temps où les indiens existaient en paix et en liberté sur leurs terres… Ils vivent désormais dans des réserves appelées “pueblos“ où les lois sont bien différentes de celles de l’Etat, où l’alcool est interdit, où on ne peut pas prendre de photos.
Le pueblo désigne la "cité" ou le "village" en espagnol. Dans le désert du Nouveau Mexique, non loin de Santa Fe, il y en a 19. Ils portent des noms comme le San Felipe pueblo, le Laguna pueblo, le Picuris pueblo, Taos pueblo... Ce dernier est le seul à ne pas avoir évolué au cours des siècles. L'eau courante et l'électricité n'y existent pas car les résidents tiennent à conserver le style de vie de leurs ancêtres. Il s'agit ainsi du seul pueblo traditionnel au Nouveau Mexique. Chaque pueblo constitue en effet une entité indépendante et a donc la liberté de choisir sa propre façon de trouver l'équilibre qu'il juge optimal entre anciennes traditions et développement économique. Le lieu le plus sacré au village est la Kiva, interdit au public. Il s'agit d'une chambre souterraine dans laquelle les pratiques religieuses les plus sacrées ont lieu...
De temps à autre, un “pueblo” organise une fête traditionnelle en référence à un moment important du calendrier. Ces dates correspondent à un moment propice pour célébrer la lune, le soleil, les saisons, la récolte des fruits de la terre…. Les touristes y sont conviés avec bonheur et dans le respect.
L’une d’entre elles, la “Candelaria day Celebration”, coïncide avec la venue de l’hiver. Elle souhaite ou plutôt elle implore les dieux d’octroyer aux populations un bon hiver, un hiver qui ne soit pas trop rude, un hiver duquel chacun pourra ressortir indemne.
Au fil des danses et des chants, certains d’entre vous se sentiront transportés au cœur d’un monde de spiritualité, peuplé d’esprits. Toutefois, bien plus que la transmission sincère d’une tradition ancestrale, Il se peut que vous ne reteniez de cette expérience qu’une sensation de vécu « pittoresque ». Malgré tout, il est bon de constater que ces fêtes persistent et perpétuent le souvenir de ce temps lointain où ces indiens vivaient heureux et libres sur terre, ancrés dans une nature sauvage qu’ils remerciaient chaque jour de leur apporter gîte et subsistance.
Santa Fe entretient dans ma mémoire de jeune homme les héros et les mythes de l’histoire américaine. Ville frontière, entre Mexique et Amérique, entre passé et présent, ville d’artistes posée au milieu du désert, Santa Fe ne vous laissera pas indifférent(e) ni à sa lumière ni à ses légendes…
info plus
Ambassade americaine à Paris
Un site de généralités sur Santa Fe et le Nouveau Mexique… pour en savoir plus : histoire, événements, galeries, tourisme…et de nombreux liens….
Je vous glisse l’adresse internet d’un hôtel vraiment sympa, qui, de plus, est l’un des seuls à être tenu par des indiens, des “native Americans” comme on les appelle là-bas. C’est le seul hôtel a diffuser le calendrier des fêtes indiennes qui se déroulent aux alentours de Santa Fe.
Amateurs et professionnels de la photographie trouveront leur bonheur à Santa Fe. La ville regorge de galeries. En attente de votre départ, je vous conseille de faire un tour sur le site de l’association des galeries de la ville à l’adresse suivante www.santafegalleries.net
Il existe une galerie spécialement consacrée à la photographie classique et contemporaine dont vous pouvez visiter le site : www.andrewsmithgalery.com. Vous pourrez ainsi découvrir virtuellement les œuvres d’ Ansel Adams, Edward Weston ou Curtis….
Le musée Gorgia O’keefe, quant a lui, se découvre à cette adresse www.okeefemuseum.org






