Maroc : Hollywood-sur-Sable: le Maroc fait son cinéma...

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Maroc : Hollywood-sur-Sable: le Maroc fait son cinéma...

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Philippe Chavanne | 26.05.2004 | 623 visites | 0Favoris |
Philippe Chavanne

Repus du spectacle et fatigués de l'animation de Marrakech, nous remontons enfin dans notre Land Rover. Direction : l'ancienne ville de garnison de Ouarzazate et le village de Aït ben Haddou. "Hollywood-sur-sable" nous tend déjà les bras ! A peine a-t-on franchi les remparts de la ville que l'agitation des souks et l'animation de la place Jemaa-el-Fna nous semblent déjà bien loin. Très vite, la nature reprend ses droits. Très vite aussi, la RP 31 se faufile à travers des paysages de toute beauté. Traverse des villages paisibles. Croise des marchés encore authentiques. A l'horizon, le col du Tichka, qui culmine à 2 260 m d'altitude, semble flirter avec les nuages blancs qui moutonnent dans le ciel bleu.

La plus belle route du Maroc

Maroc : Hollywood-sur-Sable: le Maroc fait son cinéma...Itinéraire obligatoire pour aller de Marrakech à Ouarzazate, cette route passe à juste titre pour être l'une des plus agréables du Maroc. Voire même la plus belle route de montagne du pays. Si l'on ne prête guère d'attention aux paysages et aux villages, environ 4 h suffisent pour avaler les 198 km tout en lacets et en virages qui séparent les deux villes. Certaines agences de voyages prévoient même l'aller-retour en une seule journée, avec arrêt-repas à Ouarzazate. Ce qui fait quand même beaucoup de bitume et de zig-zags pour une simple tajine... Il est dommage d'aller aussi vite. De passer à côté de rencontres souvent sympathiques et de points de vue à couper le souffle. Venant de l'impériale Marrakech, les paysages commencent à devenir sompteux dès que l'on passe le col du Tizi n'Aït, à 1 470 m d'altitude. De son sommet, on s'offre une magnifique vue sur le djebel Tistouit et l'on aperçoit, en contrebas, une poignée de kasbah et de ksour qui s'inscrivent avec beaucoup de charme dans cet environnement naturel exceptionnel. Si l'on n'est vraiment pas pressé et que l'on désire savourer pleinement le voyage, il ne faut surtout pas hésiter à prendre les petites routes annexes et les chemins de traverse. Pour, par exemple, filer sur Teloued qui est l'ancien fief du pacha de Marrakech. Ou pour partir à la découverte de la kasbah d'Anemiter qui se situe encore à l'écart de la plupart des plus grands circuits touristiques classiques. Et pour admirer au passage la jolie kasbah de pisé d'El Mdint dont les tours sont artistiquement décorées de motifs en relief. Et puis... Et puis il y a le ksar d'Aït ben Haddou ! Au détour d'un virage, à hauteur de l'oued Mellah, le mirage ! Accroché à une butte, un entassement de tours crénelées se dresse sur l'horizon. Des tours de kasbah se reflètent dans la rivière. Quelques femmes vêtues de tissus colorés lavent le linge dans l'oued. Tous les ingrédients d'une image classique sont réunis et l'on comprend un peu mieux pourquoi le village de Aït ben Haddou - extraordinaire château de terre et de roseau - passe pour être le plus photogénique du Sud marocain. C'est encore plus magique que ce que l'on peut imaginer à la lecture des contes des Mille et Une Nuits.

Village nomade

Aujourd'hui, Aït ben Haddou est un triple village. Ou plutôt un village unique qui a connu, au cours des années, trois emplacements successifs. Initialement, les jolies maisons en pisé ont été construites sur la colline, autour de l'agadir (le grenier-forteresse), puis entourées d'un mur d'enceinte. A l'époque, il s'agissait de protéger les familles et les marchandises des pillards venus de la plaine. La vallée de l'oued Mellah était alors souvent empruntée par les caravanes et celles-ci attiraient bien des convoitises... Dès la fin du XIXe s, les conditions de sécurité commençant à s'améliorer, les habitants du village construisent des maisons en-dehors de l'enceinte protectrice, sur le versant le moins pentu de la colline. C'est alors l'époque des kasbah : à une longue période vouée à la protection collective (derrière un mur d'enceinte) suit une époque domine par la protection individuelle (la kasbah). Derrière l'écran des kasbah, d'autres maisons, plus simples, se construisent au fur et à mesure que les anciennes demeures s'écroulent. Enfin, depuis le début des années 70, les anciens du village sont de plus en plus nombreux à traverser l'oued et à construire un nouveau village sur la rive droite. Avec des maisons bien séparées les unes des autres, qui se dressent au-delà des cultures. C'est ce dernier village, moderne et sans réelle personnalité, qui continue à se développer aujourd'hui. Ce n'est pourtant pas le plus attrayant, ni le plus intéressant...

La terre retourne à la terre

Maroc : Hollywood-sur-Sable: le Maroc fait son cinéma...Du nouveau village, l'aspect extérieur du ksar d'Aït ben Haddou est saisissant ! Pour y accéder, il faut suivre un petit sentier qui dévale jusqu'à l'oued. En période sèche, il n'y a aucun problème pour le traverser à pied. En cas de crue, il est toujours possible de trouver sur place un âne ou un mulet. En prenant préalablement la précaution de discuter le prix de location de la bête. Un marchandage serré, très serré même, est alors de mise ! Sur l'autre rive, un petit chemin caracole vers l'ancien village. Monte vers le sommet de la colline d'où le panorama est bien entendu magnifique. Pour visiter ce petit joyau architectural désormais inscrit au Patrimoine Mondial de l'Unesco, il faut franchir la porte du village et se laisser aller dans le dédale de petites ruelles et d'étroits chemins. La plupart des habitations sont aujourd'hui abandonnées. Comme irrémédiablement condamnées par le temps et les intempéries. Comme si la terre qui a servi à leur construction voulait retourner à la terre. Mais une poignée de familles habitent encore dans ces antiques maisons de pisé. Elles accueillent les visiteurs et, moyennant une inévitable poignée de dirhams, ouvrent les portes de leurs maisons et se transforment pour quelques heures en "guides-résidents".

Bienvenue à la maison !

Maroc : Hollywood-sur-Sable: le Maroc fait son cinéma...Simples et sans fioritures, construites sans jamais vraiment suivre un plan classique, ces maisons parent à l'essentiel. Les murs sont nus. Le sol inégal. La décoration quasiment inexistante. Au rez-de-chaussée, on trouve généralement une cuisine : une petite pièce aux murs noircis, avec un four en terre pour la cuisson du pain et un autre feu, plus vif, à même le sol. Quelques rares ustensiles sont éparpillés dans un coin : une bouilloire noire à force d'avoir trop servi, un plat à tajine, une bassine en fer blanc, quelques plats ébréchés,... A côté de la cuisine, une petite étable intérieure abrite une maigre vache pendant l'hiver. Une porte sommaire ouvre sur une cour intérieure où une poule et ses poussins grattent le sol à la recherche d'un improbable ver de terre. Dans le coin de la cour, un escalier étroit, fait de marches irrégulières, mène au premier étage. Une grande pièce, éclairée par deux fenêtres protégées par des grilles torsadées et des volets de bois, est décorée par quelques images punaisées sur les murs. On y découvre le portrait du Roi, mais aussi une photo de La Mecque et quelques cartes postales sans doute expédiées par des visiteurs précédents : l'Atomium de Bruxelles y côtoie la Tour Eiffel en un saisissant raccourci... Dans un coin, un vieux poste à transistor grésille. Au bout de la pièce, les nattes et les couvertures sont enroulées, en attendant la nuit prochaine. Les vêtements sont simplement accrochés à des clous plantés dans un mur. Un coffre en bois artistiquement travaillé, fierté de la famille, sert à la fois de rangement et de table : sur son couvercle trône un plateau avec théière, boîte à sucre, boîte à thé et quelques verres disparates. A l'extérieur, une petite terrasse permet selon les heures de prendre le soleil ou de goûter à la fraîcheur de la soirée. Pour le moment, les zarbias (les tapis) y sont mis à aérer, suspendus à quelques fils distendus.

Sur les traces de Mohamed et de Michaël Douglas

Maroc : Hollywood-sur-Sable: le Maroc fait son cinéma...Mohamed a une dizaine d'années. Il vit ici, dans le vieux village de pisé. Et va à l'école de l'autre côté de l'oued, dans le village moderne. Du moins lorsque les fortes crues ne l'obligent pas à faire l'école buissonnière. De toute manière, l'école, c'est pas trop son truc. Lui, ce qu'il préfère, c'est aller garder les chèvres dans la montagne. Comme le faisait son grand-père avant lui. Comme le fait encore son père aujourd'hui. Ou servir de guide aux touristes qui visitent cet authentique ksar-mémoire. En annonçant d'emblée le but de la manoeuvre : "La photo et le cinéma, c'est de l'argent", commente-t-il sans fausse pudeur. Nous prenant par la main, il s'affiche d'emblée comme notre guide personnel. Repoussant sans grand ménagement les autres gosses de la famille qui aimeraient pourtant bien partager le pactole... C'est avec fierté qu'il nous rappelle que le ksar d'Aït ben Haddou est devenu, grâce au cinéma, l'un des plus célèbres du monde. Non, mieux que ça ! Le plus célèbre du monde ! Le souvenir du réalisateur David Lean plane encore sur le site et les vieux murs de pisé se souviennent toujours du tournage de "Lawrence d'Arabie". Et résonne toujours du bruit des 20.000 figurants montés sur leurs dromadaires... Tout comme ils revivent encore les scènes les plus mémorables de "Sodome et Gomorrhe". Plus près de nous, c'est ici que Michaël Douglas chercha son fameux "Diamant du Nil". C'était en 1984 et, bien qu'il n'ait pas vécu lui-même le tournage, le jeune Mohamed rigole encore à certaines anecdotes croustillantes. "Cette grande porte que tu vois là-bas, on l'avait construite spécialement pour le film. Ce sont les assistants du réalisateur qui supervisaient tout notre travail et ils se prenaient vraiment au sérieux ! Mais quand Michaël Douglas, installé aux commandes d'un avion de chasse, a voulu s'enfuir aux commandes de cet avion en passant sous la porte, ils se sont vite aperçus qu'ils avaient vu trop petit. Toute la construction s'est effondrée comme un château de cartes ! Tu t'imagines ! Ca a été la panique sur le tournage. Heureusement, nous n'avons pas mis longtemps a reconstruire une nouvelle porte, aux bonnes dimensions. Cela fait aussi partie de la magie du cinéma". Une reconstruction qui n'a pas vraiment gêné les habitants du village. C'était du travail supplémentaire. Donc de l'argent supplémentaire. Souvent volubile, Mohamed se montre pourtant assez discret sur la question. Il est pourtant de notoriété publique que, grâce au 7e Art et aux activité dérivées, les habitants de Aït ben Haddou figurent parmi les plus riches de la région : "Souvent, continue Mohamed, les réalisateurs nous enrôlent comme figurants. Ou bien nous leur louons des terres. Ou nous travaillons à la construction de certains décors, comme pour "Le Diamant du Nil". C'est vrai que c'est intéressant pour le village. Plus, en tout cas, que le petit élevage et les lopins de terre que nous cultivons". Quant à avoir des chiffres plus précis, pas question ! Mohamed se perd brusquement dans un délicieux flou artistique manifestement bien rôdé... Et si l'on tient vraiment à en savoir plus, il n'y a qu'à mettre le cap sur Ouarzazate : l'ancienne ville de garnison se positionne aujourd'hui comme la "Cinecitta à la marocaine".

Il sentait bon le sable chaud, mon légionnaire...

Soyons francs : à une petite trentaine de kilomètres d'Aït ben Haddou, Ouarzazate n'a vraiment pas grand-chose pour retenir le visiteur de passage. Même si la cité est manifestement "boostée" par les autorités touristiques marocaines qui veulent un peu désengorger Marrakech et positionner Ouarzazate comme une étape obligée vers le Sud. Cachée derrière la barrière du Haut-Atlas, l'ancienne ville de garnison créée dans les années 20 par les Français affiche une incroyable nonchalance sous un soleil qui tape parfois très dur. Mais le colonel de la Légion qui a tracé le plan originel de la ville, en 1928, aurait bien du mal à reconnaître "sa" cité : le nombre d'habitants a quasiment quintuplé et la ville est aujourd'hui cernée de toutes parts par les hôtels. Pourtant, question culture, le tour d'horizon est vite fait : circulez, il n'y a rien à voir ! Mais alors, rien du tout ! L'aura culturelle de Fès, les décors mauresques de Marrakech ou la position royale de Rabat n'ont rien de commun avec une Ouarzazate qui ne doit sa relative importance qu'à sa position géographique : à la croisée des routes du Dades, du Draa et du Sous, aux portes du Sud. Il n'y aurait donc strictement rien à voir et rien à faire si la ville n'était plantée au cœur d'un décor naturel de toute beauté. Un décor qui a, depuis de longues années, attiré cinéastes et autres réalisateurs de clips ou spots publicitaires. Ceux-là mêmes qui fréquentent assidument les studios de l'Atlas Corporation Studio. Des studios cinématographiques qui semblent rappeler que le décor naturel environnant est avant tout un fabuleux décor de cinoche grandeur nature.

...Devenue le rendez-vous des stars

Maroc : Hollywood-sur-Sable: le Maroc fait son cinéma...Aziz nous attend à l'entrée des studios de l'Atlas, eux-mêmes plantés à la lisière de la ville. C'est lui qui va nous guider à travers les installations cinématographiques qui, il est vrai, n'ont pas grand-chose à voir avec Hollywood. Il le confirme d'ailleurs lui-même : "Si l'on s'attend aux paillettes de Hollywood, on sera déçu à Ouarzazate. Beverly Hills, c'est pas vraiment le genre de la région. Mais on a du bon matériel, des techniciens doués et nous sommes surtout beaucoup moins chers que les Européens ou les Américains. Et puis, tu as vu ces payages ? C'est pas magnifique, ça ?..". C'est même tellement magnifique que les studios n'arrêtent jamais et que leur histoire remonte déjà à une vingtaine d'années. 20 ans de tournages. 20 ans de films à succès, aussi. "En ce qui concerne les grosses productions internationales, c'est Michaël Douglas qui a donné le coup d'envoi. C'était en 1984, lorsqu'il jouait dans "Le Diamant du Nil". Il se partagait entre notre studio et Aït ben Haddou, en fonction des scènes. Et puis il y a eu Timothy Dalton qui incarnait James Bond dans "Tuer n'est pas jouer". On le croyait en train de se battre contre les soldats soviétiques en Afghanistan. Eh bien non ! Il était ici et les figurants étaient marocains. Tu vois les jeeps entassées là-bas ? Enfin, ce qu'il en reste... Ce sont les souvenirs du tournage".

Entre magie et réalité

Maroc : Hollywood-sur-Sable: le Maroc fait son cinéma...D'un local technique à un studio, d'un morceau de décor à une loge, Aziz continue - non sans fierté - la liste des films tournés ici : "L'Ile au Trésor" avec Quinn, "KunDum" (de Scorsese) dont il reste un énorme Bouddha bien perdu en terre d'islam et quelques lions en plâtre (ces éléments de décor devraient bientôt servir à la décoration d'un... restaurant chinois !), "Un Thé au Sahara" dirigé par Bertolucci et dont une scène fut tournée dans le coeur historique de la ville,... Et beaucoup d'autres encore. "Un type super-sympa, c'est Jean-Claude Vandamme, poursuit l'intarissable Aziz. Il est venu chez nous pour tourner "Légionnaire" et il a fait diverses prestations aériennes. C'était vraiment très chouette. C'est un gars tout simple, amical avec tout le monde". Et un petit peu "aware", non ?.. La liste des films tournés en totalité ou en partie dans ces studios du Sud marocain est encore longue : "Harem" (Arthur Joffe, 1985) "Edith et Marcel" (Claude Lelouch, 1983), "Roll Over" (A. Pakula, 1981), "Liberté, Egalité, Choucroute" (Jean Yanne, 1984), "Des Mots pour le dire" (Vera Belmont, 1983), "Cléopâtre",... Bref, toute une magique du cinéma qui ne doit pas faire oublier certaines réalités bien plus terre à terre... Il ne faut pas se voiler la face : si les Marocains participent aux tournages en tant qu'accessoiristes, éclairagistes ou figurants, ils ne voient que rarement les films sur grand écran. Même s'il existait une salle de cinéma fonctionnant en permanence à Ouarzazate, le prix d'un ticket d'entrée serait probablement hors de portée du salaire local moyen. D'autre part, il faut toujours avoir à l'esprit que Ouarzazate ne ressemble ni à Beverly Hills, ni à la Croisette. Et que les caprices de stars ne sont pas vraiment de mise aux portes du Sud marocain. Certaines vedettes un peu capricieuses, alanguies en bord de piscine, l'ont d'ailleurs appris à leurs dépens. Ce n'est pas parce que le client s'appelle Stallone ou Douglas et que le serveur se nomme Abdu ou Rachid que le premier peut se croire tout permis. Et s'il s'y risque, le second le décroche rapidement de son étoile pour le ramener sur terre. Et à une certaine réalité marocaine qui, malgré les fastes et la magie du 7e Art, reste toujours de mise...

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Philippe Chavanne | 26.05.2004 | 623 visites | 0Favoris |
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info plusinfo plus

- Le site de l’Ambassade de France au Maroc : -www.ambafrance-ma.org/
 Dans la foulée, si vous voulez en savoir un peu plus sur l’actu diplomatique française au Maroc : www.diplomatie.gouv.fr/actu
- Le site de l’Office du Tourisme du Maroc en France : www.moroccoweb.com/fr/tourisme/index.html
- Tout, tout, tout savoir sur Ouarzazate (ou presque) : culture, folklore, hôtellerie, cinéma,... : www.ouarzazate.com
- Une courte histoire du 7e Art au Maroc : www.mincom.gov.ma/french/regards

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