Rêves de déserts

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Rêves de déserts

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Jean Saint Martin | 07.10.2009 | 1563 visites | 0Favoris |
Jean Saint Martin

L’un fait partie des plus anciens déserts de notre planète, ses origines se perdent dans la nuit des temps puisque les géologues font remonter sa formation à plus de cinq millions d’années. L’autre est plus récent, même si vingt mille ans représentent déjà un âge fort vénérable. L’un, le Namib, est formé d’immenses dunes parmi les plus hautes du monde et l’autre, le Kalahari, se présente avec des paysages au relief bien différent : une alternance de savanes et de petites dunes parallèles. Mais ces déserts ont en commun d’être tous deux situés à la latitude du Tropique du Capricorne et surtout, offrent aux voyageurs la fascinante beauté de leurs panoramas de dunes rouge orangé. Bienvenue en Namibie, d’un désert à l’autre …

Sur les pistes du Kalahari

Rêves de désertsC’est un petit matin au milieu de nulle part. En 4x4 de brousse nous cheminons lentement sur une piste chaotique de sable ocre rouge ; une voie parfois droite mais le plus souvent sinueuse, serpentant entre des étendues d’herbes sèches et d’arbustes rabougris. Il faut toute l’expérience et la dextérité de Thomas, notre chauffeur, pour ne pas s’enliser lorsque nous abordons le sol meuble et sablonneux des dunes. Nous sommes au cœur de l’immense Kalahari parmi de surprenants paysages. Imaginez une succession de dunes longitudinales, toutes parallèles entre elles qui s’étendent sur des dizaines de kilomètres. Elles sont séparées les unes des autres par quelques centaines de mètres de savane. Dans cette région aride au sol gorgé de sable, une végétation parvient cependant à se développer grâce à la présence de nappes d’eau souterraines. Un désert finalement pas complètement désertique … d’autant que l’on rencontre aussi de nombreux animaux sauvages dans le Kalahari. Leurs empreintes laissées sur le sable en témoignent.

Les plus faciles à observer sont assurément les springboks : élancés, rapides et bondissants … en voilà trois qui s’éloignent après avoir traversé la piste, ils nous ont quand même laissé le temps d’admirer leurs cornes en forme de lyre ! Côté cornes, les oryx sont imbattables, on en croisera plusieurs pendant ce safari matinal. Outre leurs longues cornes effilées qui peuvent atteindre un mètre de long, cette espèce très présente en Namibie a développé de réelles facultés d’adaptation au climat torride : la température de leur corps peut atteindre 45°C afin d’éviter la déshydratation !

Rêves de désertsMoins élégantes, les autruches sont nombreuses dans cette savane. Avec leur démarche pataude de volumineux volatile terrestre, elles ont tendance à s’enfuir dès qu’elles scrutent de très loin notre présence. Il y en a même une qui en profite pour abandonner sa couvée pendant quelques instants, le temps de nous laisser apercevoir de gros œufs blancs … eh, quinze autruchons en perspective !

Rêves de désertsLe safari se poursuit au gré des pistes mais notre accompagnateur nous prévient : « à partir d’ici, il est déconseillé (voire interdit) de descendre du 4x4 … nous pénétrons dans un territoire peuplé de lions ! ». Un peu plus loin, cachée sous un arbre on devine une carcasse de gnou, toute sanguinolente ! C’est sûr, les lions sont dans les parages et au moins ils seront repus … Ca y est, là, sur la petite dune, en partie masquée par les herbes, j’aperçois d’abord une lionne puis la crinière rousse d’un lion ! Un fauve à l’aspect paisible bien qu’il nous observe d’un œil très vigilant ! La vision de ce prédateur en totale liberté dans son environnement naturel m’évoque immédiatement des souvenirs de lecture … c’était au temps du collège, « Le Lion » de Kessel : « Un lion dans toute la force terrible de l’espèce et dans sa robe superbe.»

Au pays des chasseurs San

Rêves de désertsIls ne représentent seulement que deux pour cent de la population actuelle de la Namibie, pourtant les San (souvent appelés Bochiman) sont les véritables descendants des premiers habitants de ces contrées désertiques de l’Afrique australe. Et même si ils ne vivent plus essentiellement de la cueillette et de la chasse, les San partagent volontiers avec les visiteurs leurs connaissances ancestrales de cet environnement qui leur est si familier. Comme surgit dont on ne sait où, voilà que quatre jeunes san arrivent en courant de derrière une touffe d’arbustes et de broussailles. Petite taille, teint clair, pommettes saillantes et allure très juvénile … on a peine à croire que ces jeunes hommes ont tous dépassé largement la vingtaine d’années ! Le moment des présentations est venu avec pour nous la découverte de leur étonnante langue des clics. Ce langage au débit très rapide associe des onomatopées, des clics …des clacs et des clocs faits par de brefs mouvements de la langue, surprenant ! Des expressions complètement incompréhensibles pour le non initié, mais ces sympathiques san ont le don de mêler le geste à la parole … et là, toutes les scènes mimées deviennent parfaitement claires.

Rêves de désertsD’abord, ce sont les différentes empreintes, laissées sur le sable par les animaux, qu’identifient pour nous les pisteurs san. Puis c’est maintenant une scène de chasse que jouent nos acteurs san : le lancer du sable dans les airs pour évaluer la direction du vent, la planque derrière un arbuste et une termitière géante puis le tir d’une flèche … le tout se terminant par une danse chamanique, une sorte de ronde saccadée avec petits sauts et chants rythmés par des clics répétitifs, évidemment ! Mais la scène la plus cocasse est sans conteste la présentation des vertus médicinales des feuilles d’un arbuste du Kalahari dont je vous épargne le nom en langue des clics ! Voici notre brave san en train de mimer un épisode de constipation, la position du corps, la crispation du visage et les soupirs sont si expressifs que l’on se prend à croire que l’on commence à comprendre les paroles de cette étrange langue. L’ingestion de ces feuilles est paraît-il un remède radical … un exemple parmi d’autres, nous explique notre sympathique interlocuteur, des possibilités thérapeutiques des rares plantes du désert. En tout cas, je ne sais si ces jeunes san sont toujours aussi doués que leurs ancêtres pour la cueillette de plantes médicinales ou pour la chasse mais côté jeu d’acteurs, ils ont assurément un réel talent.

Un survol féerique

Autre désert, autre décor et autre vision … celle-là est panoramique et aérienne avec un fabuleux survol du désert du Namib. Les hélices tournent, les moteurs vrombissent ! Tout tremble dans le petit avion dans lequel nous venons de prendre place… de plus la piste d’envol de cet aérodrome de Swakopmund est caillouteuse et chaotique, histoire d’ajouter encore quelques vibrations supplémentaires ! Il suffit seulement de quelques dizaines de secondes de vol pour que déjà les habitations et les villas du bord de mer de la station balnéaire de Swakop laissent place à un univers fait uniquement de sable. Un sable à la belle teinte blonde, il forme des dunes dont les lignes de crêtes serpentent vers l’horizon. Des zigzags contrastant avec le trait de la côte namibienne qui lui est plus régulier, presque rectiligne.

Rêves de désertsLe regard toujours collé au hublot afin de ne rater aucun moment du grandiose spectacle qui défile sous nos yeux, c’est maintenant une oasis verte que l’on aperçoit. Une surprenante végétation au milieu de ce désert minéral ! Ici, la rivière Kuiseb a formé un impressionnant canyon qui chemine parmi un paysage de rochers au relief escarpé. Le lit du cours d’eau semble totalement asséché mais ce sont les rares pluies de la saison humide qui permettent à ces arbres verdoyants de subsister. Au cours de leur course folle sur le sol sablonneux du canyon, les eaux du Kuiseb sont peu à peu absorbées et ne parviennent plus à atteindre l’océan … devenu inaccessible au fil des temps !

Rêves de désertsPassée cette cicatrice naturelle tracée dans le Namib, il n’y a plus qu’une vaste étendue de dunes colorées. Une succession de crêtes et de courbes, toutes accentuées par les rayons obliques du soleil. Le jeu d’ombres et de lumières redessine harmonieusement le paysage, la vision n’en est que plus fascinante. Après une heure de ce survol du désert, nous sommes à présent au dessus du lieu le plus esthétique du Namib. Sous nos yeux émerveillés apparaissent les dunes de Sossusvlei. Un ensemble de dunes en étoile sculptées par le souffle des vents. En effet, de chaque sommet dunaire partent des crêtes dont la disposition évoque les branches d’une étoile … A croire qu’ici les vents sont de véritables artistes ! Et entre les dunes, par endroits, on distingue des cuvettes ovales ou arrondies d’une blancheur éblouissante, elle contraste avec la jolie teinte ocre des dunes. Il s’agit là de lacs asséchés. Ce site naturel offre une telle beauté vu des airs que notre pilote amorce un virage, puis un autre afin de prolonger quelque peu cette féerique vue aérienne … c’est certain, nous ne sommes pas prêts de l’oublier !

En foulant le sable rouge orangé

Rêves de désertsVus depuis le sol les paysages de dunes de la région du Sossusvlei s’avèrent tout aussi séduisants. Récit. Ce matin nous sommes au pied d’une des plus belles dunes du Namib, la dune 45. Drôle de nom, pour une telle beauté, mais c’est ainsi, cette montagne de sable est située exactement à 45 km de l’entrée du Parc National du Namib Naukluft, d’où son nom. Décidemment on aurait pu avoir un peu plus d’imagination pour lui trouver une appellation moins commune ! Elle apparaît comme un gigantesque monticule de sable sur lequel on devine des silhouettes lilliputiennes, celles des randonneurs partis à l’assaut de son sommet. Gravir une dune, c’est toujours la même sensation, on part vaillamment et au bout de seulement quelques minutes on s’aperçoit que la pente est plus raide que l’on pensait … de plus les pas s’enfoncent dans le sable. Il est si fin que très vite il se faufile dans les chaussures et donne l’impression de marcher avec des semelles de plomb ! Je ralentis donc la cadence, c’est idéal pour mieux profiter du panorama, une vision à couper (un peu plus) le souffle. A perte de vue s’étend une succession de dunes dont la teinte est accentuée par la luminosité matinale. La présence d’oxyde de fer confère au sable de très belles tonalités ocre ou par endroits rouge … non, ici, ce sont des tons couleur caramel ou plutôt miel, ne parle-t-on pas aussi de dunes abricots ? Peu importe finalement de savoir qu’elle est la véritable couleur, car elle fluctue sans cesse selon l’inclinaison du soleil, des paysages à savourer sans modération … avec les yeux ! Quelques kilomètres plus loin, là où se termine la piste bitumée, nous devons laisser notre véhicule et continuer en empruntant un 4x4 tout-terrain mené de mains de maître. C’est indispensable car la piste slalome entre ornières et sables quelque peu mouvants. Mais pour atteindre notre but, l’étonnant lac asséché de Dead Vlei, c’est à pied que se poursuit obligatoirement le trajet. Plus de piste ici, seule une étendue infinie de sable …

Rêves de désertsEn foulant ce sol sablonneux on prend encore plus le temps de contempler ce paysage dunaire. De l’infiniment grand avec une des plus hautes dunes du monde, la Big Daddy qui nous fait face avec ces imposants 300 mètres de haut … à l’infiniment petit avec ces grains de sables étincelants sur lesquels nous progressons. En passant prés d’un des rares buissons, à même le sol, j’aperçois soudain au milieu de cet univers figé, un semblant de mouvement. Tiens, un gecko (lézard), drôle d’aspect avec sa longue queue, ses yeux globuleux et sa peau teinte sable … tiens, il est déjà parti !

Rêves de désertsUn dernier faux plat et le panorama s’ouvre sur une fabuleuse vision. Une couronne de dunes ocre entoure une cuvette dont le sol apparaît d’une blancheur éblouissante. Ce paysage pourrait évoquer le relief volcanique d’un cratère éteint, en fait, il s’agit du lac totalement asséché que l’on avait aperçu lors du survol de la région. Ici les eaux de la rivière Tsauchab qui coulent à la saison humide dans cette vallée du Sossusvlei se sont arrêtées pour toujours … la formation de dunes a édifié une barrière infranchissable et les eaux de s’évaporer en raison de la fournaise ambiante. De plus près, l’aspect de ce site est encore plus saisissant. D’abord il y a ce sol argileux craquelé sous l’effet des températures torrides du Namib et où l’aridité dessine d’esthétiques formes géométriques octogonales. Et puis il y a aussi ces quelques arbres morts dont les branches noires dressées vers le ciel semblent avoir perdu la vie en implorant les cieux de leur apporter nuages et pluies ! Mais le ciel reste uniformément bleu ajoutant une autre teinte à ce paysage à nul autre pareil. Cet univers minéral, figé et désertique de Namibie a de quoi ravir tous les voyageurs. Son esthétisme dépouillé, ses contrastes et ses couleurs sont une vraie vision … de rêve, éveillé.

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info plusinfo plus

La Namibie, un pays immense soit une superficie d’un tiers supérieure à celle de la France mais peuplée de seulement 2 millions d’habitants environ … un désert effectivement !
La capitale Windhoek est la ville la plus peuplée (280 000 habitants), la station balnéaire de Swakopmund étant la 3ème ville du pays (35 000 hbts), le reste de la population réside dans les régions les moins arides principalement dans le nord du pays.
Ancienne colonie allemande (1884-1915) la Namibie fut ensuite une région de l’Afrique du Sud soumise aux dures lois de l’apartheid …avant de devenir une nation indépendante le 21 mars 1990.

Climat : Chaud évidemment, parfois caniculaire pendant l’été
austral (Janvier/Février) mais avec de très importants contrastes
de températures entre la nuit et le jour. Comme par exemple
pendant l’hiver austral, une saison sèche (juillet/Août) où il peut
parfois geler le matin au lever du jour.
Notre expérience (fin juillet): 6°C dans le désert du Kalahari lors
de notre safari matinal en 4x4.
Il est donc recommandé de prévoir des vêtements chauds, idem
pour les nuits sous la tente où dans les lodges recouverts de
toiles.
Une autre particularité météorologique peut surprendre le long
des côtes namibiennes, la présence assez fréquente de
    brouillards et de brumes. Explications.
    Le courant de Benguela et ses eaux froides venue de
l’Antarctique remonte le long des côtes de l’Afrique australe
provoquant un contraste thermique avec l’air chaud du désert.
Résultat, de rares précipitations mais plus fréquemment des
brumes matinales. A noter que les eaux de la station balnéaire
de Swakopmund sont plutôt fraîches pour la baignade … avec
14°C en juillet et autour de 20°C pendant la saison la plus
chaude vers les Fêtes de fin d’année, période où les touristes
sont les plus nombreux dans la ville.

Sesriem canyon :(photo) Situé près de l’entrée du Parc de Sossusvlei, un canyon serpentant sur 3 km. Balade impressionnante dans le lit de la rivière parmi les rochers et entre d’imposantes parois hautes d’une trentaine de mètres. Bien sûr, la randonnée dans le canyon n’est possible qu’en saison sèche !

Solitaire : Le dernier hameau sur la piste C 14 vers Sossusvlei lorsque l’on vient de la côte ou de Windhoek … En fait, ce lieu bien nommé n’est qu’une halte du bout du monde avant le désert (Lodges, terrain de camping, petit restaurant, épicerie et boulangerie/pâtisserie où l’on se presse pour déguster la spécialité locale. Une tarte aux pommes façon crumble : des portions très généreuses à l’image du propriétaire des lieux (photo). A savourer !

Welwitschia mirabilis: (photo) Une plante aux exceptionnelles facultés d’adaptation à l’aridité du désert. Même si elle n’est pas vraiment esthétique, elle vaut le coup d’œil. Des feuilles en forme de lanières vertes et brunes et une longévité incroyable, certaines welwitschia vivent plusieurs siècles, elles captent les minuscules gouttelettes d’eau des brouillards. A observer !

Survol du désert du Namib : Au départ de Swakopmund, en avion de tourisme d’un maximum de 12 places.
Bonne visibilité par les hublots. Une vue exceptionnelle depuis les airs non seulement du canyon Kuiseb et des superbes dunes colorées de Sossusvlei mais également un survol de plus de 2 heures (600km environ) au cours duquel on admire : les côtes océanes avec ses épaves de navires, ses colonies de phoques,  sa lagune à Walvis Bay, ses marais salants rose-mauve et aussi les vestiges de cabanes d’anciens chercheurs de diamants … une expérience inoubliable. A ne pas rater !
Vol réalisé avec Scenic-Air (Swakopmund)

Internet : Des informations générales et touristiques sur la Namibie :
    http://www.namibiatourism.com.na/french/index.php

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