Angleterre : Christ's hospital ou la magie de l'éducation

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Angleterre : Christ's hospital ou la magie de l'éducation

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Frédéric Brun | 25.02.2005 | 1196 visites | 0Favoris |
Frédéric Brun

Angleterre : Christ's hospital ou la magie de l'éducationUn lieu hors du temps… En grand uniforme du XVIe siècle, 820 élèves de 11 à 18 ans suivent les cours de Christ’s Hospital, le plus riche établissement privé de Grande Bretagne. Situé en pleine campagne à Horsham, dans le West Sussex à un peu plus d’une heure de Londres, ce collège et lycée n’a pourtant rien d’une boîte pour fils à papa. Son public ? Les élèves issus de milieux défavorisés. Harry Potter et l’école Poudlard n’ont qu’à bien se tenir : la réalité peut aussi ressembler à un conte de fée…

Angleterre : Manteaux bleus dans le brouillard

Angleterre : Christ's hospital ou la magie de l'éducationVictoria Station, voie 15. Le tortillard quitte Londres. Tout est normal. Le train s’enfonce dans la brume, direction Portsmouth, chargé de mômes. Rien à voir avec le Poudlard Express au départ du quai 9 3/4 que les millions de lecteurs de la saga Harry Potter connaissent bien. Et pourtant… Pourtant, là aussi, au bout d’un moment, la locomotive s’arrête dans une gare minuscule, au milieu de nulle part. Là aussi, sous la bruine grise, apparaît au loin la forme imposante d’un vaste édifice. Là encore, les adolescents se sont drapés dans des capes sombres sorties d’un autre âge pour se protéger de la pluie… Les derniers wagons s’enfoncent dans le brouillard. « Christ’s Hospital ». Les lettres composant le nom de la gare s’effacent dans les ténèbres qui recouvrent le décor. La nuit tombe, rien de sorcier. Une longue allée cernée de hauts marronniers. Comme des feux follets, les fenêtres éclairées des bâtiments au loin clignotent entre les branches agitées par le vent. Une immense cour à arcades, une haute statue. Celle du roi Edouard VI qui autorisa la fondation de Christ’s Hospital en 1552. Car ici, si on ne vole pas sur des balais, l’établissement anglican possède toutefois une histoire qui n’a rien à envier à celle du collège Poudlard inventé par la romancière Joanne Kathleen Rowlings. Mais rien n’est imaginaire. Tout est vrai. Depuis 450 ans, des jeunes Britanniques peuvent étudier dans d’excellentes conditions. Avec une fortune estimée à 218 millions de livres sterling (plus de 332 millions d’euros), Christ’s Hospital est aujourd’hui le plus riche collège et lycée privé de Grande Bretagne. Son public n’a pourtant rien d’un sinistre carnet mondain. Il ne s’adresse ni aux fils de Lords, ni aux enfants d’ambassadeurs. Les élèves ne connaissent pas les clubs huppés. Ils sont tous issus de familles défavorisées. Cependant dans la cour, personne ne rappelle David Copperfield. L’esprit potache prime. Tout fiers d’étudier le français, beaucoup m’interpellent et sont ravis d’échanger quelques phrases.

Angleterre : L’uniforme fait l’unité

Angleterre : Christ's hospital ou la magie de l'éducationMalgré les changements de siècles, on ne renie pas son passé à Christ’s Hospital. L’uniforme fait toujours l’unité. L’ample manteau bleu nuit est resté le même depuis le XVIe siècle. D’où le surnom de « Blue coat school » porté par l’établissement. Col blanc, chemise blanche, jupe ample pour les filles, culotte longue depuis 1750 pour les garçons. Et, mises à part les lycéennes qui portent des chaussettes grises, chaussettes jaune vif pour tous. Une surprenante couleur un peu agressive mais qui n’a rien d’ésotérique. A l’époque, la teinture jaune était surtout censée dégager une odeur qui faisait fuir les rats et les puces… On est fier d’être à Christ’s Hospital. Plutôt débraillés en temps normal, chemises pendantes et cols gondolés – réaction juvénile contre le règlement – lycéens et collégiens se rhabillent très vite quand je veux les photographier. Les chaussettes se déplissent, les manteaux se défroissent. « On ne veut pas donner une mauvaise image de l’école ! » affirment-ils.

Angleterre : Un facteur social incontournable

Angleterre : Christ's hospital ou la magie de l'éducationDécidément, nos voisins britanniques aiment bien tout mettre sens dessus dessous… Priorité à gauche, riche école pour familles pauvres… L’irrationnel aurait-il débordé des pages de Harry Potter au point d’envahir le réel ? Pas du tout ! L’idée de Christ’s Hospital n’est en rien sortie de l’imagination débridée d’un alchimiste social un peu fou. Le concept est simple. Logique. Il remonte à 1530. A cette époque en effet, les habitants des campagnes affluaient vers Londres. Suite à la loi des « enclosure acts », le prix des denrées alimentaires était très élevé. La pauvreté augmenta et devint misère. Vols et violences se multiplièrent. Face à la précarité grandissante, le roi anglais Edouard VI, fils d’Henri VIII, autorisa donc en 1552 l’accueil de pauvres dans un ancien monastère franciscain à Londres. L’évêque anglican Nicholas Ridley avait prêché dans la City auprès des marchands afin de fonder un lieu d’accueil. Le centre financier de la City comprit qu’il fallait réagir. Les dons affluèrent. Les débuts de la grande fortune de Christ’s Hospital datent de cette époque. Il n’y avait guère que deux façons d’enrayer le mal : soit en distribuant de l’argent, soit en recevant les plus démunis. La seconde solution l’emporta. L’école pour enfants pauvres devint rapidement réputée et prit le dessus sur les autres activités caritatives de la fondation.

Angleterre : Former l’intelligence

Angleterre : Christ's hospital ou la magie de l'éducationEn 2005, le principe n’a pas changé. Pour entrer à Christ’s Hospital, dit C.H., un bon niveau scolaire est évidemment exigé mais ne suffit pas. Il faut aussi provenir de famille en difficulté matérielle ou humaine. « Les élèves viennent de milieux pauvres, de parents divorcés ou veufs. Ils ont tous besoin d’être internes. Ce n’est en rien une punition. Au contraire, c’est pour favoriser leur stabilité. Avec 820 lits, C.H. est le plus gros internat mixte privé du pays. Pour 40% des élèves, la scolarité est intégralement prise en charge, ils ne payent rien. 57% acquittent une partie des frais selon leurs moyens. Seuls 3% règlent la totalité des études. Mais eux aussi sont là pour de bonnes raisons… » explique Rosie Harwood, auteur du livre « Christ’s Hospital in the year 2000 » édité par C.H. Les élèves ne rentrent chez eux que toutes les trois semaines. « Ils ont toutefois pas mal de longues vacances au cours de l’année scolaire : un mois à Noël, un mois à Pâques » précise un professeur de français et d’espagnol. Et dans l’établissement, les jeunes ne sont en rien livrés à eux-même. Entraide, soutien scolaire et accueil des nouveaux par les plus anciens favorisent la socialisation. En outre, un système de tutorat permet aux collégiens et lycéens d’être en relation avec un adulte dans un cadre autre que celui d’un cours. L’éducation passe par l’attention aux enfants, une intelligence se forme. Partant de ces constats, on ne transforme pas les adolescents en bêtes à concours à Christ’s Hospital mais on les prépare à vivre en hommes et femmes instruits, dignes et responsables. Professeurs comme employés peuvent donc avoir de un à huit « tutees », c’est-à-dire des jeunes dont ils sont les mentors et les confidents. « Nous sommes là pour les aider, discuter, les conseiller, écouter leurs petits problèmes… Et leur faire des remontrances si nécessaire ! » indique une jeune miss professeur. Le tutorat n’est pas une obligation. Le choix est laissé aux élèves. Mais le système fonctionne bien.

Angleterre : Une brillante réputation

Angleterre : Christ's hospital ou la magie de l'éducationDepuis fort longtemps, les bacheliers sortis de Christ’s Hospital ont une excellente réputation à Oxford et Cambridge. « 96% de nos élèves entrent à l’université, dont bon nombre avec d’excellents résultats équivalents à des mentions en France. C’est un petit miracle » se réjouit Rosie Harwood. « Surtout quand on sait que la sélection de ce collège et lycée ne prend pas uniquement en compte le niveau scolaire. Le facteur social reste fondamental. En considérant cela, les jeunes de l’établissement réussissent vraiment bien. C’est incontestablement dû aux relations si importantes entre professeurs et élèves. » Le mari de Rosie Harwood enseigne le français et l’allemand à C.H. Il est aussi responsable d’une « boarding house », ou internat, et souvent de garde de 6 heures à 23 heures. « C’est un engagement énorme. Mais cela fait la force de l’école. La réussite vient vraiment de la grande implication du corps enseignant. Tous les professeurs vivent sur le site et la plupart participent à la vie interne. » Comme à Poudlard.

Angleterre : Un site enchanteur

Angleterre : Christ's hospital ou la magie de l'éducationSi la magie n’a pas cours à C.H., le site est cependant enchanteur. Les bâtiments fin XIXe de brique ocre se détachent sur le vert émeraude d’immenses prairies. Un cadre romantique, fort critiqué au départ quand en 1902 les garçons quittèrent Londres, après 350 ans de passés dans la City, pour s’installer sur l’actuel site de Horsham. Les filles, alors scolarisées séparément à Hertford, au nord de la capitale, rejoignirent les garçons en 1985. Depuis, tout est rentré dans l’ordre. « C’est un endroit si paisible » soupire Rosie Hartwood… Ni griffon ni dragon du monde de la Pottermania mais des lapins et des moutons dans les prés. Impossible de ne pas succomber au charme de la « Blue coat school ». Dans la cour d’honneur, sous le regard d’Edouard VI, de jeunes rappeurs banlieusards se déhanchent en grand uniforme. Un peu plus tard, comme tous les midis six fois par semaine, ils défilent tête haute, impeccables, bombant le torse sous le sombre manteau au rythme de la fanfare dirigée à grands moulinets par un condisciple. Bon entraînement quotidien en vue de la parade annuelle dans les rues de la City, en hommage aux donateurs. Mais le défilé n’est pas le seul sport pratiqué à Christ’s Hospital. Loin de là. Pas de matchs de quidditch chers à l’apprenti sorcier de J. K. Rowlings avec les balles ensorcelées que sont le souaffle, les cognards et le vif d’or, mais des ballons ovales et des palets qui rebondissent et glissent sur les pelouses des terrains de rugby et de hockey entourant les salles de cours. Tout est mis en place pour l’épanouissement de l’adolescent. Outre le cadre grandiose, les constructions harmonieuses, l’uniforme de l’époque des Tudor qui inscrit les élèves dans la continuité de leurs prestigieux prédécesseurs, C.H. est une mine culturelle. Les équipements sont nombreux et la musique, le théâtre et la danse y sont pratiqués avec succès. Le corps enseignant participe à des pièces et des comédies musicales. Les emplois du temps sont pensés pour s’adapter au mieux à l’attention des adolescents et les leçons n’excèdent pas 35 minutes. La première heure de cours de la matinée débute. Le soleil s’est levé et auréole Christ’s Hospital. La brique humide se réchauffe. L’herbe perlée de rosée brille à perte de vue. Récréation. Dans les couloirs, on se bouscule. On chahute sous les arcades de la cour d’honneur. Christ’s Hospital n’est pas un conte de fée. C’est un endroit magique. Tout simplement.

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Un petit musée fort intéressant, à l’entrée de la « Blue coat school », retrace la vie de l’établissement depuis sa fondation. Ouvert les mardis et jeudis, de 13 h 30 à 16 h 30, entrée gratuite. The Museum, Christ’s Hospital School, Horsham, RH 13 7LS, England.

 

 

Guide: Le guide Lonely Planet “Great Britain” en anglais regroupe de nombreuses informations pratiques et fort utiles. Un compagnon de voyage indispensable.

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