Bolivie : plendeurs et misères de Potosi

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Bolivie : plendeurs et misères de Potosi

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Stéphanie Poli | 21.11.2003 | 515 visites | 0Favoris |
Stéphanie Poli

La ville la plus haute du monde est aussi l’une des plus belles. A la fois chaleureuse et austère, marquée par une histoire tragique, la visite de ses mines constitue certainement l’une des expériences les plus fortes à vivre en Amérique du Sud.

Un décor de théâtre immuable

Bolivie : plendeurs et misères de PotosiA 4 100 mètres d’altitude, au cœur de la cordillère des Andes boliviennes, la ville de Potosi arbore avec nonchalance les vestiges de sa grandeur passée. Balayées par le vent glacial de l’Altiplano sous un ciel insolemment bleu strié de câbles électriques, ses ruelles pavées aux trottoirs étroits, ses demeures coloniales aux murs pastels et aux balcons de bois torsadé évoquent un décor de théâtre immuable. Les lieux sont animés pourtant. Comme partout dans les Andes, on y croise avec bonheur les cholitas ( nom donné aux femmes des Andes) coiffées de leur drôles de chapeaux et drapées de grands châles. Bien qu’un peu affaibli par le soroche (le mal des montagnes), on reste fasciné par la splendeur des dizaines d’églises et couvents, véritables joyaux d’architecture baroque qui sertissent la ville.

Bolivie : plendeurs et misères de PotosiLeurs façades richement sculptées (en particulier celle de l’église San Lorenzo) sont les expressions les plus abouties du « style végétal ». Entendez-là une fusion architecturale exubérante, œuvre des Indiens bâtisseurs qui ont subtilement introduit des éléments de leurs traditions aux modèles de liturgie catholique imposés par les Espagnols. Mais tant de beauté ne peut faire oublier le destin tragique de Potosi, ni sa misère actuelle . Car si son nom, malgré la distinction de Patrimoine mondial offerte par l’Unesco en 1987, est souvent tombé dans l’oubli, elle n’en demeure pas moins l’un des lieux les plus pathétiques de l’histoire de l’humanité.

Le plus grand réservoir de richesses de l’Europe o

Bolivie : plendeurs et misères de PotosiAujourd’hui, la ville est une des plus pauvres de Bolivie, mais à la fin du XVIème siècle, Potosi rayonne : élevée au rang de cité impériale par Charles Quint en 1555, c’est la plus grande ville d’Amérique latine, plus importante que Londres ou Paris. A l’origine de cette renommée, ses mines d’argent, le plus grand réservoir de richesse de l’Europe occidentale dont elle finance le développement économique et industriel. Les prémices du capitalisme en somme. Les pièces de la couronne espagnole étaient frappées à la Casa de la Moneda (Maison de la monnaie), où l’on peut encore voir les instruments acteurs et témoins de cette longue page d’histoire. On estime à plus de 30 000 tonnes la quantité d’argent extraite de la terre ocre de la montagne que les Espagnols rebaptisèrent très a propos le Cerro Rico, la « colline riche ». D’ici vient d’ailleurs notre expression « c’est pas le Pérou », la Bolivie étant encore à l’époque le «Haut Pérou». Mais ce trésor a eu un prix élevé : il a coûté la vie de six millions d’Indiens aymaras et quechuas, d’esclaves africains aussi, morts d’épuisement ou empoisonnés par les vapeurs du mercure qui servait au traitement du si précieux métal.

Dans les entrailles de la Pachamama

Bolivie : plendeurs et misères de PotosiQuatre siècles plus tard, les filons d’argent sont presque tous épuisés, remplacés par l’étain. Les exploitants européens ont quitté les lieux. Mais le Cerro Rico impose toujours l’ombre provocante de ses 4800 mètres sur la ville. Et ce sont toujours les mêmes hommes aux pommettes saillantes et à la peau tannée qui pénètrent dans les entrailles de la Pachamama, la « terre-mère ». Depuis quelques années, les galeries sont aussi accessibles aux touristes qui, accompagnés d’un guide (souvent un ancien mineur), viennent pour quelques heures partager l’enfer des mines. Une expérience digne de Germinal pour appréhender un mode de vie encore bien réel : ils sont des centaines à descendre chaque jour jusqu’à quatre-vingt mètres de profondeur pour des journées de travail longues de dix heures. Beaucoup sont encore des enfants.

Des conditions de travail aux limites de l’extrême

Bolivie : plendeurs et misères de PotosiAujourd’hui, les mineurs sont organisés en coopératives. Chacun est responsable de sa production mais les conditions de travail sont toujours aussi aliénantes : pas de protection sociale, un salaire dérisoire (environ trois € par jour, soit trois fois le salaire bolivien moyen) auquel il faut soustraire l’achat de la dynamite et de l’acétylène nécessaire au fonctionnement des lampes. A cette altitude, avec la poussière, l’amiante, et une température qui peut atteindre jusqu’à quarante degrés dans le troisième sous-sol, on suffoque. Les hommes travaillent sans protection particulière – tout juste un casque – en silence, le souffle rauque, la bouche tordue par l’effort. Ils creusent avec une obstination farouche. Régulièrement, il faut se précipiter contre les parois suintantes pour ne pas freiner l’élan de l’équipe chargée de remorquer les chariots lourds de dizaines de kilos de minerais.

Sous la protection du Tio

Bolivie : plendeurs et misères de PotosiPour tenir et tromper la faim, ils mâchent des feuilles de coca, remède ancestral utilisé par les Indiens de Andes. Un sourire est esquissé lorsqu’on leur offre une bouteille d’eau ou de soda. Ils acceptent parfois de faire une pause, de parler de leur vie, de leurs problèmes, de ceux qui les ont quittés, victimes d’accidents ou de la silicose. Cette maladie est une fatalité après une dizaine d’années passées dans les galeries où l’espérance de vie moyenne est de quarante-cinq ans. Mais ils ne se plaignent pas, la mine est leur fierté. Dans le Cerro Rico, on est mineurs de grand-père en petit-fils. Alors, il faut faire confiance au Tio, le « diable » vénéré à qui l’on offre, en pénétrant dans les tunnels, cigarettes, alcool et feuilles de coca pour s’assurer sa protection. Trois fois par an (les derniers samedis de juin et le premier samedi du mois d’août), des lamas sont sacrifiés en offrande à la Pachamama. Les murs sont badigeonnés de sang pour rendre la mine féconde. Un rituel bien cruel en apparence mais qui prend tout son sens dans les croyances indigènes. Au bout de trois longues heures, après l’ascension peu rassurante d’une échelle surplombant plusieurs mètres de vide, on retrouve le soleil. Ereinté, choqué, mais soulagé d’être enfin « dehors », on se dit que pour rien au monde on ne redescendrait. Les mineurs de Potosi, eux, feront sûrement encore longtemps ce voyage quotidien au fond de l’Enfer, dans l’oubli de ceux dont ils firent jadis la richesse.

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Formalités : pas de visa requis, passeport valide plus de 6 mois après le retour.

Ambassade : 12 avenue du Président Kennedy 75016 Paris. Tél. 01 42 25 47 14

Il n’ y pas d’aéroport à Potosi. Pour s’y rendre, compter 12 heures de bus à partir de La Paz.  Pour ceux qui prendront le bus de nuit, équipez-vous contre le froid, les températures descendent très bas en juillet-août.

L’agence de voyages www.terra-andina.com peut organiser votre périple sur mesure au départ de la France.

Pour la visite des mines : les agences se multiplient dans la rue principale. Les services offerts sont à peu près équivalents. L’équipement (lampe, casque, ciré et bottes) est fourni.

Quelques conseils pour lutter contre le « soroche » (maux de tête et étourdissements pouvant résulter de l’altitude) : les premiers jours, ne pas faire trop d’efforts et manger léger le temps que l’organisme s’acclimate. Ne pas hésiter à consommer le maté (infusion) de feuilles de coca servi un peu partout en ville.
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