
Australie
Australie : Chatham & Pitt : A la frontièredu lendemain...
Les îles Chatham forment un archipel de dix îles regroupées dans un périmètre de 40 km situé aux antipodes de la France. A Waitangi (la capitale), en face de la mairie est planté un petit panneau en forme de flèche dirigé vers le sol. Sur la planche sont peintes les inscriptions suivantes : Alzon, France - 12800 km. Distance qui représente le diamètre de la terre. C’est l’endroit le plus éloigné de notre pays, avec un décalage horaire de 12h45. Les deux plus grandes îles seulement sont habitées, Chatham (700 habitants pour une surface de 90000 ha) et Pitt (35 habitants dispersés sur 6000 ha).
Des îles loin de tout, même du tourisme.
Toutes les îles du Pacifique ne ressemblent pas à Bora Bora. L’île Chatham est très différente. Le climat y est rude, la végétation rare. Il y a bien un avion pour s’y rendre, mais le vol est cher (près de 500 € pour un aller simple) et le coucou ne décolle pas tous les jours. Un navire marchand ravitaille l’île une fois par mois. Quelques places sont disponibles à bord pour des passagers téméraires. J’ai attendu ce bateau un mois et demi, alors qu’il n’était pas passé sur l’île depuis quatre mois. Les dates de départ sont donc très incertaines.
C'est à Wellington, alors que je tentais de me rendre sur cette île inaccessible, par les airs à défaut d’y arriver par mon moyen préféré, le bateau, que j’ai rencontré par hasard Myriam, hollandaise tour-du-mondiste en vacances sur l’archipel. Après moult discussions ensemble, ses penchants pour l’aventure ont pris le dessus et celle-ci a finalement décidé de découvrir les Chatham avec moi. Ce qui a grandement égayé mon attente d'un navire (tous les vols s'étant avérés complets).
Le 6 février, alors que depuis trois jours déjà, entre deux tours en ville, nous passions le long de la plage de galets pour surveiller l’horizon, nous aperçûmes enfin un navire de taille conséquente pointer son nez. L’ attente était à son paroxysme lorsque nous découvrîmes le « Ngamaru » vide, ancré dans Hawkes Bay face au port de Napier. Le bateau resta mouillé vingt quatre très longues heures sans donner de nouvelles. Enfin, le 8 dans l’après-midi, nous fûmes autorisés à monter à bord.
Au moment de notre arrivée, le navire était encore presque vide. Très haut dans ce port de marchandises, il paraissait énorme. Une grue montait à bord containers, voitures ou autres engins de travaux. Cette fois-ci, il n’y avait pas d’animaux à embarquer.
Enfin à 23h30, le bateau a levé l'ancre. Direction Est Sud-Est, les îles Chatham par 44°S et 178°W, les 40èmes mugissants. Après 36 heures d’une traversée exceptionnellement calme aux dires des marins, nous aperçûmes la terre.
A terre, quatre villages, et de l’eau, partout.
La découverte de ces îles par les européens, il y a environ 200 ans, fut accidentelle. C’était au cours de l’année 1791. George Vancouver parti d’Angleterre, devait rejoindre le Pacifique Nord à bord du « Discovery ». Il était accompagné du lieutenant Broughton, lui-même à bord du « Chatham ». Après avoir passé le cap de Bonne Espérance, les deux bateaux ont longé la côte sud de l’Australie, contourné la côte sud-est de la Nouvelle-Zélande pour se rendre par la suite à Tahiti. Mais la mauvaise météo et un orage ont séparé les deux bateaux. Le 27 novembre 1791, le journal de bord du « Chatham » mentionne l’apparition d’une terre étrange.
En cette matinée de février, à bord du « Ngamaru », j’ai cru saisir ce que l’apparition de cette île au milieu de nulle part avait d’étrange. A bâbord se dessine une bande sombre surmontée d’un pic, le mont Chudleigh (188 m) point culminant de l’île. De majestueux albatros jouent toujours dans notre sillage. Mais le bateau ne fait pas route vers la pointe et déjà à tribord, il me semble apercevoir une autre terre. En fait le navire pénètre dans une large baie : Petre Bay. Au fond de celle-ci se niche un petit port, enfin un ponton, celui de Waitangi, la capitale de l’archipel. La bourgade ne me semble pas bien grande et je suis presque surpris d'apercevoir un véhicule rouler au loin. Quant aux alentours, ils sont déserts. La côte que nous avons longée pour arriver au port est dépourvue de maisons, d’arbres. Seules quelques collines nues définissent le paysage.
Waitangi regroupe la majorité des insulaires de l’archipel. C’est là que sont installés la boutique, le pub, le restaurant, l’hôtel, la poste (qui remplit également les fonctions de banque) la station service, l’hôpital, la station météo, la station de télévision, le “ café ” ainsi que l’un des deux terrains de golf de l’île.
Mes connaissances sur les Chatham, en mettant pied à terre, étaient presque nulles. Je savais qu’il y avait peu de tourisme, mais que l’île avait une particularité : elle se situait sur la ligne de changement de date. C’est ici que l’on observe les premiers le jour se lever. “ First to see the sun ” est la phrase généralement employée pour qualifier les Chatham. Et c’est ainsi que tout porte le surnom de 1er. Le parcours de golf est le premier au monde, jusqu’à la bière locale, brassée sur l’île, qui porte sur ses bouteilles l’inscription “première bière au monde, brassée à la frontière du lendemain”.
Je disposais d’une adresse sur l’île. Adresse qui m’avait d’ailleurs laissé rêveur : Steve et Barbie Joyce. J’ai appelé “ Barbie Joie ” pour la prévenir de mon arrivée par le bateau, elle m’a très gentiment répondu que je pourrai trouver asile chez elle à Owenga. C’est donc vers ce village que je suis parti m’installer. Celui-ci me semblait assez proche de Waitangi. Pour y parvenir, il me fallut en fait plus d’une demi heure en voiture, par une piste chaotique. Et c’est sous la brume que j’ai passé le portail de la propriété : une maison en bois près de la mer. Devant celle-ci je découvrais un petit jardin potager, bien entretenu, près duquel trônait une coquette cabane, mon pied à terre sur l’île. Le village d’Owenga rassemble une vingtaine de maisons au sud-est de l’île Chatham. C’est également un port (la pêche représente la principale ressource des insulaires), le plus proche de l’autre île habitée de l’archipel : Pitt. Avant de m’intéresser à cette petite île mystérieuse j’ai poursuivi ma découverte de Chatham.
L’île couvre une superficie équivalente à presque deux fois l’île de Pâques, 200 km², un cinquième de son territoire est occupé par un lagon intérieur qui communique avec l’océan par une passe sur la côte Est lors des grandes marées. L’ eau y est mi-douce, mi-salée. De ce lagon, situé au centre de l’île, rien n’est commercialisé ni les coquillages, ni les anguilles, ni les oiseaux, ni même les dents de requin fossilisées.
Outre son lagon, Chatham compte de nombreux lacs d’eau douce parfaitement circulaires. J’en ai découvert plus d’un de part et d’autre de la route qui mène à Kaingaroa. Cet autre port de pêche rassemble une petite communauté au Nord-Est de l’île. Pour s’y rendre, le chemin n’est pas goudronné, il faut compter environ deux heures en voiture au départ de Waitangi. Sur place, une petite baie abrite quelques bateaux à moteur en acier. A terre, on y trouve un club, une école et une vingtaine de maisons. Sur toute l’île, le paysage est assez désolé : très peu d’arbres, une végétation rase et de l’eau partout.
L’océan Pacifique, les lacs, le lagon... trois eaux différentes aux couleurs changeantes comme celles du ciel, souvent brumeux cependant. Un brouillard épais malgré une température douce voire chaude en ces journées d’été, donne à l’île une atmosphère très étrange.
Le savoir vivre des insulaires.
Une anecdote me reste en mémoire, elle est assez significative de l’art de vivre aux Chatham. Pour partir à la découverte de l’île, je me suis très vite rendu compte qu’il me fallait un véhicule. Or, les locations sont rares et onéreuses. Par chance, j’ai rapidement trouvé une bonne âme pour me prêter la sienne : une femme d’une quarantaine d’années, débarquée sur l’île quelques mois auparavant pour travailler à l’hôtel restaurant de Waitangi. Elle attendait son véhicule depuis quatre mois en raison du retard du « Ngamaru ». Témoin de mon désarroi, elle m’a aussitôt proposé son bien pour effectuer mes pérégrinations...
L île de Pitt.
Pitt est distante d’environ 12 milles de Chatham. D’une surface de 63 km² (Belle-île en mer en fait 90), elle regroupe environ 35 habitants. Depuis mon arrivée je souhaitais m’y rendre, toutefois il fallait se rendre à l’évidence : les moyens disponibles étaient peu nombreux. Un pêcheur d’Owenga se tenait néanmoins disposé à m’offrir la traversée vers son île natale. Il me fallu encore une fois m’armer de patience dans l’attente d’une météo favorable…
Puis un matin le téléphone des Joyce sonna pour moi. On pouvait enfin partir pour Pitt. Le bateau mis à l’eau, nous embarquâmes. Lorsque l’on ne s’en sert pas, les embarcations sont remontées sur la plage, moyen beaucoup plus sûr que de les amarrer à une bouée ou à une ancre, pour éviter de les voir s’en aller lors des fréquentes tempêtes.
Nous avons traversé le détroit qui sépare les deux îles assez rapidement. Le but de l’expédition était d’apporter des vivres aux scientifiques qui séjournent sur les îles jouxtant Pitt : Mangere et l'île du Sud-Est.
Nous avons effectué le tour de Pitt, plus haute que Chatham. Le mont Hakepa, son point culminant s’élève à 231 mètres au dessus de la mer. La brume formait une chape à 5 mètres au dessus de nos têtes, l’île était enveloppée d’un épais voile blanc avec, à l’horizon, des nuages gris sombre. Une partie de la côte est particulièrement déchirée, avec de hautes falaises creusées de grottes. Puis viennent des plages sauvages au sable noir ou blanc. L’île ne possède pas de port naturel, ce qui a limité sa colonisation. Une petite digue permet néanmoins d’accoster. Nous sommes descendu à terre au “ Pot de Fleur ”, ce que l’on pourrait pompeusement qualifier de « capitale de l’île ».
Face à nous, le paysage est dépouillé : deux ruines et une maison, dans laquelle nous sommes allés boire un café. Le temps nous manquait pour une promenade. J’ai à peine eu le temps d’atteindre le sommet de la colline de Pot de Fleur pour découvrir en contrebas son “centre ville” et son église “Notre Dame des Antipodes” parmi les moutons. A part ce bâtiment et l’école, il n’existe qu’une quinzaine de maisons privées éparpillées sur l’île, pas de bar, pas de magasin.
Il règne sur cette terre un calme étrange, une sensation d’isolement et de sérénité. Si les habitants de Chatham vivent loin de tout, à Pitt, ils vivent en plus à une autre époque. Celle où il fallait se débrouiller soi-même pour tout, y compris pour électricité et l’eau qui ne sont pas distribuées collectivement. C’est ainsi que les insulaires possèdent un générateur ou des panneaux solaires.
Pour repartir de l’archipel, j’ai emprunté la compagnie aérienne Air Chatham qui assure environ 3 vols par semaine, d’une durée d’environ 2 heures. Mais l’avion peut aussi ne pas décoller pendant une semaine voir plus et on a vu des vols, pour rallier la Nouvelle-Zélande, durer plus de quatre heures. Tout dépend ici des conditions climatiques...
A mon retour, je dois avouer que je ne savais pas vraiment combien de temps j'avais passé sur ces îles entre le silence et l'oubli. Le temps ne s'écoule pas de la même façon que chez nous, là-bas c'est la terre où se lève le jour. A la frontière du lendemain.
info plus
Le meilleur conseil à donner à toute personne désirant se rendre dans ces îles isolées est d’être certain de vouloir entreprendre ce voyage. Il faut de la patience aussi. Ou de la chance. De toutes façons, il faut du temps.
Il faut d’abord se rendre en Nouvelle-Zélande.
- Par avion, vous devez voler sur Air Chatham au départ de Wellington. Les avions ne sont pas quotidiens. Il y en a environ trois par semaine. Ils sont vite complets durant l’été. La réservation est impérative.
- Vous pouvez également rejoindre Waitangi par la mer. Le départ du Ngamaru s’effectue à Auckland ou Napier (Hawkes Bay). C’est un navire de marchandises qui ravitaille les insulaires, mais quelques places sont disponibles pour des passagers épris d’aventure.
Le bateau effectue la traversée normalement une fois par mois à des dates plus ou moins fixes. Il faut se renseigner dans les ports.
Sur place : la meilleur adresse (mais également la plus onéreuse) se trouve être sans contexte “The travellers rest” petit hôtel moderne et fleuri.
L’hôtel Chatham, appartenant aux mêmes personnes que le premier, est plus grand. On y dort les pieds dans l’eau claire de la baie de Waitangi. Le bâtiment abrite l’unique pub des Chatham. Excellent pour découvrir les insulaires et leurs histoires colorées !
Il existe également une petite auberge de jeunesse.
L’adresse de ces deux hôtels est très simple:
P.O. Box 3, Chatham islands, New-Zealand.
Les hôtels ainsi que l’auberge de jeunesse organisent des tours en minibus pour visiter l’île. Pour de plus amples renseignements sur Chatham, ne pas hésiter à se renseigner dans les offices de tourisme de Nouvelle-Zélande.
Les Chatham sont un paradis pour les aventuriers amoureux de nature vierge, de tranquillité et de marche. L’archipel peut être un enfer pour les voyageurs pressés, recherchant des distractions effrénées ou même une grande activité. En rencontrant des gens sur place on peut facilement prendre place à bord d’un bateau allant à Pitt Island ou d’un véhicule roulant vers l’un des quatre points cardinaux.
La meilleur période pour s’y rendre s’étale entre décembre et février (l’été austral). Il faut prévoir de bonnes chaussures, des jumelles pour observer pingouins, phoques, baleines, oiseaux, et autres animaux plus ou moins sauvages. Un bon vêtement imperméable peut également être utile.
Sur le net : http://www.chathams.com/about.html
Bon voyage au bout du monde :-)





