France : Descente aux enfers

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France : Descente aux enfers

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Laurence | 05.02.2004 | 419 visites | 0Favoris |
Laurence

"Catacombes"... ce mot résonne dans nos têtes avec autant de pouvoir "qu’outre-tombe". Pourtant, qui ne s’est pas dit un jour " tient... si on se faisait les catacombes ? ". Ben oui quoi... Brrrr... les souterrains, les carrières... les ossements tout partout... Il arrive même que l’on se justifie par quelques tirades historiques à propos du cimetière des Innocents " tu sais, près du forum des Halles ". Est-ce une visite à prévoir ? A vous de juger...

Il était une fois...

France : Descente aux enfers" L’ossuaire de Paris (catacombes) remonte à la fin du XVIIIème siècle. Le cimetière des Innocents (près de l’église Saint Eustache, dans le quartier des Halles) avait été en usage pendant près de dix siècles et était devenu un foyer d’infection pour tous les habitants du quartier. Après de multiples plaintes, le Conseil d’Etat, par arrêt du 9 novembre 1785, prononça la suppression et l’évacuation du cimetière des Innocents. Ce sont d’anciennes carrières qui furent choisies pour déposer les ossements (...) les carrières de la Tombe-Issoire. Les Catacombes furent visitées par le public à partir du 19ème siècle, mais elle furent fermées plusieurs fois de suite pour cause d’abus. " (extrait de la brochure d’information éditée par les Musées de la Ville de Paris... et étrangement remis, avec le plan de la visite... à la sortie de la visite :o)

Le décor est posé ? On y va...

France : Descente aux enfersPlace Denfer-Rochereau. Un petit groupe de jeunes patiente devant l’entrée du musée surmontée d’un très accueillant " Barrière d’Enfer ". Un fois dans le vestibule, nous découvrons, avec dépit, qu’une nouvelle mesure administrative interdit photos et vidéos à l’intérieur du site (pour les visiteurs comme pour la presse). Cette formalité nous intrigue. Nous nous empressons donc de questionner un couple de gardiens, tout droit sortis d’un sketche des " Deschiens " : " Non... ché pu pochible ! ". Il va donc falloir ruser pour vous informer... Passage du tourniquet... et descente aux enfers. Nous collons aux basques d’un couple de méridionaux dont l’accent pétillant et les commentaires humoristiques réchaufferont très certainement l’ambiance des lieux. Mais que néni... quand c’est sordide... c’est sordide...

L’escalier en colimaçon " des enfers " est interminable... la tête nous tourne... 120 marches plus bas, nous pénétrons dans une salle d’exposition. Une quarantaine de photographies en noir et blanc retracent " l’au-dessus des catacombes " (expo jusqu’au 24 février 2002). Rien de bien passionnant... si ce n’est ce pauvre diable de vigile, assis sur un banc, désespérément seul, dans le silence des entrailles de la capitale... Le pauvre... nous lui adressons quelques mots avant qu’il ne perde l’usage total de la parole. L’expo photos se termine sur l’entrée d’une galerie située très exactement sous l’avenue René Coty. Immense, monotone, humide, plutôt basse de plafond et éclairée au néon, celle-ci n’en fini pas de nous promener, comme autant de prisonniers dans les sous-sols d’Alcatraz... Puis une bifurcation intervient avant que nous n’atteignons la porte de l’ossuaire surmonté de son célèbre message d’accueil : " Arrête... c’est ici l’empire de la Mort ". Très honnètement, Il n’en faut pas moins pour avoir envie de rebrousser chemin.

Un dédale entre 6 millions de carcasses...

France : Descente aux enfersC’est étrange... rien ne surprend, au fil des premières minutes. Tous ces tibias, ces crânes, disposés comme des bûchettes sous la cheminée... combien de fois avons-nous croisé leur image dans nos livres d’histoire ? Entre deux piliers de soutènement, ou bien directement sur les blocs d’ossements, s’affichent de multiples réflexions à propos de la fragilité de la vie humaine... Nous parcourons une citation de Lamartine, puis une autre non signée, encore une autre... et ainsi de suite avant que le malaise ne s’installe franchement. L’image d’Epinal a disparu. Nous prenons progressivement conscience des lieux, conscience de la présence de ces " anciens ". Nos esprits vagabondent... Nous imaginons des visages, des vêtements moyenâgeux, des voix rocailleuses et des ambiances de rues... Et le parcours continu, dédale boueux entre 6 millions de carcasses... Une guide conférencière se fige un court moment pour conter l’histoire de la fontaine Samaritaine auprès d’un groupe de retraités. Nous nous incrustons discrètement derrière elle... les visages de l’auditoire sont tendus. Après la rigolade dans le grand couloir, cette confrontation avec la mort les a glacé sur place... La conférencière n’est pas du meilleur cru... nous décidons brusquement de nous éloigner. Nous voici soudain seuls dans les galeries humides et basses de plafond, entre ses millions d’ossements dont la vue nous oppresse chaque minute un peu plus. Dans le silence assourdi des allées de pierre crayeuse, nos pas crissent sur les graviers... La sortie... vite... la sortie... Mais le dédale est immense et la même scène se reproduit sous nos yeux comme dans un jeu de miroirs diabolique : des os, toujours des os et encore des os... L’ossuaire se termine enfin sous des cloches de fontis, ces zones d’écroulement des carrières, renforcées par des arches de soutènement. Ces espaces, dont la hauteur sous plafond dépasse les 11 mètres, ne sont pas sans nous rappeler d’autres escapades dans le sous-sol parisien, strictement interdites et pourtant si richement décrites sur le net.... En ces lieux là, point d’ossements sordides, mais des puits artésiens, des couloirs mystérieux, des salles si vastes que certains y font ripaille toute la nuit... mais c’est une autre histoire.

Ames sensibles s’abstenir.

France : Descente aux enfersCette visite n’est pas anodine. Elle est insolite, certes, mais troublante, voire, dérangeante. D’un point de vue strictement pratique, elle n’est pas à recommander aux personnes ayant des difficultés à marcher et à monter des escaliers (1,7 km de couloirs). Vos chaussures en sortiront maculées de boue et votre esprit légèrement chaviré... pour les plus sensibles. Entré au niveau du métro Denfert, vous ressortirez des lieux près de celui d’Alésia. Faites comme nous, ruez-vous dans l’un des nombreux cafés très animés du quartier. Rien de tel pour oublier un instant... que nous ne sommes que poussière.

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Laurence | 05.02.2004 | 419 visites | 0Favoris |
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Catacombes de Paris : 1, place Denfert-Rochereau 75014 Paris. Ouvert tous les jours, sauf jours fériés. Conférences sur demande.

Le meilleur site de découverte des carrières souterraines de Paris… qui nous vous le rappelons sont strictement interdites d’accès :

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