
Argentine
Argentine : Transhumance ches les Gauchos
Gardien de bétail qui règne sur les terres Argentine, de la Pampa à la Cordillères, le gaucho est un homme à l'esprit libre et indépendant , qui exerce une fascination sur les Européens que nous sommes. Le temps d'une transhumance, il est possible de l'accompagner dans son quotidien, entre ciel, sommet et troupeaux...
Pour la plupart, les gauchos ( ce mot signifie "orphelin") étaient à l'origine des enfants métis hispano-indiens. Rejetés par la société, ils devinrent, par la force des choses, des hommes rudes et libres qui erraient à cheval dans les paysages sans fin à la recherche d'un emploi. On disait alors d'eux qu'ils n'avaient d'autres père et mère que la pampa. Il y à un moyen d'approcher au plus près ce mythe, dans la région de San Raphael, en les accompagnant pour effectuer une transhumance.
Des Criollos pour partenaires
Après quelques heures de 4x4, nous voici arrivé au "puesto", sorte de petite bergerie. Nivaldo vit là depuis le printemps avec sa femme, ses deux fils et ... le bétail. Nous sommes à plus de 2 000m d'altitude, entourés des pics vertigineux de la cordillères des Andes, que survole parfois un grand condor. Les premières neiges arrivant, il est temps pour eux de regrouper vaches, chèvres et chevaux pour les mener vers des terres plus clémentes .
Nivaldo nous indique le corral où nous attendent nos petit criollos à la crinière coupée selon l'ancienne tradition. Equipés de nos brides , nous choisissons chacun notre monture qui restera, pour les jours à venir, notre partenaire. On nous explique alors la façon de les seller, "à la gaucho" avec les tapis de laine, les montas, et la peau de mouton, le cojinillo. Une petite chevauchée autour du puesto pour nous habituer à nos nouveau compagnons et nous sentons l'esprit du gaucho monter en nous : pas de contrainte ou de règle édictées par nos hôtes, ils nous font totalement confiance...
Dés le lendemain le travail commence. Il s'agit de regrouper et redescendre jusqu'au corral le bétail disséminé dans la montagne. La journée se passe à essayer de repérer la moindre bête; heureusement des yeux expert nous accompagne ! Mario et Nivaldo forment deux groupes pour organiser les recherches. Au milieu de ce décor à la dimension théâtrale, nous découvrons que nos montures ont un pas très sûr et une endurance incroyable à cette altitude où nous nous retrouvons, parfois sur des pentes impressionnantes. C'est au son de "vaca, vaca" que nous redescendons, avec le coucher du soleil, le bétail au "puesto", en essayant de ne pas en laisser s'échapper.
La soirée se déroule ensuite autour du traditionnel maté, boisson "stimulante" du partage et de l'amitié, suivi d'un asado, plat composé de divers morceaux de boeuf cuits à la braise, un véritable délice! Mario, le gaucho poète, entonne autour du feu des chansons sur la beauté de l'automne à Mendoza, les rêves d'enfance qu'on ne doit pas oublier ou la mort du cheval d'un gaucho, grave et sublime comme un tango de buenos aires.
Cris, aboiements et hennissements
Dés l'aurore, nous nous préparons à effectuer notre transhumance. Après avoir récupéré nos chevaux - ce qui n'est pas si simple! - nous sortons le bétail du corral. Nivaldo et ses fils fouettent l'air à l'aide de leur rebenqué, sorte de cravache toujours accroché à leur poignet, et de leur lasso tressé de cuir, accroché, lui, au côté droit de la selle. Ils ont de l'allure nos amis Argentin avec leur pantalon bouffant, le bombacha, et la ceinture de tissus brodé, la faja, pour tenir reins et couteau. La caravane que nous formons longe le Rio Salado, nos cris pour faire avancer les bêtes se mêlant aux aboiements des chiens qui nous accompagnent. Un nuage de poussière s'élève sur notre passage, la lumière rasante du matin le fait étinceler, instant magique...
Nivaldo nous donne ses instructions : il faut séparer le troupeau de chèvres de celui des vaches pour éviter les blessures par cornes. Les chevaux sont habitués à ce travail. Le courage et la maniabilité de nos montures se révèlent pleinement dans ces moments de contact avec le bétail. Ils poussent et hennissent pour faire avancer le troupeau, nous sentons la chaleur des bêtes nous envahir. Un vrai plaisir que de chevaucher un criollo qui travaille, les rênes dans une main! Nous commençons alors la lente ascension pour le passage du col El Farfalite, au delà des 3000m. Parfois les chiens nous font le spectacle d'une chasse au lièvres, sous les encouragements et les rires de Nivaldo et ses fils. Nous redescendons maintenant sur un petit cirque, le Oyo colorad, où chacun s'imagine aisément passer quelques mois, dans son puesto, libre, avec son cheval pour seul compagnon... L'âme des gauchos nous aurait-elle conquis ?
Retour aux plaines
A l'approche des plateaux aux herbes plus grasses, nous croisons d'autres troupeaux, appartenant à d'autres gauchos, quelques vaches se mélangent aux nôtres. Certains d'entre nous se prennent alors totalement au jeu et se mettent à jouer du lasso (du moins tenter) sous les rires de nos amis argentins. S'ensuivent cavalcades et cris sur les rives du lac Salinilla où nos chevaux virevoltent, se cabrent et galopent à la poursuite des vaches égarées. A ce moment nous avons le sentiment de comprendre l'idéal du gaucho, homme souvent seul mais fier de son travail qui lui donne prestige et dignité.
Le soir arrivé, nous bivouaquons autour d'un immense feu. Deux chèvres servent de dîner. Mario nous initie au maté dé latta, autre boisson à partager, mais un peu plus forte ! Chocolat blanc, alcool de gentiane et... charbon de bois, santé. C'est sous un ciel chargé d'étoiles que bétail, chevaux et hommes passent une nuit réparatrice. Le lendemain, il ne nous reste plus qu'à rejoindre le puesto d'hiver de la famille de Nivaldo. Nous traversons à plusieurs reprises les méandres du Rio Atuel. Sous une chaleur accablante, cette plaine nous parait sans fin. C'est, d'ailleurs en fin d'après midi que nous atteignons le puesto, épuisés, mais emplis de la joie du travail accompli au côté de ces derniers gauchos libres. Là nous attend un festin pour célébrer notre première transhumance: 50 km en trois jours. Nous nous régalons des mets préparés par la femme de Nivaldo, empanadas (chaussons de pâte farcis à la viande), tortas fritas (gâteaux frits) et l'inépuisable asado. Nous nous amusons ensuite, avec tous les voisins réunis pour l'occasion, à attraper quelques vaches au lasso dans le corral, lancer les bolas, galoper une dernière fois avec notre fidèle compagnon dans le Rio.
C'est avec une certaine émotion que nous nous séparerons, conscients d'avoir vécu une aventure équestre autant qu'humaine, sur les terres des gauchos, avec l'idée rassurante que, là-bas, en Argentine, galopent encore des hommes libres...
info plus
Pratique :
Pour ce genre de périple, il n’est pas nécessaire d’être un très bon cavalier. Ne pas avoir, bien sur, d’appréhension et aimer suffisamment les chevaux pour pouvoir rester en selle plus de 6h par jour. Par contre la sellerie Gaucho, recouverte de tapis de laine et de peau de mouton, est d’un confort exceptionnel. Votre fessier aura rarement à s’en plaindre.
Pour la nourriture, vous vous régalerez ... si vous n’êtes pas végétarien, viandes à chaque repas, hormis le petit déjeuner.
Prévoyez par contre des vêtements légers pour les chaleurs des plateaux, mais aussi des vêtements chauds pour les parties montagneuses, ayez en tête que certains passages se font à plus de 3000m d’altitude et à des heures ou le soleil n’a pas encore eu le temps de réchauffer l’air.
Vous pouvez atterrir à Buenos aires, encore à Santiago du Chili puis vous rendre à San Raphaël en bus. Le service autoroutier est excellent et les tarifs très compétitifs.
Pas besoin de visa, un passeport valide suffit. Quand au coût, la dévaluation du Pesos Argentin rend cette destination de nouveau très intéressante.
- Consulat d’Argentine : 6 rue Cimarosa, 75116 Paris ; tél : 01 44 34 22 00 - service culturel, tel : 01 47 04 61 51
- renseignement sur les dates de transhumance : http://www.westernhorisonorganisation.com
Remy Pagnard, 1, rue Cusenier, 25290 Ornans - tel : 03 81 62 02 96





