Cuba : Trinidad, la ville-musée

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Philippe Chavanne | 24.06.2005 | 708 visites | 0Favoris |
Philippe Chavanne

Cuba : Trinidad, la ville-muséeBâtie sur les contreforts de l’Escambray, flirtant avec la mer des Caraïbes, Trinidad – troisième ville fondée par les conquérants espagnols à Cuba – est restée la plus authentique des cités coloniales de l’île. Une ville désormais classée au Patrimoine mondial de l’Unesco qui mérite largement une découverte, au fil de ses petites rues pavées de « chinas pelonas »… 1988 est une année-clef (une de plus !..) dans l’histoire de Trinidad ! C’est en effet au mois de décembre 1988 que la ville, ainsi que la Valle de los Ingenios, ont été inscrits au Patrimoine Mondial de l’Unesco. Juste retour des choses pour une cité qui fit fortune grâce à la canne à sucre et qui perdit tout à cause de la betterave sucrière cultivée en Europe… Située sur la route côtière qui relie Cienfuegos à Sancti Spiritus, Trinidad a, aujourd’hui encore, tout pour séduire le voyageur en quête d’atmosphères exotiques et coloniales. Celles et ceux qui ont déjà eu la chance de visiter Guanajuato, au Mexique, ou Ciudad Antigua, au Guatemala, peuvent déjà se faire une petite idée de ce qui les attend sur la côte méridionale de Cuba. Ici, les cavaliers et leurs chevaux ou les gosses qui galopent après les poules caquetantes font toujours parie d’un décor où se fondent aussi quelques séduisantes vieilles américaines (je parles de voitures !..), l’une ou l’autre moto russe et les… bus japonais qui déversent leurs cargaisons de touristes allemands, français, italiens ou espagnols. Et c’est sans même parler des richesses de l’arrière-pays ! Celui-ci regorge de possibilités de découvertes plus agréables les unes que les autres. Bref, loin des plages surpeuplées et populaires de Varadero, loin aussi de l’ombre d’Ernest Hemingway qui semble encore flotter au-dessus de certains quartiers de La Havane, loin encore des plantations de tabac de Pinar del Rio, Trinidad est une incontournable escale de charme et de quiétude… dès que les cars de touristes ont repris la direction des hôtels-clubs…

● Le « commerce de sauvetage »

Cuba : Trinidad, la ville-muséePour les Trinitarios, leur ville est toujours la seule véritable capitale du Nouveau Monde. Et tant pis si elle ne profite plus de la prospérité apportée par la culture de la canne à sucre ou de l’effervescence de la contrebande. Tant pis aussi si les moulins de la Valle de los Ingenios ne tournent plus depuis longtemps. Riche de son patrimoine architectural, fière de son histoire haute en rebondissements, enjolivée par des couleurs qui font immanquablement songer à un gigantesque panier de fruits tropicaux, Trinidad vit dans la richesse de ses souvenirs… Lorsque Diego Velasquez débarqua dans la région en 1514 en provenance de la lointaine Europe, il n’existait ici qu’un simple petit hameau indien, blotti autour de ce qui s’appelle aujourd’hui la Plaza Mayor. Sous sa houlette, Trinidad devint donc la troisième ville coloniale de l’île, après Baracoa et Bayamo. A peine quatre ans plus tard, Hernan Cortez, futur et sanguinaire conquérant du Mexique, vint ici pour recruter des troupes qui, en fin de compte, n’étaient rien d’autres qu’un ramassis d’hommes de main et d’exécuteurs de basses œuvres… Jusqu’au 18e siècle, Cuba survit avec une tranquille nonchalance. Pas complètement oubliée, mais pas vraiment mise en évidence non plus. La ville et la région somnolent sous le soleil des Caraïbes. Les habitants se bornent à élever un peu de bétail et à cultiver le tabac… tout en s’adonnant par la force des choses à la contrebande. Ce « commerce de sauvetage » comme on l’appelle alors, permettant à des marchandises venues de la Jamaïque toute proche d’entrer en fraude sur l’île, est pleinement justifié par les sévères restrictions commerciales imposées par les Espagnols.

● L’âge d’or du sucre

Cuba : Trinidad, la ville-muséeLe destin de Trinidad bascule au 19e siècle… A ce moment, la petite bourgade accède à un nouveau statut : elle devient la capitale du Departamento Central. Fuyant une rébellion d’esclaves qui avait éclaté à Haïti, de fort nombreux colons français se dirigent vers Cuba et trouvent refuge dans la région de Trinidad. Ils s’y installent et, très vite, développent la culture de la canne et l’industrie du sucre. Au total, ce sont ainsi 50 petites sucreries qui se développent dans l’actuelle Valle de los Ingenios, au nord-est de la cité. Il ne faut pas longtemps pour que le sucre supplante le travail du cuir et la production de bœuf salé. En quelques années à peine, les moulins de la région produisent plus de 80 000 tonnes de sucre par an et, dès le 19e siècle, ils assurent le tiers de l’approvisionnement en sucre de l’île. Toute la région profite de cette nouvelle industrie sucrière. La ville devient florissante. Dès 1827, elle peut se targuer d’être celle qui compte le plus grand nombre d’habitations en mortier et en toits de tuiles. Aujourd’hui encore, la remarquable architecture locale témoigne de cette période d’opulence. Une opulence qui n’allait malheureusement pas durer très longtemps…

● Le déclin de Trinidad, l’âge d’or de Cienf

Cuba : Trinidad, la ville-muséeCe sont les deux guerres d’indépendance qui sonnèrent le véritable glas de l’industrie sucrière régionale : les plantations subirent, au cours des conflits, des dommages énormes. Irréparables. Mettant en péril toute la chaîne du sucre et le travail des ouvriers locaux. Dès le milieu des années 1820, le petit port de Casilda, sur la côte de Trinidad, est déjà à l’abandon. En 1868, le mouvement abolitionniste ne fait rien pour arranger les choses, que du contraire ! Il accentue et accélère le déclin de la cité, précipitant les anciens esclaves libérés et… licenciés dans une pauvreté sans nom. On parle peut-être d’une certaine liberté, mais c’est surtout le ventre qui crie famine !.. A la fin du 19e siècle, les provinces de Cienfuegos et de Matanzas prennent une importance de plus en plus grande, devenant les véritables centres névralgiques de la production et du commerce du sucre. Parallèlement, le port de Cienfuegos, à seulement 80 kilomètres de Trinidad, devient lui aussi de plus en plus important. Trinidad sombre alors chaque année un peu plus. La cité est de plus en plus mise à l’écart, n’intervenant plus en rien dans les grandes décisions politiques et économiques de la région et du pays. L’âge d’or du sucre se transforme petit à petit en souvenir dans l’esprit des planteurs et de leurs ouvriers. Avec la nostalgie, s’installe la récession. Trinidad sombre dans une douce léthargie…

● Des rues qui témoignent…

Cuba : Trinidad, la ville-muséeAu cours des 100 ou 150 dernières années, la physionomie générale de la cité n’a que fort peu changé. Certes, l’électricité a été installée. Certes aussi, on croise aujourd’hui plus de voitures (vieilles bagnoles américaines, increvables véhicules soviétiques et pétillantes petites voitures japonaises) que de carrioles tirées par des chevaux. Certes encore, les motos « made in USSR » et les vélos « made in China » n’étaient pas connus des premiers coupeurs de canne à sucre. Et pourtant ! Pourtant la ville est toujours la même. Comme si le temps s’y était arrêté. Ou, à tout le moins, comme si son cours était un peu plus lent ici qu’ailleurs. Les rues sont autant de témoignages de l’histoire de la ville. Les « chinas pelonas » qui les pavent ont été tirées du fond des rivières toute proches. Les « guardacontones » (des vieux canons espagnols dont les gueules ont été enterrées au coin des rues afin de protéger les maisons des roues des charrettes) ont été polis par les siècles. Et les tuiles arrondies des maisons portent encore l’empreinte des cuisses des artisans qui les ont moulées. Et les couleurs !.. Les couleurs douces et joyeuses des maisons de Trinidad font immanquablement songer aux meilleurs fruits tropicaux qui semblent pousser ici à profusion. Au travers des fenêtres fermées par de belles balustrades de bois, on jette un coup d’œil indiscret à l’intérieur de ces maisons particulières : le mobilier colonial et la télévision qui retransmet un nouveau discours-fleuve de Fidel Castro voisinent des photos de famille, des images pieuses et quelques petites couvertures au crochet.

● Une place où bat le cœur de la cité

Cuba : Trinidad, la ville-muséeVéritable cœur architectural et historique de Trinidad, la Plaza Mayor est l’un des principaux pôles de la ville. C’est autour de celle-ci que l’on trouve les plus belles églises et les musées les plus intéressants (dans la partie basse de la cité, le deuxième pôle de la ville s’organise autour du Parque Cespedes et regroupe les principales activités de services). Elégante et ravissante, la Plaza Mayor est construite sur le flanc d’une colline. Ses rosiers et ses magnifiques « palmas reales » sont protégés par des petites clôtures basses artistiquement forgées et peintes en blanc. L’effet est particulièrement réussi. A l’une des extrémités de la place, deux lévriers en bronze semblent monter la garde et en défendre l’accès. A chaque angle, de belles urnes polychromes assurent la décoration. Dominant l’ensemble, l’ « iglesia de la Popa » est de toute beauté. L’un des attraits majeurs de cette place réside dans les superbes maisons qui la bordent. Aujourd’hui, la plupart d’entre elles ont été transformées en musées et racontent, elles aussi, quelques-unes des plus belles pages de l’histoire de la cité. Tour à tour, on passe devant la maison du magistrat Ortiz (devenue le Musée archéologique Guamuhaya qui présente de très beaux objets liés à l’artisanat indien), on longe la belle propriété des Padron (transformée en Musée des Sciences naturelles Alexander von Humboldt), on admire la maison des Sanchez-Iznaga (qui abrite désormais le Musée de l’architecture trinitaire) et l’on s’arrête au palais des comtes de Brunet qui a été construit avec une véritable débauche de matériaux nobles par une famille de marchands d’esclaves. Ce palais abrite depuis 1974 le Musée romantique ; l’un des plus attachants de la ville. Le rez-de-chaussée est millésimé 1740 et la partie supérieure date probablement de 1808. Au total, ce sont pas moins de 13 salles qui abritent une magnifique collection de porcelaines et d’objets anciens. Très attrayant, ce Musée romantique donne au visiteur une assez bonne idée du mode de vie de la bourgeoisie locale au cours du 19e siècle.

● Patriotisme d’abord…

Cuba : Trinidad, la ville-muséePlus loin en ville, à peu près à hauteur de Piro Guinart, le Musée national de la Lutte contre les bandits (« Museo Nacional de la Lucha Contra Bandidos ») a trouvé un fort beau refuge au sein de l’ancien couvent de « San Francisco de Asis ». Au moyen de très nombreuses photos, de multiples cartes, d’innombrables armes et d’une multitude d’objets divers, il retrace la lutte organisée entre 1960 et 1965 contre les bandes de contre-révolutionnaires (en fait de vulgaires mercenaires à la solde des agresseurs américains) qui sévissaient alors dans le Sierra del Escambray. Clou de la visite : un U-2, avion espion américain, abattu au-dessus de l’île. Toujours au rang des visites patriotiques, il faut encore mentionner la Maison des Martyrs de Trinidad (« Casa de los Martires de Trinidad »), entièrement consacré à la mémoire de soixante-douze habitants de la ville qui périrent lors des combats contre le dictateur Batista qui était l’homme de paille du gouvernement US). Une autre partie du musée fait honneur à la présence de soldats cubains pendant la guerre en Angola. ● …Religion ensuite Au nord-est de la Plaza Mayor, l’ « iglesia paroquila de la Santisima Trinidad » (l’église paroissiale de la Sainte Trinité) est certainement l’édifice religieux le plus connu de toute la ville et même de la région. Construite en 1892 sur les ruines d’une église plus ancienne, elle abrite quelques superbes objets sacrés, dont le Christ de la vraie croix (1713). Par contre, de l’ « iglesia de Santa Ana » (l’église sainte Anne), à l’est de la ville, il ne subsiste que la structure.

● Hommage aux artisans

Cuba : Trinidad, la ville-muséeLorsque l’on visite Trinidad, on ne sait rester insensible au travail de ses artisans Pour en avoir un aperçu quasiment exhaustif en quelques minutes à peine, il suffit de se diriger vers… une ancienne prison espagnole construite en 1844 et devenue depuis lors un centre touristique : outre une galerie d’art, on y trouve une boutique de céramique et un marché artisanal assez intéressant pour les amateurs du genre. Dans un autre style, la « Fabrica de Tabacos » (la Fabrique de Tabac) mérite aussi la visite et permet d’assister à toutes les étapes de la fabrication des réputés cigares cubains qui, aux dires avisés des connaisseurs, restent bel et bien les meilleurs du monde. Enfin, il faut encore mentionner un très agréable marché d’art et d’artisanat en plein air installé dans Jesus Menendez. Non seulement c’est un endroit parfait pour faire le plein de souvenirs, mais il offre aussi la possibilité d’assister au travail d’artistes-peintres locaux.

● Une tropicale Belle au Bois Dormant

Cuba : Trinidad, la ville-muséeLorsque, plein d’images exotiques et tropicales en tête, on arrive aux abords de Trinidad, on peut être décontenancé par le succès touristique de cette belle cubaine : depuis une bonne dizaine d’années maintenant, les tour-operateurs et agents réceptifs locaux ont retrouvé le chemin qui mène à cette séduisante cité coloniale. Une cité hors du commun dont l’inscription au patrimoine mondial de l’Unesco ne fait que renforcer le crédit (et le succès…) touristique. Pourtant, malgré l’afflux de visiteurs étrangers (qui, pour la plupart, sont ici en excursion, peu de voyageurs séjournant ici), Trinidad est et reste l’une des plus authentiques villes coloniales de l’île, voire même de toutes les Caraïbes. En se promenant au long de ses rues superbement pavées, on a toujours l’impression de sentir l’odeur de la poudre des pirates. Il nous semble encore voir se faufiler les ombres des contrebandiers de jadis. Les grands planteurs et les coupeurs de canne à sucre font encore partie du paysage local. L’architecture si caractéristique renforce ces impressions, nous faisant remonter le temps. Lorsque, à la tombée du jour, les cars de touristes sont repartis pour d’autres horizons, quand les nuages commencent à couvrir le massif de l’Escambray et que le soleil cesse d’éclabousser les magnifiques façades de ses rayons, Trinidad offre encore d’autres ambiances. En jetant un petit coup d’œil indiscret à travers les barreaux des fenêtres des maisons, on arrive à distinguer l’éclat que renvoient les lustres ouvragés. On aperçoit les mignons petits patios ombragés où il fait si bon se relaxer. On admire le vieux mobilier, soigneusement entretenu et fidèlement transmis de génération en génération. Tenue pendant des siècles à l’écart de tous les circuits culturels ou commerciaux, Trinidad est aujourd’hui reprise dans la plupart des circuits touristiques. Après une longue, très longue sieste, la cité coloniale semble se réveiller sans rien perdre de son charme. Doucement. Langoureusement. Comme une séduisante Belle au Bois Dormant tropicale…

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info plusinfo plus

● Coordonnées utiles

 

- Office du Tourisme de Cuba

280 boulevard Raspail, 75014 Paris

Tél : 01 45 38 90 10

 

- Ambassade de Cuba

16 rue de Presles, 75015 Paris

Tél : 01 45 67 55 35

 

- Indicatif téléphonique de Trinidad : 419

 

- Logement : il y a peu de véritables hôtels à Trinidad, mais d’innombrables possibilités de logement chez l’habitant. Voilà qui est beaucoup plus authentique, enrichissant et agréable que n’importe quel banal hôtel-club où les prisonniers (pardon : les clients !) se trimbalent avec une menotte (non : un vilain bracelet en plastique coloré) autour du poignet

 

- S’amuser à Trinidad : il existe bien entendu plusieurs adresses « à touristes » où il est possible de boire, un verre, écouter de la musique, danser,… Pour se mêler aux Cubains qui font la fête (et ils s’y entendent !..), il faut plutôt se diriger vers  le Parque Cespedes.

 

- S’y retrouver dans Trinidad : la plupart des rues possèdent deux noms : un nom actuel qui figure sur les écriteaux, et un nom colonial qui est souvent encore utilisé par les habitants

 

-          Les « Fiestas Sanjuaneras » s’apparentent à un carnaval et durent 3 jours à la fin du mois de juin. Seul bémol : les habitants de Trinidad n’apprécient pas tellement de voir débouler des cavaliers ivres morts dans les rues de la cité, et y galoper à bride abattue. Autre festivité marquante : la « Semana de la Culture Trinitaria » qui se déroule au début du mois de janvier

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