Cameroun
Cameroun : Le grand voyage de la banane

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Laurence Cuisinier | 17.11.2003 | 953 visites | 0Favoris |
Laurence Cuisinier

Une petite fabrique de vitamines et de protéines.

La dernière fois que vous êtes allés au supermarché, fatigué et dévitaminé, vous avez acheté à prix d’or une mangue et une papaye en vous promettant de passer le plus vite possible à l’agence de voyages étant donné que vous aviez encore des vacances à prendre ! La mangue n’était pas mûre, la papaye mal préparée vous a écœuré et vous avez regretté d’avoir trahi votre alliée traditionnelle, jamais défaillante, celle qui vous sauve du coup de pompe au tennis, de la grippe et des pleurs du petit dernier quand vous oubliez son goûter, j’ai nommé : la banane ! Elle avait pourtant parcouru, dans l’espoir de vous plaire, un long périple dont vous ignorez tout ou presque, parce que qu’est-ce que vous y connaissez, vous, en bananes ? Je cite : le chignon de la voisine, la coiffure du copain de votre cousin qui s’obstine à rester punk, la banana split du restaurant du coin de la rue, celle que vous a collée un prof de math à votre bac, l’insulte " va donc hé banane ! " lancée par votre petit frère le jour de vos dix ans et puis c’est tout parce que banania, c’est pas votre génération ! En grandissant vous avez appris la peau négligemment jetée par le collègue de bureau, les républiques bananières, et comme vous parlez anglais maintenant, vous savez ce que " to go bananas " veut dire. Il faudrait, pour compléter votre bagage, savoir parler de hampe, de cluster, de dépattage, de P20 et de mini-pack, vous renseigner sur cette herbe géante dont les rejets produisent autant de vitamines, de protéines, de phosphore et de magnésium. Retournez à l’école et, pour apprendre tout ça accompagnez les enfants de l’école française de Douala (Cameroun) dans leur visite d’une bananeraie, et suivez en pensée le périple des bananes !

La fille de Penja

Aux confins du massif du Manengouba ( nord de Douala) dans le région de Penja, les terres volcaniques constituent une des régions productrices de bananes du Cameroun. Six mille personnes environ travaillent dans ce secteur et contribuent à l’exportation de 200 000 tonnes de bananes, soit 3,9 % du PIB en 1997. Voilà pour la géographie économique. Le bananier n’est pas un arbre mais une herbe géante, une monocotylédone à grande feuille originaire d’Asie, cultivée dans toutes les régions tropicales. Bien à l’abri au cœur de la fleur de bananier elle-même protégée d’une gaine de matière plastique bleue posée au bout du pistil, pousse le régime qui, une fois à maturation sera transporté par tracteur jusqu’à la station de traitement, au cœur de la plantation. Le bananier a trois ou quatre cycles de production par an. La station de traitement de " Loum un " (une des vingt stations de la plantation de 3000 ha que nous visitons ) traite environ 2500 régimes par jour. La station un immense hangar ouvert mais abrité comme presque tous les bâtiments ici par un toit de tôle ondulée et éclairé par des néons. L’endroit pétarade au rythme des tracteurs, grince avec les tapis roulants, siffle avec les rails d’accrochage et grommelle avec le roulis des chaînes d’emballage et, soleil brûlant au dehors, néons à l’intérieur, il fait très chaud. En fonction du tonnage journalier à atteindre, une cinquantaine de personnes travaillent sur la chaîne entièrement manuelle ci-dessous décrite.

Quand la banane verte est venimeuse…

Cameroun : Le grand voyage de la bananeLes bananes coupées lorsqu’elles sont vertes, arrivent en station, c’est-à-dire au cœur de la plantation, sur des remorques tirées par des tracteurs. Le déchargeur dépose les régimes dans des porte fruits équipés d’un matelas de mousse, un vrai berceau. Ceux-ci passent alors en penderie où ils sont accrochés à une corde qui circule sur un rail. On enlève la gaine de plastic bleue en faisant attention….au serpent minute (vert lui aussi!) qui aime les refuges chauds et humides. Le serpent n’est pas fréquent, mais mortel : son évocation plaît à nos chères têtes blondes et brunes qui n’hésiteront pas à créer une nouvelle espèce de banane, tueuse venimeuse, et assassine ! Après cet épisode dangereux, les bananes filent (sur le rail) à la pesée.

Où l’on compte dé-li-ca-te-ment les bananes sur le

Un contrôleur de pulpe prendra un " doigt " - mais bien sûr, la banane ressemble à un doigt, d’ailleurs le mot banane, d’origine arabe signifie doigt -sur la hampe et vérifiera la qualité de la pulpe, car, pour le consommateur étranger, rien n’est trop bon et les fruits doivent dores et déjà respecter une série de normes. Les hampes sont alors pesées et débarrassées des fils de couleur qui indiquent la maturation du fruit (entre 12 et 13 semaines ). Les lanières de couleur ont été posées en plantation, une semaine après la tombée du pistil. Puis les hampes arrivent au poste de travail des dépatteurs. Ceux-ci enlèvent les hampes et dégagent délicatement les mains à l’aide d’un couteau de dépattage, à la lame recourbée très affûtée. On prélève à ce stade une main ( bien sûr, après les doigts, la main, ça fait un peu engrenage !) tous les dix régimes pour déterminer à quel moment il faudra faire la récolte en plantation.

Du « sur-mesure » pour un plan de carrière à l’in

Cameroun : Le grand voyage de la bananeLorsqu’on a les mains libres, on a les coudées franches pour le calibrage et le triage ! C’est qu’il faut continuer à respecter les normes. On taille le coussinet puis on coupe les mains en " clusters ", pour que le sélectionneur puisse retenir les bananes non endommagées, sans taches ou traces de chocs fatidiques. Une banane un tout petit peu abîmée change d’orientation : elle file sur un tapis roulant qui l’expédiera dans un camion de desserte du marché local. Qu’on se rassure, cette banane si peu endommagée reste fort douce aux palais des consommateurs locaux, dont je suis !

Cameroun : Le grand voyage de la bananeLes stars retenues pour l’international vont faire toilette dans des bacs d’eau claire, pendant une trentaine de minutes, avant d’être réparties grâce au travail du classificateur qui sur la table de mesure du calibre et à l’aide de ses mesurettes et curvomètres, les répartira en trois catégories: les extras ou P20, longues d’au moins 20 centimètres, les catégories un ou P19 et les petits gabarits dits P14 ou mini-packs. Il paraît que les Britanniques en raffolent, alors que les Français préfèreraient les calibres " extra ". Les clusters seront enfin pesés ( en fonction du calibre des fruits, un carton pèsera entre 14 et 18 kg).

Les voyages tout confort forment……. la maturité !

Il est temps de se demander où cela va nous mener. Qui sait ? Peut-être en bateau ! En attendant, comme avant tous les grands voyages quelques précautions sanitaires s’imposent. Aviez-vous réalisé que notre banane devenue objet de commerce international et malgré toutes les précautions prises pour lui éviter les traumatismes (rappelez-vous du berceau de mousse) a tout de même subi le couteau de dépattage et s’est fait taillé le coussinet ! Notre banane recevra les soins qui s’imposent en passant sous une douche de fongicide qui évitera l’écoulement de la sève et les champignons qui abîmeraient la pulpe, et pansera les plaies. Les bananes soignées et pimpantes arrivent dans les zone de l’emballage où on prépare activement les bagages. On forme et encolle les cartons d’emballage. La colle a été préférée aux agrafes qui finissaient au cours du voyage par endommager les fruits. Je vous l’avais bien dit : aucun détail n’est laissé au hasard pour protéger la voyageuse. Le carton sera, par les soins d’une équipe d’emballeurs, habillé d’une poche plastifiée et garni de bananes! Les cartons maintenant empilés sur les palettes de transport ont-ils la permission de quitter les tropiques ? Il faut voir ! Et celui qui voit, se réserve le droit, environ tous les dix cartons de contrôler le qualité des bananes. C’est que, à voir défiler ces vertes demoiselles à longueur de journées, on peut parfois laisser filer des blessées ou des négligées mal lavées. Les voyageuses sont acheminées par camion vers le port de Douala où le bananier les attend. Vertes (de peur ?), elles braveront en dix ou quatorze jours (selon le marché auquel elles sont destinées) les tempêtes et la houle ce qui, toute expérience étant profitable, les fera mûrir bien sûr ! Elles se réveilleront, timides et jaunissantes encore de leurs aventures sur les mers du sud, prêtes à être consommées …….par un client maintenant averti qui se réjouira de les manger! Salut bananas. Pas d’adieux sur le quai ! Mais un grand au revoir aux employés de la chaîne d'emballage qui colleront l'autocollant de leur poste de travail sur les notes des visiteurs, pour nous rappeler qu’ils aimeraient bien recevoir une petite photo……de leur grand sourire !

Réalisé avec les élèves de CM1C de l’école D.Savio de Douala et leur professeur, Marie-Josée Laungani, et grâce à la collaboration du personnel de la station de Loum 1, bananeraie de Nyombé.

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Bananes à toutes les sauces :o) : “Saveurs du monde ” : http://saveurs.sympatico.ca/ency_4/banane/banane.htm

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