Tous les déserts ne sont pas synonymes de beauté, de bien être et de sérénité.
Certains ne sont littéralement que des espaces arides, mornes et d’une vacuité sinistre. Le Kalahari, en Afrique Australe, est ainsi fait !
Vide, plat et monotone ! D’immenses lacs salés où l’argile affleure, des savanes sablonneuses chichement plantées de maigres buissons d’acacias squelettiques et toujours cette chaleur extrême... Pourtant, cet enfer desséché recèle en son cœur un véritable paradis terrestre : le Delta de l’Okavango
C’est là, dans les sables du désert, que se jettent les eaux de l’Okavango, un des plus grands fleuves d’Afrique. A bout de course, il s’épanche paresseusement en un immense delta intérieur qui vit et se transforme au gré des saisons mais ne s’assèche jamais, même au plus torride de l’été, en décembre ou janvier.
A la saison des pluies, il s’étale franchement et prend ses aises sur plus de 20 000 km2 en un labyrinthe vert et bleu de lagunes, de canaux et d’îles.
La meilleure façon de découvrir cet éden se fait depuis Maun, petite ville-oasis poussiéreuse établie à l’est, où l’on trouve tout ce qu’il faut pour organiser son voyage. L’indispensable comme le superflu !
Pour rejoindre cet avant-poste du nord Botswana, j’avais choisi la piste et ses tracas plutôt que l’avion et ses facilités. Quittant à regret les fabuleuses chutes Victoria sur le Zambèze, près de la frontière zimbabwéenne, j’ai traversé pendant plusieurs jours des savanes calcinées par un été précoce et torride. J’ai aussi beaucoup poussé et transpiré dans le sable et le fech-fech...
Toutes les rivières étaient à sec... Les lits de la Savuti et de la Chobe n’étaient plus que des sillons de poussières où errait une faune fragile et hagarde. D’innombrables rapaces tournoyaient dans le ciel. Il y avait là des aigles martiaux, des circaetes, des vautours...
Les éléphants aussi devenaient nerveux. Comme ce jeune mâle rendu agressif par la soif et qui, pendant que je remplissais tranquillement mes réservoirs au point d’eau de Savuti, surgit du sous-bois desséché dans un craquement d’allumettes. En quelques foulées souples et décidées, il était là, à portée de trompe musclée et fébrile, balayant nerveusement le capot de ma voiture. Je lui laissais volontiers la jouissance du robinet qu’il arracha aussitôt, barrissant de plaisir sous la douche jaillissante.
Ailleurs, des troupeaux frémissants se pressaient au bord de mares asséchées, fouillant la boue pour en extraire quelques rares goutte d’humidité. Dans les pans, ces grands lacs salés, des autruches en cavale courraient à s’en déplumer, laissant dans leur sillage de fines volutes d’argile...
Une escapade dans le Delta del’Okavango demeurait le seul échappatoire possible à l’embrasement caniculaire qui figeait le Kalahari.
En une matinée, je remplissais les glaciaires de filets de bœufs, de mangues, de pâtissons et autres légumes autochtones, de conserves et de café. Je louais tentes, matelas et popotes et sur le coup de midi, chargeais mes richesses dans le cockpit exigu d’un minuscule coucou piloté par Jack.
Après un décollage laborieux dans un ciel toujours aussi bleu, nous avons suivi vers le nord le lit asséché d’une rivière incrustée d’une plaine sablonneuse et vide. Et soudain.. un miracle envahit l’horizon !
A perte de vue, tous les verts et tous les bleus de la Création se déclinaient en un entrelacs d’eaux et de végétation, de prairies et de palmiers.
Une demi-heure plus tard, Jack a tranquillement posé l’avion sur une piste de terre rugueuse, dans l’urgence stridente des alarmes annonciatrices d’un décrochage imminent... Certainement la faute aux cartons de matériel et nourriture qui encombraient soute et habitacle.
Le minuscule Cessna s’est arrêté en dérapage au bord d’une lagune de rêve...
Il faisait délicieusement beau, un souffle léger agitait roseaux et palmiers et la rivière Boro clapotait voluptueusement. Sur la berge de sable blanc, les piroguiers assoupis attendaient dans leurs morokos. Le temps de charger les embarcations et le courant nous a happé.
Mollement allongés dans nos troncs d’ébéniers, nous avons dérivé sans bruit le long d’îles aux rivages verdoyants et paisibles.
Parfois, un grondement subit nous inondait d’adrénaline. Ce n’était que la charge éperdue d’un troupeau de buffles à travers les marais. La fuite des zèbres dans une éruption de gerbes d’eau était beaucoup plus aérienne.
La première journée s’écoula ainsi, au fil du courant. Tantôt vif et tourbillonnant, ou lascif et camouflé par des tapis de fleurs de lotus et de nénuphars...
Il y eut beaucoup d’autres rencontres.
Une harde de Cobes de Lechwe bondissant à travers les roseaux, un grand koudou frémissant aux cornes démesurées ou encore ce très vieil éléphant à la démarche titubante et enivrée sous l’effet euphorisant des fruits de mazula.
Parfois, d’inquiétant tourbillons effrayaient nos piroguiers. Peut-être un hippopotame en apnée, l’animal le plus dangereux d’Afrique. Le regard fermé, ils s’arqueboutaient alors avec frénésie sur leur ngashi, la grande perche utilisée pour la propulsion. Par contre, nulle crainte ne les bousculaient lorsque nous interrompions la sieste trompeuse d’un crocodile aux aguets sur une plage. Et ainsi jusqu’au soir où nous avons installé notre premier bivouac sous un figuier géant.
Une lampe tempête robuste et lumineuse accrochée aux branches, un vigoureux feu de Mopane, l’arbre dont le bois imputrescible et dense comme le minerai de fer ne flotte pas et dont les braises durent jusqu’au bout de la nuit. Quelques tapis et matelas posés sur le sable pour compléter douillettement le salon.
Plus tard, confortablement calé dans ma tente, je guettais les bruits et odeurs de la nuit africaine. Cette nuit où l’obscurité semble plus sombre que partout ailleurs. Cette nuit où personne ne dort vraiment... Ni le lion en chasse rugissant à quelques dizaines de mètres seulement de mon duvet... Ni l’éléphant qui traverse le camp, invisible et sans le moindre craquement de brindille, seulement trahi par son odeur lourde et musquée...
Mais il y eut aussi des glapissements cauchemardesques d’une bande de hyènes en goguette et quelques flatulences mystérieuses et sonores d’hippopotames en bain de minuit.
Comment dormir lorsque le monde s’agite autour de vous ? La brousse ne sera vraiment silencieuse que pendant une heure ou deux, jusqu’au concert matinal et anarchique des pies, des martin-pêcheurs et des grues cendrées.
Un autre jour, nous avons débarqué sur une île, puis rampé silencieusement à travers les fougères sous la voûte menaçante d’arbres à saucisses dont les fruits oblongs et lourds peuvent facilement vous défoncer le crâne, sous les yeux moqueurs d’une colonie de babouins. A quelques mètres de là, une famille de girafes indolentes dégustaient les meilleures feuilles d’un acacia verdoyant.
info plus
Nous sommes au Botswana. Etat de 582000 km2 sans accès à la mer et traversé par le tropique du Capricorne.
Formalités : passeport et cours de validité, valable 6 mois après le retour. Pas de visa.
Climat : sec avec une saison des pluies en été (saisons inversées par rapport à l’hémisphère nord). La meilleure époque pour visite le delta intérieur s’étend de juillet à septembre.
On peut découvrir le delta lors de périples de plusieurs jours de navigation en Moroko, avec de nombreuses randonnées sur les îles ou au départ de lodges confortablement établies sur les berges. Nombreuses agences de tourismes à Maun.
Pour s’y rendre : par avion depuis Gaborone, Victoria Falls au Zimbabwe, Johannesbourg en Afrique du Sud, Windhoek en Namibie. Par de Nata à l’Est ou la piste et la frontière Zimbabwéenne au nord.
Sur le web :
Un portail très complet édité par des sud africains : http://www.places.co.za/html/botswana_main.html
En route pour un safari virtuel avec l’incontournable National Geographic : http://www.nationalgeographic.com/features/96/okavango/maps/map.html





