Bulgarie, Monastère de Rila

Bulgarie
Bulgarie, Monastère de Rila

art byzantin
bulgarie
croix
monastère
rila
Partager
Bénédicte Robin | 23.03.2007 | 607 visites | 0Favoris |
Bénédicte Robin

Bulgarie, Monastère de RilaNous nous réveillons un petit matin de juin au monastère de Rila, au pied des sommets enneigés. Nos pas résonnent sur le plancher patiné des galeries et chassent les chats qui se prélassent au soleil sous les arcades. Dans la cour, des chiens errants chahutent sur les dalles moussues encore humides de rosée. Leurs griffes dérapent sur les pierres inégales et leurs halètements s’évaporent dans l’air clair et frais. Les quelques moines qui vivent encore là se rendent d’un pas furtif à la messe du matin.

Un ermite et une forteresse

Bulgarie, Monastère de RilaLes montagnes bulgares sont parsemées de monastères orthodoxes, habités ou abandonnés, entretenus ou délabrés, qui sont à la fois gardiens et symboles de la culture bulgare. Reconnu comme patrimoine mondial par l’UNESCO depuis 1983, premier site touristique du pays, le monastère de Rila offre une ambiance unique. La bâtisse est perchée à 1100 mètres d’altitude dans le massif du Rila, dans le sud-ouest de la Bulgarie. Pas moins de trois bus ont été nécessaires pour l’atteindre depuis Sofia, la capitale. Une route de première catégorie d’abord, plusieurs routes secondaires ensuite, et cette petite route enfin qui remonte le cours de la rivière Rilska, dans une vallée de plus en plus étroite. Une forêt de hêtres et de chênes s’accroche aux parois. Soudain, le monastère se dresse au milieu de la route, forteresse imposante et austère. Posté en pente sur le flanc de la montagne, ce quadrilatère de hauts murs troués de quelques fenêtres a une allure de garnison. En hiver, les routes glacées deviennent difficilement praticables et le monastère retrouve son isolement d’origine, caché dans les plis de la montagne, à l’abri des pics qui culminent à plus de 2000 mètres. Une retraite idéale pour Ivan Rilski qui décide, au Xème siècle, de consacrer sa vie à Dieu. Il se retire vers l’âge de vingt ans dans les monts du Rila, où il vit en solitaire dans une grotte, protégé par la forêt. Peu à peu, malgré les dures conditions de vie, une petite communauté se crée autour de lui. A sa mort, il est enterré sur place. Tandis que la communauté se maintient, plusieurs miracles sont accomplis sur la tombe de l’ermite, qui devient le légendaire et vénéré Saint-Jean de Rila.

Une histoire mouvementée

Bulgarie, Monastère de RilaPassée l’entrée du monastère, l’œil est saisi par l’abondance et la diversité de la décoration intérieure. Le bâtiment d’enceinte est constitué de trois étages de galeries en arcades qui courent autour d’une vaste cour. Ces galeries donnent sur les trois cents pièces qui servaient de cellules monastiques. Les motifs végétaux rouges et noirs et les dessins géométriques décorent les colonnades. Les balustrades en bois sculpté accompagnent les escaliers et les balcons qui surplombent la cour. Au centre, l’église de l’Assomption est flanquée de la tour Hrelyo. Cette tour fortifiée à créneaux, construite en 1335, est l’élément le plus ancien du monastère. Elle a longtemps servi de refuge aux moines lors des attaques.

Bulgarie, Monastère de RilaMalgré sa situation isolée, le monastère a une histoire mouvementée, liée aux guerres et aux occupations successives de la Bulgarie. Au cours des siècles, le monastère est plusieurs fois incendié et abandonné. Les destructions et reconstructions s’ensuivent, en une alternance de désastres et de répits. Au XIVème siècle, un domaine se constitue avec des villages, des terres et de nombreuses propriétés. Avant d’être à nouveau dévasté. Sous la domination byzantine, puis sous les cinq siècles d’occupation turque, il parvient malgré tout à maintenir la liturgie et les traditions bulgares. Il préserve également l’ancienne littérature : 16 000 ouvrages rares, manuscrits, livres incunables, lithographies, sont toujours conservés dans sa bibliothèque. Au XIXème siècle, alors que le pays est toujours occupé par les Turcs, la culture bulgare renaît sous l’influence des intellectuels et des artistes, qui s’investissent dans la reconstruction du monastère. Le bâtiment actuel est ainsi bâti autour de la tour Hrelyo et devient un foyer religieux et culturel très actif.

Bulgarie, Monastère de RilaSurmontée de coupoles à l’italienne, l’église est construite à la même époque, sur le modèle d’ une église du mont Athos. De temps en temps, un pope se glisse à l’intérieur pour appeler à la prière. Le riche décor vibre doucement au son des chants et de la lecture des textes. L’air est saturé d’encens qui camoufle l’odeur de cire des cierges allumés par les fidèles. Quand l’œil s’est enfin habitué à l’obscurité, il distingue les détails des fresques murales colorées, peintes dans les années 1840 par les plus grands artistes de l’époque. Les scènes bibliques et les représentations de la vie de Saint Jean de Rila recouvrent la totalité des murs. Pas de statues, mais de nombreuses icônes. Après avoir traversé plusieurs fois la Bulgarie, les reliques du saint sont conservées sous l’immense iconostase de noyer sculpté et doré. Le trésor est bien caché à l’abri des regards. Une femme s’avance doucement, effleure une icône, murmure une prière. Une autre prie en silence, debout dans un renfoncement, les mains jointes posées sur le ventre. Un moine sort discrètement de l’édifice et le son rauque des cloches retentit à plusieurs reprises. C’est l’heure des vêpres.

Des moines et des touristes

Bulgarie, Monastère de RilaPlus ludique, la visite du fournil et de la cuisine permet de découvrir une cheminée haute de 22 mètres. Les immenses chaudrons témoignent de l’époque où trois cents moines occupaient les lieux. Aujourd’hui, le monastère est toujours habité par une dizaine d’entre eux, qui continuent de se consacrer à l’usage du culte, de la méditation et de la prière. La vie en communauté, même réduite, implique toujours l’entretien des bâtiments, fonctionnels ou d’usage religieux. En plus des activités traditionnelles, l’accueil des touristes est une occupation grandissante. Enregistrement et réception hôtelière, vente de cartes postales et de petits souvenirs sont devenus des tâches quotidiennes. Symbole de la culture nationale, le monastère est devenu le site le plus visité du pays. Les Bulgares s’y pressent, entre visite culturelle et pèlerinage. Cette orientation culturelle et touristique a été prise dès 1962, avec la création d’un musée au sein du monastère. La préservation et la fonction des monastères bulgares font l’objet de nombreuses réflexions depuis plusieurs décennies, avec des résultats contrastés. Certains ont été totalement dénaturés pour faire des hôtels confortables; d’autres ont au contraire été abandonnés et sont aujourd’hui très endommagés. A Rila, une option mixte a permis de maintenir une communauté monastique tout en développant l’accueil touristique.

Bulgarie, Monastère de RilaSous les galeries, les anciennes cellules servent désormais de chambres pour les touristes, rudimentaires, mais accueillantes. Nous nous y réfugions pour échapper aux vents et à la pluie froide de l’orage du soir. Les femmes d’un côté, les hommes de l’autre, c’est la règle. Les chambres sont équipées de quatre lits, d’une table et d’un lavabo. La nuit est un peu fraîche, le radiateur moderne et l’ancien poêle à bois ne sont plus alimentés en ce mois de juin. La décoration est chaleureuse : volutes au plafond et placards en bois sculpté incrustés dans le mur. Certaines chambres comportent même de magnifiques fresques, qui prolongent la visite de la journée. Les deux lourdes portes sont bouclées pour la nuit. Nous nous sentons à l’abri des éléments derrière les murs épais (deux mètres!) du monastère. Les portes sont rouvertes très tôt le matin. A l’extérieur, boulanger, épicière et paysan sont déjà à l’œuvre. Le petit déjeuner de pain frais, de miel et de lait de brebis est délicieux. Quelques maisons construites aux abords du monastère ont été transformées en restaurants, boutiques de souvenirs et d’alimentation. Ces magasins sont le résultat de l’initiative individuelle, guidée par la nécessité. Les ventes aux touristes constituent une source de revenus importante pour les villageois, qui vivent difficilement de l’agriculture. Dans la vallée, les habitants proposent des chambres bon marché, qui relèvent plus de la débrouille que de l’activité touristique, faute de moyens.

Grotte, source et pèlerinage

Bulgarie, Monastère de RilaAprès la balade contemplative au sein du monastère, les sentiers alentours permettent de partir à la découverte d’une réserve forestière protégée et des nombreuses légendes locales. Une promenade d’une heure permet de se rendre sur la tombe de Saint Jean de Rila. Le sentier coupe à travers une prairie printanière, puis s’enfonce dans les sous-bois résineux. Des ruisseaux terminent leur course insouciante dans le torrent grondant de la Rilska. Puis le chemin traverse l’ermitage Saint-Luc, embaumé de lilas. Luc, neveu de Ivan Rilski, serait mort à cet endroit mordu par un serpent, après avoir quitté le monastère, sous l’influence du diable. Ce petit écart n’a apparemment pas empêché sa canonisation. Des fils rouges et blancs accrochés aux branches des arbres jalonnent le sentier. Une multitude est suspendue sous les rochers proches de la première tombe de Saint-Jean. A proximité, la grotte où il aurait vécu fait l’objet d’une légende locale très appréciée. Les nombreuses versions s’accordent pour affirmer que ceux qui peuvent sortir par le trou situé en haut de la grotte sont purs et sans péché. S’il est facile de franchir le trou élargi, une version plus stricte précise toutefois que l’exercice doit être réalisé sans s’appuyer ! Plus fervents, les pèlerins se concentrent un peu à l’écart, autour de la source Saint-Luc, où ils confient leurs vœux à des petits papiers pliés et coincés entre les pierres de la fontaine. Des centaines de ces billets sont coincés dans les fissures.

Bulgarie, Monastère de RilaAu-delà, le chemin mène vers les sommets qui offrent de belles vues sur la vallée. L’harmonie du monastère avec son environnement transparaît à travers le contraste de ses toits rouges sur les forêts sombres. On aperçoit également les refuges qui jalonnent les sentiers et facilitent les randonnées de plusieurs jours à travers le massif. Il est toutefois prudent d’attendre la fonte des neiges, dont il reste beaucoup de traces à altitude moyenne. En revanche, dans le bas de la vallée, l’été s’installe déjà. Sur la route très fréquentée, les bus de grand tourisme doublent les charrettes et les mémés en fichu déambulent aux côtés d’adolescents en pantalon baggy. Un retour à la réalité de la Bulgarie d’aujourd’hui, loin de la sérénité du monastère.

Partager
Bénédicte Robin | 23.03.2007 | 607 visites | 0Favoris |
9
photos associées
Bulgarie, Monastère de RilaBulgarie, Monastère de RilaBulgarie, Monastère de RilaBulgarie, Monastère de RilaBulgarie, Monastère de RilaBulgarie, Monastère de RilaBulgarie, Monastère de RilaBulgarie, Monastère de RilaBulgarie, Monastère de Rila
0
commentaires à ce reportage
Souhaitez-vous faire un nouveau commentaire ? Cliquer ici
Créer un compte

Aujourd’hui voyageur,
demain rédacteur...

Une sélection de 3 articles sera mise en avant chaque mois

Créer un compte
Envoi d'un site thématique

Thématiques : farfouillez avec nous !

Si vous connaissez l'adresse d'une "pépite du net", n'hésitez pas à la partager avec nous !

Envoi d'un site thématique
Envoi d'un site utile

Développons ensemble l'annuaire des sites utiles

Vous connaissez un site utile pour les voyageurs ? Indexez-le dans notre annuaire.

Envoi d'un site utile