
Hongrie
Hongrie : A travers la Puszta
Les gardiens de troupeaux sont inséparables de l'image de la plaine d'Hortobagy. Située au coeur de la Puszta en Hongrie, s'étendant sur plus de 70000 hectares, elle rappelle aux hommes leur esprit de conquête et de vaillance. Pendant des siècles les cavaliers qui la parcouraient furent le symbole de ce pays. Bravant les rudes conditions climatiques et les dangers de toutes sortes, ils ont peuplé, hanté de leur présence cette terre "ravagée", "dévastée", la Puszta. Il y a cinq siècles ce n'était encore qu'une vaste prairie recouverte de forêts, sillonnée par les marchands empruntant la route du sel. Après l'abattage des arbres, notamment par les Turcs, la région se transforma progressivement en un territoire quasi désertique, recouverte cependant de nombreux lacs. Privée de toute protection naturelle contre la violence des vents, la région se transforma progressivement en un vaste pâturage salin. Seul le bétail pouvait s'accomoder de ce terrain. L'ère du "pasztor" solitaire frappé par le vent gardant son troupeau et celui des fermes isolées étaient nés. Fondé en 1973, le Parc National d'Hortobagy est inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1999.
Un éco-système varié
Le départ en calèche de la ferme, près du pont aux 9 arches d'Hortobagy, est prométeur. Albert Hadju est un amoureux de la Puszta. Ancien garde du Parc pendant 10 ans, il est incollable sur le sujet ! "C'est une zone protégée des cultures explique't-il, la végétation basse qui la couvre sert essentiellement de paturage aux animaux spécifiques de la région, le mouton -ratka- aux immenses cornes torsadées, le boeuf à grandes cornes, le taureau gris très impressionnant par sa taille, le porc -Mangalica- à poil long, le buffle et le cheval Nonius". Le bétail est assuré de brouter à sa guise, en paix et en semi-liberté. Sans parler de la présence unique en Europe d'un nombre très élevé d'oiseaux, d'échassiers et de cigognes. On a ainsi démombré 368 espèces d'oiseaux, ce qui fait de la Puszta la réserve la plus importante d'Europe centrale, de l'Ouest et du Nord. Son exceptionnel richesse en fait un site naturel de préservation de la biosphère. Zone protégée donc, les cultures proscrites ainsi que l'élevage intensif, la Puszta se désertifie peu à peu et la végétation devient de plus en plus rase. Les parties salines ont tendance à prendre le pas sur celles à tendances marécageuses..
Des puits d'un autre âge...
Au loin nous apercevons un drôle de puits à bascule. En bois d'acacia ou de chène, il n'est pas qu'une simple image de carte postale. Ces puits qui captent le regard à des centaines de mètres, récoltent toujours l'eau des pluies et servent d'abreuvoir aux animaux. Cet ingénieux système de balancier et de contrepoids permet de verser une eau d'une température constante d'à peu près 12 degrès. Il faut d'ailleurs une certaine maîtrise et force pour l'actionner.
Les Csikos
Les gardiens des troupeaux de chevaux, les "csikos", qui parcourent pour certains encore la Puszta à cheval, sont fiers de la race Nonius. Elevé et préservé non loin au centre d'élevage de Mata, ce cheval au tempérament coopératif et endurant, s'est vu décerné le titre honorifique de "Cheval Idéal" lors de l'Exposition Universelle de Paris de 1900. Issu d'un étalon français anglo-normand du même nom, il fut capturé à l'origine par les troupes hongroises pendant la campagne de France en 1814, au haras de Rosières-aux-Salines en Normandie. Quelques écuries et exploitations perpétuent et vivent de l'élevage du cheval Nonius, subventionnées pour partie par le gouvernement hongrois. Le haras situé à Mata près d'Hortobagy, apparaît comme le centre d'élevage le plus important. Il compte quelques 250 chevaux dont près de 60 juments affectées à la reproduction. Son objectif principal de préservation de la race en constituant une banque génétique, a pour finalité aussi de la mettre sur le marché international de l'équitation.
Plusieurs milliers autrefois, les "csikos" occupaient en quelque sortes une position hiérarchique haute, au côté mais au-dessus des "pasztors" (bergers) et "gulyàs" (bouviers). Ils ne sont plus que quelques familles maintenant à vivre et à perpétuer les traditions équestres de leurs ancêtres. Le nomadisme à cheval, l'équitation, l'élevage ont joué un rôle significatif dans la formation du peuple hongrois. Il y a 1000 ans les premiers hongrois, les Magyards, menaient une vie simple basée sur la domestification des chevaux notamment, et le développement des tactiques de combat à cheval particulièrement efficaces, comme en témoignent les régiments de cavaleries Hussards.
Une pause appréciée...
La ballade se poursuit paisiblement, plusieurs durant, agrémentée d'arrèts et d'observations de la faune. Un gardien de moutons nous fait gouter à son fromage de chèvre, doux et frais au palais. Parsemé de sel, c'est un régal ! Certains le fabriquent toujours eux-mêmes de façon artisanal. "Pasztors", "gulyas" et "kondas" (gardiens de porc) restent sur place d'avril à octobre, souvent loin de leur famille. Les journées défilent alors lentement, rythmées par le lever et le coucher du soleil et l'attention portée aux animaux.
Un artisanat riche
S'ils ne portent plus l'habit traditionnel tous les jours, ils le conservent néanmoins précieusement à portée de main. Chaque gardien, berger possède le sien, pièce en général unique qui le caractérise et le distingue. Il protège efficacement des rudes conditions climatiques de l'hiver, de la neige et du vent qui balaie sur des kilomètres la Puszta. Fabriqué de façon artisanale à la main jusqu'au début du siècle dernier, il fait toujours partie du folklore de la Puzsta. Il relevait à l'époque du savoir-faire des hommes. La peau de mouton très dure et épaisse nécessitait une grande force dans les doigts et le poignet pour le percer d'une aiguille. Les motifs bien qu'appliqués maintenant à la machine, restent fidèles à leur forme originelle. Le fouet également est caractéristique de la région, où faune et flore sont peints directement sur le manche.
Accrobatie équestre spectaculaire
Pour vivre et préserver leurs traditions, en réponse aussi à un certain manque de moyens financiers, les "csikos" se produisent dans des spectacles équestres, devant un public admiratif, notamment lors des Journées Hippiques d'Hortobagy au printemps. Accobaties, concours d'attelages, sauts d'obstacles, élégance... la passion du cheval reste ici intacte, transmise d'une génération à l'autre comme en témoigne l'exécution spectaculaire de la "Puszta-cinq". C'est en fait une figure de voltige au cours de laquelle le cavalier conduit un attelage composé de 5 voire 10 chevaux, lui-même debout, un pied posé en équilibre sur la croupe de l'animal. La légende qui entoure cette figure est belle et romantique à l'image la Puszta. Elle serait née de l'imagination, en fait d'un rêve, du peintre autrichien Adam Koch : Le postier, chargé de distribuer le courrier à travers la plaine d'Hortobagy, inventa ce procédé pour honorer la distribution des lettres alors que son chariot venait de se renverser ! On appelle aussi cette figure celles des "cinq-courageux". Cette origine reste néanmoins contreversée et d'aucuns estiment que cette prouesse équestre existait déjà du temps des Romains, pour les jeux de Rome.
Mirage et réalité
Un sentiment très fort et présent unit la Puszta à ses hommes. Elle a fait leur histoire, ils l'ont conquise et élevée au rang de terre sacrée et protégée. Le soir, alors que le soleil décline, la Puszta révêle ses plus beaux atours et envoute les sens. Le vert des parties marécageuses et le roux de la terre saline, rivalisent d'élégance. Elles font alors planer sur cette steppe une atmosphère enchanteresse de calme et de douceur. La féerie gagne peu à peu et au loin, par la magie d'un troupeau paisible près d'un puits à bascule sur fond de toits de paille des écuries et des granges, on se sent comme transporté dans un autre monde, bien loin des constructions modernes et de l'internet.
info plus
Monnaie : le Forint (1 euro = 249 Ft, juin 2004).
Langue : Le hongrois, l’allemand est très utile.
Climat : Continental modéré.
Saison : Toute l’année, mais très agréable au printemps et arrière saison.
Transport : La MALEV, compagnie nationale hongroise, assure plusieurs vols par semaine. tél : 01 43 12 36 00.
Infos touristiques : Office du Tourisme de Hongrie, 140 av. de V. Hugo, 75116 Paris.
Tél : 01 53 70 67 17. www.hongrietourisme.org
Une adresse sympathique pour visiter la Puszta (calèche et randonnée) et hébergement :
- Albert Hadju ( parle français ) : Sarkadi u. 15, 4071 Hortobagy, Hongrie.
Tél/Fax : (0036) 52 369335.






