Maroc : En parcourant l'Atlas...

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Jean Saint Martin | 29.11.2004 | 3501 visites | 0Favoris |
Jean Saint Martin

Entre les longues plages sablonneuses de l’Atlantique et le désert saharien, que peut-on découvrir au Maroc ? De somptueuses villes impériales, bien sûr, des médinas et des souks animés … mais aussi, une véritable chaîne de montagnes : le massif de l’Atlas dont une dizaine de sommets dépassent les 4000 mètres. Quelques belles routes d’altitude permettent de parcourir ces étonnants paysages montagneux. Prenez place ! A travers quelques impressions de voyage, c’est à une visite découverte que je vous invite.

Des chutes d’eau dignes des tropiques.

Maroc : En parcourant l'Atlas...Vision paradoxale dans ce pays régulièrement éprouvé par la sécheresse que ces cascades situées au milieu d’un écrin de verdure. Nous sommes dans le Moyen Atlas, à plus de 140 km de Marrakech. La route a été longue, poussiéreuse et sinueuse à travers des paysages vallonnés. Maintenant la terre est d’une couleur rouge brique, et quel contraste avec la parure verte des milliers d’oliviers plantés sur ce plateau. « Olivier » se dit « Ouzoud » en langue locale, alors rien d’étonnant que les chutes de la région s’appellent : les cascades d’Ouzoud. La découverte se fait par le sommet des chutes. Les visiteurs les plus téméraires, juchés sur des monticules de terre jettent un coup d’œil furtif au bord de l’à-pic afin d’apercevoir le bassin de réception des eaux situé à une centaine de mètres en contrebas … âmes sensibles aux vertiges, s’abstenir ! Pour admirer pleinement le panorama il est préférable d’emprunter le petit chemin sur la gauche, de passer (rapidement) devant les quelques boutiques de souvenirs et d’arriver sur le premier promontoire, d’ici, la vue est grandiose ! Pas moins de six chutes, couronnées d’un double arc-en-ciel, se brisent sur les rochers dans un nuage de gouttelettes ; les parois de ce cirque sont recouvertes d’une végétation verdoyante et tapissées d’un véritable velours de mousses étincelantes sous le soleil. On peut ainsi continuer la randonnée jusqu’au bas de la cascade (environ 15 mn supplémentaires) … Chemin faisant je suis abordé par un jeune marocain au visage illuminé d’un sourire, ma foi, fort sympathique : « Vous voulez voir les singes au fond de mon jardin ? » Pourquoi pas ! En effet des dizaines de macaques magots vivent dans cet univers végétal. Dix minutes plus tard, la mine désolée, notre faux guide m’avoue : « En fait les singes se cachent habituellement l’après-midi pour faire la sieste » ; le programme de la visite n’était donc pas contractuel ! Amateurs d’exotisme, vous serez prévenus, si vous visitez les chutes l’après-midi, ne vous faites pas « singer » … et en plus vous économiserez quelques dirhams !

Drôle de souk et neiges éternelles

Maroc : En parcourant l'Atlas...Encore une histoire d’eau, mais celle là, bien plus triste que celle d’Ouzoud. Ici, dans la vallée de l’Ourika, les habitants n’ont pas oublié le tragique mois d’août 95 et ses visions d’apocalypse : des pluies diluviennes et un oued en furie qui dévaste tout sur son passage, emportant berges, routes, maisons et malheureusement quelques habitants. Il reste encore par endroit quelques traces de ces crues dramatiques mais avec le temps la végétation a repris son emprise. Partout les prairies sont couvertes de coquelicots réalisant de véritables tableaux impressionnistes … à la manière de Monet. Sur la petite route qui nous mène au bourg de Dar-Caïd-Ouriki, des dizaines d’ânes aux pas pressés, souvent chargés sur leurs flancs de couffins tressés et toujours menés autoritairement par leur propriétaire, se dirigent vers le souk hebdomadaire du lundi … un souk bien particulier : celui des ânes, hi han ! Le lieu de rendez-vous ? Pas la place centrale de ce village de moyenne montagne, mais le lit asséché de l’oued. Il y a là, juste un filet d’eau verdâtre où se désaltèrent des animaux rendus nerveux par des nuées de mouches. Sur les berges caillouteuses, de simples tentes protègent les marchands ; un peu plus loin, on entend quelques bruits métalliques : on ferre les ânes. A l’écart de cette bruyante foule, deux Berbères couverts de leur djellaba colorée marchandent … sans conclure, semble-t-il ! Au vu de la mine de la plupart des négociants, les affaires ne paraissent pas florissantes ce matin … mais au fil des minutes, un marché parallèle s’installe, peut-être plus lucratif, celui de la vente « à la sauvette » de pâles copies de poignards berbères ; c’est vrai que les touristes venant de Marrakech commencent à affluer en nombre ! Eloignons-nous de cette cohue pour profiter de la quiétude des paysages d’altitude. Direction Oukaïmeden. Une route escarpée qui domine la vallée de l’Ourika en serpentant à travers la montagne et nous voilà parvenu près d’un lac au milieu d’alpages verdoyants. Sur les sommets environnants sont encore accrochés quelques névés malgré la douceur printanière … nous sommes au pied de pistes de ski comme en témoignent les télésièges. Cela peut surprendre, mais il existe bien une station de sports d’hiver à seulement 74 km de Marrakech ! Certes, son enneigement hivernal paraît parfois trop capricieux aux yeux des passionnés de glisse. Des montagnes qui étaient déjà fréquentées bien avant l’arrivée des Marrakéchis aisés amateurs de ski … les archéologues ont en effet retrouvé parmi ces rochers des gravures rupestres datant de l’âge de bronze : témoin de ce passé, les roches gravées visibles à l’entrée de la station mais aussi entre les résidences.

Des lacets et de l’altitude : la route du col de

Maroc : En parcourant l'Atlas...Découvrir facilement en voiture les splendides paysages du Haut Atlas, c’est possible. Pour cela empruntons la plus haute route du Maroc, celle qui relie Marrakech à Ouarzazate en passant à 2260 m par le col de Tizi-n-Tichka. De très loin, malgré les brumes de chaleur, on aperçoit l’imposante barrière montagneuse dominée par le mont Toubkal (4167 m) et ses neiges éternelles. Dès les premiers lacets de cette belle route d’altitude tracée par les légionnaires en 1920, le ton est donné, on est bien en haute montagne ! Sur la droite, on domine une vallée verdoyante … l’oued n’est certainement pas très loin. Mais progressivement la végétation se raréfie laissant place aux cactus et aux figuiers de barbarie, hérissés de fleurs jaunes. Cette région est le berceau de la population Berbère ; premiers habitants de l’Atlas, organisés en tribus ils ont résisté aux conquérants Arabes jusqu’au VIII siècle. La plupart des villages traditionnels sont bâtis sur le versant opposé à la route principale et ne sont accessibles que par des pistes. L’impression de dénuement est criante ; les maisons cubiques, imbriquées les unes aux autres semblent accrochées aux flancs de la montagne, toutes sont construites en matériaux traditionnels : le pisé, un mélange de paille et de terre. Selon la composition et la couleur du sol, les murs des habitations se colorent de teintes différentes, souvent ocres, rouges ou grises … le gris étant d’ailleurs la couleur principale des paysages lunaires que l’on traverse près du col. En contrebas, on devine entre de petites vallées étroites, des cultures agricoles dont le vert clair contraste avec l’univers minéral qui nous entoure. La descente sur le versant Est donne un avant goût de désert, chaleur, aridité et poussière. Il y a bien ces rares villages autour desquels s’organise un semblant de vie ; ici, ce sont des femmes Berbères, robes et foulards colorés et faucille à la main qui récoltent des céréales sur de minuscules lopins de terre cultivés en terrasses. Là, c’est un âne chargé de sacs qui se dirige vers l’agadir … Agadir ? Non, pas la station balnéaire bien connue, mais l’agadir : le grenier collectif fortifié en pisé qui trône au centre des villages Berbères. Certains de ces « agadirs » sont en piteux état avec leurs tours presque démolies … reflet objectif de la pauvreté de ces communautés d’altitude.

Quelques rencontres …

Maroc : En parcourant l'Atlas...Elles s’appellent peut être Fatima, Ouarda ou Leila, elles ont surgit de nulle part lorsque nous nous sommes arrêtés sur cette route en pleine montagne. Impossible de passer sous silence tous ces enfants qui se précipitent vers les voyageurs sur les routes Marocaines. Dans la plaine ils gardent les moutons et vous adressent des saluts en agitant leurs mains. En montagne, certains âgés d’une dizaine d’années seulement vous proposent à chaque virage des pierres de l’Atlas qu’ils tendent à bout de bras ( pierres, soit dit en passant qui sont pour la majorité importées !) D’autres, comme ceux qui entourent notre voiture, n’ont rien à nous proposer, seulement une main tendue accompagnée d’un timide sourire. Faut-il donner, au risque d’entretenir cette mendicité dérangeante ? En tout cas, les quelques bonbons et stylos offerts ont fait leur bonheur … de l’instant ! Tous les voyageurs ayant parcouru ces régions ont toujours de nombreuses anecdotes de rencontres à raconter, certaines sont parfois plus sympathiques… comme celle avec ce brave Berbère, rencontré au col de Tizi-n-Tichka devant le petit souk de souvenirs : « Vous êtes Français ? Alors, ce sera pour vous un prix ami ! Vous savez, habituellement je travaille en France près de Paris. » … et comment occupe-t-il ses congés annuels au pays ? En régnant en petit caïd sur ses boutiques à touristes. L’échange est agréable, les sourires complices mais pas dupes … j’achèterai finalement quelques pierres « précieuses » de l’Atlas, à un prix probablement beaucoup trop cher. Pourtant, il m’avait assuré : « Ici, dans le sud Marocain, les gens sont honnêtes, foi d’un Berbère … Parisien ! »

Une forteresse de terre aux portes du désert.

Maroc : En parcourant l'Atlas...Sur les contreforts de l’Atlas le vent s’est levé. Des vagues de sable traversent successivement la route en direction du Ksar d’Aït-Benhaddou : le joyau architectural de la région. L’Unesco ne s’y est pas trompé en classant cette forteresse Berbère au patrimoine mondial. Le site est exceptionnel, le village est bâti sur le flanc d’un promontoire rocheux qui domine cette vallée désertique. Passons rapidement le village récent dont la visite est sans intérêt, traversons l’oued asséché pour atteindre les ruelles de ce village fortifié. Une forteresse de terre qui a subi les assauts de l’érosion, aussi, un vaste programme de reconstruction a permis de rénover à l’identique, l’ensemble du site. Le résultat est parfaitement réussi. Il faut se promener lentement entre les habitations en pisé ocre et ne pas hésiter à grimper jusqu’aux rochers qui surplombent le village pour admirer le panorama grandiose. Dans le lit de l’oued Ounila, une équipe de réalisateurs Espagnols tourne cet après-midi, un court métrage ; c’est vrai que ce décor naturel se prête parfaitement aux tournages de cinéma. De célèbres films ont été réalisés à Aït-Benhaddou, comme le fameux « Lawrence d’Arabie » … avec un peu d’imagination, l’instant d’un songe, je revois Peter O’Toole sur son dromadaire chevauchant le désert, sur un fond de musique lancinante. Le vent de sable redouble de vigueur lorsque nous approchons de Ouarzazate. Les formes s’émoussent dans cette brume de poussières ocres ; les véhicules ont allumé leurs feux de croisement … Un éblouissement ? Un mirage ? J’aperçois maintenant des déesses Egyptiennes ? Encore du cinéma, décidément ! Ici, c’est Hollywood dans le désert : des décors artificiels et naturels pour superproductions à grand budget comme le film « Astérix : Mission Cléopâtre » tourné ici, dans ces studios à l’air libre. Plus que cinq kilomètres pour arriver à Ouarzazate : « Les portes du désert » en langue locale. Mais le désert, le vrai, avec ses montagnes et ses dunes de sable n’a pas besoin d’effets spéciaux pour livrer son lot de découvertes et d’émotions … mais là, c’est un autre voyage.

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- La meilleure saison pour visiter l’Atlas ? Certainement le printemps, la douceur des températures donnent un avant goût d’été en évitant la fournaise estivale, la végétation et les champs sont encore verts avant d’être brûlés par le soleil et enfin il n’y a plus de risques de trouver de la neige sur les routes d’altitude.

 

- La route du Haut Atlas par le col de Tizi-n-Tichka ? A l’Est de Marrakech (route P31) Une véritable route de montagne (bien asphaltée) avec ses lacets et ses points de vue ; plus de 200 km (environ 4heures) séparent Marrakech de Aït-Benhaddou cependant si l’on séjourne à Marrakech, il est possible de faire l’aller-retour dans la journée … elle sera longue mais riche en souvenirs.

4 km après le col de Tizi, par la petite route goudronnée à gauche on peut se rendre à la monumentale Kasba de Telouèt et rejoindre ensuite par une piste traversant des paysages grandioses le Ksar de Aït-Benhaddou  (45 km, 4x4 indispensable avec chauffeur).

Location de véhicules possible à Marrakech, en ville, dans les Hôtels ou mieux, réservé depuis la France.

Bien entendu, cette région est aussi un paradis pour les randonneurs (guide accompagnateur breveté indispensable)

 

- Les « Faux guides » ? Ils sont partout dans les lieux à visiter (gorges, cascades, hameaux …), mieux vaut souvent en choisir un au départ pour éviter d’être harcelé par la suite … et puis, ils peuvent rendre service car tous les sentiers ne sont pas balisés ; par contre, négocier le prix avant le départ !

 

- Le marchandage ? Inévitable et c’est un des charmes de l’ambiance des souks marocains … cependant, éviter si vous n’êtes pas acheteur de jouer le jeux trop longtemps ; les marchands ne sont pas agressifs mais très insistants et souvent « collants » et puis, lorsque vous aurez accepté de partager le traditionnel thé à la menthe il vous sera très difficile de ne pas vexer votre interlocuteur si vous ne lui achetez rien ! Il faut reconnaître que ce sont de redoutables commerçants … avec leur crédit berbère : « 80% tout de suite et le reste … maintenant ! ». 

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