
Ethiopie
Ethiopie : Sauvons les derniers loups d'Abyssinie
J'étais, en Ethiopie, il y a quelques temps, à la recherche d'un animal rarissime : le loup d'Abyssinie. Vous le connaissez peut être sous le nom de chacal du Siemens, renard d'abyssinie (canis siemensis).
L'appellation retenue par les scientifiques est celle du loup, nous l'utiliserons donc. Il s'agit d'un canidé et l'unique espèce de loup africain. Il arriva sur le continent, il y a un peu moins d'un million d'années à l'époque ou le Moyen Orient et l'Afrique se touchaient. Les canidés sont généralement opportunistes et se nourrissent d'une grande variété de proies. Le loup d'Abyssinie s'est au contraire adapté aux hauts plateaux éthiopiens, entre 3 et 4 000 mètres et spécialisé dans la chasse au rat-taupe géant, une espèce de rongeur endémique à l'Éthiopie.
Au cours des siècles, le museau du loup s'allongea afin de faciliter cette chasse. Une telle spécialisation est en partie responsable de ses problèmes actuels, c'est ainsi que l'espèce s'est isolée sur les plateaux du Siemens au Nord d'Addis-Abeba et sur le massif du Balé au sud.
Sur un total estimé de 400 individus dans toute l'Éthiopie, une cinquantaine de spécimens survivent dans les Siemens, 150 dans le Balé. Le reste de la population est répartie sur quelques montagnes isolées.
Il y a quelques années, j'avais visité le parc national du Siemens sans avoir la chance d'en apercevoir. En décembre, j'ai choisi d'aller au Balé afin de préparer un tournage pour une télévision française. Le massif du Balé à 400 km au sud d'Addis-Abeba prend racine à 2500 m sur des terres cultivées par les Oromo. À perte de vue s'étendent d'immenses champs de blé.
A l'époque de la moisson, le paysage est d'une somptueuse uniformité d'epis d'or et contraste avec la forêt de genévrier (juniperus procera) et hagénia abissinica qui recouvre le massif jusqu'à 3300m. Au delà les bruyères arborescentes prennent possession des contreforts avant le plateau du Sanati. Là, à plus de 4000 m d'altitude, sur les landes à la végétation afroalpine, vivent les loups d'Abyssinie.
L'observation est relativement aisée sur ces immensités plates. Dès les premiéres heures, j'ai eu la chance de voir une demi-douzaine de loups dont deux couples. Chassant de jour comme de nuit, ils passent de longues heures à guetter leur proie principale ; le rat-taupe géant. Il est lui aussi facilement observable. Ce rongeur d'un kilo, vit dans un labyrinthe de couloirs souterrains mais se nourrit en surface. Il sort brièvement de son repère pour arracher une bouchée d'herbe avant de disparaître de nouveau sous terre.
Le loup l'attend patiemment embusqué devant son trou. Il faut savoir être patient et cette scène de
chasse à 4000 mètres est facilement observable mais, plus difficile à photographier.
Les loups sont menacés principalement par une population Oromo de plus en plus envahissante. Le parc, lui-même n'est pas à l'abri de ces intrusions. En période de sécheresse, le bétail monte jusqu'à ces hauts plateaux. En fourrageant, les vaches détruisent l'habitat du rat-taupe dont dépend le loup. Mais plus grave encore est la présence de chien de berger bien souvent porteur de maladies.
En 1992, une épidémie de rage avait décimé deux tiers de la population de loup. Une autre menace est l'accouplement de ces chiens avec des louves. À long terme ils pourraient génétiquement disparaître.
L'Ethiopean Wolf Conservation Programm, dirigé par le professeur Claudio Sillero Zubiri de l'université d'Oxford, essaye tant bien que mal de sauver le loup d'Abyssinie. Une de leurs actions consiste à vacciner le plus grand nombre possible de chiens domestiques et sauvages vivant sur le massif du Bale.
En fin 1998, plus de 5000 chiens ont été ainsi vaccinés contre la rage et la maladie carré. Ce programme est soutenu par une campagne de sensibilisation de la population, en vue d'une réduction du nombre de chiens et de leur contrôle. Malheureusement, le projet est à court de fonds, en particulier pour la création d'un noyau captif de Loups d'Abyssinie en état de reproduction. Ces animaux pourraient être ainsi relâchés et apporteraient un tonus génétique aux populations existantes. En cas d'épidémie importante et incontrôlable ils pourraient sauver la population du Balé d'une extinction totale.
Avec 400 individus, le loup d'Abyssinie est très proche de disparaître à jamais de notre monde. Méconnu du grand public, il est oublié et peut être à tout jamais, sur les hauts plateaux éthiopiens. Si vous vous sentez comme moi concerné par ce magnifique animal, manifestez-vous auprès de moi ou bien auprès de la rédaction d’Absolute Travel Mag. Nous vous tiendrons rapidement au courant des moyens que nous pourrons mettre en œuvre pour recueillir des fonds de soutien.
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