Amérique du Sud : Coureur d'éclipses

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Amérique du Sud : Coureur d'éclipses

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Eric Bataille | 14.11.2003 | 613 visites | 0Favoris |
Eric Bataille

Tous les prétextes sont bons pour voyager ! On part pour travailler ou se reposer, pour pratiquer un sport ou s’imprégner d’art, pour se dépasser ou rêver. Certains bourlinguent pour retrouver quelqu’un ou se perdre soi-même.

Cyril est un privilégié et un grand malin !

Amérique du Sud : Coureur d'éclipsesAstronome de formation, il traque les éclipses solaires qui balayent régulièrement notre planète et dispose ainsi du meilleur des alibis pour courir le monde à sa façon. Il vit en permanence avec les caractéristiques techniques de la prochaine éclipse en mémoire, mais ne sait jamais comment ni dans quelles conditions il observera l’événement. Pour lui, la routine est dans les cieux et l’aventure sur Terre ! Il explique la mécanique céleste de sa passion terrestre : " Régulièrement la lune s’interpose entre le soleil et la terre. Selon la distance qui nous sépare de notre satellite naturel et sa position, l’éclipse sera partielle si elle ne cache qu’une partie du soleil. Quand elle s’aligne parfaitement en laissant toutefois visible un anneau de lumière, elle est annulaire. Mais quand elle occulte totalement le soleil, c’est la totale, le Graal des astronomes ! " Dans ce cas de figure, le phénomène n’est visible que par des observateurs se trouvant dans l’étroite bande parcourue par le faisceau d’obscurité. Au delà de ces limites, ils ne verront qu’une simple éclipse partielle. Comme dans la plus précieuse des calligraphies, le cône d’ombre dessine alors une ondulation unique limitée dans le temps et dans l’espace, un voyage dont l’itinéraire terrestre ignore les frontières et le relief. Elle peut s’inviter au dessus d’une portion déserte de Pacifique, jouer la funambule le lond de la cordillère des Andes ou visiter l’île de la Réunion.

Amérique du Sud : Coureur d'éclipsesCyril n’a jamais oublié sa première " totale ". C’était dans le nord du Chili pendant l’automne 1994. " J’avais débarqué de nuit avec mon chauffeur quechua sur un petit coin d’altiplano censé être le meilleur endroit d’observation, à près de 5000 mètres d’altitude. Emmitouflés dans nos ponchos, nous attendions l’aube avec impatience, irrésistiblement emportés par le maelstrom contradictoire de nos perceptions physiques et de nos certitudes culturelles. Si nous frissonnions tous deux du même froid intense, j’étais le seul à souffrir de l’altitude ! La nuit finissante nourrissait à la fois mon exaltation grandissante et les superstitions refoulées de José. J’espérais un spectacle grandiose alors que José redoutait une catastrophe céleste. " Comme chez beaucoup d’autres populations autochtones, l’événement rejoint les mythes les plus sacrés. Dans cette partie du monde, elle symbolise la mort d’Inti, le soleil-Dieu.

Amérique du Sud : Coureur d'éclipses" Deux heures avant l’éclipse, l’aube auréolait le volcan Parinacotta d’une couronne de lumière. Excité comme une vigogne et toujours transi de froid, je vibrais de plaisir à me retrouver ainsi en pleine Cordillère des Andes. Aucun nuage de semblait menacer. Au premier plan, un lac d’argent glaciaire somnitale s’effilochait en volutes de vapeur et de neige dans un ciel qui tendait déjà vers l’indigo. Puis l’aurore à colorié d’ocre le paysage. Et soudain, ce fut le soleil noir accompagné de son ombre filant sur la Puna et ses herbes rases à plus de 6000 kilomètres à l’heure. Un choc inoubliable ! " Ce jour là, l’émotion est telle qu’il est incapable de prendre la moindre photo ! Cela fait maintenant une dizaine d’années que Cyril vit avec le calendrier des rendez-vous cosmiques dans la tête. A la seule évocation du mot, il s’emballe ! " Prendre rendez-vous avec une éclipse, c’est un peu comme partir à la chasse au trésor. Pendant des mois, on enquête scientifiquement sur son prochain itinéraire terrestre. On analyse les différentes probabilités des conditions météorologiques le long du parcours, on surveille nerveusement les derniers soubresauts politiques locaux et l’on choisit finalement son site d’observation ". Il ne reste plus qu’à organiser la logistique pour être au meilleur endroit possible au moment exact. Parfois, la bande traverse des endroits aussi civilisés que l’Europe, présageant une mission facile mais frustrante. Heureusement, elle s’invite le plus souvent en des lieux insolites à l’accès difficile. Ainsi, celle de mars 1997 qui balaye une portion de steppe entre le nord de la Mongolie et le cœur de la Sibérie : " La nuit précédente, confortablement installés dans une vieille isba proche de Darkhan, nous patientions avec fébrilité en trinquant de vodka Gengis Khan et en savourant de succulents raviolis. Dehors, il neigeait abondamment ! Au matin, l’aube laiteuse et la steppe glacée se confondaient toujours en une opalescence de mauvaise augure. Et puis le ciel s’est partiellement éclairci jusqu’à ce qu’un nuage traître masque une partie du spectacle ".

Amérique du Sud : Coureur d'éclipsesAu Venezuela, il installe sa tente à la lumière d’une frontale entre deux cactus candélabres à l’ouest de la péninsule désertique de Paraguana. Le matin de l’éclipse, il doit délicatement repousser scorpions, araignées et serpents pour installer son télescope dans un endroit dégagé. Ce jour là, le ciel est immaculé : " Ce fut peut-être la plus facile de toutes. Il faisait près de trente degrés, une légère brise soufflait sur la mer des Caraïbes et la plage voisine nous accueillait lorsque la tension se faisait trop forte ". Les conditions sont tellement parfaites qu’il réussit à photographier les fameux grains de Bailly, les ultimes lueurs du soleil entre les monts de la Lune ! Qu’il dure plus de 7 minutes ou seulement 35 secondes, un tel événement est toujours un moment de bonheur intense, malheureusement trop court. Surtout lorsque l’on doit parcourir plus de 40 000 kilomètres pour assister à une éclipse annulaire de 45 secondes. C’était l’année dernière en Australie occidentale : " Les conditions était idéales dans cette prairie éclaboussée par le soleil des Tropiques, à quelques centaines de mètres de l’océan indien. Jusqu’à la dernière seconde, ce fut pourtant un suspens intenable car je n’étais pas sûr d’être au bon endroit. La bande d’observation était tellement étroite, un kilomètre à peine ! Les cartes locales était si imprécises qu’en dépit des boitiers GPS, le doute me taraudait. Quand enfin la lune s’est superposée au soleil, ne laissant qu’un anneau flamboyant dans le ciel bleu azur, ce fut la délivrance. Jusqu’à la prochaine !

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Eclipses et expéditions… de 1858 à 1901, du Pérou au Japon en passant par Sumatra, les récits de voyages étonnants des premiers “chasseurs d’éclipses”. http://www.exploratorium.edu/eclipse/francais/expedition.html

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