
Sortir de la Grande Ville
La première impression que l’on a en visitant le Danemark, c’est qu’il n’y a pas beaucoup de touristes non-Danois et qu’ils semblent tous ne visiter que Copenhague, la capitale. Pourtant, partout où nous sommes allés, les gens étaient sympathiques et surtout ils parlaient à peu près tous anglais, ou au moins le comprenaient.
Si vous avez l’âme un peu moins frileuse, je vous propose de sortir de la capitale et de me suivre jusqu’à l’autre côté du Danemark, sur la côte ouest. Et une fois sorti de la grande ville, vous découvrirez un paysage champêtre tout en douceur, avec des vallons verts et de petites collines pas bien hautes. En effet, le Danemark est un pays plutôt plat, son sommet le plus haut ne faisant pas 175 m. C’est donc un pays parfait pour les cyclistes et il y a en partout.
Pour ceux qui préfèrent prendre ça un peu plus relax, comme moi, je suggère les trains, presqu’aussi ponctuels que ceux d’Allemagne, sa voisine. Ils vont à peu près partout et vous pouvez habituellement acheter des billets à la dernière minute (si vous n’êtes pas trop pointilleux sur les heures de départ et d’arrivée).
À environ 3 heures de Copenhague, se trouve Ribe, le plus ancien village du Danemark, situé sur la côte ouest dans le Jutland sud que je vous propose de découvrir avec moi. Une fois sortie de la gare, il ne suffit que de suivre les panneaux indicateurs pour se rendre à la place centrale (que les Danois appellent Torvet) de ce petit village. Cela ne prend qu’une dizaine de minutes et vous vous retrouvez en face de la vieille cathédrale de Ribe, en plein Moyen-âge ! Le village est si petit, si compacte, qu’il est extrêmement facile à explorer à pied. Prendre une randonnée au travers de ses rues et des ses ruelles c’est comme visiter une fouille archéologique tant il y a de sites historiques à découvrir.
Histoires Vikings
De récentes excavations ont démontré que ce village était déjà habité de façon continue à partir de 700 AD, ce qui en fait le plus vieux site d’habitations non-temporaires au Danemark. Un musée, construit à l’endroit même du premier campement et en face de la gare ferroviaire, raconte l’histoire de Ribe et des Vikings de la région. Ce musée, assez récent, est agréable à visiter; on ne s’y sent pas enfermé et les expositions sont bien faites (les informations sont en danois, en allemand et en anglais). On y trouve même la reconstruction grandeur nature du village au début de sa fondation, un printemps vers 700 AD, le long du quai avec un bateau transportant des marchandises pour le commerce, et plus tard, vers 1500 AD, lors de la construction d’une maison de briques et de pierres. La visite de ce musée est non seulement informative en ce qui concerne la vie de tous les jours des villageois vikings mais montre également à quel point les échanges commerciaux entre ces peuples et ceux d’Eurasie et du reste de l’Europe étaient importants. En effet, on y trouve un nombre impressionnant de tessons de verre et des vases en céramique et ou métal venant d’Italie, de France, d’Espagne et de plus loin encore. Il y a aussi des billes de verres multicolores faites sur place et qu’ils enfilaient sur une cordelette afin d’en faire des colliers ou des bracelets, ou encore, des boutons. La finesse de ces billes, certaines avec cinq ou six couleurs superposées, démontre le talent de ces gens. Il y avait aussi des échanges avec certains peuples de l’actuelle Russie, des métaux, des peaux et des bois d’animaux, entre autres. Et bien sûr, les meilleures routes à suivre étaient les courts d’eau. C’est pourquoi Ribe, comme la plupart des villages de son temps, a été fondé le long de la rivière Ribe  . Comme la rivière n’est pas très profonde, les gros bateaux devaient ancrer plus loin, dans la mer Wadden, et ce sont des bateaux plus petits et à fond plat, les evert, appartenant à des citoyens de Ribe, qui devaient faire les allées-retours, et ce, jusqu’à il y a environ 400 ans. Une réplique de l’un de ces bateaux, le Johanne Dan, est ancré au quai Skibbroen.
Tout les ans, lors de la première semaine de mai, on célèbre les Vikings en recréant un grand marché moyenâgeux au Centre Viking de Ribe; plus de 300 vikings, dans leurs plus beaux atours, viennent de partout dans le monde pour cette fin de semaine magique. Il s’agit peut-être du plus gros rassemblement Viking du nord de l’Europe. Tous les métiers de l’époque y sont représentés et on peut même y faire ses emplettes.
Les Soubressauts de la Rivière Ribe
Au début, le campement viking était surtout réservé aux artisans et il était en fait un marché à ciel ouvert au bord de la rivière. Son emplacement si près de l’eau, dans les marais, faisait qu’il était facile de charger et décharger les bateaux. Malheureusement, cela voulait aussi dire que les inondations étaient fréquentes et plusieurs milliers de charrettes de sables ont été utilisées au cours des ans afin d’assécher les marais et du fait, d’élever un peu le niveau du sol. On trouve encore de nos jours un poteau de quelques mètres de haut, le long du quai, presqu’en face du restaurant Saelhunden, indiquant le niveau de l’eau lors d’inondations majeures. La plus importante de ces inondations, depuis le début de la notation de celles-ci, date de 1634 alors que le niveau de l’eau à ce moment-là atteignit six mètres de plus que son niveau habituel et il y eu quelques centaines de morts. Bien que de nos jours il y ait des barrages et des “dykes” le long de la rivière, les inondations font partie de la vie des gens de Ribe, et il y a des évacuations périodiques du village.
La Ville est née
Au fur et à mesure que le campement grossi, de nouveaux marais ont dû être asséchés et les maisons sont passées, petit à petit, de maisons en bois en constructions plus solides faites de briques et de pierres. Et le village qui n’avait qu’un quartier artisan près de la rivière, s’est vu agrandi en un ensemble de quartiers s’étalant de chaque côté de la rivière et séparés chacun par une branche de la Ribe . Des murs pour protéger la petite ville qu’était devenu Ribe furent édifiés et le roi y construit même un château, le château Riberhus situé à Slotsbanken. Malheureusement, il ne reste plus que quelques morceaux de murs de pierres pour indiquer son emplacement. Il est dit qu’après leur mariage en 1205, le roi Valdemar Sejr et la reine Dagmar, vécurent dans ce château. Il semblerait que la reine ait était proche de son peuple car une chanson folklorique très ancienne raconte sa mort en couche en 1212 (La reine Dagmar est souffrante, à Ribe elle est couchée/étendue). On peut entendre l’air plutôt mélancolique de cette chanson joué par le carillon de la cathédrale tout les jours à 12h00 et à 15h00.
Les églises
Parlant d’églises, il y en avait dix, plus quatre monastères, durant le haut Moyen-âge ! Mais seules l’église Ste-Catharinae, construite en 1228 en même temps que l’abbaye, par les frères Dominicains (appelés frères noirs au Danemark) et la cathédrale, ont échappés à la destruction lors de la réforme au seizième siècle. L’abbaye, avec son magnifique jardin cloîtré (ouvert au publique), servit d’hôpital. En ce qui concerne la cathédrale, et bien que la paroisse de Ribe existait déjà en 948 AD, il fallut attendre 1150 AD avant qu’elle ne soit construite par le Bishop Élias, grâce à une aide financière de la part de la famille royale. Il fallut un siècle pour finir sa construction et elle a ceci de particulier que ses murs sont faits, non de briques rouges comme toute les autres de la région à la même époque, mais de pierres rosées- beiges venant d’une carrière située près de Cologne, à des centaines de kilomètres de là. Il a donc fallut les acheminées à Ribe en suivant le Rhin. Ce devait être toute une aventure en 1150 de voyager avec des tonnes de pierres pour un si long voyage quand on pense que la majorité des gens n’allaient pas à plus 20 km de chez-eux, dans toute leur vie! Mais il est vrai que l’on parle ici de Vikings, grands explorateurs. C’est un très bel exemple de cathédrale de la période romanesque (bien que quelques additions de la période gothique aient été ajoutées plus tard!). En plus de la chanson de la reine Dagmar, l’hymne composé par Hans Adolf Brorson (l’un des compositeurs d’hymnes les plus connus du Danemark et qui fut bishop à Ribe de 1741 à 1764, où il vécut avec sa seconde femme et leur trôlée d’enfant!) est également joué par le carillon de la cathédrale tout les jours à 8h00 et à 20h00. Des tables et des chaises sont placées autour de la place centrale du village (Torvet) lors des beaux jours et il est fort agréable de s’y assoir pour prendre une bière ou un repas tout en admirant les jeux de lumières et d’ombres sur les murs rose-beiges de ce très ancien édifice.
Les rues et les maisons
Ribe c’est aussi un ensemble de belles petites rues et ruelles avec des maisons de toutes les couleurs datant de 1200 à 1500 AD. Bien qu’un feu majeur ait détruit près du tiers du village en 1580 AD, il reste une centaine de maisons anciennes à colombages dans les quartiers qui purent échapper aux flammes, spécialement près de la cathédrale et en allant vers la rivière. Ce qu’il y a de remarquable chez ces maisons, se sont d’abord leurs portes; il n’y en a pas deux pareilles à Ribe. On en trouve avec des carrés colorés tous de la même couleur ou chacun d’une couleur différente, d’autres ont des formes géométriques plus complexes, certaines ont comme des petites clôtures, il y en a avec des fenêtres, avec de petites lampes dans les fenêtres etc. Il y en a vraiment pour tout les goûts: de la plus extravagante à la plus simple, de la monochrome à la plus sophistiquée avec des roses peintes sur le cadre. L’une de ces vieilles maisons, au coin de Bispegade et Snderportsgade, était habitée par Mareen Spliid, dont le procès fit sensation et qui fut l’une des dernières femmes à être brûlées comme sorcières à Ribe, le 9 novembre 1641. Les gens qui y habitent maintenant ont le sens de l’humour: on peut voir une petite poupée-sorcière sur un balai dans l’une des fenêtres du rez-de-chaussée !
On trouve également dans l’une de ces rues, l’un des très rares nids de cigogne au Danemark. Il est estimé que seuls une douzaine de couples restent encore dans ce pays et l’un d’eux niche sur la cheminée du Den Gamle Rdhus (l’ancien hôtel de ville) situé dans la rue Sortebrdgade. Une grande fête est organisée par l’Association de la cigogne en leur honneur le premier jeudi suivant leur retour au printemps. Des grenouilles en chocolat et de l’eau de source sont distribués, le tapis rouge est déroulé et le maître de cérémonie proclame bien fort l’arrivée des cigognes!
Restaurants et logis
Ribe, c’est aussi plusieurs bons petits restaurants, une vingtaine selon le bureau de tourisme. Nous en avons trouvés plus à notre goûts et où nous aurions aimé entrer, en une seule journée qu’à Copenhague en près d’une semaine!. Et contrairement à Copenhague où les prix relèvent des nombres fantastiques et imaginaires, les prix demandés à Ribe, bien que toujours un peu élevés, étaient, pour la plupart, raisonnables pour la qualité de la nourriture servie. Aussi, contrairement à la croyance commune qui veut qu’il n’y ait que du hareng et des sandwiches ouvertes (smrrebrd, pain beurré en Danois), qui soit dit en passant peuvent être de vrais petits chef-d’œuvre, on nous a servi de bonnes soupes à l’oignon ou au poulet, des poissons fins (autre que du hareng), du veau bien tendre avec une petite sauce brune aux champignons sauvages, du porc sous toute ses formes (la Danemark est voisin de l’Allemagne après tout!) et bien sûr, quelques danoises (que les Danois nomment wienerbrd) bonnes pour le dessert mais aussi pour le petit déjeuner, ou le thé en après-midi, ou plus tard en soirée. Bref, à toute heure de la journée!
Il se dégage de ces petits restaurants une atmosphère plus chaleureuse et intimiste que dans la grande ville, et on se rend compte rapidement que les gens de la place y sont des habitués. On y a découvert également un pub très intéressant, le Vaegterkaelderen, qui est en fait le sous-sol de l’hôtel Dagmar et qui a conservé des allures de seizième siècle, avec des murs couverts de tuiles de céramiques comme il y en avait sur les anciens poêles à bois de la région et d’énormes poutres au plafond. C’est la place idéale pour prendre une boisson chaude lors des jours mauvais de novembre.
Les prix des chambres sont également plus raisonables et les hôtes sont serviables et aimables. On ne peut en dire autant de l’accueil reçu à d’autres endroits du globe...
Bref, Ribe est un vrai petit bijou danois, chaleureux, sympathique, à grandeur humaine, où il fait bon flâner dans les rues ou assis sur une terrasse et qui a pu conserver son apparence médiévale en étant un peu en retrait par rapport au grand axe routier moderne et qui vaut vraiment le détour.




