La légende de Valparaiso est née de la souffrance et des fantasmes de tous les marins qui naviguaient entre l’Europe et la côte ouest des Etats Unis au XIX ème siècle.
En ce temps là, c’était la plus redoutable et la plus périlleuse des routes maritimes qu’un navigateur puisse envisager. On commerçait encore à la voile, avec toutes les tribulations et contraintes inhérentes aux grands voiliers.
Malgré leurs imposantes coques d’acier, leurs mâtures vertigineuses et leurs voilures démesurées, ces " cargos " s’avéraient souvent fragiles dans la tempête. Leurs voiles carrées ne leur permettaient pas de remonter trop près du vent et les courants les baladaient au gré du hasard. Chaque livraison de fret s’avérait une véritable expédition.
Après la traversée de l’Atlantique, on plongeait plein sud le long des côtes du Brésil et de l’Argentine jusqu’aux parages du Cap Horn qu’il fallait ensuite franchir contre vents et courants. Quand la météo était " mauvaise ", on patientait à la cape, parfois pendant des semaines, toujours dans le vent, l’humidité et la peur.
Beaucoup de navires sombrèrent corps et biens ou furent jetés sur les rivages du détroit de Magellan. Les plus " chanceux " devaient ensuite remonter le long de la côte pacifique chilienne, franchir le terrible Golfe de Peine puis louvoyer entre archipels et côtes vierges jusqu'à des latitudes plus clémentes.
Et pendant tout ce temps, les équipages rêvaient !
Qu’ils soient simples matelots aux mains calleuses ou capitaines honorés, le rêve était le même : toucher un port !
Après toutes ces semaines de privations, d’angoisses et de souffrances, après les charançons dans la nourriture, la moisissure des hamacs, les gerçures aux mains, la peur au ventre et la folie qui s’insinue dans la tête, ils n’aspiraient plus qu’à débarquer et faire la fête.
Valparaiso était le premier port sur leur route. Ils ressuscitaient sur les quais du port " Santiago ", fondé dès 1536 aux confins sud de l’ancien empire inca, en terre Mapuches. Ils écumaient alors sans retenue ni complexe les bouges et tavernes du quartier chinois. Quant au bout de la nuit et de ses brumes, ils émergeaient enfin, ils s’échappaient des quais et de leurs plaisirs sulfureux pour une course vers les hauteurs aérées des collines de la ville, les Cerros séparés entre eux par de profondes ravines abruptes.
Ils embarquaient alors à bord des " asensores ", les funiculaires. On en construisit un quinzaine dont une bonne partie fonctionnent encore aujourd’hui.
Au fil du siècle, Valparaiso devint la première base navale du continent. Incontournable, légendaire, chantée par tous les marins du monde ! Et puis vint l’ouverture du canal de Panama. D’un seul long coup de tranchée à traves l’isthme, on mettait fin à la raison d’être de Valparaiso, la reléguant aux confins du continent, la condamnant à la torpeur et l’engourdissement.
Avec le nouveau siècle, la génération des caps-horniers bascule dans le passé, emportant avec elles les histoires et chansons qui racontaient la saga de Valparaiso et les tavernes du bord de mer disparurent l’une après l’autre.
Le temps et l’air du large passèrent sur les façades de bois, rongeant les installations portuaires, les tremblements de terre ébranlèrent parfois les fondations, deux gouverneurs y perdirent la vie et la répression fut terrible lors du coup d’Etat de 1973... mais les funiculaires n’en continuèrent pas moins d’animer les pentes de la ville assoupie.
Aujourd’hui, Valparaiso frémit à nouveau sous les futurs projets. On parle d’aménager l’immense baie de Quintil pour en faire, à nouveau, le premier port du continent ! Une bonne raison pour découvrir la ville et s’emprégner de son atmosphère littéralement magique avant qu’elle ne change irrémédiablement.
Délaissez les hôtels confortables et modernes de la station balnéaire voisine de Vino del Mar pour établir vos quartiers dans une pension sans âge du vieux port. Ensuite, comme tant de marins et de capitaines avant vous, partez à la découverte de ses ruelles tortueuses et de ses places ombragées où fleurissent des arbustes de boldo et maiten, essences rares et précieuses, assoupissez-vous, d’un œil vigilant, sur un vieux banc patiné à l’ombre de poivriers roses.
Dévalez ensuite les escaliers qui mènent au port. Continuez par les quais et la place Sotomayor avec ses imposants bâtiments officiels décrépis par les intempéries. Déambulez jusqu’au quartier chinois pour y déguster coquillages et crustacés dans une de ces vieilles gargotes au décor passé. Plus tard, lorsque vous serez pleinement gorgés d’effluves marines et portuaires, il sera temps de partir à l’assaut des collines par un de ces fameux funiculaires qui ronronnent et couinent sur leurs pentes.
Les funiculaires de Valparaiso
Vous n’aurez que l’embarras du choix. Pourquoi ne pas commencer par celui de l’Artilleria. Depuis 1893, il mène au belvédère du même nom où l’on savoure la plus belle vue sur la rade de Quintil. Imaginez une immense tache de mer d’un bleu intense et métallique, protégée par d’innombrables collines abruptes qui moutonnent sous un soleil ardent. Ou celui de la Calle Simpson qui au bout d’un long tunnel étroit et sombre, débouche soudain en pleine lumière sur les hauteurs ensoleillées du Cerro Polanco. Pour découvrir les magnifiques demeures de style anglais, ce sera par l’ascensor du Cerro Conception, le plus vieux de tous (115 ans !) et qui fonctionna longtemps à la vapeur. Le funiculaire de la rue Molina vous emmènera jusqu'à Bellavista et son labyrinthe de petites maisons en bois peintes de couleurs acidulées.
N’oubliez pas celui du Cerro Baron ! On s’attend à ce qu’il vous laisse en rade à chaque traverse, mais quand on a 112 ans, on vous pardonne tou. S’il n’est pas en réfection, essayez aussi le Cordillera, le plus raide de tous avec ses 70 degrés de pente ! Ou le Mariposa, long de 163 mètres, le Avenida Espana largement centenaire, lui aussi, ou le Polanco qui aboutit au sommet d’une tour... Mais il vous faudre alors peut-être songer à vous installer définitivement à Valparaiso !
info plus
Formalités et santé : nous sommes au Chili, aucune vaccination obligatoire mais l’habituel ” diphtérie, tétanos, polyo ” est conseillé. Pour les français, un passeport en cours de validité est suffisant.
S’y rendre : depuis Santiago du Chili, deux heures de route vous conduiront à Valparaiso. Je vous conseille de louer un véhicule si vous envisagez de dormir à Vino del Mar, la station mitoyenne, touristique, moderne et confortable. Si vous souhaitez vraiment ” vivre ” Valparaiso, prenez le bus depuis Santiago (nombreux et très confortables), installez-vous dans un des hotels ou pensions près de la place Sotomayor et flânez ! Vous ne ferez pas le tour de la ville et de ses secrets en une semaine ! Alors, laissez votre instinct vous guider, méfiez-vous des coupe-gorges (nous sommes à Valparaiso !) et savourez sans retenue.
Climat : l’automne est la meilleure saison pour découvrir Valparaiso.
Sur le net :
http://www.chileweb.net/valparaiso/ : la page officielle de la ville (en espagnol et en anglais). Vous y découvrirez nombre d’informations complémentaires et des images intéressantes à propos des funiculaires (notamment celui de Polanco).





