Entre déserts et savane.

Namibie
Entre déserts et savane.

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Gérard Decq | 12.01.2010 | 209 visites | 0Favoris |
Gérard Decq

Là-bas.

Entre déserts et savane.A l’horizon, soulevée par un 4x4, une boule de coton enfle à notre rencontre. Au volant, sans aucun doute, un Blanc, descendant des Allemands ou des Afrikaners qui, plus d’un siècle durant, ont dominé le pays. Depuis l’indépendance de mars 1990, si le pouvoir gouvernemental est aux mains des Noirs, la population blanche, minoritaire, tient les premiers rôles dans les secteurs économiques ; les Blancs sont propriétaires de la majorité des fermes… Ecran de poussière qui nous happe : le 4x4 vient de nous croiser. L’immensité du paysage s’ouvre à nouveau devant le pare-brise du véhicule de location. Nous voici à nouveau maîtres des grands espaces à perte de vue, empereurs du décor sous un ciel bleu impeccable. Avec 2.2 habitants au kilomètre carré et une population principalement regroupée dans les villes du nord, le territoire namibien se donne au voyageur dans sa beauté primitive, immensités grandioses, décor à l’état vierge.

Désert rouge.

Entre déserts et savane.La nuit que nous venons de passer dans une ferme d’hôtes, aux confins du Kalahari, avait des parfums de bout du monde. Juillet, l’hiver austral : un feu crépitait dans la cheminée contre laquelle s’adossaient des fusils de chasse. En dépit du « computer » allumé dans un coin de la pièce, nous avions rejoint la planète de ces pionniers qui, au milieu de nulle part, assistés de quelques serviteurs noirs, règnent sur des milliers d’hectares de ferme d’élevage… Au fil des kilomètres, la poitrine dilatée, nous respirons notre solitude. L’univers minéral déroule de multiples variantes de brun violacé. Dans les creux, s’est niché le célèbre sable rouge du Kalahari, ponctué de touffes épineuses. L’alignement de poteaux électriques, fidèle surligneur de la piste, présente de curieuses meules de paille évasées au sommet : incroyables architectes de ces nids gigantesques à multiples entrées, vont et viennent les petits passereaux tisserins. Nous poursuivons à travers un plateau aride en direction d’une faille spectaculaire, le canyon de la Fish River. Numéro deux mondial, juste derrière le Grand Canyon du Colorado, il entaille le relief sur 160 kilomètres ! Au pied de falaises vertigineuses, qui dépassent souvent les 550 mètres, scintille le vert filet de la rivière. Il serpente jusqu’au fleuve Oranje, au creux d’un empire minéral où ombre et lumière jouent une incessante partie de cache-cache. De loin en loin, des kokerbooms ont planté leurs racines dans les roches noires, celles qui emmagasinent le mieux la chaleur. Plantes arborescentes au tronc filandreux et à l’écorce squameuse, elles ont été surnommées arbres-carquois car les bushmen en évidaient une branche pour transporter leurs flèches.

Namaland.

Entre déserts et savane.En remontant vers le nord, nous pénétrons dans le Namaland : sous la domination sud-africaine, vers 1930, les différentes ethnies noires furent confinées dans des réserves, les homelands. Une loi sur le vagabondage punissait sévèrement les Noirs quittant la région qui leur était assignée, sauf dans le cas d’une embauche par un Blanc. Les Namas, indigènes depuis le XIIè siècle, se virent repoussés autour de l’ancien volcan Brukharos. Ne croyez pas à la fertilité du sol volcanique : ici, entre le désert du Kalahari à l’est et celui du Namib à l’ouest, ces hommes se virent offrir 30 000 km² de terres arides et caillouteuses. La maigre végétation ne permettant pas de nourrir leurs troupeaux, ils furent nombreux à partir travailler sur les fermes des Blancs ou dans les mines. Aujourd’hui, plusieurs familles survivent dans des cabanes de tôle, plutôt mal que bien, au village de Berseba. Au bout d’une piste poussiéreuse de quarante kilomètres, avec leurs charrettes à âne, elles paraissent totalement coupées du monde dans la vaste plaine caillouteuse. Au bord de la piste, à Berseba, un Nama peut attendre, des journées entières parfois, un éventuel transport pour la ville. La faim n’est pas loin, la pauvreté assurément présente ! Aznavour a beau chanter que la misère est moins pénible au soleil, naître à Berseba semble, en dépit d’une école publique, une sacrée injustice du sort.

Namib, désert littoral.

Entre déserts et savane.Quittant le Kalahari, nous nous rapprochons de l’Atlantique. Un second désert nous attend, le plus ancien du monde, le Namib. Fascinant Namib : du plus profond du pays, il vient, sur deux mille kilomètres de long, plonger ses dunes dans l’Océan. En Namibie, la nature, dans sa singularité, se décline vraiment au pluriel. Admiré pour ses immenses dunes – à Sossusvlei, les plus hautes du monde flamboient de tous leurs ocres à l’aurore de chaque jour – le Namib comporte aussi de vastes espaces minéraux. Univers rocailleux, poudreux, inhospitalier, spectacle hallucinant à perte de vue, la bien nommée « Vallée de la lune » s’étale sous nos yeux au détour de la piste. Et pourtant, dans ce décor apocalyptique, pousse une variété botanique unique au monde : la Welwitschia mirabilis. Vu ses conditions d’existence, elle n’offre pas vraiment une fraîcheur esthétique à couper le souffle, mais certains specimens comptent plus de 1500 printemps ! Véritable plante fossile, la welwitschia parvient à absorber le peu d’humidité déposé par les brumes de l’Atlantique… De loin en loin, sentinelle au haut d’une colline, la silhouette d’un oryx se détache sur l’azur profond. Cette antilope à l’allure racée, dont la corpulence et le galop évoquent un cheval, porte, sur une tête bicolore, deux longues cornes droites disposées en V. Quand la chaleur dépasse les cinquante degrés, l’oryx survit grâce à, particularité anatomique, un véritable climatiseur veineux qui rafraîchit le sang de son cerveau

Entre déserts et savane.L’aridité du Namib, son existence même, est due à un phénomène climatique particulièrement curieux : tandis que le désert brûle sous la canicule estivale, le courant froid du Benguéla remonte le long des côtes. Voilés d’un épais brouillard, parfois déchaînés en tempête, les rouleaux de l’Atlantique qui baignent le pied des dunes peuvent ainsi abriter d’impressionnantes colonies d’otaries. Alors qu’à l’intérieur des terres, la savane est peuplée de la traditionnelle faune africaine, éléphants, zèbres et girafes, à la même latitude, l’océan baigne la fourrure des otaries du Cap Cross. Là encore la Namibie atteint un record : il s’agit de la plus grande colonie au monde. Plages et rochers sont entièrement couverts. Permanent brouhaha de cris rauques. Peluches au repos ; les fourrures beiges côtoient les grises qui commencent à sécher, pendant que des formes noires et luisantes peuplent les vagues.

Savane et safari

Entre déserts et savane.Au-delà du tropique du capricorne, vit une majorité de Hereros. Installés depuis le XVIIIè siècle, ils se confrontèrent souvent aux Namas, mais c’est surtout leur résistance héroïque au colonisateur germanique qui les fit entrer tragiquement dans l’histoire : en 1905, à Waterberg, les 3/4 de leur population furent massacrés par les Allemands. Les descendants actuels revendiquent avec fierté cet héritage. Rares sont les peuples, ayant intégré le modernisme qui témoignent d’un tel attachement à leurs traditions. Chaque jour, même pour les travaux ménagers, les femmes revêtent la coiffe dressée sur l’armature de deux baguettes plantées dans leur chevelure. A les voir, en costume élégant, déambuler dans les rues ou s’affairer près de leur maison, on pourrait croire à une festivité folklorique : il n’en est rien, la vie coule au quotidien.

Entre déserts et savane.Le long ruban de la piste file dans la savane parsemée de termitières. Entre deux chants très rythmés, l’autoradio nous berce de longs palabres aux curieuses sonorités ponctuées de très nombreux claquements de langue, caractéristiques des langages d’origine Khoisan. Dans cette ambiance sonore locale, nous délaissons plusieurs réserves privées pour gagner le Parc National d’Etosha. Là, au rythme de notre propre véhicule, nous allons vivre un inoubliable safari. Outre les graciles springboks et les oryx déjà rencontrés dans le Namib, voici les sombres gnous velus et de nouvelles antilopes : fuyantes steenboks, impalas à robe claire, bubales plus sombres et grands koudous, mâles aux majestueuses cornes vrillées et leurs femelles au pelage rayé. Les journées s’écoulent, emplies de rencontres, y compris celle du seigneur lion. Dans cette réserve animalière, l’une des plus vastes du monde, le livre de la nature s’ouvre dans son intemporalité. La diversité des espèces qui se côtoient librement à un plan d’eau offre un spectacle incroyable, pièce de théâtre permanente, sans cesse renouvelée d’une faune digne de l’arche de Noé.

Entre déserts et savane.La Namibie elle-même apparaît comme un immense parc naturel. Les grands espaces séduisent, subjuguent, envoûtent. L’homme s’y trouve face à lui-même dans un bain originel. Il en revient à l’écoute de ces hommes différents, au passé douloureux, qui portent sur leurs épaules leur toute jeune démocratie.

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Gérard Decq | 12.01.2010 | 209 visites | 0Favoris |
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info plusinfo plus

Se déplacer : Une voiture de location est le meilleur moyen pour une découverte en toute liberté, et particulièrement pour parcourir le parc d’Etosha. Une deux roues motrices suffit, mais il faut être très prudent. Malgré la faible circulation, les accidents sont fréquents. Attention aux dérapages sur piste, aux cailloux coupants et ralentissez au croisement d’un autre véhicule : risque d’éclat sur le pare-brise !
Hébergement : Bien sûr des lodges luxueux, mais l’implantation d’Allemands et la fréquentation de touristes afrikaners ont fait se développer un réseau de B&B particulièrement riche, où l’on jouit du douillet confort germanique. Plusieurs sites existent sur la toile : http://www.bedandbreakfast.com/namibia.html , http://www.orusovo.com (site particulièrement utile aux voyageurs individuels).
Accordons une mention spéciale à La Gessert Guesthouse de Keetmanshoop, réservation indispensable car ce B&B exceptionnel est bien connu des touristes en provenance d’Afrique du sud.
Une autre bonne adresse, à Swakopmund :
Pour le parc d’Etosha, le must est de séjourner à l’intérieur du parc : on peut réserver en ligne ou à la capitale Windoëk, sinon, c’est le hasard qui vous laissera ou non une chambre libre (ce qui fut notre cas car nous voulûmes prolonger, près du deuxième point d’eau).
Restauration : Aucun problème et prix abordables. Incontournable, « Joe’s Beer house », 440 Independence avenue à Windoek ; « Light house » à Swakopmund vaut aussi le détour.
Achats : Tout un artisanat fleurit, vu la présence des touristes. Des villages entiers regroupent des sculpteurs sur bois, souvent en provenance de pays d’Afrique centrale. Les œuvres sont de bonne qualité car la concurrence sévit.

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