Brésil : Rio Sao Francisco ou les arcanes d'un fleuve

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Brésil : Rio Sao Francisco ou les arcanes d'un fleuve

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Erica Mongini | 17.03.2006 | 492 visites | 0Favoris |
Erica Mongini

Brésil : Rio Sao Francisco ou les arcanes d'un fleuveIl est de ces petits frères qui souffrent d’une perpétuelle comparaison avec les plus grands. On pourrait dire la même chose au sujet du mythique fleuve Sao Francisco ; longtemps occulté par l’Amazone, l’aîné dont le nom ne reste plus à présenter, systématiquement boudé des touristes au profit de ce dernier. Pourtant, le visage de tout brésilien s’illumine au seul énoncé de son nom – Velho Chico – puisque c’est ainsi que le peuple a choisi de le surnommer (chico étant le diminutif de Francisco). Il n’a d’ailleurs de diminutif que son nom, puisque aussi bien ses dimensions que son importance cruciale et unique dans l’histoire coloniale du Brésil lui ont valu le titre quelque peu pompeux de « fleuve de l’unité nationale ». Quand on apprend en plus que les villes qui le longent recèlent des joyaux d’architecture encore largement méconnus , que ses beaux paysages sereins et verdoyants incitent à de longues après-midi de flânerie dans le méandre de ses flots, on se dit qu’on aurait bien tort de ne pas approfondir sa connaissance – d’autant plus que les grandes villes les plus proches (Maceio dans l’état d’Alagoas et Aracaju dans l’Etat de Sergipe) se situent à 157 et 120 Km respectivement et sont régulièrement desservies par les vols intérieurs de la TAM.. Seule voie de communication pendant trois siècles entre le sertao, cette région semi désertique de l’intérieur à la survie difficile dont Jorge Amado était le chantre, et la relative fertilité de la côte, le fleuve fut découvert par Amerigo Vespucci au 16ème siècle. Il prend sa source à 1500m dans la région minière du Minais Gerais et traverse quatre états du Nordeste en coulant du sud vers le nord avant de se jeter dans l’Atlantique 3000 km plus loin. Considéré comme une bénédiction pour son apport hydrique par les habitants du sertao, ses eaux ont de tout temps assuré la survie économique de la région fondée essentiellement sur le commerce du bétail.

Le règne des flamboyants

Brésil : Rio Sao Francisco ou les arcanes d'un fleuveNotre choix se porte sur PENEDO comme base d’exploration de la région. petite ville fondée par le capitaine Duarte Coelho lancé dans une course-poursuite après l’assassinat d’un évêque. Son histoire mouvementée prélude à l’animation d’aujourd’hui. Stratégiquement placée à l’embouchure du fleuve, constellée de nos jours par de magnifiques arbres rouges – les flamboyants- la ville s’érige sur une plateforme rocheuse (le mot signifie « grande pierre » en portugais). Cette situation lui permettait un degré de vigilance maximum vis-à-vis des assaillants. Ceci ne l’empêcha pas d’être conquise en 1637 par les hollandais qui livraient à l’époque une dispute acharnée aux portugais pour le contrôle du Nordeste, et qui eurent eux-mêmes tout juste le temps de construire le fort (Forte Mauricio, dont l’ancienne réplique abrite aujourd’hui un restaurant) avant d’être évincés à leur tour.

Le minibus qui doit nous déposer de l’autre côté du fleuve est bondé. C’est à peine si nous osons nous plaindre de la route cahotante, tellement nous sommes reconnaissants pour l’air conditionné, service indispensable mais pas toujours garanti lors de nos pérégrinations dans le Nordeste. Tous les quelques kilomètres un pouce levé invite le chauffeur à s’arrêter, n’importe où le long de la piste, parfois dans des endroits dont on jurerait qu’ils ne sont près de nulle part. Visiblement la région est pauvre; des cabanes sommaires, ramassis de bâches sous des toits de tôle, jonchent un paysage caillouteux et ingrat. Rares sont les habitants qui peuvent se permettre un véhicule privé. Au bout de trois heures de route à peu près nous entrevoyons de loin le miroitement d’une vaste étendue d’eau. A peine avons-nous le temps de nous orienter que déjà on se bouscule pour descendre. Suivant la cohue nous nous retrouvons – une fois de plus, au milieu de nulle part, mais une petite embarcation à moteur attend visiblement les passagers. C’est donc tassés au ras de l’eau, et les bagages entassés sur le toit, que nous effectuons la courte traversée. Nos co-passagers sont de petits agriculteurs pour la plupart, du moins à en juger par leurs articulations noueuses, les visages comme sillonnés par les traces impardonnables du soleil.

Brésil : Rio Sao Francisco ou les arcanes d'un fleuveEnfin, nous voici à Penedo, dans l’ombre fraîche et accueillante de la POUSADA COLONIAL, étonnant et superbe édifice dont les planchers, frottés et huilés par des générations de mains patientes, grincent et soupirent dès que la nuit tombe sur le fleuve. Une agréable brise se faufile le long du magnifique escalier central tendu de tapisseries ornementales – un bonheur quand on sait qu’il fait 35°C dehors. Prévoyants sur ce coup nous avions réservé longtemps à l’avance et nous voyons attribuer leur plus belle chambre – celle donnant sur le fleuve dont le reflet bleuté nous éblouit à peine franchi le seuil en même temps que le rouge vif de l’arbre en fleur juste devant notre balcon.

Une ville en forme de puzzle

Brésil : Rio Sao Francisco ou les arcanes d'un fleuveD’emblée, l’ambiance envoûtante de Penedo nous ravit. Nos journées se composent de tableaux hétéroclites et saisissants rien que dans leur contraste. Le front de mer est animé, parfois bruyant dans l’alignement de ses échoppes en plein air, bien ancré dans le siècle où nous vivons; preuve en est sa station d’essence plantée brutalement au beau milieu du centre colonial. Les rues pavées en pente paraissent désertes pour la plupart, mais débouchent presque toutes sur un marché bourdonnant d’activité, héritage de l’époque où la ville desservait les bourgs en amont et en aval du fleuve. Visible de partout se dresse la tour sombre et grise de l’hôtel Sao Francisco, dont on se dit qu’il fut le résultat d’une colossale erreur de jugement dans les années 60 tellement il semble déplacé et hors contexte.

Brésil : Rio Sao Francisco ou les arcanes d'un fleuveC’est équipé d’un plan que nous partons à la découverte des trésors coloniaux, tellement rapprochés les uns des autres qu’on aurait fort bien pu s’en passer. En effet, l’église jouxtant notre pousada, la Igreja Nossa Senhora da Corrente, figure déjà parmi les plus belles. Construite au départ comme étant la chapelle privée d’une riche famille abolitionniste de la fin du 18ème et ayant servi de refuge aux esclaves, elle recèle de magnifiques azulejos du Portugal ainsi qu’un autel baroque en bois précieux laminé d’or. A retenir aussi l’Igreja e Convento Nossa Senhora dos Anjos, dont la construction fut commencée dès 1660 et que l’on considère le plus bel édifice de l’Etat. Il règne par ailleurs dans ces églises somptueuses comme oubliées par l’histoire une atmosphère de paisible recueillement, distraits comme on l’est par le seul roucoulement des colombes sous la chaleur écrasante des après-midi…à mille lieues de leurs sœurs jumelles de Salvador, fréquentées par autant de pickpockets que de touristes hélas. A ne pas rater non plus la fondation Casa do Penedo rua Joao Pessoa, sympathique recueil de photos, cartes postales et archives de tous genres permettant une approche beaucoup plus immédiate et visuelle de la région et son histoire que ce qu’on peut en lire dans les guides.

Telle Alice au Pays des Merveilles

Brésil : Rio Sao Francisco ou les arcanes d'un fleuveQuel que soit notre enchantement devant ses joyaux historiques, la partie de la ville que nous préférons demeure sans conteste celle qui borde la baie du fleuve en amont. Là, on se croirait replonger en arrière de quelques siècles, à tel point que chaque fois que nous traversons la ruelle qui nous y mène nous faisons allusion à Alice passant de l’autre côté du miroir. De petites maisons de poupée qui s’emboîtent, peintes de couleurs vives et chatoyantes. Des enfants et des chiens qui jouent à cache-cache derrière les draps séchant au soleil, à même la rue transformée en arrière-cour, tandis que les adultes prennent le frais. Ici, d’élégants et dignes messieurs se saluent en touchant leur chapeau. Plus loin, les amoureux se jurent une fidélité éternelle à l’ombre vermeille des flamboyants, tandis que de petites chèvres paissent tranquillement le long des eaux laiteuses. Aucune voiture dans ce petit coin de paradis, aucun bruit de moteur sauf celui des barques qui rentrent après la pêche – mais un cheval et son cavalier que nous surnommons ‘ le cavalier fou ‘ tellement il nous paraît peu sûr de sa monture ; en fait, ‘saoul’ aurait été un meilleur terme car les fermiers ici convergent vers ‘la ville’ à cheval pour boire un verre à la tombée du jour.

Une flottille de pêche rouge vermeil

Brésil : Rio Sao Francisco ou les arcanes d'un fleuveIl nous aurait été impossible d’envisager un séjour sur le fleuve sans promenade en bateau. Toutefois et contrairement à ce qui se passe en Amazonie, rares sont les embarcations qui acceptent encore des passagers sur de longues distances. Il existe bien un bac reliant Penedo à Neopolis dans l’état du Sergipe, ainsi que l’embarcation purement fonctionnelle empruntée le premier jour destinée aux passagers sans voiture, mais cette traversée ne présente pas un si grand intérêt. Neopolis, ancienne ville coloniale perchée sur sa colline et que nous avions visité en début de séjour, nous avait paru sensiblement moins riche que Penedo. Restait alors à négocier une promenade fluviale d’une demi-journée avec un propriétaire privé. Notre batelier, repéré derrière le fort grâce à l’intervention de la tenancière du bar, fut fidèle au rendez-vous pris la veille et accepta de nous emmener en excursion aussi bien en amont qu’en aval du fleuve, nous indiquant les nombreuses fazendas sur ses rives, isolées et inaccessibles dans leur îlot d’eau et de verdure. Ainsi se termine notre excursion sur le fleuve mythique, dans les derniers éclats du soleil réfléchi par de multiples voiles rouges et bleues miroitant sur l’eau comme autant de petits feux – ou de papillons multicolores, car c’est bien par ce nom qu’on les désigne en portugais (les borboletas). Ainsi ce termine aussi notre périple dans la région du baixo Sao Francisco, une région qui ne vante aucun des mérites de l’Amazonie, et où la nature a depuis longtemps été malmenée par l’homme, mais où les deux semblent maintenant apaisés, fondus en un tout aussi harmonieux qu’attachant.

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PRATIQUE

Pour les voyageurs venant d’Europe, un pass permet de relier quatre régions du pays au minimum sur une période ne devant pas dépasser les trois semaines, ceci pour la somme de 350E à rajouter au prix du vol international.  L’étape que nous venons de décrire constitue une magnifique alternative au parcours classique proposé par les tours operators ! 

A Aracaju, nous conseillons comme base l’hôtel Ibis (0055.7921062000) qui offre un bon rapport qualité-prix dans une ville où les demeures de charme n’abondent pas.    Il n’y a rien de spécial à voir et le mieux à faire est de se diriger en taxi à la Rodovaria (terminal de bus) et y prendre la première correspondance pour Penedo ou Neopolis (plus fréquentes). Par contre n’omettez pas de réserver la Pousada Colonial, fort demandée, au 0055.8235512355 (pas de site web à notre connaissance).  Vous découvrirez à deux pas de la pousada le restaurant du fort, dont la propriétaire souriante et malicieuse vous fera découvrir sa cuisine savoureuse aux vertus t aphrodisiaques (ainsi nous a-t-elle dit !) à base de crustacés et de fruits de mer.

Le climat, vu la proximité de l’équateur, est chaud toute l’année avec des températures avoisinant les 30°C. Les averses sont peu fréquentes et de brève durée.

Il y largement de choses à faire et à voir pour agrémenter un séjour de quelques jours, et vous repartirez avec la conviction d’avoir une des régions les plus authentiques que le Brésil peut offrir.

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