Maroc : Essaouira, les gens de Mogador

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Maroc : Essaouira, les gens de Mogador

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Philippe Chavanne | 22.01.2007 | 1039 visites | 0Favoris |
Philippe Chavanne

Maroc : Essaouira, les gens de MogadorLongtemps assoupie à l’ombre des remparts qui la protègent, Essaouira, l’ancienne Mogador, renaît de ses cendres grâce au tourisme. De ce petit port bleu et blanc qui ne correspond à aucun cliché traditionnel rattaché au Maroc, il faut retenir une beauté encore intacte, une douceur d’un autre temps et, à coup sûr, quelques agréables surprises qui contrastent fort plaisamment avec ce que nous offre le reste du pays… « Les gens de Mogador » !.. Pas de panique ! Ne vous effrayez pas ! Il n’est absolument pas question de vous refaire le coup d’une célèbre série télévisée, un tantinet mélo, qui a fait quelques-unes des belles heures de la « télé de papa ». Voici donc les « autres » gens de Mogador ! Ceux du Maroc. Ceux qui subissent les assauts des vagues de l’Atlantique et les rafales de la brise océane. Les habitants de la ravissante et surprenante Essaouira…

● Une base pour les corsaires

Maroc : Essaouira, les gens de MogadorLa cité d’Essaouira telle qu’elle apparaît aujourd’hui date de 1760. C’est le sultan alaouite Sidi Mohamed ben Abdallah qui en a décidé et ordonné la construction. Ce faisant, son objectif était double. D’une part, créer une nouvelle base pour ses corsaires qui attaquaient les bateaux naviguant dans l’Atlantique. D’autre part, punir la proche Agadir qui avait osé se révolter contre son autorité, et supplanter la rebelle en importance. Le plan général de la cité fut conçu au XVIIIe siècle par le Français Théodore Cornut qui, à l’époque, était… prisonnier du sultan ! Grâce à lui, Essaouira fut la toute première cité marocaine à être dotée de ruelles se coupant à angles droit, suivant un plan d’ensemble en damier. Une sorte de plan « à la Vauban » qui est l’une de caractéristiques les plus marquantes de la petite ville portuaire. Plus encore : à l’instar notamment de Brasilia ou de Leningrad, Essaouira est l’une des rares cités au monde dont l’urbanisme a été complètement étudié, pensé et conçu avant sa construction.

● Amogdoul et Mogador

Maroc : Essaouira, les gens de MogadorPour autant, le site d’Essaouira n’a pas commencé à être habité à cette époque, somme toute relativement proche. Au contraire, il est connu depuis la plus lointaine Antiquité : dans certaines îles voisines, on a en effet retrouvé des fragments de poteries remontant à l’an 700 av. J.-C. A ce moment, les îles proches d’Essaouira servaient d’escales aux navigateurs phéniciens. Quelques centaines d’années plus tard, vers le début de notre ère, le roi Juba II de Maurétanie (celui-là même qui est à l’origine de la célèbre Volubilis) y installa un comptoir commercial spécialisé dans le négoce de la pourpre (d’ailleurs extraite d’un coquillage local : le murex) à destination de Rome. D’où, assurément, le nom de « Purpuraires » que portent encore aujourd’hui ces quelques îles. Bien plus tard encore, aux XVe et XVIe siècles, les Portugais s’installèrent à leur tour dans cette région et baptisèrent le site « Mogador ». Un mot qui, plus que probablement, n’est autre qu’une déformation du nom local « Amogdoul ». ● « La bien dessinée » Il faut cependant attendre 1956 (il y a tout juste 50 ans, donc) pour que la petite cité portuaire prenne enfin le nom d’Es-Saouira que l’on peut traduire par « La bien dessinée ». Un nom qui sonne comme un juste hommage rendu à l’excellent travail du Français Théodore Cornut. Depuis, la petite cité forte désormais de plus de 50.000 âmes n’a quasiment cessé de se développer. En se concentrant tout d’abord sur son activité naturelle : la pêche et l’ensemble de ses dérivés. Et, plus généralement, sur les diverses activités maritimes : pendant de longues années, Essaouira fut d’ailleurs le seul port marocain réellement et officiellement ouvert au commerce extérieur. Puis la localité à intelligemment songer à se diversifier : elle s’est adonnée à l’artisanat tout d’abord (la bijouterie et la marqueterie essentiellement), puis est venu le tourisme. Car on ne peut le nier : aujourd’hui encore, malgré l’afflux touristique en haute saison, Essaouira attire et envoûte celles et ceux qui savent aller au-delà des piscines d’hôtels et des buffets des petits déjeuners. Bleu et blanche, elle charme bien les touristes nationaux venus des différentes régions du Maroc (Marrakech, Casablanca,…) que les touristes étrangers venus essentiellement de divers pays européens (la France, la Belgique, l’Angleterre, l’Allemagne,...). D’année en année, les touristes sont toujours plus nombreux. Attirés par les couleurs et l’ambiance de la ville. Par ses possibilités de farniente ou de loisirs actifs (entre autres la plongée et la pêche sous-marines, la planche à voile,…). Mais également par son climat : une température moyenne qui oscille entre 14° et 20° (ce qui ravit les touristes marocains - et notamment les Marrakchis - qui échappent à la fournaise de leurs villes) et moins de 250 mm de précipitations annuelles, en moyenne. Sans oublier - autre attrait de la cité - un festival culturel qui se déroule traditionnellement en octobre et qui fait la part belle à l’art sous des formes très diversifiées : le théâtre, la danse, la musique,,.. et jusqu’au cinéma.

● « Flower power »

Maroc : Essaouira, les gens de MogadorAvant le milieu des années 1950, la prospérité d’Essaouira reposait aussi, en partie, sur les épaules de marchands juifs, fort nombreux en ville. A un certain moment, on y dénombrait près de 20.000 juifs pour seulement 10.000 musulmans. La bourgeoisie marocaine fréquentait alors les boutiquiers pour leur acheter des bijoux. Cependant, avec la proclamation d’un Etat marocain indépendant (en 1956), nombre de ces marchands juifs quittèrent la ville et le pays avec armes, bagages, or et argent. Direction : les Etats-Unis ou Israël, pour la plupart. Dans le courant des années 1960, Essaouira connut une tout autre ambiance. Accueillante et un peu insouciante, ouverte sur le monde et aux idées, bien ancrée dans l’esprit de cette époque malheureusement révolue, cette époque où tout restait faisable et possible, la cité accueillit une importante communauté hippie. Jimmy Hendrix lui-même se laissa séduire par l’endroit et y vécut plusieurs années.

● La Saint Malo marocaine

Maroc : Essaouira, les gens de MogadorD’entrée de jeu, Essaouira surprend. Etonne. Interpelle. Car la cité ne ressemble en rien aux autres villes marocaines beaucoup plus traditionnelles, nettement plus classiques : les Fez, Marrakech, Rabat, Casablanca, Meknes ou autres Agadir. Même les boutiques sont différentes de celles que l’on a l’habitude de voir en d’autres lieux. Avec ses maisons aux volets bleus, Essaouira-la-marocaine fait immanquablement songer aux petits villages de carte postale que l’on découvre dans les îles grecques. Mais ses remparts font aussi songer à la très française Saint-Malo avec laquelle elle est d’ailleurs jumelée. Protégée par des fortifications d’un bel ocre rosé, Essaouira poursuit son évolution sans perdre toutefois la totalité de sa personnalité. Certes, on ne peut que regretter le fait que, comme partout ailleurs où le tourisme de masse est privilégié, celui-ci laisse des marques relativement profondes et que l’on peut craindre indélébiles. Tant dans l’achalandage des boutiques qui font désormais trop souvent la part belle aux breloques et bibelots de pacotille, que dans la mentalité de la population. Mais Essaouira-l’authentique résiste encore et toujours à l’envahisseur. Un peu comme ces irréductibles Gaulois qui devaient faire face aux légions romaines…

● A l’assaut de la Skala

Maroc : Essaouira, les gens de MogadorAvant d’entrer en ville, il convient de respecter la tradition et donc de monter sur la Skala, la fortification qui domine et protège le port toujours animé. De là, la vue sur la ville et les activités portuaires est tout à fait superbe. Bien souvent, les mouettes accompagnent les promeneurs et viennent malicieusement se glisser devant les objectifs des appareils photographiques juste au moment du déclenchement… Ici, quelques peintres ont dressé leurs chevalets, inspirés par les paysages marins et les couleurs uniques de la cité. Entre le rempart extérieur et les maisons de la petite medina, le bastion nord, atteint au bout d’un passage comme une rampe, offre une jolie vue sur la ville et… sur un alignement de canons en bronze dont la gueule est tournée vers l’océan. Des canons qui, pour l’essentiel, sont d’origine espagnole. Quelques artisans (souvent spécialisés dans la marqueterie) ont installé leurs ateliers dans les anciens magasins de vivres ou de munitions. Ils travaillent surtout le thuya qu’ils incrustent de nacre, d’argent, de fils de cuivre ou de quelques autres essences d’arbres. Au final, ils proposent aux acheteurs éventuels des tables basses, de jolis échiquiers, des coffrets, des plateaux ouvragés, des petites boîtes à secrets,… Bref, une foule d’articles qui sont d’autant plus intéressants que le marchandage est âpre et serré… De la Skala, on s’aperçoit que, malgré l’essor du tourisme, l’activité portuaire et maritime reste importante et essentielle pour la ville. Les touristes passent et s’en vont vers d’autres lieux en fonction des modes ; les poissons, les bateaux et l’océan restent. Essaouira refuse de tout miser sur un secteur touristique qui peut basculer du jour au lendemain et perpétue avec sagesse sa longue tradition océane. Chaque soir, des chalutiers jettent les amarres, s’éloignent des quais et s’en vont à l’assaut des vagues de l’Atlantique pour des campagnes de pêche de plusieurs jours. Sus à la sardine qui fait la réputation et la richesse du port local ! Sur les quais et au cœur du petit chantier naval tout proche, des artisans particulièrement habiles de leurs mains poncent les coques de vieilles barcasses dans un air imprégné d’effluves de poissons. Construisent de manière totalement artisanale des jolis bateaux de bois comme on n’en trouve plus guère ailleurs. Ici, un pêcheur se débat avec une murène qui refuse obstinément de terminer à la casserole. Là, un autre extrait de ses nasses de belles araignées de mer que les restaurateurs locaux ne manqueront pas de proposer à leur clientèle. Un peu à l’écart, assises sur des amarres, quelques femmes, papotant discrètement, attendent le retour des pêcheurs. A la nuit tombée, la vue des marins enroulés dans leurs djellabas, endormis au sommet de leurs filets entassés, est un spectacle inoubliable. Peut-être un peu fantomatique et irréel, aussi…

● En promenade dans la medina

Maroc : Essaouira, les gens de MogadorBonne nouvelle : les autorités d’Essaouira refusent encore et toujours de tout sacrifier à la voiture et aux cars de tourisme. Et la découverte de la vieille ville, avec ses superbes petites ruelles et ses jolies maisons traditionnelles, se fait toujours à pied. Avec une certaine nonchalance que l’on ne retrouve malheureusement plus beaucoup dans les autres villes et stations balnéaires du pays. Se perdant dans un véritable petit labyrinthe de cubes qui sont autant de maisons tassées et serrées les unes contre les autres, on découvre alors une foule bigarrée. Les hommes cachent leurs Adidas ou leurs Nike sous les djellabas traditionnelles. Les femmes voilées et drapées du traditionnel haïk n’ignorent rien des cosmétiques à la mode et des dessous aptes à réveiller les ardeurs de leurs maris, mais affichent toujours un look tout ce qu’il y a de traditionnel. A l’heure de la visite au souk, dissimulées sous un sublime plissé, on les entend discuter âprement le prix de la botte de menthe ou de coriandre.

Maroc : Essaouira, les gens de MogadorUn peu plus loin, en direction de la rue Syaghine, on accède à une série de boutiques de bijoutiers : les poignards, les bracelets de métal argenté et de nombreux autres articles sont proposés à la convoitise des acheteurs de passage. Passant presque par hasard par la rue Derb Laalouj, le visiteur s’attarde quelques instants devant la maison où séjourna quelques temps Charles de Foucauld, en 1884. Un peu plus loin dans la même rue, le Musée Sidi Mohamed ben Abdallah a été aménagé dans l’ancienne résidence du pacha. De taille relativement modeste, il est entièrement consacré à l’artisanat local et aux arts pratiqués dans la région : des costumes, de beaux tapis, des instruments de musique traditionnels, des bijoux artistiquement sculptés,… y sont exposés avec goût.

● Rendez-vous pittoresque

Maroc : Essaouira, les gens de MogadorA quelques pas de là se tient chaque jour un marché pittoresque et plein d’ambiance, haut en couleurs et fort en senteurs. Les échoppes y sont regroupées par spécialités. Si vous en avez l’occasion, allez-y plutôt le matin ou le soir. En tout cas en-dehors des heures les plus chaudes consacrées au repas et… à la sieste. C’est en effet en début et en fin de journée que l’animation y est la plus grande… et que le spectacle y est donc le plus passionnant. Passez par le souk aux poissons, poursuivez par le souk aux grains, arrêtez-vous devant les échoppes d’épices, faites des folies au souk des bijoutiers (en sachant toutefois que rares sont les artisans qui conçoivent et fabriquent eux-mêmes les articles qu’ils vendent…),… Et, en fin de compte, de boutique en ruelle, de petite maison bleue et blanche en panorama grandiose sur l’océan, laissez-vous, à votre tour charmer et enivrer par les couleurs et les parfums de l’ancienne Mogador. Par les ambiances de la sensuelle Essaouira…

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