Cameroun
Cameroun : Des hommes grands et des géants de pierre
Partir : Douala, Yaoundé, Ngaoundéré, Maroua
Pour quitter le sud-ouest et le littoral du Cameroun, les voyageurs s’en remettent à la compagnie aérienne locale, à moins qu’ils aient potassé le guide du routard qui sait tout sur les bus, les taxis brousse et autres trains, ou qu’ils aient décidé d’utiliser leur propre voiture. Même en avion, ils auront le temps, avec trois escales, d’oublier les langueurs humides de la mangrove et de s’habituer doucement à une chaleur sèche, à l’augmentation du nombre des gandouras et des cheichas, d’accommoder sur des tonalités de jaune paille, beige, sable et grège nimbées de lumière blanche. Le voyage peut commencer, tout là-haut, dans cette bande rétrécie du pays, engoncée entre Nigéria et Tchad. Il reste, à la sortie de l’aérogare de Maroua à trouver le minibus qui, moyennant quelques interdictions et mises en garde ("défense de fumer, lutter, cracher, vomir. Nous ne sommes pas responsables des bagages non payés. Qui casse les vitres les paie. Ne pas descendre avant l’arrêt complet du car. Merci bon voyage. ") s’emploiera à les promener dans le coin.
A la rencontre de Maroua, fille du Nord
A Maroua, première étape du périple , capitale économique du grand Nord, on ne voit que de hautes silhouettes - au moins dans les un mètre quatre vingt - vêtues de gandouras. Le Nord Cameroun est essentiellement musulman. Les femmes tout aussi grandes, sont drapées de cotonnades aux couleurs vives, chaussées de fines sandales à talons, inattendues dans ces villes de soleil et de poussière. En pleine saison sèche par plus de quarante degrés à l’ombre, il faut pour résister, pousser droit et dru, tenir tête à l’astre roi ! Tout se ligue et s’élève contre l’écrasant climat, les hommes, les montagnes, et même les arbres qui, après s’être tordus pour aller chercher l’eau au plus profond, se redressent d’un coup pour finir de pousser droit.
Maroua, ville de sable, de pisé et de parpaings, défile de chaque côté du minibus toutes vitres ouvertes où s’engouffre l’air brûlant et sec. Les artères sont longues, larges, bordées de quelques arbres étonnamment verts. On aperçoit une place de marché, des vélos en grand nombre, et la ville continue de défiler, de montrer ses habitants installés sur des tapis colorés, qui vendent des babioles, des bassines en plastique, des récipients en fer blanc, des bouteilles remplies de jus orangés, qui surveillent deux ou trois enfants, des bébés encore, qui ne s’en iront pas. Il n’y a pas d’échappatoire dans le grand Nord, pas de répit dans les coups de langue chaude qui agacent la gorge et voilent le regard. Et puis d’un coup : un flash et le voyageur n’est plus à Maroua en 2001 mais quelque part dans un film image de l’Afrique du début du siècle. On longe des murs blancs et beiges, des trottoirs recouverts de sable, on entrevoit des cours intérieures aux murs peints à la chaux, on aperçoit presque les silhouettes familières des blancs de la colonisation, la ville défile à la vitesse du vélo de Philippe Noiret dans un " Coup de torchon ". Et toujours, le poussière âcre et tenace, un vent chaud et sec. La ville n’a pas d’odeurs (nous n’avons pas encore visité la tannerie !), même les bruits de la circulation semblent étouffés par la chaleur.
Il faut déjà, il est imprudent de rouler la nuit, se mettre en route pour Wasa, apprendre à regarder la nature, s’arrêter pour contempler les habitants eux aussi longs et fins de la savane, les girafes et les marabouts, figés dans des poses interrogatives.
L’annonce du désert ou la bataille de l’eau : le p
Un parc animalier national, c’est d’abord un ensemble de formalités : paiement de droits d’entrées, taxes sur les appareils photos et guide imposé par les autorités du parc pour pouvoir y pénétrer, en passant entre deux cases obus . Le soir, le voyageur loge dans le camp du parc, dans des boukarous climatisés et plutôt propres. A cette saison très sèche, aux alentours de Pâques, la terre est craquelée et recroquevillée sur des souvenirs aqueux bien enfouis. Les animaux ont soif et se retrouvent, matin et soir aux points d’eau . Ainsi, on peut voir des troupeaux d’éléphants rivaux se partager le point d’eau à grands coups de barrissements réprobateurs, apercevoir les marabouts qui attendent leur tour et surveillent mine de rien, avec condescendance et placidité, l’agitation qui règne à quatre ou cinq mètres au-dessous d’eux, les chacals qui profitent de toute cette agitation pour discrètement aller au ravitaillement. Il y a moins de voitures qu’au Kenya, moins de déclics d’appareils photos, on descend de voiture et on s’approche des éléphants sous le regard à priori indifférent du guide du parc….
Pour pister une lionne, un guide au visage marqué de scarifications réveille ses talents et indique d’un ton assuré à notre chauffeur la voie à suivre. Le minibus n’hésite pas à s’engager hors piste, sur un terrain bosselé par les empreintes des éléphants, durcies dans la terre séchée et hérissée de touffes d’herbe jaunie drues et solides jusqu’au moment où le chauffeur décide de ne pas suivre les conseils du guide, il tient à préserver le minibus déjà fatigué. Voilà, le chauffeur et le guide qui ne se parlent plus jusqu’à ce qui la lionne apparaisse. On la suit jusqu’à ce qu’elle se sente traquée et se réfugie dans un arbre, fondue dans les couleurs sable et grège de la savane. On la délogera à pied, et à coups de pierre jusqu’à ce qu’elle décide de s’échapper, et de glisser hors de l’arbre dans un rugissement de colère. Il est temps à présent de rentrer dans le camp, non sans avoir salué les girafes à l’air toujours perplexe quant aux motifs de notre visite.
Le soir, dans le camp, le silence écrasant, infini, est bercé par le vent brûlant et sec. On ne s’y trompe pas, le désert est là, encore loin mais présent ; il arrive de l’autre bout de la plaine, tolérant seulement encore quelques arbustes bien isolés. Au matin, prendre le petit déjeuner au dessus de la plaine semi-désertique, sur la terrasse du restaurant du camp de Wasa un samedi pascal, pendant une sorte de tempête sèche qui emporte les nappes, les serviettes et coupe le souffle, pique les yeux, c’est regarder l’horizon vaciller, c’est voir le désert des Tartares.
Koza, Mokolo, Rhumsiki, Kapsicki et les autres…
La route qui mène à Rhumsiki exigera un dos en parfait état, et des bras musclés pour se tenir aux poignées du minibus. La piste est parfois rude, mais le paysage qui mène au col de Koza compense par le plaisir des yeux le mal de dos. D’énormes blocs volcaniques gris, lâchés à poignées par une main céleste ont roulé le long des collines comme grains de sable en fuite. Entre deux blocs, les hommes construisent des huttes en pisé recouvertes de toits de chaume pointus. Les arbres trouvent le moyen de se frayer un chemin entre les pierres. Si la voiture ralentit, des grappes d’enfants surgies de nulle part courent à ses côtés, en quête de stylos bille et des bouteilles d’eau minérale vides.
Aucun guide ne signale le restaurant Podoko qui ressemble à un cimetière pour automobiles. Les enfants trouvent rigolo de pouvoir remplacer les " o " du nom par une autre voyelle….Après le col de Koza, dans la descente vers Rumsiki, on peut croiser des groupes de motards cagoulés ressemblant aux bandes organisées qui peuplent le film Mad Max, qui transportent dans leurs jerricans de l’essence de contrebande venant du Nigéria.
Enfin, au centre de l’horizon redevenu plane, les Kapsicki montrent le ciel de leurs doigts de pierre. Les Kapsicki, pitons rocheux chérissant la plaine, la parent de dents menaçantes et de défenses incongrues comme autant d’avertissements mystérieux. On touche aux confins du pays. Au loin, le Nigéria repose, noyé dans la brume. De l’autre côté, N’Djamena envoie ses touristes à la recherche du minimum d’infra structures hôtelières, inexistantes au Tchad..
L’artisanat de Mindif: motifs et envers du décor….
La ville de Mindif, elle aussi fière de son piton rocheux, invite à rendre visite aux tisserands, potiers, aux artisans qui approvisionnent les marchés traditionnels dans tout le pays.
Les métiers à tisser que nous voyons sont verticaux et réservés aux femmes pour le tissage du coton (elles sont isolées pour tisser, les métiers sont dissimulés aux yeux du public, dans des quartiers réservés aux femmes). Il existe des métiers utilisés seulement par des hommes, d’autres encore utilisés par hommes et femmes, des métiers pour le coton et d’autres pour le raphia. Les métiers verticaux sont de type Haussa, un peuple nigérian. La présence de cette technique chez les Foulbés du Nord Cameroun s’explique par le proximité du Nigéria et aussi par des mariages interethniques. La latte qui sert au tissage est une lame de bois souvent décorée et transmise de mère en fille. Comme au Nigéria, les tisserandes travaillent assises par terre sur une natte.
….Des potières, nous ne verrons ce jour qu’une fillette de huit ou dix ans, assise sur un sol boueux, travaillant la glaise sans tour, s’essuyant le front du revers du poignet.
Il est temps, dans ce périple de revenir sur Maroua. En ce milieu d’après-midi où la fatigue se fait sentir, le voyageur est surtout pressé de vérifier que la douche de l’hôtel fonctionne. Alors, un spectacle, des odeurs, des regards d’enfants et d’adolescents le rappellent à l’ordre de la précarité et de la dureté.
La tannerie se trouve à l’entrée de Maroua, en venant de Mindif. La mort y montre sa texture, sa réalité. Des morceaux de peaux sur lesquels tiennent encore des lambeaux de chair et quelques poils jonchent le sol ; l’odeur des chairs en décomposition, des acides et autres produits qui stagnent dans les bacs de décantation enveloppe la multitude d’enfants et d’adolescents qui travaillent. Dans l’enfer il y a des cercles, trous d’un mètre cinquante de diamètre environ offrant au regard des liquides aux couleurs laiteuses, grises, vertes. C’est une sorte de maison des morts en plein air, contrôlée par des nuées de mouches assidues, vives, les seules à ne pas être écrasées par le soleil. Certains enfants trempent leurs mains nues dans ces bacs contenant des liquides corrosifs, pour faire voir une peau de crocodile en cours de traitement ; d’autres, assis au sommet d’une montagne de poils qui dépasse nos visages d’un bon mètre, tannent les peaux à l’aide d’une pierre frottée, dans un geste de lavandière obsessionnelle.
Victorine notre guide, nous rappellera plus tard à l’ordre de la misère dans son pays. " Allons, mais s’ils n’allaient pas à la tannerie, ces enfants abandonnés seraient " embauchés " par des bandes de voleurs qui les utiliseraient à de sales besognes en raison de leur petite taille et de leur jeune âge. La tannerie c’est encore mieux. " Elle nous sourit. Nous faisons silence.
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Le Nord Cameroun pratique :o)
A partir de Douala et de Yaoundé, le plus simple pour atteindre le Nord est sans doute le vol régulier de Camair qui existe plusieurs fois pas semaine. Les voyages en voitures sont longs, pas toujours sûrs en raison des coupeurs de route et des pannes toujours possibles. Les voyages en train ou en bus exigent en certain sens de l’humour et surtout de n’avoir aucune contrainte de temps……
Camair s’est beaucoup amélioré tout en ayant préservé une certaine originalité : Sécurité : maintenance repassée sous le contrôle d’Air France. Folklore : passagers voyageant dans les toilettes, ou à deux ou à trois sur deux sièges de première classe, ministre imprévu exigeant qu’on débarque d’autres passagers pour lui faire place. Embarquement : jeu tombé en désuétude dans la plupart des compagnies aériennes et qui consiste à courir sur le tarmac pour reconnaître ses bagages et à courir derechef pour trouver une place - non numérotée - dans l’avion… Ponctualité : compter de ½ heure à 1 heure de retard sur les horaires sauf catastrophe majeure qui fait que le vol est reporté au lendemain. Dans ce cas prévoir de courir encore plus vite sur le tarmac….
Même si on n’est pas du genre “voyage organisé”, il est préférable de contacter une agence de voyages locale qui aidera à “organiser” le périple, c’est-à-dire qui vous évitera au moins des déboires parfois très désagréables : pas de voiture à l’arrivée, pas de chauffeur, pénurie de chambres d’hôtel (il n’y en a pas tant que cela et dans les parcs, il faut prévoir la nourriture en conséquence), tarifs surestimés, voire billets d’avions revendus et touristes éjectés de l’avion…. L’agence est d’autant moins un luxe qu’elle-même ne peut garantir que tout se déroulera comme elle l’avait prévu….Entendons-nous bien, la notion de voyage organisé en Afrique est une aventure à elle seule, une expérience originale en soi….
Yaoundé / Intertour : tél : 237/23 97 62 - Fax : 237/23 70 98
Douala / Cap Evasion Voyages : Bonanjo, 30 rue de l’hôtel de ville tél :237/ 43 63 64 ou 43 83 65
Les agences proposent des circuits ”à la carte”. Tout se discute, rien n’est impossible, trekking, safari (demander quels types de safaris toutefois…..car de nombreux étrangers chassent aux abords immédiats du parc de Wasa…). L’agence fournit aussi une aide précieuse aux formalités d’embarquement sur Camair.
La meilleure saison ? En décembre les températures sont très supportables, en février il fait même frais le soir mais les animaux, pas assoiffés, se font plus rares. En mars et avril il fait chaud et sec, les températures sont toujours supérieures à 40 ou 45 degrés, mais en revanche les abords des points d’eau sont très fréquentés par les habitants de la savane.
En sortant de l’avion et en faisant connaissance avec le minibus qui vous baladera, pensez à acheter de l’eau minérale pour tout le voyage, on s’habitue bien à gérer les glacières. Apportez aussi des bonbons et des stylos à bille très demandés par les enfants. Procurez-vous de la monnaie, car on ne vous en rendra peu et les tarifs des achats augmentent régulièrement….
Si vous êtes chanceux, vous pourriez avoir pour guide Victorine, tantôt vêtue d’un somptueux costume traditionnel, tantôt méconnaissable en jean et débardeur, imperturbable même après que le train de nuit qu’elle a pris pour vous rejoindre ait déraillé, patiente et souriante pendant que vous consultez votre avenir inscrit dans la marmite du sorcier aux crabes de Rhumsiki. Vous pouvez toujours essayer de lui téléphoner à Yaoundé ; si elle ne peut pas vous parler, c’est qu’elle fait la cuisine. Son agence, aux heures creuses du tourisme, fait restaurant d’affaires….CQFD…
A lire : pour connaître l’anthropologie et apprendre l’humour, les livres de Nigel Barley (Petite bibliothèque Payot/Voyageurs ) ” Un anthropologue en déroute ” concernant les Dowayos, une tribu montagnarde du Nord-Cameroun.





