Maroc : M'Goun, randonnée en terre berbère

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Maroc : M'Goun, randonnée en terre berbère

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Gaël Derive | 18.11.2003 | 4544 visites | 0Favoris |
Gaël Derive

Le Maroc demeure le pays du trek par excellence, et le Haut Atlas sa montagne de prédilection. Au cœur de ce massif, la vallée du M’Goun offre un parcours de randonnée idéal pour découvrir les paysages sauvages et enchanteurs du Haut Atlas au sein de la communauté berbère…

La culture berbère, berceau des Marocains

Maroc : M'Goun, randonnée en terre berbèreLa communauté berbère est présente sur l’ensemble de l’Afrique du Nord, qu’elle soit dénommée « Kabyle » en Algérie, « Touareg » au Sahara, ou « Tamazight, Chleuh ou Rifains » dans le royaume du Maroc. Cette population possède un lointain passé puisqu’elle représente historiquement les premiers habitants maghrébins, avec une présence ancienne de plus de 5000 ans. Les invasions successives des Arabes à partir du VIIème siècle ont cependant imposé la religion islamique et la langue arabe au Maghreb, relayant ainsi la culture et la langue berbère au second plan national. Le mot « berbère » provient d’ailleurs du mot arabe « barbar » (les Barbares), lui-même tiré du latin « barbarus » signifiant toute personne ne comprenant pas la langue, comme les peuples maghrébins. De nos jours, les Berbères marocains représentent toujours la majorité de la population du pays, avec près de 3/4 des habitants. La langue berbère (qui comporte de nombreuses nuances à travers les diverses régions) n’est pourtant parlée que par une minorité, de l’ordre de 1/4 des Marocains, essentiellement dans les milieux ruraux reculés. Mais cette situation évolue désormais, puisque la langue berbère est en phase de devenir seconde langue officielle au Maroc, au même titre que l’arabe. Les Berbères sont particulièrement fiers de leur culture et restent très attachés à leurs traditions. Ils se qualifient eux même du terme « Amazigh », d’hommes libres et nobles. La musique, les chants et les danses tiennent une place importante dans leur vie. C’est généralement le soir, regroupés autour du feu que les hommes tapent des mains ou jouent du tambourin, tandis que les femmes enchaînent les danses et les chants. Ce n’est cependant que dans les zones retirées que l’on peut réellement découvrir leur mode de vie ancestral.

Le massif du M’Goun, royaume des randonneurs

Maroc : M'Goun, randonnée en terre berbèreLa découverte de la communauté berbère peut s’effectuer dans les montagnes du Haut Atlas marocain. Cette chaîne montagneuse s’étend sur plus d’un millier de kilomètres et compte les sommets les plus élevés d’Afrique du Nord, avec le djebel Toubkal (4167 m) comme point culminant (djebel signifiant montagne en arabe). Au milieu du Haut Atlas, à l’Est de Marrakech, le massif du M’Goun offre d’innombrables possibilités de randonnées, en direction du majestueux Irhil M’Goun (4071 m), second plus haut sommet marocain. Une des portes d’accès à ce fabuleux domaine montagneux reste la vallée de l’oued M’Goun (l’oued signifiant rivière en arabe) au Sud du massif. Cette rivière qui descend des plus hauts sommets du M’Goun perd son nom en se jetant dans l’oued Dades au niveau du bourg de El-Kelaâ M’Gouna. Cette dernière petite ville constitue alors un point de départ idéal pour une randonnée en direction du Irhil M’Goun. La remontée de cette rivière s’effectue sur plusieurs jours, selon l’envie et le courage des randonneurs. La durée des étapes est modulable à souhait, compte tenu du grand nombre de villages dans lesquels il est possible de faire une halte nocturne. Un parcours de choix, aux paysages variés et aux rencontres nombreuses, peut s’effectuer sur quatre jours, en logeant aux villages de Hadida, Bou Thrarar, Irgham Akdid, puis Aït Youl.

Maroc : M'Goun, randonnée en terre berbèreL’autonomie de cette randonnée nécessite quelques préparatifs à El-Kelaâ M’Gouna. Les lourds sacs à dos sont chargés à dos de mule, tout comme la nourriture, les casseroles, sans oublier une quantité extraordinaire de menthe pour préparer l’incontournable thé. Notre muletier Ahmed se charge d’attacher avec précision tout ce méli-mélo. Notre guide local Mohammed nous rappelle une dernière fois le parcours prévu devant un bon thé à la menthe, sous un soleil toujours généreux. L’aventure peut commencer …

Entre montagnes et gorges, un paysage grandiose

Maroc : M'Goun, randonnée en terre berbèreDès les premiers pas de la randonnée, la magie des paysages commence. Au loin, les majestueuses cimes enneigées du massif du M’Goun servent de toile de fond, tranchant avec la végétation verdoyante et fleurie de la plaine et les teintes claires des parois rocheuses. Ce paysage de toute beauté repose dans un silence discret, que seuls le vent et les oiseaux viennent déranger … Bientôt, le sentier serpente le long des petits champs successifs travaillés par les paysans des villages environnants. Quelques barrières en bois servent de clôture. Les cultures sont essentiellement des légumes (pommes de terre, oignons, haricots, lentilles) que l’on retrouve dans les délicieux tajines et couscous, largement consommés dans la région. L’oued M’Goun, détourné en de nombreux endroits, se retrouve ici en une myriade de canaux d’irrigation permettant d’entretenir les cultures lors des mois où les pluies font défaut. Sur le bord de ces canaux, les amandiers sont déjà en fleurs. Parfois, un âne ou une mule avance sur l’étroit sentier en terre, le muletier assis sur son dos. Plus loin, une vieille casbah se dresse au détour d’un chemin, avec ses murs en terre à moitié démolis. Seul un couple de cigogne, claquant régulièrement du bec, semble y avoir tiré un certain profit en construisant son nid de branchage au sommet de l’unique tour restante. Le long du parcours, le paysage devient changeant à chaque nouveau virage de la rivière. Les roches aux couleurs nuancées du jaune au rouge pâle rappellent une palette des artistes. Parfois, une gorge étroite demande au randonneur de déchausser et de traverser dans l’eau glaciale de l’oued. Ce passage est l’occasion de rencontrer un petit nomade sur sa mule, venu se ravitailler en eau depuis les sommets environnants. Il ramènera la précieuse eau à sa famille et son troupeau, sans cesse en mouvement. De nombreux villages isolés se succèdent tout le long de ce parcours extraordinaire. Les maisons, aux murs en terre et aux charpentes en bois, possèdent une grande cour intérieure où s’organise la vie de la famille. La traversée de ces villages permet de nouer de nombreux contacts, notamment avec les enfants qui suivent gaiement les étranges voyageurs. Les femmes, plus réservées, rient volontiers à notre passage, tentant parfois d’entamer le dialogue. Ici, contrairement aux grandes villes, aucune mosquée ne se dresse dans ces villages, faute de moyens financiers.

Une soirée chez les Berbères

Maroc : M'Goun, randonnée en terre berbèreUn des moments privilégiés pour découvrir le mode de vie des Berbères reste très certainement les soirées passées chez l’habitant, au sein des maisons berbères. Les invités randonneurs sont installés dans une longue pièce rectangulaire contiguë aux pièces principales de la famille. Une horde de tapis multicolore recouvre entièrement la pièce, servant successivement de chaises et de lits. Des couvertures, entassées au fond de la pièce, permettront de réchauffer le randonneur durant les nuits relativement fraîches. Le repas est pris en compagnie de quelques-uns des membres de la famille, assis autour d’une large et basse table en bois. Le « couscous », plat national par excellence avec le « tajine », est dégusté avec les doigts, directement dans un large plat. La préparation du couscous (et par conséquent de la semoule) reste cependant un repas de fête, réservé aux grands évènements dans ces contrés reculées. Les épices, tel que le curry marocain (curry-cumin), relèvent subtilement la saveur des légumes. L’odeur et le goût de ces épices sont irremplaçables. La soirée se poursuit toujours par d’éternelles discussions et éclats de rire. Les enfants entrent et sortent en continu de la pièce, intrigués par notre venue. Les femmes, qui nous présentent fièrement leurs bambins, s’essayent à quelques mots de français au milieu des rires incessants. Le matin au réveil, les femmes sont déjà devant les fourneaux entretenus par des petites bûches de bois qui servent à entretenir la combustion. La pièce, totalement enfumée, respire bon l’odeur du bois. Le sourire de ces femmes vaut tout l’or du monde. Les crêpes, chaudes et épaisses, régaleront les ventres des plus affamés pour se préparer à une nouvelle journée de marche …

Le rôle crucial des femmes

Maroc : M'Goun, randonnée en terre berbèreAu cours de la randonnée dans les zones rurales reculées, les échanges sont quasiment exclusivement féminins, contrairement aux grandes villes, où les femmes vivent presque cachées et où les rencontres se font avec les seuls hommes, installés dans les lieux publics (bars, marchés, rues). Les femmes représentent un pilier essentiel pour la société marocaine, compte tenu des diverses taches qu’elles effectuent tout au long de la journée. Dès les premières lueurs du jour, elles allument le feu dans une petite pièce enfumée, avec pour seule aération une étroite ouverture au plafond. Ce feu est continuellement entretenu tout le long de la journée, pour la préparation des repas, grâce aux branches qu’elles ramènent sur leur dos courbé des alentours du village. Elles passent également une large partie de leur temps à effectuer les difficiles travaux des champs, de la semence à la récolte. Certains jours précis de la semaine, elles se rassemblent aussi au bord de la rivière pour effectuer la lessive dans la bonne humeur. Elles nettoient avec force les lourds tapis en les tapant au moyen d’un manche en bois. L’ensemble de ces taches étant réalisé en commun, les femmes du village créent naturellement une forte complicité entre elles. C’est vraiment en résidant au sein d’une maison qu’il est possible de comprendre comment s’articule leur vie de famille. Dans ces villages reculés, la polygamie est toujours de rigueur. Les femmes sont généralement mariées assez jeunes (vers l’âge de 15 ans), après accord entre les familles. Elles deviennent alors rapidement mère d’un nombre d’enfant souvent élevé, sachant que seulement 40 % d’entre elles utilisent des moyens contraceptifs. Leur apparence physique reste toujours très soignée. Leurs yeux sont souvent noircis avec du khol, tandis que leurs mains sont teintées avec du henné. Le port du voile islamique, déjà de rigueur chez les jeunes filles, cache leurs cheveux clairs. La condition féminine évolue doucement vers un peu plus d’égalité. Ceci est d’autant plus vérifié aux abords des grandes villes, tandis que les traditions restent encore largement encrées dans les milieux ruraux. Cependant, encore aujourd’hui, le poids des femmes représente toujours la moitié de celui d’un homologue masculin, comme c’est le cas durant les procès ou dans le cadre d’un héritage. La polygamie est toujours de rigueur, et les mariages restent souvent un contrat d’ordre financier arrangé par les familles respectives.

Entre tradition et modernité, l’éveil du Maroc

Au Maroc, le développement socio-économique se fait désormais plus visible. Les longs travaux de barrage menés par le monarque absolu Hassan II sont désormais achevés, permettant ainsi au pays d’augmenter considérablement son potentiel énergétique. Son jeune fils Mohammed VI, nouveau roi depuis la mort de son père en 1999, porte désormais ses efforts sur l’amélioration des moyens de communications (routes, internet) ainsi que sur la distribution de l’énergie (électricité), notamment en direction des villages les plus reculés. Il est ainsi surprenant d’observer l’arrivée de la route goudronnée ou des câbles électriques reliant les petits villages. Progrès technologique contre parfum d’aventure !! L’effort principal du nouveau roi porte cependant sur l’éducation, énorme point faible du Maroc, lorsque l’on sait que 1/3 des hommes et 2/3 des femmes sont analphabètes, et que ces taux sont encore plus marqués dans les zones rurales. Ce progrès social est d’autant plus essentiel que la jeunesse marocaine représente la majorité de la population (70% des marocains ont moins de 30 ans). L’Atlas marocain offre des possibilités de randonnées par milliers, entraînant les marcheurs dans des paysages encore sauvages. Les vallées verdoyantes et leurs amandiers arrosés par de nombreux canaux d’irrigation, les gorges étroites où coule une eau cristalline, ainsi que les montagnes enneigées qui entourent les petits villages berbères représentent un émerveillement permanent. Ce décors somptueux ne doit cependant pas masquer la première et véritable richesse de ce pays : ses habitants. Les Marocains, toujours ouverts, vous réserveront un accueil chaleureux tout simplement inoubliable …

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Climat : Les voyages et randonnées au Maroc se pratiquent tout au long de l’année. La saison des pluies s’étend cependant de novembre à janvier, mais peut durer jusqu’au mois d’avril. Les mois d’hiver, plus frais, sont idéals pour se rendre dans le grand sud, dans l’Anti-Atlas (djebel Sarhro, djebel Siroua). Les mois de printemps et d’été permettent quant à eux d’aborder les plus hauts sommets du Haut Atlas (djebel Toubkal, Irhil M’Goun). Le Maroc est cependant « un pays froid où le soleil est chaud ». Les journées sont généralement chaudes (de 20 à 40 °C suivant la saison), tandis que les nuits peuvent être d’un froid glacial, avec des températures atteignant 0°C, voire pire.

Pour s’y rendre : Les prix des vols pour Marrakech s’étalent entre 200 et 400 € A/R suivant la saison de départ, la moins onéreuse se situant durant l’hiver et hors vacances scolaires.

Randonnée : Il est relativement facile de trouver un guide sur place pour effectuer des parcours de randonnée. Compte tenu de leur inestimable expérience, les guides vous organiseront un itinéraire adapté dans le massif M’Goun ou les sentiers environnants. Ils vous faciliteront aussi largement les échanges avec la population locale. Le prix est généralement voisin de 500 dirhams (soit 50 €) par personne et par jour, tout compris (trois repas, hébergement du soir, portage muletier, commentaires et rires permanents). Il devient cependant de plus en plus rare de loger directement chez une famille berbère, compte tenu de la forte augmentation du nombre de gîtes ruraux. Prévoyez quelques vêtements chauds et un bon sac de couchage car les nuits restent froides. Ne compter pas sur un bon matelas (ici on dort à même les tapis), une bonne douche (pas de douche ou pas d’eau chaude), des toilettes confortables (ici les wc turques sont de rigueur).

Sur le Web :

Description générale du Maroc et de toutes ses petites merveilles. www.tourisme-marocain.com

Description très détaillée de la communauté berbère (histoire, culture, musique) : www.mondeberbere.com

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