Cap Vert : Au-dessous du volcan Fogo

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Stéphanie Poli | 21.11.2003 | 1274 visites | 0Favoris |
Stéphanie Poli

Au Cap-vert, on prend l’avion comme ailleurs le taxi. A seulement une demi-heure de vol de la capitale Praia sur l’île de Santiago, le volcan de Fogo étend son ombre mystérieuse sur l’Atlantique. Avant dernière des îles « sous le vent », au sud de l’archipel, Fogo est une île parée de noir, à la beauté austère et authentique. Elle offre avec Santo Antao les randonnées parmi les plus intéressantes du Cap-vert, avec bien sûr, l’ascension de son volcan. Incontournable.

Sao Felipe, ancien chef de l’aristocratie portugai

Cap Vert : Au-dessous du volcan FogoL’arrivée sur l’île de feu - après son survol à grand spectacle - s’effectue désormais à proximité de la capitale Sao Felipe que l’on rejoint en « aluguer » (les pick-up servant de taxis locaux). Au premier abord, la ville n’offre pas grand intérêt, étalant même une certaine désolation architecturale. Ici, comme sur toutes les autres îles, le paysage urbain se distingue par une prolifération anarchique de maisonnettes en parpaings gris, le plus souvent inachevées. Mais la descente vers l’océan dévoile peu à peu le vrai visage de cet ancien fief de l’aristocratie portugaise, deuxième ville la plus ancienne du Cap-vert. Outre ses ruelles pavées aux pentes parfois vertigineuses et son tapis de tuiles rouges, ce qui donne à Sao Felipe un cachet si particulier, ce sont les « sobrados » qui sertissent la ville. Ces superbes demeures de deux étages qui appartenaient aux riches propriétaires terriens sont aujourd’hui presque des ruines avec leurs balcons hasardeux et leurs façades aux pastels décrépis. Ici, et contrairement à Cuba que l’on ne peut s’empêcher d’évoquer, aucune campagne de restauration n’est envisagée. On s’étonne d’ailleurs qu’aucun site du Cap-vert ne soit inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco. De fait, Sao Felipe reste une petite ville tranquille au charme un peu désuet dont les vieilles bâtisses font le bonheur des photographes, servis par la douce lumière des couchers de soleil. Elle surplombe une immense plage de sable noir où les jeunes, lorsqu’ils ne jouent pas au football, viennent s’essayer au surf (la baignade y est toutefois peu recommandée).

La maison du bonheur

Cap Vert : Au-dessous du volcan FogoL’ « aluguer » nous dépose sur la place de la mairie, ombragée, charmante avec son kiosque à musique. C’est là qu’habite Daniel Gonçalves, un photographe aujourd’hui retraité qui nous offre le gîte dans sa belle maison de style colonial. Daniel est un homme charmant qui se prend vite d’affection pour ses pensionnaires. Son parcours de photographe m’intéresse, aussi est-il ravi de nous montrer ses vieux appareils photos, Mamiya et autres Rolleiflex. Il a tiré le portrait de presque toute la ville et en connaît un peu toutes les histoires qu’il nous narre le soir autour d’un verre de « pontche » (eau de vie de canne à sucre et citron). Il évoque aussi son passé de marin à Mindelo au temps des Portugais, avant que l’indépendance du Cap-vert ne soit déclarée en 1975. Dans sa voix, une pointe de nostalgie signale le regret d’une prospérité nationale révolue. Comme une grande partie de la population ici, plusieurs de ses enfants ont immigrés aux Etats-Unis (il faut savoir qu’il y plus de Capverdiens à l’extérieur qu’a l’intérieur du territoire) mais lui est resté très attaché à son île. Il est vrai que Fogo exerce un attrait mystérieux, probablement dû aux forces telluriques du Pico, ainsi qu’on nomme le volcan pour le distinguer de son éponyme.

Un chemin vers le ciel

Cap Vert : Au-dessous du volcan FogoDepuis le marché de Sao Felipe, la route pavée qui mène à Chã das Caldeiras (le cratère) serpente entre les hameaux et les maisons isolées. Des écoliers surgis de nulle part embarquent à bord de l’ « aluguer ». Virages serrés et soubresauts. Il fait de plus en plus frais, la terre se dénude. Soudain, émergeant d’un paysage d’apocalypse, le volcan apparaît, trônant sur une plaine de lave et de cendres du haut de ses 2829 mètres. Deux cônes adventifs ont surgi du flan comme des blessures. De là s’échappa la lave lors de la dernière éruption en avril 1995. A l’intérieur de la Caldeira, au pied même du volcan, les deux minuscules villages de Portela et Bangaira semblent un bout du monde surgi d’un autre temps avec leurs enclos d’ânes et de cochons, de chèvres et de bœufs, leurs maisonnettes rondes en toits de chaume. Tout est noir. Les habitants vivent dans des conditions plus que rudimentaires mais ils sont très attachés à leur terre qu’il leur a fallu abandonner momentanément lors de l’éruption de 1995.

Dégustation en pays Montrond

Cap Vert : Au-dessous du volcan FogoDes ribambelles de gamins nu-pieds accueillent notre passage, traînant derrière eux des boites d’huile d’olive en guise de petites voitures. Ils se ressemblent tous un peu avec leurs mèches blondes, leurs yeux clairs et leur peau cuivrée. Un profil bien surprenant en cette région si proche de l’Afrique. Ces gamins ont un ancêtre commun : le fameux Armand de Montrond, aventurier français débarqué dans l’île au XIXème siècle. On qu’il eût plus de cinquante enfants. Une dynastie digne d’un roman de Garcia Marquez ! C’est donc chez un descendant Montrond que nous somme invités à déguster le fromage de chèvre et le « manicon » (un vin fruité très fort), spécialités gastronomiques locales avec un café réputé l’un des meilleurs du monde. Car si le volcan détruit, la fertilité de ses nappes de cendre qui retiennent l’humidité permet la culture de vignes, de pommiers, de grenadiers… ce qui est assez rare au Cap-vert qui souffre terriblement de la sécheresse. Le soir, on se retrouve à la coopérative du village, chez Ramiro Montrond où un groupe de villageois éclairé par un butagaz entame une « morna » déchirante. Violon, guitare et cavaquinho : au pays de Cesaria Evora (originaire de l’île de Sao Vicente au nord), la joie de se retrouver en musique comble bien des privations.

Le nez dans la pouzzolane

Cap Vert : Au-dessous du volcan FogoPour monter au volcan, activité qui constitue la première attraction de l’île, il faut se lever à l’aube. Il fait presque froid lorsque nous quittons la Pousada Pedra Brabo. Cette agréable petite auberge en forme de cloître a été construite en pierres volcaniques par des hommes de la Caldeira sous l’égide de Patrick Zimmerman, un Français tombé amoureux du Cap-vert. On part accompagné d’un guide du village pour une ascension de 3 à 4 heures au milieu de petites cheminées d’où s’ échappent des fumerolles soufrées. Le sommet vaut surtout pour sa vue imprenable sur l’océan et les îles de Brava et Santiago. Bien que toujours en activité, son cratère n’a rien d’exceptionnel pour qui est coutumier de ce genre d’ascension. En revanche, quelle incroyable sensation que de se savoir si haut, en plein milieu de l’Atlantique. La légende dit que Dieu créa les Hommes avec de l’argile et qu’il jeta les cailloux restant à la mer. Ainsi naquit l’archipel du Cap-vert. La situation invite à la rêverie mais déjà, le soleil est haut. C’est parti, donc, pour la descente, une franche rigolade qui consiste à se laisser glisser dans la pouzzolane (poudre de lave).

Cap Vert : Au-dessous du volcan FogoLes plus courageux pourront entreprendre une autre ballade aux senteurs de fougères et d’eucalyptus dans le parc forestier de Monte Velha. Un peu de verdure après tant de noirceur puis un tapis de nuage qui se déroule à nos pieds. Le sentier mène jusqu’à la ville de Mosteiros mais attention, la dernière partie de la randonnée est réellement éprouvante avec ses descentes à pic sur éboulis de pierres (comment diable font ces gamins pour marcher pieds nus ?). On pourra aussi se réfugier dans le rouge d’un verre de Manicon.

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Formalités : passeport en cours de validité (valable 6 mois après le retour). Visa obligatoire et disponible auprès de l’ambassade du Cap Vert : 80 rue Jouffroy-d’Abans, 75008 Paris, 01 42 12 73 50.

Billets d’avion : l’aéroport international se trouve sur l’île de Sal desservie par la TAP et la TACV. La TACV propose également un pass inter-îles intéressant à partir de 5 liaisons (rens . TACV au 01 56 79 13 13). Ceux qui ont du temps pourront aussi voyager en bateau.

Logements : dans la Caldeira, le logement chez l’habitant devient possible mais la Posada Pedra Brava est réellement agréable. De plus, Patrick est un bon cuisinier qui ravit les papilles après la montée au volcan.

Sur le web :

www.cap-vert.com
www.cesaria-evora.com

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