Bolivie : Salar d'Uyuni : un ocean au milieu du désert

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Bolivie : Salar d'Uyuni : un ocean au milieu du désert

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Catherine Makereel | 12.11.2003 | 1186 visites | 0Favoris |
Catherine Makereel

Véritable merveille naturelle, le Salar d’Uyuni, au sud-ouest de la Bolivie, offre aux quelques touristes et « backpackers » qui ont survécu à l’éprouvant voyage en bus de 15 heures depuis La Paz, un spectacle qu’ils ne sont pas prêts d’oublier. « Un lac salé, qu’y a-t-il d’extraordinaire à cela ? », me demanderez-vous ? « Mais ce n’est pas un lac salé comme les autres ! », vous répondront les amoureux du Salar. Et pour bien des raisons, à commencer par sa taille exceptionnelle : 12 000 km², soit la superficie de deux départements français réunis. Sa surface étincelante, aux allures de banquise et son décor trompe-l’œil, parfois surréaliste, ne sont que quelques-uns des attraits qui vous feront succomber aux charmes du plus grand désert de sel de la planète.

Uyuni ou « la ville fantôme »

Bolivie : Salar d'Uyuni : un ocean au milieu du désertC’est depuis Uyuni, petite bourgade endormie, au cœur de cette région semi-désertique, que s’organise le départ en jeep de cette aventure à travers l’Altiplano bolivien. En arrivant à Uyuni, c’est d’abord les températures avoisinant les -15ºC qui surprennent le voyageur et l’incite à sortir pulls, bonnets et gants (en laine d’Alpaga de préférence) s’il désire se fondre parmi les autochtones. Heureusement, l’atmosphère particulière qui hante la petite ville, détourne bien vite son attention du froid vif et sec. Mise à part la présence évidente de touristes venus de toutes parts pour démarrer ici leur expédition, on a l’impression d’avoir atterri en plein western américain, dans une de ces villes fantômes, aux rues désertes, couvertes d’une poussière qui se lève au gré des rafales de vent. En fin de matinée, les sacs sont hissés sur le toit de la jeep et des réserves d’eau, dignes d’un convoi du Paris-Dakar, sont stockées à l’arrière de la voiture. Lunettes de soleil sur le nez et crème solaire en main, nous voilà parés pour le grand voyage !

« Encore un mirage ! »

Bolivie : Salar d'Uyuni : un ocean au milieu du désertAlors qu’Uyuni et ses environs désolants s’estompent derrière nous et que nous atteignons les bords du Salar, un paysage inoubliable se déploie devant nos yeux. Première réaction : chasser l’impression étrange que cette surface plane et presque translucide, à l’apparence d’un immense lac gelé, va se dérober sous les roues de la jeep mais qu’au contraire le sol sur lequel nous progressons est bel et bien ferme. Une fois cette légère appréhension passée, il faut alors habituer nos yeux aux petits tours d’illusion créés par ce lac aux effets d’optiques déconcertants. « Je vois double ! » « Regarde, on dirait un mirage ! » « Cette montagne là-bas, elle flotte vraiment dans les airs ? » Un mal incurable semble avoir touché les passagers de la jeep, persuadés de souffrir de troubles visuels, jusqu’à ce que notre guide calme notre paranoïa naissante en expliquant que la réflexion du soleil sur les cristaux encore gorgés d’eau, combinée aux effets trompeurs de la superficie plate et incroyablement large du lac, sont à l’origine de ces visions. Mais la magie visuelle du Salar ne s’arrête pas là. Sa texture à la fois poudreuse et cristalline comme un revêtement neigeux et craquelée pareil au sol asséché d’un désert aride, suggère toutes sortes d’images insolites. Désert ou lac gelé ? Le voyageur ne sait plus, il est troublé. Au milieu de ce paysage de contrastes, on s’attendrait presque à voir apparaître une horde de huskies traînant une famille d’esquimaux, suivie d’un nomade du Sahara errant sur son chameau. Et bien sûr, on mettrait cela sur le compte des mirages … Enfin, lorsque vous croyez avoir percé tous les secrets du Salar, voilà qu’il vous joue encore un de ses petits tours sournois : dans cette immensité blanche, dépourvue de tout repère, il est impossible d’évaluer les distances. Vous vous rendez rapidement compte qu’il faut des heures pour parcourir la distance qui vous sépare d’un point à l’horizon, alors qu’a priori, celui-ci semble se situer à une demi-heure à peine. C’est parfois avec un certain découragement que vous découvrez la véritable échelle de ce lac géant, surtout quand le point à l’horizon, c’est le volcan sur lequel vous comptez pique-niquer avec votre groupe et que votre estomac gronde déjà d’impatience.

De « Hans et Gretel » à « L’Ile Mystérieuse »

La traversée de ce lac désertique est ponctuée de visites de sites peu ordinaires comme l’Hôtel de Sel, une petite demeure située au centre du Salar et entièrement constituée de blocs de sel taillés, depuis les murs de l’hôtel jusqu’aux meubles qui en ornent l’intérieur. L’idée aurait pu être inspirée de la maison de sucre dans laquelle voulaient croquer Hans et Gretel, même si le goût plutôt salé de cette auberge aurait certainement déplu aux personnages des frères Grimm. Tables, chaises, armoires, objets de décoration, tout ce que vous voyez ou touchez, est le produit de la transformation du sel en un matériau blanc, compact et granité, similaire à première vue au marbre à l’état brut. L’effet est plutôt réussi. De plus, les reflets du soleil sur les parois réfléchissantes de cet hôtel hors du commun rendent la vue encore plus éblouissante, conférant la touche finale à ce décor de conte d’enfants. Seule ombre au tableau : le panneau à l’entrée de l’hôtel indiquant en lettres grossièrement écrites : « Consumir para visitar ! » (traduction : Consommez si vous voulez faire la visite ! »), anéantissant quelque peu l’effet enchanteur du lieu. Bien sûr, les 10 milliards de tonnes de réserves de sel que contient le Salar ne servent pas uniquement à offrir un spectacle de toute beauté pour le grand plaisir des voyageurs, ou bien encore, à façonner des sculptures ou édifices originaux, elles sont aussi destinées à la production de sel de table. Et pas peu ! Plus de 19 700 tonnes de sel raffiné sortent chaque année des modestes centres d’exploitation de sel, parsemés sur le lac salé. Lors de la visite d’un de ces centres, un employé nous explique les différents stades du traitement du sel et leurs méthodes très traditionnelles: depuis les techniques pour sécher le sel à l’aide d’anciens fours en pierre jusqu’à l’emballage du produit fini dans des sachets plastiques, travail effectué par des enfants d’une dizaine d’années. A nouveau, nous sommes confrontés à la triste réalité de la situation encore très précaire des mineurs en Bolivie, forcés à travailler dès le plus jeune âge pour faire face à la pauvreté omniprésente qui les entoure. A la fin de la visite, quelques touristes ne peuvent réprimer des signes d’ahurissement lorsque le guide leur dévoile la modique somme qu’ils récoltent pour leur dur labeur : 6 Bolivianos (soit moins d’1€) pour 50 kilos … Autre étape fascinante de ce voyage, la « Isla de los Pescadores », une île déserte, perdue au milieu de cet océan de sel. Une île mystérieuse comme celle de Jules Verne. Une île inhabitée, où l’on découvre une faune et une flore d’un tout autre monde. Jonchée d’une armée de hauts et longs cactus poilus, vieux de plus de 6000 ans, qui semblent faire le guet sur leur promontoire, cette île abrite une espèce étrange, les « vizcachas », une sorte de rongeur à longue queue de la famille des chinchillas. Pas un bruit, pas même le souffle du vent ou le chant d’un oiseau, ne vient perturber le silence imposant qui règne au sommet de l’île, endroit rêvé des maîtres de méditation ou ermites en tout genre. C’est comme si le temps avait été suspendu et nous avons bien du mal à quitter ce havre de paix quand vient l’heure de repartir pour notre rendez-vous avec le coucher du soleil.

« Le soleil a rendez-vous avec la lune »

Bolivie : Salar d'Uyuni : un ocean au milieu du désertUne journée marquée de mirages et de sites irréels dans un cadre de contes imaginaires, ne peut que s’achever par un coucher de soleil féerique. On nous a tant parlé de ce spectacle envoûtant aux multiples couleurs. L’étoile, la star, sera-t-elle à la hauteur de nos attentes fébriles ? Nous nous installons au milieu du lac salé, avec vue panoramique sur le Salar. Les festivités peuvent commencer. Mais, oh, surprise ! La lune elle aussi est venue au rendez-vous. Essaierait-elle de voler la vedette à son rival, le soleil ? Pleine, majestueuse, hautaine, elle illumine le ciel de toute sa splendeur et nargue l’astre solaire qui, face à elle, a déjà entamé sa descente dramatique. (Mais, alors que les tons de ce tableau vivant commencent à virer subtilement du bleu acier au rose bleuté, les spectateurs se tournent irrésistiblement vers l’incontestable artiste de la soirée.) Les couleurs deviennent si intenses dans ce panorama aux effets visuels toujours aussi surprenants que chacun se laisse prendre au jeu des photos. Un véritable concours s’organise. C’est à celui qui saura le mieux apprécier les distances, les personnes et les objets, pour composer des montages-photo hallucinants ! L’étendue du Salar et sa surface incroyablement plane développe l’esprit créatif de nos photographes en herbe. Cette nuit-là, la luminosité de la pleine lune ferait presque oublier le fait que le soleil est déjà couché. Mais le froid glacial qui commence à transpercer nos vêtements provoque un rapide retour à la réalité. Il est temps de reprendre la route en direction de notre abri pour la nuit, une petite auberge de fortune, où nous attend un repas chaud, concocté par notre chef local. Une chose est sûre, nous ne manquerons pas de sel à table !

La féerie d’un ballet aquatique digne de Béjart

Bolivie : Salar d'Uyuni : un ocean au milieu du désertUn nouveau jour se lève et l’expédition continue. Aujourd’hui, un grand volatile caractérisé par sa grâce et son élégance est à l’honneur. Le voyageur devra parcourir plusieurs centaines de kilomètres depuis les abords du Salar en direction de la frontière chilienne, pour apercevoir le célèbre bipède sur les flots de la « laguna colorada », une lagune d’eau salée. Et oui, ce n’est ni l’effet de l’altitude, ni celui d’un mirage, mais il y a bien des flamants roses ici, à 4 700 m de hauteur. Au milieu de cette lagune devenue sanctuaire pour ces oiseaux migrateurs, vous trouverez trois sortes de flamants roses : chiliens, andins et de Saint James, espèce assez rare. Appréciant particulièrement le sel de la lagune et du Salar à proximité, ces majestueux oiseaux s’y installent en colonies entières et ravissent touristes et photographes par leur somptueux ballet, à la fois aquatique et aérien. Imaginez pouvoir survoler, comme eux, cette plaine désertique parsemée de lagunes aux couleurs variées : le vert intense de la « laguna verde », résultat de divers minéraux, délogés de leur lit par les remous causés par le vent et remontés à la surface ; la couche rouge-ocre des dépôts de sulfure couvrant la « laguna colorada » ; ou encore la blancheur, maintenant très familière du sel sur la « laguna blanca ». Toutes ces couleurs, vues du ciel, telles des touches déposées sur la palette du peintre, comme ça doit être beau! En plus de ce bel oiseau dont on aimerait parfois emprunter les ailes, la faune des hauts plateaux boliviens recèle encore bien d’autres trésors : les « vicuñas », des mammifères rares, ressemblant au chevreuil et longtemps pourchassés pour leur laine très recherchée, ont l’habitude de surprendre les touristes en apparaissant brusquement à quelques mètres de la jeep, défiant le conducteur de suivre leur cavalcade sauvage, avant de disparaître tout aussi soudainement qu’ils sont arrivés. Le lama sauvage aime lui aussi honorer de sa présence les visiteurs, malgré ses airs hautains et dédaigneux, mais attention aux crachats ! Dernier arrêt de la journée, et pas des moindres, « l’arbre de pierre ». Planté au milieu d’un paysage presque lunaire, cette formation rocheuse, façonnée par le vent, est époustouflante. Un artiste-sculpteur n’aurait pas fait mieux. A l’heure où le soleil commence à décliner, les effets d’ombre sur les parois de ce rocher géant complète le magnifique travail effectué par les rafales de vent et de sable, réalisant un véritable chef d’œuvre de la nature. Notre aventure bolivienne touche déjà à sa fin. Demain, nous aurons passé la frontière. Un autre jour, un autre pays ! Mais c’est aussi de nouvelles aventures qui nous attendent : le désert de Salvador Dali, les geysers à près de 6000m d’altitude, les eaux thermales, la vallée de la lune, et bien d’autres expériences, qui feront l’objet d’autres récits …

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Catherine Makereel | 12.11.2003 | 1186 visites | 0Favoris |
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Se rendre à Uyuni : Même si la Bolivie n’offre pas les conditions idéales pour inciter les visiteurs à choisir le bus comme moyen de transport, c’est pourtant le moyen le plus pratique pour se rendre de La Paz à Uyuni. Le trajet est long, chaotique et fatiguant (départ à 15h00 et arrivée à 5h00 le lendemain matin avec un arrêt d’une heure à Oruro) mais il a l’avantage de vous faire découvrir les incontournables décors et reliefs de la partie sud du pays tout en vous permettant de rencontrer la population locale, habituée à emprunter quotidiennement le bus pour les besoins de leur négoce.

Réservation et organisation de l’expédition : A Uyuni, de nombreuses agences vous proposent des expéditions de 1 à 6 personnes, s’étalant sur 3 ou 4 jours, avec à la clé 700 km en voiture tout terrain et, pour ceux qui le souhaitent, la possibilité de vous faire déposer à la frontière chilienne en fin de parcours. Quant aux tarifs, ils sont sensiblement les mêmes chez tous les prestataires (autour de $80 par personne) et tiennent compte en général de la nourriture, d’un chauffeur guide (attention ! Il est rare que celui-ci parle une autre langue que l’espagnol) et d’une cuisinière qui vous mijotera de bons petits plats chauds. Hors saison touristique, les prix sont parfois donnés pour un véhicule et divisés ensuite par le nombre de participants. Il est alors bien sûr préférable de partir à 6 personnes.
Colque Tours (http://www.colquetours.com), une des agences les plus recommandées à Uyuni, propose aussi une excursion similaire mais au départ du Chili, depuis San Pedro de Atacama, prés de la frontière bolivienne, en suivant le même circuit mais en sens inverse, pour arriver à Uyuni à la fin du voyage.

Equipement essentiel : Il est vital d’emmener des lunettes de soleil, de la crème solaire, des vêtements chauds et un sac de couchage, impératif en raison des conditions d’hébergement et des températures très basses pendant la nuit. Toutefois les agences ont la possibilité de vous en louer. Il vous appartient aussi de vous procurer l’eau nécessaire à la durée du voyage. On recommande d’emmener environ 6 litres d’eau par personne pour 3 jours.

Les températures : Les températures peuvent descendre jusqu’à – 20°C la nuit, tandis que la journée, même si le vent continue de souffler considérablement, le soleil réchauffe un peu l’atmosphère, faisant monter le thermomètre jusqu’à 10°C.

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