Australie : Le blues du Simpson

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Australie : Le blues du Simpson

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Eric Bataille | 17.11.2003 | 700 visites | 0Favoris |
Eric Bataille

" Vraiment infernal ton désert ", ricane le petit groupe d’amis que j’ai entraîné à travers le Simpson pour deux semaines de traversée. Ils sont impitoyables et insistent ! " Jamais vu un coin aussi aride " en se vautrant voluptueusement sur un gazon vert dru parsemé d’orchidées, de cactées, de petites fleurs de toutes les couleurs et tailles... un brin de mimosa à l’oreille. Je leur avais pourtant promis une rude équipée à travers un des déserts les plus arides de la planète et nous voici à musarder au milieu des pâquerettes, des papillons et des petits lapins. C’est que depuis mon dernier repérage, six mois plus tôt, la pluie est tombée en abondance, transformant " la terre des morts ", comme l’appellent les aborigènes, en un éden luxuriant.

Enfer ou Paradis

Australie : Le blues du SimpsonL’enfer stérile est devenu un paradis exubérant. De tous côtés, c’est un foisonnement de couleurs vives, de senteurs subtiles et de bruits divers. Il y a des bruyères en fleurs que butinent les insectes, de lourdes grappes rouges de Warata où bourdonnent des colibris, des lézards à collerette prennent le soleil, des rongeurs couinent dans les buissons, des moineaux gazouilles... On se croirait sur l’Arche de Noé ! Une telle luxure nous laisse dubitatifs et transforme notre raid sportif en bacchanale joyeuse. Cela fait cinq jours que nous avons quitté Old Andado, le dernier ranch douillettement niché dans une verte vallée entre deux cordons de dunes, et toujours pas la moindre angoisse en vue !

Le Lapinodrome

Jusqu'à présent, notre principal souci fut d’éviter les millions de terriers de lapins qui minent le sol, au risque de s’engloutir jusqu’aux essieux chez la famille Jeannot au grand complet. Une vraie calamité qui, tous les soirs, juste avant le coucher de soleil, nous nargue, pire, nous ignore royalement ! La queue fournie et l’allure lascive, ils gambadent par milliers entre les bosquets de buissons de spinnifex. Comme chaque soir, à l’heure de l’apéritif, je repère le plus dodu qui finira, soit braisé aux petits oignons sur un lit de carottes ou simplement grillé sur un feu d’accacia. A défaut de bain de sable, c’est la grande cure de lapinothérapie.

La longue route

Australie : Le blues du SimpsonDepuis que nous avons quitté la civilisation à Alice Springs, le centre géographique de l’Australie, nous n’avons traversé qu’un paysage monotone de plateaux rocailleux griffés par de rares langues de sable ocre, et la seule curiosité notable fut " la montagne " de Chamber’s pillar. Bien qu’elle ne fasse qu’une soixantaine de mètres de haut, cette " canine " de grès rouge se voit à des kilomètres à la ronde. Les journées filent entre conduite monotone, pique-nique copieux, lapins agiles et bivouacs de rêves sous un des plus beaux ciels nocturnes du monde. L’aventure attendue s’est transformée en une confortable croisière des sables, une route au long cours ponctuée d’escales rares et inoubliables. Il y a eu l’oasis de Dalhousie Springs et sa centaine de sources artésiennes où nous nous sommes voluptueusement baignés dans une eau à la température du corps. Et aussi le puits de Purni Bore où nous avons partagé un copieux dîner de pâtes fraîches avec un varan géant de près de deux mètres et une bande de kangourous farceurs.

Une piste exceptionnelle.

Australie : Le blues du SimpsonUn jour, enfin, nous avons rejoint la " French Line ", une piste à ne pas mettre entre toutes les roues et qui franchit le désert d’ouest en est, incisant les dunes à angle droit. Le louvoiement lascif entre deux cordons dunaires s’est transformé en une chevauchée de manège forain. C’était parti pour plusieurs jours de navigation sur les vagues du Simpson et une nouvelle routine s’est installée. D’abord gravir une côte avec suffisamment de vitesse pour atteindre la crête. Puis s’immobiliser un bref instant en équilibre au sommet, on ne sait jamais ce qu’il y a derrière, un chameau sauvage, une pente abrupte, un trou, avant de replonger rapidement dans la pente jusqu’au court replat qui mène à la prochaine montée... Nous avons ainsi laborieusement taillé notre route à travers les centaines de dunes qui strient le désert de Simpson du nord-ouest au sud-est. Il y eut d’autres moments inoubliables comme cette douce sieste au sommet des îles de gypse d’Attora Knolls, le seul endroit de la région qui ne soit pas de sable. Confortablement installés sur leurs croupes rocheuses, nous étions soudain les maîtres incontestés du Simpson, dominateurs et pourtant si fragiles devant tant de vide et de silence, fascinés par les trois couleurs majeures de ce désert : le bleu indigo du ciel, l’ocre lumineux du sable et le vert nuancé des buissons. A People Corner, une simple borne géographique plantée au milieu de nulle part mais à la jonction de trois Etats, nous avons dégusté quelques bières glacées en mémoire de Ted Colson, le premier à réussir la traversée... en 1936 seulement ! Puis nous avons continué notre chevauchée vers l’est, toujours sans soucis ni frayeur, si ce n’est d’éviter les innombrables bandicoots (rongeurs) en balade dans le désert. Excepté un soir où nous avons malencontreusement installé notre bivouac au milieu d’une colonie de mygales Trap Spider, des araignées très toniques qui vivent dans des tunnels obstrués par un sas tressé de végétaux totalement invisible à l’œil le plus averti. A l’heure de l’apéritif (moment sacré en ces no man’s lands !), des dizaines de trappes grandes comme une pièce de cinq francs se sont ouvertes brusquement sur leurs occupantes légitimes, inquiètes de nous voir squatter leur territoire. Elles allaient et venaient nerveusement avant de reclaquer violemment la porte puis ressortaient outrées de notre inertie. Trop flemmards pour changer, nous sommes restés mais le sommeil fût léger cette nuit là... Un jour, nous sommes finalement arrivés à la plus haute dune du Simpson, la plus difficile à franchir, la " Big Red ". C’était l’ultime obstacle avant de rejoindre les grandes plaines d’élevage du Channel Country et ses ranchs isolés. Au risque de nous ensabler, nous nous sommes longtemps arrêté à son faîte, écartelés entre deux mondes, nostalgiques de " notre désert " qui se terminait et curieux des grandes plaines d’argile et de sel qui s’ouvraient devant nous. Une dernière descente d’anthologie, le temps de doubler quelques émeus (autruches) sur la piste et nous roulions déjà vers notre prochain objectif : le pub de Birdsville.

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L'un de nos 4x4 avec sa remorqueLogistique : lors de cette traversée, nous conduisions 2 véhicules 4x4. Une Toyota Land-Cruiser et un Chevrolet monstrueux de 8 litres de cylindrée et autant de cylindres. Chaque véhicule était équipé d’une radio et tractait une remorque spécialement construite à cet effet avec une attache pneumatique. Dans la remorque, tout le confort pour apprécier le désert ! Une réserve de gaz, mais la cuisine se faisait au feu de bois (accacia), le nécessaire de cuisine, les réserves d’eau, de nourriture, de bières… Un congélateur et des “swag” pour la nuit. Il s’agit du système de couchage utilisé par les Stockmen, les cow-boys locaux. Une grande bâche en coton huilé imperméable, un épais matelas avec des draps et un oreiller, étalé ou roulé dans une autre grande bâche en coton huilé. Le grand confort ! Enfin, un jeu complet de cartes géographiques et une boussole pour s’y retrouver…

 

Pour se rendre en Australie :

- Les meilleures compagnies : Qantas, British Airways, Singapour Airlines, Malaysian, AOM.
- Office de tourisme d’Australie : 4 rue Jean Rey 75015 Paris tel 01 40 59 34 72.
- Ambassade d’Australie, même adresse, tel 01 40 59 33 00.

Climat : nous sommes dans l’hémisphère sud, les saisons sont inversées par rapport à l’Europe. Hiver de juin à août, printemps de septembre à novembre, été de décembre à février, automne de mars à mai. Quatre climats occupent l’Australie : tempéré, méditerranéen, tropical et désertique.

 

Ma sélection de sites :

http://www.offratel.nc/faumar/ Un site aussi riche qu’agréable à propos de l’iconographie des peintres aborigènes de l’Australie centrale.

http://www.homestay.nu/index.asp?lan=fr Un site très pro dédié à l’hébergement chez l’habitant (base de données de logements sur l’ensemble du territoire).

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