Cap Vert : Santo Antao, perle de l'Atlantique

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Cap Vert : Santo Antao, perle de l'Atlantique

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Gaël Derive | 18.11.2003 | 1747 visites | 0Favoris |
Gaël Derive

Il se tient au milieu de l’Atlantique une petite bande de terre laissée aux caprices de l'océan. Entre reliefs escarpés, vallées luxuriantes et plages de rêve, des sentiers totalement sauvages laisseront aux randonneurs un souvenir inoubliable. Si vous cherchez un petit coin de paradis, simple et accueillant, perdu au bout du monde, venez découvrir l’archipel du Cap Vert et l’extraordinaire île de Santo Antao …

Un archipel hors du temps

Cap Vert : Santo Antao, perle de l'AtlantiqueLe premier sentiment qui vous envahit en posant le pied sur l’archipel du Cap Vert, c’est avant tout cette sensation de calme et de sérénité. Sur ces îles du bout du monde, le temps semble être resté en suspens. Le temps, c’est d’abord celui qui vous est nécessaire pour pénétrer cette forteresse des mers. Depuis la France, ne comptez pas moins de 6 heures de vol depuis Paris pour rejoindre Sal ou Santiago, les principales îles de l’archipel. Les premières terres se situent alors à 500 km plus à l’est, sur les rives africaines du Sénégal. Il vous faudra encore ajouter presque 1 heure de voyage depuis Sal, ballotté dans un petit avion local type ATR pour rejoindre l’île de Sao Vicente. Pour la fin du périple, c’est finalement en bateau que vous rejoindrez la plus à l’ouest des îles de l’archipel du Cap Vert, l’île de Santo Antao. Une courte traversée d’à peine une heure à bord d’un ancien bateau de pêche japonais qui retrouve une seconde vie dans les transports depuis les années 80. Ici, pas de privilèges, le chargement des bananes et des vaches côtoie celui des touristes comme celui des Cap Verdiens. Joyeux mélange de senteurs et de couleurs. Le bateau vogue sur les rouleaux de l’Atlantique, cerné par d'innombrables poissons-volants. Deux dauphins escortent notre bateau et nous rappellent que la haute mer n’est jamais très loin. Après ce voyage mouvementé (les cap verdiens n’ont étonnamment pas le pied marin !), l’immense montagne sous–marine d’origine volcanique se dresse à l’horizon, ses routes pavées montant à l’assaut du relief escarpé.

Une seule route, mais quelle route !

Le seul point d’arrivée sur Santo Antao est la village de Porto Novo, le nouveau port. On empreinte alors un "aluger" (taxi de brousse) pour relier ce petit port du Sud à Ribeira Grande (la grande vallée) au Nord par la route "estrada da corta" (la route de la corde). Cette route grimpe jusqu’aux hauts sommets des montagnes, flirtant avec des précipices de plus de 1000 mètres de profondeur. Frissons garantis ! La construction de cette route pavée particulièrement vertigineuse a duré plus de 30 ans, et a coûté la vie à de nombreux travailleurs. Cette liaison est cependant cruciale car elle permet aux agriculteurs du versant Nord d’exporter leurs récoltes vers les autres îles de l’archipel, via le nouveau port du sud. Dès les premiers kilomètres parcourus, cette route nous révèle l’étonnant contraste entre les deux versants de l’île : le coté Sud sec et aride, le coté Nord humide et fertile.

Un contraste nord / sud marqué

Cap Vert : Santo Antao, perle de l'AtlantiqueLe contraste climatique entre les deux versants de l’île est directement lié aux vents tropicaux alizés qui balaient perpétuellement l’île du nord-est au sud-ouest. Les masses nuageuses viennent buter contre ce relief définitivement solitaire. L’inévitable ascension de ces masses d’air (et d’eau !) provoque les précipitations qui arrosent les pentes abruptes exposées coté nord. Ce phénomène local se retrouve également sur l’ensemble de l’archipel en le divisant en deux ensembles géographiques en fonction de l’exposition au vent : les îles Barlavento (au vent) (Boavista, Sal, Sao Nicolau, Sao Vicente, Santo Antao) et les îles Sotavento (sous le vent) (Brava, Fogo, Santiago, Maio). Sur Santo Antao, le coté béni par les pluies accueille une végétation luxuriante qui pousse à profusion. L’adjectif tropical prend alors tout son sens entre les bananiers, manguiers, cocotiers et autres palmiers. Du coté maudit, les nuages ne sont par contre que de passage. Ils disparaissent bientôt à l’horizon sans laisser la moindre goutte d’eau au sol. Les conséquences sont flagrantes et univoques. Le flanc rocailleux où seul les rochers semblent pousser dégrade ses couleurs du marron sable au rouge roche. Une palette d’artiste sans aucune forme de vie ! Au bas de la pente, le bleu océan et ses côtes déchiquetées illuminent le paysage et rappelle la vie dans ce spectacle désertique. C’est ainsi que cette petite île d’à peine 779 km² de superficie s’épanouit tout en contraste, entre un versant nord où la roche et la sécheresse sont rois, tandis que le versant sud abonde de cultures et foisonne de vie.

La vale do Paul, un jardin d’Eden

Cap Vert : Santo Antao, perle de l'AtlantiqueLa ribeira (vallée) de Paul (prononcer Paoul) est sans doute la plus belle vallée de Santo Antao. Ses quelques 1300 m de dénivelé s’étendent des hauts sommets de l’île au petit village de Paul au bord de l’océan. Cette descente représente un parcours idéal pour un trekking inoubliable. L’escapade débute haut perché, sur le bord du cratère de Cova (1170 m) qui témoigne de l’aspect volcanique de l’île. Le départ se fait sous une épaisse couche nuageuse où règne une forte humidité ambiante, associée à une petite fraîcheur. Respirez à plein poumon les odeurs de pins, de cèdres et d’eucalyptus ! Le chemin pavé souvent glissant (2 mètres de large au maximum) descend à pic dès le départ. Il serpente bientôt le long des falaises. Les mollets durs nous rappellent sans cesse que la descente reste toujours très pentue. Bientôt, le soleil tropical ravageur fait son apparition. Au loin, la vue est alors imprenable sur les petits villages de pêcheurs perdus et la grande bleue. Plusieurs mètres plus bas, le chemin aborde une véritable oasis tropicale. La vallée désormais verdoyante et luxuriante est recouverte de papayers, manguiers, cocotiers, bananiers et bougainvilliers. Les plantations de cannes à sucre, qui donneront le "grogue" local, s’épanouissent en terrasse successives. D’ingénieux canaux d’irrigation serpentent d’un flanc à l’autre du versant, permettant d'alimenter les cultures de sorgho, maïs ou manioc qui serviront de base à la cuisine locale. La moindre parcelle de terre s’est vu colonisée par la végétation sur ce relief pourtant abrupt. Au détour d’un sentier, on croise une fillette souriante qui grimpe courageusement ce sentier tortueux pour venir rejoindre un point d’eau isolé. Rencontre furtive. Après quelques sourires, elle repartira bientôt avec son jerrican sur la tête pour rejoindre le bas de la vallée. Plus bas dans la pente, on traverse les premiers villages isolés. Les vieillards et les enfants sortent sur le devant de leur maison en pierre. La simplicité et l’hospitalité des villageois nous touchent. Les mères de famille sont fières de nous présenter leurs enfants et entament le dialogue par des signes de la main. Que de sourires et de gentillesse à notre passage ! La descente touche à sa fin avec l’arrivée sur la côte déchiquetée de l’océan. Le vent marin vient rafraîchir le courageux marcheur et lui fait oublier pour quelques instants ses mollets devenus bien lourds. Rien de tel alors qu’une bonne baignade improvisée sur la plage déserte. A moins que vous ne préfériez dépenser quelques escudos à la terrasse du seul petit café du village pour un bon "grogue", le rhum local réputé comme l’un des meilleurs au monde. Si vous avez le contact facile, un des habitants vous fera peut être déguster le grogue dans sa modeste demeure. Le langage des signes permet le dialogue. Les sourires illuminent les visages.

De la colonie portugaise au métissage actuel

Cap Vert : Santo Antao, perle de l'AtlantiqueDécouvert en 1456 par la couronne portugaise, l’archipel a très vite suscité un fort intérêt international. Le commerce triangulaire entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques a imposé l’archipel du Cap Vert comme une étape maritime incontournable. Ce fut d’abord l’escale rêvée pour les ravitaillements en eau et en vivre lors des grands voyages de découverte, que ce soit pour la route des épices ou pour la découverte du nouveau continent. Ce fut ensuite une passerelle de choix pour le commerce des esclaves noirs africains lors de leur dernière traversée. Aujourd’hui, les voiliers qui accostent se battent pour des records, des records de vitesse de la traversée de l’Atlantique. Autres temps, autres traversées ! Le style colonial demeure toujours visible sur l’archipel, avec les églises portugaises et les maisons vivement colorées. La société actuelle reste basée sur ce métissage culturel entre les colons portugais et les esclaves noirs africains. L’indépendance acquise en 1975 a plongé l’archipel du Cap Vert dans le bain international. Compte tenu de ses faibles ressources naturelles, l’économie locale repose principalement sur la pêche au thon et le tourisme. L’île de Santo Antao fait cependant exception à la règle, compte tenu de l'exportation de ses cultures sur les autres îles de l’archipel. Son célèbre rhum, qui ravit les plus fins connaisseurs du monde entier, reste sa meilleure carte de visite. Les aides internationales (japonaise, américaine, européenne…) contribuent aussi largement au développement de ce pays qui figure parmi les plus riches de la zone sub-sahérienne (Sénégal compris). Les devises envoyées par la nombreuse diaspora permettent également aux familles de l'île de fortement améliorer leur quotidien.

Une certaine Douceur de Vivre

Cap Vert : Santo Antao, perle de l'AtlantiqueSur le petit port, face à l’océan, les quelques barques multicolores prennent place sous un soleil de plomb. Quelques enfants plongent non loin de là, jouant avec les vagues de l'océan. Dans les ruelles pavées du village, les vieillards se distraient par les cartes ou au moyen de jeux en bois d’origine africaine. A la terrasse du seul café, les verres se remplissent et se vident du grogue qui fait tourner les têtes. Au loin s’échappe un petit air de "sodade" (la nostalgie) que Césaria Evora, la diva au pied nu a fait connaître au monde entier. Sa voix mélodieuse qui entonne l’histoire de cette archipel sent bon le soleil. Ce petit coin de paradis, qui vit au rythme des saisons, respire définitivement le calme et la douceur de vivre. Ambiance typique capverdienne !

Cap Vert : Santo Antao, perle de l'AtlantiqueLa petite Perle de l’Atlantique dispose de versants rocheux, de vallées luxuriantes, de hauts pics noyés dans les nuages, et surtout de sentiers totalement vierges. Je veux continuer à croire que ce petit coin de paradis, sauvage et haut en couleur, demeurera encore longtemps épargné par la horde touristique. Dépêchez vous, vous les courageux marcheurs, d’aller visiter ces paysages enchanteurs. Comme le chante si bien Césaria Evora : "… petit pays, je t’aime beaucoup, petit petit, je l’aime beaucoup …"

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Gaël Derive | 18.11.2003 | 1747 visites | 0Favoris |
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Climat : une courte saison des pluies (Août à Octobre) contraste avec une longue saison sèche (de Novembre à Juillet). Durant la saison sèche, les vents dominent : les alizés (de Janvier à Juillet) et l’harmattan, un vent chaud et sec en provenance du désert saharien (de Décembre à Février). La meilleure période pour visiter l’archipel reste donc les mois d’automne (Novembre et Décembre), où la température reste relativement élevée (30 °C). N’ayez crainte, les températures de l’air (19-31°C) et de l’eau (21-26°C) restent très confortables toute l’année.

Formalités : passeport en cours de validité (valable encore 6 mois après le retour). Visa obligatoire et disponible auprès de l’ambassade du Cap Vert en France (80 rue Jouffroy-d’Abbans 75008 Paris, 01-42-12-73-50). Aucun vaccin obligatoire. La fièvre jaune, la fièvre typhoïde et les hépatites (A, B) sont toutefois recommandés.

Pour s’y rendre : par avion, vol direct depuis Paris uniquement, pour rejoindre l’île de Sal. Ensuite liaison aérienne Sal–Sao Vicente, puis transfert final en bateau vers Porto Novo. Le coût du voyage reste relativement onéreux. Le rêve est à ce prix !  

Sur le web :

Description très complète de l’archipel et de chacune des îles  capdiscovery.online.fr

Présentation de Césaria Evora, mais surtout de son archipel natal  www.cesaria-evora.com

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