GEORGIE Tbilissi, métropole en perpétuel renouveau.

Pays de l`Est
GEORGIE Tbilissi, métropole en perpétuel renouveau.

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Gérard Decq | 01.02.2010 | 3248 visites | 0Favoris |
Gérard Decq

Entre Orient et Europe.

GEORGIE Tbilissi, métropole en perpétuel renouveau.Tourisme en Géorgie, un choix qui, de nos jours, sort des "sentiers battus", et pourtant, quel séjour de choix au pays de Prométhée et des monts du Caucase ! Dès l'antiquité, cette région a été l'objet de convoitises : Grecs, Romains, Turcs, Parthes et Perses ont marqué de leur sceau le destin de la Géorgie. Puis ce furent les Arabes, les Mongols, plus récemment les Russes. Depuis l'indépendance, proclamée en 1991, les tensions sont toujours présentes. Chargée d'histoire, la capitale Tbilissi a beaucoup à raconter, et je suis tombé sous ses charmes. L'arrivée de nuit à l'aéroport scintille de gaieté car le président Saakachvili tient à montrer qu'est bien révolu le temps des restrictions d'électricité : de loin, la tour de la télévision, perchée sur le mont Mtastsminda, tel un gigantesque manège de fête foraine, clignote de guirlandes ascensionnelles. Eglises et monuments s'illuminent et les anciens remparts chantent une palette de couleurs.

Un site, une citadelle.

GEORGIE Tbilissi, métropole en perpétuel renouveau.Tiède soirée de juillet. Je flâne, rive droite de la Koura au long de laquelle s'étire la ville bi-millénaire. En un méandre, goulot resserré, les falaises de l'autre bord, sous des projecteurs émeraude, chorégraphient le mystère ludique de leurs ombres. Ambiance romantique au clapotis de l'eau, que savoure visiblement un jeune couple enlacé. Vigilante, la sobre église de Métékhi domine l'à pic et son halo de lumière abreuve l'encre de la nuit. Côté opposé, là-haut, tout proches, sur les contreforts du "petit Caucase", les remparts de la citadelle crénellent l'horizon. Au-dessus de la berge arborée, animée à toute heure, la voie de circulation permet une traversée rapide de la capitale. Depuis des siècles, les rives du fleuve Koura, d'une longueur de 1514 kms, constituent un axe de communication sans pareil entre la mer Caspienne, où il se jette, et la Mer Noire, non loin de laquelle il prend sa source. Le site resserré de Tbilissi était naturellement propice à l'établissement d'un point de contrôle de cette voie. Voie, oh combien ! prestigieuse, puisque l'empruntaient des caravanes de la route de la soie. Si l'on ajoute que ce passage se trouve aussi sur un axe sud-nord Bagdad, Erevan, Stalingrad, Moscou, on perçoit toute l'importance stratégique de la capitale caucasienne. Ce ne fut d'abord qu'une simple forteresse qui, plusieurs siècles durant, commanda le défilé ; mais, en 458, le roi Vakhtang Gorgasali (la Géorgie connut plusieurs périodes d'indépendance sous des monarques résolus) y établit sa capitale. Le voici, coulé dans le bronze, à côté de l'église Métékhi : altier, il domine le fleuve et le pont, saluant la vieille ville blottie sous la citadelle

Intemporelle, la vieille ville.

GEORGIE Tbilissi, métropole en perpétuel renouveau.La légende veut qu'un faisan, tué par Gorgasali, soit tombé dans la fontaine chaude qui sourd au pied de la forteresse. Tbilissi tire son patronyme du mot géorgien "chaud". Depuis, la source, ou plutôt les sources sulfureuses ont été domestiquées et le quartier des bains est un must incontournable. Nous sommes là au cœur de la ville musulmane : atmosphère orientale garantie. Les coupoles de briques des hammams rebondissent sur une place jusqu'à la façade du bain Orbéliani, festival de majolique bleue et or qui n'est pas sans évoquer les splendeurs de Samarcande. Aux sons des klaxons, un cortège de voitures se cabre à l'assaut de la pente qui conduit à la mosquée. Des plaques minéralogiques signalent que la famille a aussi fait souche dans l'Azerbaïdjan voisin. A mi-pente, la mosquée, dans sa simplicité de briques rouges, pointe son minaret vers la forteresse et s'impose comme un élément majeur du décor. Nous ne quitterons pas le quartier des bains sans évoquer notre compatriote Alexandre Dumas. Il y a "imprimé" son passage, ce qui vaut l'implantation d'établissements où l'on célèbre la cuisine française, arrosée de crus kakhétiens. La vieille ville m'attire et va me fasciner : une véritable chasse aux trésors architecturaux m'attend, sans cesse renouvelée, aux détours du dédale des ruelles. Ma meilleure trouvaille, bien dissimulée : un haut escalier de bois peint, splendide colimaçon dentelé, qui, hélas, ne répond plus aux normes de sécurité. Tel est le sort de bien d'antiques demeures de bois. Elles séduisent indubitablement par leur beauté toujours présente, mais le confort, pittoresque avec les fils d'étendage dans une cour où croît un figuier séculaire, est d'un autre temps. Saura-t-on restaurer ces maisons ? Des efforts sont faits mais il s'agit assez souvent de restituer une ambiance avec d'autres matériaux, et béton ou briques remplacent les vieilles façades de bois. Egoïstement, je refoule ces idées d'avenir et déguste le jour présent, bien décidé à profiter de mes errances. Sous un porche, trois marches qu'une pieuse femme m'invite à descendre et voici les fresques de l'église d'Antchiskhati : saints visages brossés de tons chauds dans le parfum qui s'élève des cierges effilés… Des églises, il en pullule ! Toutes de petite taille comme nos chapelles romanes, avec un enclos où des lauriers roses caressent de leur ombre mouvante d'antiques stèles. Calme et recueillement. Triple signe de croix des dévotes, tête couverte d'un fichu. Là, une grotte avec une mare souterraine ; des ex-voto ; ici, une paysanne derrière son maigre étal de fruits sous la croix de sainte Nino. Seules, deux rues sont vraiment vouées à la circulation qui bredouille, à sens unique, sur les pavés inégaux. Le piéton est roi, maître des venelles et des escaliers. Le charme naît aussi d'une profusion végétale : des treilles en abondance ; un tilleul boursoufle le trottoir de son tronc noueux ; la ramure d'un néflier prodigue ses fruits au-delà d'un mur, quand ce ne sont pas les murs eux-mêmes qui s'offrent aux griffes des racines. Le temps a pris ses marques, et voici une église arménienne qui en porte les plaies, inexorablement blessée par le tremblement de terre de 2002. A deux pas, la placette Goudiachvili, bordée de demeures aux riches balcons de bois ouvragé, m'accueille sur ses bancs de fonte Art Nouveau. Le temps semble s'être arrêté, avec, pour tout bruit, ceux des jeux d'enfants en ce paisible jardin public. Les heures y sont douces à attendre l'ouverture d'un doukani voisin. Les doukani sont des tavernes en sous-sol, rustiques et fort chaleureuses ; d'ailleurs le four de la cuisine n'est pas loin des tabourets de bois ! Leurs enseignes déclinent en fresques naïves les plaisirs de la chère et du bon vin géorgien. Repu de traditionnels khatchapouris, galettes aux œufs et au fromage, je m'offre une grimpette, toujours égrenée de petites églises. Il y a même, là-haut, les restes d'un temple du feu zoroastrien ! L'atmosphère, au pied de la massive statue de mère Géorgie, rappelle davantage un village qu'une capitale, mais le panorama, époustouflant, déroule l'urbanisme au long de La Koura : au premier plan, des toits de tôle rouillée et surtout les multiples clochers de la vieille ville, puis le fleuve, nonchalant, et les quartiers plus récents qui rebondissent jusqu'aux barres d'habitation de l'ère soviétique, avec, au centre du décor, la cathédrale Saméba, gigantesque.

La Tiflis du tsar.

GEORGIE Tbilissi, métropole en perpétuel renouveau.Au débouché de la vieille ville, la Place de la Liberté, le "Piccadilly Circus" du président Saakachvili. Deux chantiers immobiliers sont d'ailleurs en cours. Une colonne néogrecque sert de haut piédestal à une statue de Saint Georges qui, terrassant le dragon, scintille de tous ses ors. Le square où trône le buste de Pouchkine m'offre une halte rafraîchissante auprès de vastes fontaines, tandis que je suis des yeux l'inlassable carrousel des autobus jaunes. Les passages piétonniers souterrains débordent de petits commerces pittoresques. Il s'agit d'un pôle actif de l'économie, car le shopping, tel que nous le concevons, est plutôt chiche dans la capitale, en tout cas assez disséminé. Par contre, au fil des rues, des vitrines, aveugles, recèlent des salles de jeux, et ces petits casinos semblent en vogue. A l'est, l'élégante avenue Roustavéli aligne les édifices prestigieux des deux siècles écoulés. Le tsar avait fait de Tiflis la capitale de toute la Transcaucasie. Les architectes ont laissé des témoignages impressionnants : palais du vice-roi, éclatant de blancheur, deux théâtres, de grands hôtels et l'opéra de style mauresque. La longue promenade s'étire, monumentale et aérée : ce décor éveille l'imagination qui n'a aucune peine à faire revivre les fastes de l'empire. Calèches et robes à crinoline animaient le boulevard, en cette capitale au climat oriental si excitant pour les Moscovites. Les soviétiques, tout en respectant l'harmonie de la perspective et le respect des volumes, ont aligné ici la façade du parlement, majestueuse. Puis, en haut de l'avenue, l'académie des sciences offre un exemple réussi d'architecture stalinienne. Nombre de peintres amateurs s'installent quotidiennement sous ses arcades. Contrastant avec le calme de la vieille ville, l'animation est là, "bonne enfant" sur les larges trottoirs, qui pourtant ont connu des heures bien sombres au moment des luttes pour l'indépendance.

Résolument moderne....

GEORGIE Tbilissi, métropole en perpétuel renouveau.La capitale n'en finit pas de dévoiler les charmes de ses quartiers : les halles grouillantes, étendues autour de la gare, poumon vital de tout le commerce ; les bords de la Koura avec le pont "sec" de Saarbrücken où, quotidiennement se tient un pittoresque marché aux puces. Quant au pont Baratachvili, de gracieuses statues contemporaines en bronze patiné témoignent du vif élan artistique qui ponctue agréablement la toile de la ville actuelle. Au long des avenues, ou dans les multiples jardins publics, la statuaire du vingtième siècle, à Tbilissi, jalonne et envoûte les errances du trekkeur urbain. Si un projet de grand hôtel est en cours avenue Roustaveli, la capitale moderne a gagné la rive gauche. Les barres d'habitation de l'époque soviétique ont vu leur façade, du moins celle qui a pignon sur rue, réhabilitée. Le nouveau palais présidentiel est en voie d'achèvement. Belle architecture symétrique, inspirée du Reichstag et de la Maison Blanche, qui domine le fleuve et s'affiche dans le décor. Etendard patriote, un immense drapeau déploie le rouge vif des cinq croix sur fond blanc. Toute proche, visible de loin, jour et nuit, la cathédrale Saméba est un autre fleuron contemporain. Financée par le milliardaire Ivanichvili, cette œuvre colossale étreint le visiteur qui s'est hissé sur la large esplanade, en surplomb de la cité. Le gigantisme du monument qui touche le ciel et le faste des matériaux atteignent leur but : célébrer et encenser le pouvoir spirituel. Le renouveau orthodoxe y fédère les dévotions : lieu de rassemblement et déjà de pèlerinage, le complexe religieux de Saméba concrétise assurément, à l'aube du troisième millénaire, la grandeur du patriarche géorgien…

... et attachante.

GEORGIE Tbilissi, métropole en perpétuel renouveau.En feuilletant mon guide de voyage, j'avais appris la "soupra", antique coutume géorgienne : il s'agit d'un banquet qu'un chef de table élu, le "tamada", ne cesse d'animer de toasts déclamés puis chantés. Ce soir, je dîne en centre ville, dans une simple pizzéria où un écran plasma diffuse des clips musicaux, on ne peut plus modernes. Dans la salle du fond, la longue table rectangulaire réunit une joyeuse bande de teen-agers, filles et garçons, et quel n'est pas mon étonnement d'entendre soudain s'élever des voix mâles entonnant un chant traditionnel : à l'occasion des 18 ans de l'un d'entre eux, les verres sont tendus à bout de bras et c'est une soupra toujours vivace à laquelle il m'est donné d'assister. Le ton monte et on rivalise sur des airs populaires, visiblement hérités de pères, oncles ou grands-pères. Certains même esquissent des pas de danse. Félicitations, jeunes gens : vous savez préserver les richesses de votre patrimoine !

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Gérard Decq | 01.02.2010 | 3248 visites | 0Favoris |
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info plusinfo plus

S’y rendre : Plusieurs compagnies aériennes rejoignent l’aéroport international, entièrement neuf. Un simple passeport suffit.

Change : En ville, on trouve facilement de petits bureaux de change qui affichent leurs cours. (Il n’est pas inutile de comparer).

Hébergement : Les hôtels de luxe ne manquent pas avec 2 Mariott et un Sheraton qui ne passe pas inaperçu.
Les autres établissements s’égrènent au long des quartiers. Une mention spéciale pour le petit hôtel “Charm”, très bien situé au bas de la vieille ville, et à l’intérieur cosy ; presque davantage une maison d’hôtes qu’un hôtel, accueil convivial.

Restauration : Le choix est vaste entre établissements traditionnels, doukanis ou sakhinklés (spécialités de raviolis) et restaurants gastronomiques.
En bas de la vieille ville, près du fleuve, deux rues piétonnes Chardin et Bambis Rigui alignent leurs terrasses branchées. Atmosphère de vacances à ne manquer sous aucun prétexte.

Alphabet : C’est assurément un ” plus, exotique ” qui demande de l’application ; les Géorgiens ont gardé cette identité nationale, très originale ; du coup, l’utilisation du réseau d’autobus n’est pas évidente.

Transports : Un métro, creusé, profondément, par les soviétiques, facilite les déplacements, avec deux lignes importantes. Egalement un bon service de taxis (se mettre d’accord sur le prix de la course).

Achats : Quelques tricoteuses manuelles proposent de grosses chaussettes de laine colorée, mais la spécialité géorgienne réside surtout dans sa production vinicole.

3
commentaires à ce reportage
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Gérard Decq

N'ayez plus peur des chars russes et suivez-moi .. dans le Caucase ...

(Un grand merci aux dizaines de vrais amis qui ont répondu à ma sollicitation pour mon reportage sur le Maroc.) ”

Gérard Decq | 03.05.2010 14h32

Jean Saint Martin

Agréable balade au coeur de la capitale géorgienne ... Tbilissi, un nom pas évident à prononcer ! Un article bien rédigé où se mêlent harmonieusement impressions personnelles et descriptions. Belle illustration avec la photo des rives et des falaises de la Koura "by night".
A défaut de sons accompagnant la fin du reportage, on se doit d'imaginer la "soupra" et le "tamada" ... dans la pizzéria ! ”

Jean Saint Martin | 19.07.2010 21h37

DECQ

Hello,

Bonne année 2017 à tous .....

Gérard ”

DECQ | 26.12.2016 20h44

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