Comores : Moroni, une capitale au parfum d'Ylang Ylang

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Comores : Moroni, une capitale au parfum d'Ylang Ylang

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Philippe Chavanne | 21.11.2003 | 1605 visites | 0Favoris |
Philippe Chavanne

Comores : Moroni, une capitale au parfum d'Ylang YlangDans un crissement de pneus, l'avion se pose sur la piste surchauffée de l'aéroport d'Ikoni. A peine les portes sont-elles ouvertes qu'une bouffée de chaleur envahit la cabine, vite suivie par des effluves enivrants qui nous suivront tout au long de notre séjour : un doux parfum d'ylang-ylang, des senteurs de bougainvillée, des volutes de vanille, un soupçon de cannelle, ... Ca sent la frangipane, le clou de girofle. Pas de doute : nous débarquons bien sur l'île de Ngazindja. Sur Grande Comore. L'une des îles les plus parfumées du monde !

Comores : Moroni, une capitale au parfum d'Ylang YlangDans une joyeuse pagaille déjà toute africaine, les paquets plus ou moins mal ficelés et les marchandises les plus hétéroclites s'entassent vaille que vaille sur le toit et le plateau du taxi-brousse : un panier rempli de légumes frais, une boîte en carton maladroitement ficelée qui enferme quelques volailles caquetantes, une pile de nappes joliment brodées, quelques outils épars, un sac de farine, une petite pile de casseroles qui n'arriveront probablement pas intactes à destination, ...

Départ immédiat ... ou presque

Comores : Moroni, une capitale au parfum d'Ylang YlangLe chauffeur s'impatiente. Il aimerait partir au plus vite. Prendre la route. Quitter la ville. Filer vers les villages disséminés sur l'île. Avec force coups de klaxon, il ameute ses clients; les pressant d'embarquer dans la petite cabine ou sur le plateau de son vieux pick-up Peugeot 404 brinquebalant et maintes fois rafistolé. Il hèle les femmes qui n'en finissent pas de papoter, pressées de se transmettre les derniers potins des villages. Les plus chanceux de ses passagers s'installent à ses côtés, dans la cabine. On se serre un peu. On est à 2, puis à 3. Les autres s'entassent comme ils peuvent à l'arrière, entre les marchandises. Ceux qui s'assoient du côté extérieur du plateau suffoqueront un peu moins que ceux qui sont coïncés à l'intérieur. Mais ils ont une mission supplémentaire : surveiller la route derrière la voiture. Attentifs à ce qu'aucune marchandise ne dégringole du toit du véhicule et ne s'éparpille sur le chemin ou les bas-côtés. Ce qui, vu l'état des routes, des véhicules et la conduite des chauffeurs comoriens, n'est pas vraiment exceptionnel ...

A bord du « taxi-frousse »

Comores : Moroni, une capitale au parfum d'Ylang YlangCe n'est pas un hasard si le taxi-brousse comorien est surnommé "taxi-frousse" ! Dans ce pays toujours avare de plaques indicatrices et qui ne connaît pas encore les feux rouges, le chauffeur de taxi-brousse est considéré comme le roi de la route. En tout cas, il estime l'être ... Tout juste fait-il attention aux voitures de policiers et aux camions de militaires qui n'ont pas vraiment la réputation de rigoler avec les civils. Mais pour le reste ... Avec son vieux pick-up français cabossé et réparé avec une rare ingéniosité, il fonce sur la petite route qui fait le tour de l'île, passant par les principaux villages côtiers. Il maitrise à merveille l'accélérateur. Il joue du changement de vitesse qui grince, craque. Il use et abuse du klaxon qui parvient même parfois à dominer le bruit de la radio qui hurle dans l'habitacle. Mais il néglige les rétros (enfin ... ceux qui restent ...) et semble ignorer totalement l'usage des freins. Même à l'entrée des villages. Même dans les virages qu'il prend un malin plaisir à couper, Inch Allah ... Même lorsque la route se transforme en une succession de nids de poule. Au grand dam des passagers qui, entassés sous la bâche recouvrant le plateau arrière, sont ballotés d'un côté à l'autre, ou des marchandises qui ont intérêt à être solidement arrimées. Mais comme le "taxi-frousse" est le seul moyen de communication "interurbain" (si l'on ose dire ...) et que les prix sont démocratiques, les Comoriens font en riant l'impasse sur les inconvénients. Ils s'accrochent où ils peuvent et regardent défiler la route bordée de flamboyants en fleurs, parfumée à la vanille, à la cannelle et à l'ylang-ylang. Ce qui, tout de même, console de bien des maux ...

Fin de marché à Moroni

Comores : Moroni, une capitale au parfum d'Ylang YlangTous les jours, le même scénario se reproduit. Comme si le temps n'avait aucune prise sur la vie locale. A Moroni, la fin de marché est toujours bruyante. Agitée. Désordonnée. Elle reste surtout toujours conviviale et souriante. Empreinte d'un certain art de vivre "à la comorienne" qui puise ses racines dans les moeurs arabes et les traditions africaines. Les marchandages sont serrés. Les marchandises s'entassent pêle-mêle sur les taxis-brousse. Les conversations n'en finissent pas de finir : il y a toujours une dernière petite chose à ajouter, un ami à héler, une petite rumeur à colporter, une dernière information à transmettre, des nouvelles de la famille à donner. Les gosses, joyeux et souvent espiègles, courent dans les jambes de chacun, se poursuivant entre les tas de marchandises et les voitures. Chapardant un fruit ici, se cachant derrière des sacs de farine par là. Même si l'on a l'habitude des marchés africains ou des souks arabes, le spectacle est étonnant et le marché de Moroni reste unique en son genre. Le marché ou plutôt ... les marchés !

Le volo-volo à Coulée de Lave

Comores : Moroni, une capitale au parfum d'Ylang YlangPour faire le plein de légumes frais, de poissons tout juste péchés, de fruits juteux ou d'épices odorantes, il faut monter jusqu'au "petit marché". Dominé par une splendide porte de style arabe, c'est un vrai théâtre de rue. Il grouille de vie et d'animation. Il est agité et encombré. Entre les sacs de tomates, les cageots de viande et les cages à poulets, les ménagères comoriennes goûtent les fruits, jugent la fraîcheur des poissons, tâtent les légumes, auscultent les quartiers de viande, ... et discutent fermement les prix. Devenu un peu trop exigu pour une ville toujours modeste, mais pourtant en perpétuelle croissance, ce ravissant "petit marché" subit la concurrence du nouveau marché "volo-volo" situé au nord de la ville, dans le quartier Coulée de Lave. Ici, les belles Comoriennes au visage couvert par traditionnel le masque de santal se pressent autour des étoffes et des tissus colorés. Elles choisissent avec soin la jolie nappe brodée qui ornera leur table. Ou le" chiromani" qu'elles porteront ensuite fièrement. Ici, au "volo-volo", elles trouveront tout ce dont elles ont besoin : tissus, fruits, petit matériel, articles d'artisanat, ... Pour le voyageur, le pittoresque est au coin de chaque étal. Les couleurs chatoyantes et les parfums exotiques sont au rendez-vous de chaque article. Le "volo-volo" baigne dans une ambiance mi-africaine, mi-arabe et voit son charme rehaussé par une organisation débridée qui fleure bon l'insousciance des îles exotiques ...

Ballet de galawas

Pour attachants et photogéniques qu'ils soient, le "petit marché" et le "volo-volo" ne sont pas les seuls attraits de la capitale de la République Fédérale Islamique des Comores. Cet ancien sultanat qui n'est plus riche aujourd'hui que d'une longue et prestigieuse histoire, a été installé au bord d'une petite baie transformée au fil des ans en un très actif port aux boutres qui commercialisait jadis avec les autres sultanats de l'Océan Indien. Zanzibar en tête. Cette situation privilégiée, au bord de l'une des rares échancrures d'une côte plutôt inhospitalière pour les navires, a largement contribué à assurer dans le temps la renommée et la fortune de la ville. Il en va autrement aujourd'hui : ce port aux boutres plein de charme et d'ambiance, de même que le nouveau port situé légèrement plus au sud, ne sont pas assez profonds pour accueillir les navires modernes. Dès qu'un cargo jette l'ancre au large, commence un incessant ballet de barques, boutres et "galawas" (des pirogues traditionnelles à balanciers) qui assurent le transfert - parfois instable et hasardeux - des marchandises entre le cargo étranger et la terre ferme. Tout y passe : voitures d'occasion, denrées alimentaires, machines, tissus, ... jusqu'aux rares passagers qui ont choisi de rejoindre les Comores par la voie maritime. Pour le visiteur étranger, ce va-et-vient a quelque chose de terriblement "exotique". Il n'en va pas de même pour les Comoriens qui ont souvent bien du mal à transporter les marchandises sur leurs embarcations qui roulent sur les vagues. Chaque marchandise qui passe par-dessus bord est irrémédiablement perdue. Vu la dramatique situation économique du pays, c'est à chaque fois une catastrophe. Une "perte sèche", si l'on ose ainsi dire ...

A l'ombre du Karthala

Comores : Moroni, une capitale au parfum d'Ylang YlangQu'ils soient en mer ou sur terre, les Comoriens gardent toujours un oeil sur le volcan Karthala qui, massif et puissant, domine la ville et l'île. Impossible de ne pas le voir. De ne pas y penser. Certains jours, il semble disparaître derrière un écran. Alors, les djinns mènent grand tapage au fond de son cratère (le plus grand du monde) et les Comoriens se replient discrètement sur eux-mêmes. D'autres fois, plus débonnaire, il se détache sur le bleu d'un ciel tout juste ponctué de légers nuages blancs. Parfois, il gronde et fait craindre le pire aux vulcanologues de Moroni qui le gardent sous surveillance constante. Car ici, chacun se souvient encore de sa dernière éruption. En 1977. Il a commencé par gronder. Puis par faire vibrer toute la terre autour du village de Singani, au sud de l'île. Puis, il s'est gonflé. Gonflé à craquer. Gonflé au point de provoquer l'ouverture d'une énorme plaie sur son flanc occidental. Pendant plusieurs jours, des millions de mètres cubes de laves incandescentes ont dévalé ses pentes. Ravageant la végétation. Détruisant et enfouissant les villages. Sans faire de victime, heureusement. Désarmés devant les forces de la nature, les Comoriens, impuissants, n'ont eu d'autre choix que de quitter les villages menacés et aller prier dans les mosquées.

Mosquée du Vendredi et medina

Comores : Moroni, une capitale au parfum d'Ylang YlangC'est à Moroni que se situe la plus grande mosquée de l'île : la Mosquée du Vendredi qui fait face au port aux boutres et marque l'entrée de la vieille ville. D'ordinaire, l'endroit respire la sérénité. Sauf le vendredi, jour de la grande prière. Alors, tous les Comoriens arrêtent le travail, se retrouvent à la mosquée et prient. Ils s'entassent dans la salle de prière. Ils débordent dans les rues avoisinantes. Ils bloquent toute la circulation, mais qui cela peut-il importuner ? C'est le moment de s'adresser à Allah et la terre peut bien continuer à tourner toute seule. La ville est paralysée. La vie est arrêtée. Le temps d'une prière. Le temps d'un appel à Allah. De la Mosquée du Vendredi, une plongée au coeur de la medina semble logique. Et bien tentante. Si la grande route longe la mer, aucune artère d'importance ne traverse la medina dont les quartiers s'agglutinent, sans ordre apparent, autour du port aux boutres. Après avoir jeté un oeil aux bijouteries indiennes qui marquent l'entrée de la vieille ville, ne surtout pas hésiter à s'y engager ! A se faufiler dans les petites rues étroites et sinueuses. A se laisser guider par sa seule curiosité. A se perdre dans ce lacis compliqué de ruelles. Au fil de la promenade, on découvre, souvent émerveillé, plusieurs belles maisons anciennes qui appartenaient jadis aux sultans de Moroni. Petit détail architectural : les portes en bois sont souvent magnifiquement sculptées (c'est l'un des points forts de l'artisanat comorien). Mais, surtout, la medina reste un quartier d'ambiance. Un vieille ville populaire où l'on retrouve toute l'âme des Comores et des Comoriens. Entre marchés et port aux boutres, entre bijouteries indiennes et Mosquée de Vendredi, la medina vit, bouge, respire au rythme parfois fort bousculé de la vie politique locale. Par-dessus tout, la medina fleure bon, elle aussi, l'ylang-ylang, la cannelle ou la vanille qui, entêtantes et envoûtantes, embaument la ville et parfument toute l'île de Ngazindja. L"Ile aux Parfums" ...

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Philippe Chavanne | 21.11.2003 | 1605 visites | 0Favoris |
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info plusinfo plus

- Une encyclopédie (presque) complète sur Moroni et ses 60.000 habitants : http://fr.encyclopedia.yahoo.com/articles/m/m0005967_p0.html
- Le site de l’Ambassade de France à Moroni : http://lesservices.service-public.fr/mod_res/m_fserv.htm?DN=...
- Petit coup d’oeil d’artiste sur les Comores, avec le site de l’artiste comorien Modali, “le peintre comorien le plus célèbre de la planète” (sic !) : http://www.rfo.fr/artiles/Modali.html
- L’actu en ligne avec le site du “Matin des Comores”, le premier quotidien national : http://www.lematindescomores.com

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