Excursion au royaume des pharaons

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Excursion au royaume des pharaons

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Patrice Ferry | 30.06.2008 | 264 visites | 0Favoris |
Patrice Ferry

Excursion au royaume des pharaonsInexorablement partout dans le monde, le sablier du temps égraine notre passé au profit du modernisme. Mais en Égypte, il semblerait qu’un grain de sable ait enrayé ce mécanisme. Car encore aujourd'hui, dans la vie des égyptiens le passé est omniprésent. Pour visiter ce pays riche d’histoire on aurait pu classiquement se rendre à Alexandrie pour admirer son phare, ou bien aller à Giseh et s’émouvoir devant la grandeur des pyramides. Mais il est un itinéraire à l' écart des sentiers battus qui vous mènera de Port Safaga, sur les rives de la mer Rouge, à Louxor, dans la vallée du Nil, où l’ombre des pharaons est partout. Le jour se lève sur Port Safaga. Un ruban d’asphalte bordé d’allées de lampadaires coupe l’agglomération où des minarets s’élèvent au-dessus des maisons à l’architecture arabe. A première vue rien ne distingue cette ville des autres villes égyptiennes. Pourtant à mieux y regarder, avec le recul que nous offrent la mer, la cité qui émerge au milieu du désert en se nichant au creux des montagnes arides, à des allures d’un autre âge. Avec un peu d’imagination, on verrait presque les chars Égyptiens de Ramsès II dévaler les pentes désertiques à la poursuite du peuple hébreu que Moïse menait à travers la mer Rouge. Outre les croyances religieuses, le pan de l’histoire sous lequel régna le pharaon fut le plus prospère de l’Égypte. C’est en effet durant le nouvel empire qui s’étala de -1500 à - 1000 ans AV JC que l’Égypte vu s’élever les plus belles œuvres architecturales; Comme le temple de Louxor, le temple de Karnac, la tombe de Seti 1er, et bien d’autres encore. Pour faire la lumière sur cet âge d’or, il est recommandé de participer à l’excursion de deux jours que les guides de la ville proposent et dont Louxor est la destination. Au lever du soleil, après avoir fait le plein de visiteurs, un minibus se lance candidement en direction du désert vers les impressionnantes montagnes rouges. La route bitumée toute boursouflée de cloques que l’écrasante chaleur fait naître, serpente de longs kilomètres entre les plis des pentes abruptes. Dans la chaleur étouffante, la climatisation du minibus, de sa respiration bruyante, s’efforce de nous donner un peu d’air. Autour de nous les montagnes menaçantes aux pics acérés nous domines de leur hauteur vertigineuse. Ici c’est la nature qui est reine. Et le chauffeur qui ne le sait que trop bien ne lèvera pas le pied de l’accélérateur tant que nous ne serons pas sortie de cet implacable reg. Mais peu à peu, l’aridité de la chaîne montagneuse de Gebel sahib fait place à un paysage de plaine. Ci et là sur le bas côté, des bouquets de palmiers viennent mettre quelques notes de vie et de beauté naturelle dans notre cheminement en annonçant la fertile vallée du Nil. Louxor n’est plus très loin. A mesure que l’on avance, les palmeraies prennent de plus grandes proportions, comme les cultures vivrières qui bordent les routes. Que le contraste est grand avec les paysages de Port Safaga et ses montagnes désertiques! Ici le vert de la fertilité à supplanté l’ocre de l’aridité. A l’extérieur la température est plus douce, du coup on a ouvert les fenêtres. L’air du matin sentant bon l’herbe fraîche s’engouffre dans le véhicule et nous anime d’une joie nouvelle. Soudain, sur la petite artère que nous suivons, le passé nous rattrape. Devant nous, un char à bœufs archaïque conduit par un homme en tarbouche traîne lentement son chargement de légumes. Le sentiment d’être dans autre monde en des temps anciens nous habite, le dépaysement est total. Puis, les œuvres de la civilisation se font voir. Des constructions de la couleur de la terre émergent au milieu des dattiers. En continuant encore, se sont des bleds entiers qui s’accrochent à la petite route goudronnées que nous suivons. Plus loin, c’est la banlieue de Louxor qui nous accueille dans une profusion de couleurs. De grands panneaux publicitaires multicolores s’adressant aux touristes ornent les façades des petits commerces.

Excursion au royaume des pharaonsCes boutiques de souvenirs qui s’agglutinent le long de la rue principale croulent sous un bric à brac d’objets à l’effigie des célébrités antiques. Ici, la modernité a fait son apparition. Des bâtiments contemporains se dressent au milieu d’oasis de verdure. Et dans les parkings bitumés, les autocars de touristes stationnent. Notre minibus ne rentrera pas dans le centre de la ville car le terme de notre trajet se situe en périphérie, sur les rives du Nil, à l’hôtel Sheraton. A notre arrivée sur l’aire de stationnement, nous descendons du véhicule en nous étirant un peu pour faire disparaître les courbatures du trajet avant de saisir nos bagages. Dans l’air, flotte quelque note d’une musique orientale enjouée qui nous entraîne vers le complexe hôtelier. L’hôtel Sheraton se dresse fièrement tel une pyramide au milieu d’un splendide jardin exotique. Devant l’entrée, une ronde de musiciens nous accueille de leur charmant folklore. A l’issu de ce petit spectacle, le maître d’hôtel nous conduit à la terrasse dont la vue plongeante sur l’immuable vallée du Nil nous émerveille. Nous prenons place dans les confortables fauteuils matelassés autour des tables joliment décorées et, devant un cocktail de bienvenue, des visions du passé resurgissent. Le Nil, majestueux, s’étend dans les luxuriantes palmeraies au pied de montagnes qui servaient déjà de toile de fond aux pharaons. Ces paysages bibliques enchantent et font naître en nous un doux sentiment d’éternité. Le charme opère tant et si bien que l' on en perd la notion du présent, et les voiles latines des felouques traditionnelles qui passent sur le fleuve sacré finissent de nous embarquer dans ce voyage temporel. C’est le maître d’hôtel qui nous ramènera à la réalité en manifestant le souhait de nous conduire vers nos chambres respectives. A l’extérieur du bâtiment principal mais toujours dans la propriété hôtelière, des galeries marchandes ainsi qu’un restaurant ont été aménagés sous la végétation, autour d’une mare où pataugent cygnes et pélicans. En parcourant les allées qui vont au delà de ces installations, on débouche sur des bungalows jumeaux disséminés derrière des bosquets de bananiers au beau milieu d’une pelouse manucurée. Après l’investissement des lieux, le guide rassemble tout le monde sur le parking pour la première visite de cette excursion. C’est le temple de Karnac qui fera en premier l’objet de nos curiosités. Le plus riche et le plus grand centre religieux de l’Égypte antique, il demeure aujourd'hui avec les pyramides de Giseh, le plus grand témoignage de l’époque fascinante des pharaons. A l' origine, Karnac était un village égyptien proche de la cité de Thèbes, (Louxor aujourd'hui). Le temple qui y fut érigé hébergea pas moins de trente pharaons qui apportèrent tous leurs pierres à l’édifice. Du coup sa construction s’étendit sur une période de 2000 ans. D' où la grandeur et la complexité de cette œuvre architecturale. Devant l’entrée, une allée de criosphinx, animaux mythiques au corps de lion et à la tête de bélier, incarnant la puissance et l’ardeur, gardent l’entrée. En entrant dans l’enceinte pharaonique, c’est de plein pied cette fois que nous entrons dans le passé égyptien. Et, dans ce dédale de pierres antiques, nous nous raccrochons, comme à une rampe, aux mots évocateurs du guide qui nous précède. La partie que nous foulons, la seule ouverte au publique, est l’enceinte d’Amon-Rê dont le culte était dédié au dieu Amon. C’est sous la forme de l’oie que l’on représentait le plus souvent cette divinité, car selon les croyances, il aurait pondu l’œuf originaire de la vie. Il prend les titres d'Amon-Rê lorsqu' il est dans toute sa gloire où il est associé au dieu soleil. Trois autres parties composent l’ensemble du temple de Karnac: l’enceinte de Montou, l’enceinte de Mout, le temple d’Amenhotep IV, mais celles-ci restes fermées pour des raisons de restauration. Une statue colossale attire l’attention de tous: c’est celle de Ramsès II représentée avec son épouse Néfertari, de taille beaucoup plus modeste. C’est sans nul doute le plus célèbre de tous les pharaons grâce au cinéma hollywoodien. Son règne de 66 ans fut exceptionnellement long. Fils de Séti 1er et de la reine Mouttouya, le troisième pharaon de la XIX dynastie lutta comme son père contre les hittites et fit construire de nombreux temples en Nubie dont ceux réputés d’Abou Simmel. On lui attribue également la victoire de la grande bataille de Qadesh en l’an IV de son règne contre l’ennemi héréditaire. Mais plus qu’un lieu de culte, le temple servait également de maison familiale aux pharaons. Et le simple fait d’imaginer que Ramsès II et Néfertari déambulaient entre ces murs et foulaient les pierres qui sont sous nos pieds comporte quelque chose de très excitant. D' autant plus que, rentrer dans la maison de quelqu'un, c’est rentrer un peu dans son intimité. Et même si aujourd'hui le temple est en ruine, on imagine fort bien à quoi pouvait ressembler l’intérieur.

Excursion au royaume des pharaonsPuis, le guide nous entraîne vers un autre monument de l’histoire. Un obélisque gigantesque se dresse devant nous. C’est le pharaon Thoutmosis Ier qui le fit construire. Il représente un rayon de soleil figé et incarne Rê, la divinité solaire. Le pyramidion, sommet en forme de pyramide était jadis recouvert de feuilles d’or et brillait tel un soleil. Une réplique de cet obélisque s’élève à quelques pas d’ici. C’est l’œuvre de la reine Hatchepsout, fille de Thoutmosis Ier qui imita son père. Nous continuons la visite, et à la dérobée d’un porche, le guide s’arrête devant une statue de modeste taille. Ce visage d’enfant surmonté de deux grandes plumes d’oie est le dieu Amon sous les traits du jeune roi, Toutankhamon. Cette représentation symbolique montre la dévotion et l’adoration du pharaon pour son dieu. La maison des pharaons nous livre peu à peu ses secrets en nous comblant d’admiration. De nombreuses rencontres avec les grands de cette belle et mystérieuse époque nous attendent encore dans les pièces du temple. On ne pourra rester de marbre devant la grande salle hypostyle. Cette salle, flouée de 134 colonnes et couverte d’un plafond, est à elle seule une œuvre architecturale. Sa construction débuta sous le règne de Horemheb et se poursuivi sous Ramsès I, Séti 1er, et Ramsès II. Les colonnes de l’allée centrale sont coiffées de chapiteaux papyriformes ouverts sensés recevoir la lumière, tandis que les colonnes latérales sont surmontées de chapiteaux fermés afin de plonger les côtés dans l’obscurité. Pour les égyptiens de l’antiquité, cette salle représentait le marécage originel, le Noun d' où émergeait une forêt de papyrus matérialisée par les colonnes qui sont sur le point d’éclore dans les parties sombres de la salle, et sont complètement épanouies dans l’allée centrale sous la lumière divine. Certaines de ces colonnes, qui ont conservé leurs couleurs d’origine grâce à la faible lumière, sont de toute beauté. A l’époque, l’art architectural égyptien était sans nul doute le plus moderne et le plus sophistiqué de tous. Enfin, la visite s' achève devant le temple par un tour sur les bords du lac sacré, où les prêtres aux têtes rasées venaient se purifier. C’est la tête pleine d’images et d’histoire de cette Égypte si merveilleuse que l’on s’en retourne à l’hôtel prendre le déjeuner. Le repas qui se fait dans la bonne humeur est l’occasion pour nous d’échanger nos sentiments et de perpétrer un peu plus la mémoire de nos antiques héros. Mais pas le temps de s’éterniser en palabre, il faut repartir. Le temple funéraire de Ramsès III, sur la rive ouest du Nil, attend notre venu. Un bac de type Ferry nous fait traverser le fleuve. Les pieds sur la berge, le guide scande d’une voix grave que nous venons de rentrer dans le domaine de l’éternité. Ce n’est pas très rassurant! Il enchaîne en nous disant que là où nous allons, à l’époque du Nouvel Empire, sous la XVIIIème dynastie, c’était le lieu le plus sacré de toute l’Égypte. Amon, le dieu égyptien de la plus haute importance, y serait apparut pour la première fois. C’est en son honneur que la reine Hatchepsout et le roi Thoutmosis III firent élever un édifice religieux, le temple de Djemé. Par la suite, dans la dynastie suivante, Ramsès III fit construire un autre temple à côté du précédent pour célébrer la puissance de l’Égypte et chercher peut être un peu de légitimité dans le prolongement de Ramsès II. Au fil du temps, le site devint une véritable ville fortifiée comportant un palais, un lac sacré, des jardins, des greniers, des magasins, des chapelles ainsi que les habitations de prêtres et de fonctionnaires. La cité forteresse protégea également les habitants de Thèbes des multiples invasions. De son nom arabe Médinet Habou, le site est aujourd'hui le plus visité après la pyramide et Karnac.

Excursion au royaume des pharaonsLorsque l’on est en vue du Temple de Ramsès III, que l’on appelle également le temple des millions d’années, la magie du temps opère à nouveau. Le premier pylône du temple mortuaire incroyablement bien conservé impressionne et subjugue à la fois. Tout autour, quelques bouquets de palmiers, et les dernières cultures qui s’étendent au pied des grandes montagnes désertiques offrent une vue magnifique. Dans ce paysage biblique au décor pharaonique, il suffirait que l’on arrive à cheval pour que l’illusion du pharaon rentrant dans sa forteresse soit parfaite. A l’intérieur, l’histoire à été écrite sur les mûrs. Des scènes de guerre Ramesside sont gravées sur les parois de la première cour. Dans la salle hypostyle qui servait de salle d’attente, les ornements bleutés qui couvrent les colonnes comme le plafond sont d’une beauté remarquable. A quelques pas, le trône du roi et autres pièces royales compose l’édifice. Ce temple, mieux conservé que celui de Karnac, donne une idée plus précise de l’architecture égyptienne. Encore une fois, on s’en retourne à l’hôtel riche de quelques chapitres supplémentaires sur l’histoire de cette civilisation à la grandeur doré. Le soir, les organisateurs de l' hôtel ont tout prévu pour graver ce séjour dans notre mémoire. Un repas somptueux aux saveurs épicées ravi nos papilles. Et plus tard, sur les bords du Nil, un spectacle haut en couleur donné par de ravissantes danseuses orientales comble nos yeux comme nos oreilles.

Excursion au royaume des pharaonsLe lendemain, dernier jour de visite, nous retournons sur la rive des morts découvrir la vallée des reines et la vallée des rois que les colosses de Memnon gardent. En effet, juste avant d’arriver sur le premier site, deux statues colossales se dressent sur notre passage. Elles représentent le pharaon Aménophis III assis sur son trône. Ces statues en mauvais état, sont les vestiges du temple funéraire du pharaon qui a été détruit par un tremblement de terre en l’an 27 AV J.C. S’il ne reste pratiquement plus rien de cet édifice qui était à l' origine immense, c’est que les successeurs du roi n’hésitèrent pas à s’en servir de carrière après la catastrophe naturelle. Les œuvres sculpturales démesurées de l’entrée certainement plus solides que le reste sont restées debout. Mais on leur prêtre également des pouvoirs spirituels. Une légende grecque raconte que tous les matins, au lever du soleil, la statue de gauche (vue de face) se met à parler. Aujourd'hui on comprend aisément que les premiers rayons de soleil dilataient le quartzite, cette roche siliceuse, en émettant des sons étranges. Mais à l’ère chrétienne, les grecs pensaient qu’il s’agissait de la réincarnation de Memnon, prince de la haute Égypte qui fut tué en Grèce pendant la guerre de Troie. Encore aujourd'hui, les grecs d’Égypte viennent régulièrement en pèlerinage sur ce site. Une fois les statues de Memnon dépassées, le paysage change. A mesure que l’on avance, la végétation disparaît faisant place à un désert de pierres brûlant. Le guide nous dit que nous entrons dans la vallée des nobles. Puis pointant son doigt vers un petit village perché sur les contreforts d’une gigantesque montagne désertique: _ C’est Gourna, le village des pilleurs de tombe. D' après notre guide, il s’est créé sur cette non louable activité au milieu de plus de 400 sépultures de nobles. Et bien que ces derniers fissent partie de l’entourage direct des pharaons, en raison de leur rang hiérarchique, ils furent enterrés à l' écart. Leurs tombes sont d' ailleurs plus simplement décorées et ne contiennent pas les fastes des tombes royales.

Excursion au royaume des pharaonsAujourd'hui fort heureusement, les habitants du pittoresque village de Gourna se sont reconvertis dans l’agriculture et l’artisanat qu’ils destinent aux touristes. Mais des rumeurs disent que certains continueraient furtivement à se nourrir de cette lucrative activité. Au détour d’une de ces tombes, en regardant ce hameau qui à traversé les âges, baigner dans la lumière céleste, un sentiment d’éternité m’envahi. Un peu plus loin, c’est le désert qui occupe tout l’espace. La chaleur est devenue si intense qu’on peut voir ses vapeurs monter du sol. Notre minibus s’enfonce dans ce chaos minéral et on se demande quelle curiosité on va bien pouvoir trouver. Soudain, tel un mirage, la vision surréaliste d’un somptueux palais anime nos visages. C’est le temple funéraire de la reine Hatchepsout qui malgré ses 3000 ans d’histoire est incroyablement bien conservé. Hatchepsout fut la cinquième reine-pharaon de la XVIIIème dynastie de l’Égypte antique. Elle régna durant 22 ans sur les deux Égypte en apportant gloire et richesse. D’autres reines, comme Néfertari l’épouse de Ramsès, aux tombeaux moins impressionnants, reposent en paix dans cette vallée désertique qui porte aujourd'hui leur nom.

Excursion au royaume des pharaonsLa vallée des rois, elle, se trouve à un kilomètre et demi plus au nord, a flan de montagne. Les 62 tombeaux creusés à même la roche se confondent dans le paysage. Il y a là les tombes des célèbres pharaons du Nouvel Empire: Thoutmosis, Aménophis, Seti, Ramsès, Toutankhamon... Creusés dans de profondes galeries souterraines, ils sont d’une manière générale en bon état. A ce titre, on interdit les caméras et appareils photos dotés de flash dont la lumière détériore les matériaux. Malheureusement, ces tombes royales ont toutes été pillées dès l’antiquité. On estime que les pillages commencèrent sous le règne de Ramsès XI à cause de gardes peu scrupuleux et se poursuivirent à nos jours. Ce sont des richesses inestimables qui se sont évanouies dans la nature. En écoutant le guide nous conter comment on avait retrouvé dans deux cachettes, voisines du village des pilleurs, le trésor d’une quarantaine de tombeaux, je me dis que le seul tort des pharaons dans leurs magnifiques œuvres architecturales funéraires fut d’y avoir enfouie leur richesse. Pourtant il semblerait qu’ils aient également pensé aux risques de vol en piégeant certaines tombes de maléfices. Le guide fait allusion à celle de Toutankhamon. Tous les gens qui furent impliqués de près ou de loin dans la découverte et la fouille du tombeau décédèrent de maladie mystérieuse. En descendant les escaliers de sa galerie funéraire ornée d' hiéroglyphes dorés, les battements de mon cœur s’accélèrent. Pas seulement à cause de la malédiction qui pèse sur ces lieux, mais aussi en raison de l’importance de cette tombe qui fut l’objet de la plus grande trouvaille archéologique de tous les temps. Ce que découvrit Howard Carter en 1922 dans ce caveau funéraire, demeuré intact malgré des tentatives de pillage datant de l’antiquité, dépasse l’imagination populaire. Dans un communiqué de presse voici ce qu’il dira: _ "D' abord, je ne vis rien. L’air chaud qui s’échappait de la chambre faisait vaciller la flamme de la bougie. Puis, à mesure que mes yeux s’accoutumaient à l’obscurité, des formes se dessinèrent lentement: d étranges animaux, des statues et partout le scintillement de l’or. Pendant quelques secondes, qui devaient sembler une Éternité à mes compagnons, je restai muet de stupeur". Dans la première chambre funéraire, il trouva trois lits de parade, deux chars dorés, deux statues du roi grandeur nature, ainsi que de nombreux autres objets. La seconde chambre qui fut ouverte un an après, le temps de mettre à l' abri le contenu de la première, contenait la dépouille du pharaon placée dans un cercueil en or massif pesant près d’une tonne. Le corps qui avait été embaumé portait un masque d’or de onze kilos, à l’effigie du pharaon et était recouvert de pectoraux aussi précieux d' où pendaient des bijoux en grande quantité. Une troisième salle renfermait d’autres objets royaux d’une grande valeur. Il fallu pas moins de 10 ans pour classifier et déménager les 2000 pièces trouvées. Mais ni Howard Carter, ni Lord Carvanon ni les ouvriers qui participèrent aux fouilles n’eurent le loisir d’aller jusqu' au bout de cette aventure, car ils moururent tous de mort mystérieuse. Alors, malédictions ou coïncidences troublantes ? A vous de juger. Cette fois notre excursion touche à sa fin. Le soleil se couche sur Louxor quand le minibus nous ramène à Port Safaga. Sur le trajet du retour, des bribes de notre voyage temporel au royaume des pharaons me reviennent en mémoire. Dans ces paysages inchangés depuis des lustres où l’ombre des pharaons se cache derrière la moindre pierre, je ne regarderai plus l’Egypte de la même façon.

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