
France
Bretagne : Foires aux chevaux, une tradition intacte
Un air d'antan règne ici ce matin, sur les places des villages, à Plaintel comme à Kerien, réservées à la présentation des traits et des poulains bretons. Celui des foires d'autrefois, où le paysan venu acheter ou vendre un cheval, un taureau... et retrouver les copains, côtoyait les notables de la région, réunis pour l'occasion autour des bêtes et accoudés au stand des saucisses galettes et du petit verre de kir. On y venait en famille faire son marché, de l'habillement à l'ustensile de cuisine et de ferme. Cette sortie festive donnait l'occasion de revoir les ami(e)s et de se raconter les dernières nouvelles du "coin". Si les temps changent, point de nostalgie pour autant, même si la réalité d'aujourd'hui reste imprégnée des traditions. Les chants bretons rythment toujours la journée, accompagnant les pas des visiteurs.
Au cœur de la Bretagne
Que ce soit à Bulat-Pestivien, Kerien, Plaintel, dans les Côtes d'Armor, à Carhaix, Commana, dans le Finistère, pour ne citer que les plus importantes d'entre elles, les foires aux chevaux et poulains font partie du patrimoine breton. La plupart se déroulent traditionnellement en septembre et octobre. Certaines remontent au 18eme siècle comme à Bulat (1747) et précèdent le Pardon dominical. Les Pardons estivaux de Saint-Pever et de Goudelin ressuscitent eux la tradition de la bénédiction des animaux dans l'étang. Les concours de poulains, les randonnées équestres montées ou attelées assurent également l'animation. Aux côtés des Traits et Postiers bretons, les chevaux de selle, de loisirs et les poneys font maintenant aussi leur apparition.
Le Trait breton à l'honneur
Le champ de foire, au centre du village de Plaintel est rapidement bondé en ce lundi matin. Près de 500 chevaux sont tout de même attendus. Des traits bretons pour la plupart, superbes et imposants, aux couleurs chaudes et délicates, s'offrent aux regards des curieux, des badauds, des amoureux du cheval. Agriculteurs et acheteurs savent qu'il faut se lever de bonne heure pour réaliser de bonnes affaires. Des chevaux changent de propriétaire avant même de descendre du van. Toutes les motivations prévalent pour se faire plaisir ou faire plaisir.
Un homme d'un certain âge vient d'acquérir un poulain pour sa petite fille, une habituée de randonnée se renseigne sur le prix d'une jument, là entre 12000 et 18000 francs (1830 et 2744 euros). Le franc reste encore la langue des affaires, celle en tout cas comprise par l'ensemble des générations. Casquettes vissées sur la tête, un nombre croissant d'agriculteurs, pour certains à la retraite, s'intéressent de nouveaux au trait. Dans les fermes, il est redevenu un complément de revenu et non une charge, comme le souligne Patrice Gournaud, spécialiste de la race au haras de Lamballe.
Un nouvel attrait
L'apparition de la mécanisation dans les années cinquante et sa généralisation par la suite, a considérablement fait chuter son nombre. Il était fréquent de trouver plusieurs chevaux dans les fermes auparavant. On dénombrait en 1912 dans les Côtes d'Armor 100000 chevaux. Aujourd'hui le Stud Book breton recense 650 étalons et a enregistré 3418 naissances en 2002. Pourtant les activités de loisirs, en pleine expansion, voire de compétition, assurent une renaissance du trait breton : Tourisme à la ferme axé sur la découverte du milieu rural en attelage, développement continu des promenades-randonnées à cheval, montées ou attelées... Les spectacles équestres, les fêtes du cheval, les nombreuses manifestations estivales autour des métiers d'antan permettent aussi de mieux faire connaître ces chevaux auprès d'un public demandeur et de maintenir l'intérêt des médias et des sponsors. On l'apprécie même au Japon pour la course de traîneau en charge. Il intervient également pour la reproduction et comme base pour l'amélioration des certaines races moins bien développées. De façon plus ponctuelle, le débardage en forêt fait de nouveau appelle au Trait breton et quelques fermes continuent de travailler selon le principe de la double labour, tracteur et cheval. D'autre part depuis une dizaine d'année, de plus en plus de particuliers franchissent le pas de l'achat d'un poulain ou d'un trait. L'engouement populaire pour ces chevaux ne se dément pas ; l'évolution est notamment visible dans la campagne bretonne.
La "corvée" de cidre…
Sans pour autant exagérer ce renouveau, la réhabilitation du trait breton permet néanmoins un débouché différent du circuit traditionnel de la production de viande, en baisse continue soulignons-le. Le travail des haras nationaux et les efforts acharnés de quelques irréductibles amoureux de ce cheval vont dans ce sens. Au haras d'Hennebont (Morbihan) la "corvée" de cidre est à nouveau à l'honneur. Cette pratique ancienne, elle remonte à 1857, date de l'installation du haras. Elle permettait et donnait droit aux palefreniers de faire du "cidre" avec les pommes du verger. Aujourd'hui, quelques agents et retraités perpétuent la tradition. Depuis 2001, avec l'autorisation de Tanneguy de Sainte Marie, responsable du site, la corvée de cidre est ouverte au public. Journée conviviale, où visiteurs et personnel du haras se réunissent autour du pressoir actionné par 4 traits bretons. La dégustation d'un verre de ce jus de pomme permet d'apprécier, de façon quasi-religieuse, la qualité du travail.
Un renouveau incontestable
A Kerien, bourg de 230 habitants, l'association du village et des communes avoisinantes fait revivre leur foire aux chevaux vieille de plus d'un siècle. En perte d'audience il y a une quinzaine d'années, elle renaît grâce à la mise en place du concours de poulains et pouliches, précise un des jeunes organisateurs de la foire. Plus de 100 poulains et traits sont présentés. Ils sont jugés notamment sur leur allure, l'aplomb et la couleur de robe.
Les éleveurs prennent soin particulièrement de l'apparence extérieure de leur poulain : crinière brossée, peignée, tressée pour certaines, petits poils sur la face coupés et égalisés au ciseau, queue soigneusement tressée telle une chevelure... La remise des trophées et prix en espèces est un signe fort en direction des éleveurs, une forme de reconnaissance aussi. La présence de sponsors d'envergure régionale et nationale et des associations locales donnent un regain d'intérêt à l'élevage et l'envie de produire et de sélectionner les meilleurs poulains possibles.
L'engouement populaire réel semble d'ailleurs confirmer l'orientation prise par les organisateurs. Les quelques ventes de poulains, ânes et poneys entre particuliers, se concluent en breton et autour du traditionnel verre de kir. Le charme de cette foire à l'accent champêtre, opère d'autant plus que les lumières changeantes d'octobre laissent apparaître les couleurs subtiles des robes des chevaux. Désuètes au début des années 80, ces nombreuses foires attirent maintenant un public varié, à la recherche d'une certaine idée de l'authenticité.
info plus
INFOS PRATIQUES :
Comité Régional du Tourisme de Bretagne : www.tourismebretagne.com
Haras Hennebont : rue Victor Hugo BP 127. 56700 Hennebont. Tèl : 02 97 36 20 27.
Espace découverte du haras ( Visites, spectacles…) : 02 97 89 40 30.
Foire de Plaintel (22) : Premier lundi d’octobre.
Foire de Kérien (22) : Le samedi, mi-octobre.
Foire de Carhaix (29) : 2ème samedi de novembre.

“ je trouve tres tres amusans,divertis,agreable,beaux les mots me manque ”
cisse houdou | 18.01.2010 15h09





