Canada : Couleurs d’Acadie

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David Raynal | 24.10.2006 | 711 visites | 0Favoris |
David Raynal

COULEURS D’ACADIE

Canada : Couleurs d’AcadiePays sans frontières, l’Acadie s’étend sur les quatre provinces maritimes du Canada Atlantique. Originaires du Poitou de Normandie mais aussi de Bretagne, les Acadiens francophones possèdent des ramifications bien vivantes au Québec en France et bien sûr en Louisiane. Après des siècles de résistance face à la domination anglaise, l’Acadie relève fièrement la tête et célèbre de Caraquet à Halifax le retour au bercail de ses enfants, au son des gigues et des reels…

Canada : Couleurs d’AcadieEn ce début du mois d’août, les irréductibles acadiens de Caraquet, un gros port de pêche du Nouveau-Brunswick sur la côte sud de la baie des Chaleurs, se préparent pour la traditionnelle bénédiction des bateaux. Profondément catholiques, les habitants perpétuent une tradition héritée de leurs ancêtres poitevins et bretons. Chaque été, en ouverture du Festival acadien de Caraquet, le curé de la paroisse célèbre une messe en l’honneur de la Vierge Marie, patronne des pêcheurs. Dans une atmosphère de recueillement, il prie pour les marins morts en mer et procède à la bénédiction de tous les chalutiers pavoisés aux couleurs de l’Acadie. Ici comme ailleurs, l’attachement au culte marial revêt une importance toute particulière. La mère du Christ n’a pas seulement donné aux Acadiens un hymne et une fête nationale. C’est aussi son étoile la « Stella Maria » qui illumine le cœur et brille sur le drapeau tricolore de ce peuple apatride. A l’issue de la messe en plein air, la manifestation prend soudainement un tour plus festif. A grand renfort de caisses de bières, les patrons pêcheurs invitent les amis et les touristes à monter à bord pour une petite balade en mer. En 2009, ce sera justement au tour du Nouveau Brunswick la seule province officiellement bilingue au Canada d’accueillir le 4e Congrès mondial acadien. Un rendez-vous inoubliable qui rassemble le temps d’un bref retour au bercail, les frères et les cousins disséminés au quatre coins de la planète.

GRAND DERANGEMENT

Canada : Couleurs d’AcadieAu 18e siècle, la cession de l’Acadie à l’Angleterre s’est traduite par un véritable traumatisme collectif. De 1755 à 1763, l’épisode du « Grand Dérangement » aboutit à la déportation par les Anglais de plus de la moitié de la population, vers les colonies américaines, l’Angleterre et la France. Les Acadiens qui refusent de prêter allégeance à la Couronne britannique sont dépossédés de tous leurs biens et regroupés sur les vallons fertiles de Grand-Pré en Nouvelle-Ecosse. Ils atterrissent en Louisiane où ils forment la communauté Cajun, mais aussi à Belle-Ile en Bretagne ou encore aux Iles Falklands (Malouines) sous la conduite de Bougainville. Transportés à fond de cale dans des conditions horribles plus de la moitié d’entre eux périssent. Popularisé en 1847 par le poète et écrivain américain Henry Wadsworth Longfellow le mythe littéraire d’Evangéline retrace l’aventure fictive mais tristement commune d’un couple séparé par la déportation. Après des années de vaines recherches, Evangéline retrouve enfin la trace de son bien-aimé Gabriel. Gravement malade, il s’éteint dans ses bras scellant ainsi le destin de tous les Acadiens expatriés. Proscrits, dispersés aux quatre vents ou condamnés à vivre clandestinement, les Acadiens gardèrent le silence pendant de longues années. Timidement d'abord, puis de plus en plus ouvertement, ils se refirent un pays avec l’aide active des Indiens Micmac sur les décombres de l'ancienne Acadie. Leurs terres d'origine ne leur appartenaient plus mais ils se sont répandus dans les régions délaissées par les nouveaux occupants. En bons « défricheurs d’eau », ils ont asséchés les marais infestés d’insectes. Peu à peu, ils ont recréé une Acadie vivante, dont les meilleurs représentants actuels s’appellent Antonine Maillet, prix Goncourt 1979 pour le roman Pélagie-la-Charrette, Léonard Forest pour le cinéma, Natasha St Pier et Roch Voisine pour la musique, Louis Robichaud pour la politique.

VITALITE MUSICALE

Canada : Couleurs d’AcadieAu deuxième étage du Centre Culturel de Caraquet, la maison de disques « Plages » abrite la plupart des artistes acadiens du moment. Claudine Thériault, sa directrice règne sans partage sur la carrière de ces artistes débutants ou confirmés qui ont décidé de faire cause commune en se regroupant derrière un label unique. Le catalogue est à lui seul un concentré de la vitalité et de la diversité de la scène musicale acadienne. Il regroupe pêle-mêle des figures aussi charismatiques que, Edith Butler, Angèle Arsenault, Calixte Duguay, des groupes emblématiques 1755, Bois-Joli, Grand Dérangement ou de jeunes artistes, Wilfrid LeBoutillier, Marie-Jo Thério, Dominique Dupuis, promis à une belle carrière américaine et francophone. « Mes parents ont toujours considéré la musique comme l’un des vecteurs de propagation de notre culture. Comme beaucoup de mes amis, j’ai eu la chance d’être soutenu et de baigner très jeune dans un univers musical » explique Christian Kit Goguen, 27 ans, lauréat du 35e Gala de la chanson et l’un des interprètes d’Ode à l’Acadie, le spectacle produit par le Festival acadien de Caraquet. A quelques kilomètres de là, le village historique acadien se dresse fièrement au milieu d’une campagne paisible et verdoyante. Crée le long de la Rivière-du-Nord ses fondateurs se sont donné pour mission de reconstituer le plus fidèlement possible la vie des Acadiens de 1770 à 1939.

Canada : Couleurs d’AcadiePour cela, ils ont démonté plus de quarante édifices en bois de l’époque, église, école, forge, magasins généraux et les ont reconstruits pièces par pièces sur le site. Au fil d’un parcours de plus de trois heures, des animateurs en costume d’époque font revivre les coutumes et les gestes ancestraux. Certains poussent même le professionnalisme jusqu’à connaître l’histoire et les petites manies de ceux qui ont véritablement vécu dans ces lieux.

COTE GAELIQUE

Canada : Couleurs d’AcadieBerceau historique de l’Acadie, c’est en Nouvelle Ecosse que le sieur du Gua de Monts et Samuel de Champlain abordèrent en 1604 l’île de Sainte-Croix, et qu’ils fondèrent l’année suivante, à Port-Royal, le tout premier campement fortifié français en Amérique. Aujourd’hui, même si le territoire n’est plus reconnu officiellement, on appelle toujours « Acadie » les régions, du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse, de l’Île du Prince Édouard encore peuplées d’Acadiens.

Canada : Couleurs d’AcadieAu nord de la Nouvelle-Ecosse, la baie de Fundy connaît les plus fortes marées du monde (17 mètres d’amplitude). De quoi forger le caractère de ses habitants venus de Bretagne, d’Ecosse ou d’Irlande qui ont peu à peu formé ce millefeuille celtique en terre américaine. De l’autre côté de la province, le littoral compris entre le Cap Smoky et Baddeck est d’ailleurs appelé la côte gaélique (Gaelic Coast). En longeant la baie de Saint-Anne s’élève bientôt le Saint-Ann’s Gaelic College. Cette institution unique en Amérique du Nord, abrite un mémorial à la gloire des Ecossais venus s’installer sur les rivages de ce que l’on appelait alors la Nouvelle-France. Le site est entretenu par les descendants d’immigrants et il n’est pas rare de voir surgir par une chaude après-midi d’été un écossais en kilt jouant de la cornemuse. Un dicton local ne dit-il pas « qu’il existe autant de clans représentés en Nouvelle-Ecosse qu’en Ecosse elle-même ? » La constatation tend très vite à se vérifier à Pugwash. C’est en effet dans ce petit port industriel où les plaques de rues sont à la fois écrites en anglais et en gaélique que se déroule chaque année en été la fête des Ecossais (Gathering of The Clans Festival) ou assemblée des clans écossais.

DEUX MILLIONS D’ACADIENS

Canada : Couleurs d’AcadieA force de courage et de persévérance, les Acadiens qui étaient à peine 15000 au moment de la déportation sont désormais 2 millions dans le monde et plus de 300 000 dans les seules provinces maritimes du Canada Atlantique. Les premiers arrivants l’avaient surnommée Arcadie du nom d’une région féconde de la Grèce antique. Les Indiens Micmac parlaient d’Algatig pour signifier le lieu du campement. Quant aux Acadiens qui ont échappé à la disparition annoncée, ils sont à l’image de l’une de leur chanson « Réveille ». Portée sur toutes les lèvres par Zachary Richard son antienne résonne toujours comme un cri de combat : « Mon grand, grand grand grand-père, est venu de la Bretagne, le sang de ma famille a mouillé l’Acadie. Réveille, réveille, hommes acadiens pour sauver le village, pour sauver l’héritage… »

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