Atar, les dattiers de l'oued.

Mauritanie
Atar, les dattiers de l'oued.

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Gérard Decq | 05.08.2009 | 2165 visites | 2Favoris |
Gérard Decq

Des chèvres et des hommes.

Atar, les dattiers de l'oued.Dans la nuit, Baba, "notre chauffeur-guide" à la haute stature d'ébène, nous attend à l'aéroport. Court arrêt, achat de pain frais qui embaume l'habitacle - sublime odeur de baguette française, et la Land Rover, délaissant Nouakchott couverte d'un sombre sommeil, met le cap sur le désert. Deux cents kilomètres d'asphalte plus loin, à l'aube, le premier contact surprend, abrupt. Pause petit-déjeuner à la lisière d' Akjout, cité qui vit de l'exploitation de mines de cuivre. Nous nous éveillons sur une autre planète. La poussière du désert ourle la rue aux façades glauques. Enroulés dans un vague manteau, des hommes finissent leur nuit, au long des murs. Baba installe le réchaud dans la salle de prière, attenante à une épicerie rudimentaire. La peinture verte de la pièce pèle inexorablement, mais le sol offre le luxe d'une moquette patinée. Point d'ablution liquide ici : mobilier unique, deux pierres de purification, qu'il suffit de caresser, marquent la direction de La Mecque. Un bouc noir encadre un temps sa silhouette dans l'embrasure. Des chèvres, plus audacieuses, pénètrent, vite chassées par des hommes qui, visiblement, ont dormi ici. Dehors, quelques enseignes déglinguées, des bidons rouillés, des carrosseries maintes fois cabossées, une esthétique de pauvreté, sous les gifles du vent matinal. Le jour se lève ; les hommes, aussi, fièrement. Vêtus d'un ample boubou bleuté, élégamment brodé d'arabesques dorées, ils marchent droit, habitués depuis des générations à lutter contre cette nature active qui remodèle sans cesse la crête des dunes. La tête se coiffe souvent d'un chèche noir. Cette couleur sombre a valeur d'élégance : ainsi la tradition voile-t-elle la jeune mariée d'une melhafa noire. Pour leur grande majorité, les Mauritaniens sont des ruraux : les chèvres omniprésentes sont élevées dans tout le pays. Pas un seul marché, pas une foire sans elles. Au petit matin, se rassemble le cheptel du village qui s'en va paître sous la houlette de deux ou trois bergers. Sur le vaste territoire de l'Adrar minéral, les chèvres trouvent leur pâture, de-ci, de-là. Il est curieux néanmoins d'en voir souvent, entre les maisons, boulotter un sac de plastique ! Le troupeau caprin constitue la richesse des nomades que, les jours suivants, nous rencontrons en bordure du grand Sahara. Toute une famille vit dans l'unique pièce de la tente de laine, la keima. Mobilier bédouin, un palanquin de dromadaire, aux piliers sculptés, sert de desserte. Quotidiennement, la bédouine fixe, sur un trépied amovible, une outre de peau, la guerba, et, en un va-et-vient atavique, prépare le zrig, le petit caillé. Le confort est minimaliste, mais la liberté, l'écho insondable du désert, qui n'en finit pas d'envoûter, ont les charmes magiques et mystérieux de l'intemporel au contact d'Eole et des étoiles.

De canyons en lits d'oueds.

Atar, les dattiers de l'oued.Azougui : le nom gazouille comme une source fraîche. De fait, depuis cette oasis, un forage amène l'eau potable à la ville d'Atar. Les canalisations, en surface, longent la route goudronnée, inaugurée pour la venue amicale du président Chirac, en 1997. L'oasis occupe un site de rêve. On la découvre soudain du haut de la passe d'Antarazi qui, de ses falaises pourpres, domine la plaine et le ruban de l'oued. Sur la droite, la palmeraie ruisselle, large coulée émeraude, dans le décor asséché. A l'écart, le village a été implanté sur une éminence, autour du champ de ruines de l'ancienne forteresse almoravide. Traditionnelles, les cases de palmes, savamment ventilées, arrondissent leur toiture en une architecture aux lignes pures. L'animation d'Azougui n'est plus celle de la haute époque ; un chamelier ramène deux dromadaires ; quelques femmes sont à la lessive, mais le village est au trois quarts inhabité comme des dizaines d'autres au long des oueds de la région. Ils sont en sommeil, tandis que dame nature prépare la prochaine récolte. De juillet à septembre par contre, vibre la pleine saison de la "Guetna", la cueillette des dattes. Les villages grouillent littéralement : toutes les familles parties chercher du travail en ville, à Nouakchott ou à Nouadhibou, reviennent au pays, et la guetna est une période de fête. Véritable hymne à la datte, ce rite annuel permet de raviver les liens familiaux et amicaux. On renoue avec les traditions d'entraide et le retour au pays se mue en une cure, en un ressourcement dans la chaleur estivale qui fait apprécier l'eau pure, les dattes fraîches et l'ombre des palmiers, le bonheur au naturel. D'Azougui, en suivant les pistes à travers regs et petites dunes, on descend le chapelet des villages qui s'égrènent au-dessus de gorges : oued de Lawerna, oued Hamdoun et le célèbre oued Seguellil. Après le thé à la menthe qui conclut le déjeuner, quelle douce sieste dans une de ces cases végétales aux formes arrondies ! Loin, très loin de tout bruit mécanique. Le soleil se faufile à peine sur le seuil et s'en va caresser la tête des palmiers qui se détachent sur une impressionnante hamada. Fabuleux décor qui n'a rien à envier à "Monument Valley" ! A nos yeux d'occidentaux, tous les palmiers se ressemblent ; pourtant, pour les dattiers, il en va de même que pour tout arbre fruitier, il existe une grande variété de dattes. Les "el hemr" atteignent parfois la grosseur d'un poing, les "amsekhsis" craquent et fondent dans la bouche ; les "tiggidertes" ont des vertus curatives… La plus belle oasis de cette région d'Atar est, sans conteste, Terjitt. Petit joyau niché, comme par miracle, au creux d'un désert pierreux. L'eau y coule en permanence ; elle sourd, magique, au fond d'un canyon rose dont les parois se tapissent de stalactites végétales. Ambiance de fraîcheur paradisiaque autour d'un petit bassin. Au long des canaux, à l'eau sempiternelle, les palmiers ont des troncs opulents, de la même générosité qu'une onctueuse gorgée de confiture de dattes

Incroyables jardins de Ouadane.

Atar, les dattiers de l'oued.Non loin d'Atar, l'immense Sahara roule son océan de dunes : l'erg Ouarane s'en vient butter contre le massif rocailleux de l'Adrar. Adossé à la montagne, Ouadane, véritable port du désert qui eut son heure de gloire au temps des caravanes, occupe un site d'exception. Les ruines pathétiques de l'ancienne cité fortifiée grimpent encore à l'assaut du rocher. Une ville entièrement bâtie en pierres sèches sur une base de blocs cyclopéens : les teintes foncées des maisons "caméléonnent" avec le roc. Hélas, les termites ont eu raison des charpentes en troncs de palmier. Aujourd'hui la cité, classée au patrimoine de l'Unesco, est vide d'habitants. Ceux-ci ne craignent plus les razzias et se sont installés sur le plateau en dehors des remparts. Le minaret de l'actuelle mosquée, tour carrée en pierres brutes, domine l'horizon. Aux quatre angles, des œufs d'autruche, porte-bonheur, se détachent sur l'azur profond. De là, le panorama dévoile, à l'infini, le ballet des dunes. Inlassablement, celles-ci jouent la palette des teintes ocre, quotidiennement renouvelée. Etonnant contraste avec la rudesse du reg qui file vers l'occident, en contrebas des fortifications, une vaste palmeraie, au confluent de deux oueds, décline toute la gamme des verts : chants joyeux de la végétation domestique en carrés manucurés. Puits à chadouf et modernes motopompes permettent l'irrigation. Sous le vert cendré des larges palmes, les autochtones ont quadrillé l'oasis. L'orge et le mil, cultures séculaires, qui, en cette saison, s'apprêtent à virer au jaune, côtoient maintenant le vert tendre et lustré des plants de carottes. Tout au long de l'année, les potagers produisent : il suffit de laisser le temps aux graines de germer. Le blé se plaît particulièrement à l'ombre des dattiers et les crêpes de Ouadane sont incomparables. Quant aux dattes, leur variété atteindrait la centaine ! Les autochtones vantent les taggets, les tenouazidis, les lehboubous à la dénomination suave, mais sans conteste, les sekanis portent loin les mérites de la production locale.

O sable ! suspends ton vol !

Atar, les dattiers de l'oued.Vœu pieux : inexorables, les dunes avancent sur la palmeraie de Tanouchert et la petite ville de Chinguetti a déjà changé deux fois de site. Tanouchert, encore bien vivante au pied d'une grande dune, s'avère une étape rafraîchissante et magique : son puits attire de loin les nomades et leurs troupeaux. Ici, les keimas sont sédentaires et la petite communauté vit en marge du temps, au long de ruelles de sable, regardant d'un œil amusé les 4x4 de touristes qui, de décembre à mars, font halte en leur mini-paradis. Ambiance de "plage" idyllique sous les palmiers qui, avec ténacité, émergent du sable neuf. A Chinguetti, 7ème ville sainte de l'islam, nous avons rendez-vous avec l'Histoire. La cité originelle fut recouverte au XIIè siècle. Plusieurs kilomètres plus loin, toujours rive droite de l'oued Batha, la ville ressurgit et prospéra : lieu de rassemblement pour le pèlerinage de La Mecque, elle joua le rôle de capitale de la Mauritanie. Comme à Ouadane, les murs des maisons sont en grès rouge, mais ici l'argile, présente dans le sous-sol, a favorisé les joints de banco. Du XVIIè au XIXè siécle, les madrasas fleurirent autour de la mosquée dont le minaret présente la même architecture de donjon qu'à Ouadane. Le rayonnement culturel et religieux était tel qu'aujourd'hui plusieurs bibliothèques permettent de découvrir de rares et précieux manuscrits : rencontre émouvante, aux confins du désert, avec le raffinement de la calligraphie et de la poésie. Les dunes gagnent du terrain : la vieille ville lutte avec difficulté contre l'ensablement et les habitants privilégient le quartier moderne, rive gauche de l'oued. Des puits profonds alimentent une palmeraie qui, sur des kilomètres, s'étire, longue et opulente. Grâce à des motopompes, potagers et champs de céréales s'épanouissent sous les ombres bienveillantes et le terme d'"éden" n'est pas usurpé. En matière de dattes, à Chinguetti, on est particulièrement fier de la selmedina, un fruit spécifique, très prisé, qui se consomme encore vert. En lisière du grand erg, qu'on est loin du stress des villes modernes ! Les maisons replient leur intimité derrière des murs de pierre, mais la journée se déroule, conviviale, sur le pas des portes et surtout sur la place, à l'ombre des bâtiments du marché. Deux hommes se racontent de bonnes histoires et se serrent la main à chaque fois qu'ils rient : partage tactile de la joie. Plus loin, à même le sable, un damier a été quadrillé ; la nature fournit les pions, bûchettes et crottes de dromadaire séchées. Le dahmit, ce jeu de quarante dames, est passionnant ; des experts viennent suivre et commenter la partie animée. Ainsi s'écoule la vie, toute simple…

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Gérard Decq | 05.08.2009 | 2165 visites | 2Favoris |
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info plusinfo plus

S’y rendre : De décembre à mars, Point Afrique organise des vols charter hebdomadaires sur Atar.
          Royal Air Maroc offre un vol quotidien, toute l’année, pour la capitale Nouakchott.
Le visa touristique peut s’obtenir à Atar. Pour Nouakchott, il faut le demander au consulat, à Paris pour les ressortissants français.

Se déplacer : La plupart des hébergements peuvent organiser de petits circuits avec 4x4 et           chauffeur.

Hébergement : Chinguetti, Le Maure Bleu ; Atar, Auberge Mer et désert. Nouakchott, Hôtel Ikrama.
            (Ces trois établissements ont un site web).
Ouadane : Auberge Agoueidir (http://www.serendib.com/wadane).

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commentaires à ce reportage
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Rey Amaury

Un style admirable, comme toujours. Toutes les informations sont là, la poésie du professeur aussi. Un texte riche en couleurs et équilibré à souhait.
Les photos sont toujours aussi belles à regarder.
La plume et la pellicule parfaites sont au rendez-vous. ”

Rey Amaury | 12.10.2009 19h45

mamadou

Un travail extraordinaire qui exprime la réalité d’un peuple qui a beaucoup donner à travers des siècles. ”

mamadou | 14.10.2009 22h36

pérache

toutes ces photos, assorties de commentaires pertinents donnent envie de découvrir... ”

pérache | 24.10.2009 15h46

mamadou

Ce paysage pittoresque que vous décriviez, j’ai eu le privilège de le vivre, pour avoir vécu trois ans dans le oued SEGUILIL, plus précisément à AIN HEL TAYA. Cet univers paradisiaque dont vous parliez avec des mots justes, est sans aucun doute une merveille à découvrir. Je salue votre article qui est d’une précision extraordinaire et poétique. On sent une émotion et une passion du désert qui vous habite. Merci. ”

mamadou | 21.11.2009 20h45

mamadou

Ce paysage pittoresque que vous décriviez, j’ai eu le privilège de le vivre, pour avoir vécu trois ans dans le oued SEGUILIL, plus précisément à AIN HEL TAYA. Cet univers paradisiaque dont vous parliez avec des mots justes, est sans aucun doute une merveille à découvrir. Je salue votre article qui est d’une précision extraordinaire et poétique. On sent une émotion et une passion du désert qui vous habite. Merci. ”

mamadou | 21.11.2009 20h48

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