
France
France : Le parc du Mercantour : Merveilles au coeur de la vallée
La Côte d’Azur et ses promenades bordées de palmiers, la Croisette et son festival, le rocher de Monaco et les pas feutrés des joueurs de casino qui le hantent…. On serait tenté de croire que l’effervescence mythique de ce département français s’arrête là, aux portes des palais devenus inaccessibles à tous sauf aux milliardaires de tous bords. Ce serait méconnaître les recoins sublimes qui se laissent deviner derrière ce joli mot si prometteur : le département des Alpes -Maritimes. Or, qui dit Alpes dit alpages et tapis de fleurs, hameaux perchés et fenêtres miniature encadrées de géraniums, sifflement inquiet des marmottes et bonds furtifs de l’élusif chamois. Ce tableau idyllique, que l’on pourrait croire être le fruit d’une imagination débordante, se précise déjà au sortir de Nice.
A peine a-t-on quitté l’aéroport, évité de justesse les grosses cylindrées qui slaloment le long de la promenade des anglais, que déjà la banlieue densément peuplée cède la place à des lotissements plus modestes, les premières collines s’élèvent face à la route avec leur promesse de fraîcheur. En suivant une voie plus ou moins perpendiculaire à la côte on remarquera des façades ocre aux volets verts et l’on se dira que l’Italie n’est pas loin. Voilà qu’on se retrouve déjà à Sospel, gros bourg dont les terrasses ombragées de platanes s’étirent paisiblement le long de l’eau. Ensuite, la route rétrécit et les lacets se font plus pressés, à tel point que le conducteur prudent n’aura plus trop le loisir d’observer le paysage. Une fois passée Breil-sur-Roya, la nationale 204 permet une circulation plus aisée.
Les villages monumentaux d’altitude se succèdent dans la verdoyante vallée de la Haute Roya : certains perchés sur un éperon rocheux comme Saorge ou Tende près de la frontière italienne, d’autres nichés au creux de leur vallée comme au creux d’un écrin. Notre choix se portera enfin sur La Brigue, qui de par sa situation idéale permet d’accéder à un des points culminants de la région : la Vallée des Merveilles.
Un musée en plein air à 2000m d’altitude.
Aucun terme de comparaison pour ce site classé qui porte bien son nom : dans un milieu montagnard aride et inhospitalier, des peuples du Néolithique ont gravé il y a 5000 ans près de quarante mille dessins à même la roche. Ces dessins, censés représenter la vie pastorale sous ses multiples aspects (labourage des champs, transport de vivres, faune ambiante , ont été miraculeusement préservés en partie grâce au fait qu’ils étaient recouverts de neige et de glace neuf mois par an. Les déprédations et le vandalisme ont failli en venir définitivement à bout, aussi doit-on s’estimer heureux de pouvoir en profiter aujourd’hui grâce à leur intégration au cœur du Parc National du Mercantour, ancienne réserve de chasse devenue « Parc National » en 1979.
Deux sites aussi grandioses l’un que l’autre permettent de s’y rendre : La Vallée des Merveilles proprement dite, d’un accès nettement plus physique (compter 8h de balade et un dénivelé de plus de 1000m), et le circuit de Fontanalbe au départ de la petite station de Castérino (5-6h de balade pour un dénivelé de 670m).
Pour un premier jour de vacances nous optons pour la deuxième randonnée : de nombreux lacs dont le Lac Vert (2150m) émaillent ce parcours, agrémenté par une activité pastorale encore très présente l’été. En effet, nous croisons un troupeau de 300 ovins peu avant de gagner le refuge gardé. Ensuite le sentier, dominé par l’imposant Mont Bego auquel nos ancêtres reconnaissaient sans doute un caractère de divinité, serpente au cœur d’un décor de plus en plus minéral. A quelques mètres devant nous des marcheurs se sont immobilisés. Instinctivement nous baissons la voix pour assister au spectacle de deux chamois se désaltérant en compagnie d’un couple de bouquetins. Autant il est fréquent d’observer le chamois, ce sympathique acrobate alpin (6000 environ dénombrés), autant les bouquetins sont plus rares (300 environ pour tout le parc).Quant au loup, dont la présence fantomatique suscite de si vives polémiques dans la presse française, on n’en compte que trois hardes d’une demi-douzaine d’individus – autant dire une probabilité quasi nulle d’en croiser en plein jour au détour d’un chemin !
Linteaux et fresques du XVème
Le lendemain de notre randonnée alpine, c’est avec un certain soulagement que nous empruntons le chemin des oratoires et le sentier d’interprétation pour explorer La Brigue et ses environs. Devenu français en 1947 seulement (en témoignent les affiches bilingues que l’on retrouve partout, ainsi que les noms de ses habitants), ce village à 770m d’altitude où il fait bon flâner et déguster le traditionnel pastis à l’ombre des arcades, présente une extraordinaire richesse historique et architecturale. Nous devons cette prospérité à une tradition séculaire de pastoralisme et de coupes de bois. Aujourd’hui, l’opulence d’antan se manifeste par le biais d’ un ancien quartier juif avec sa synagogue, de linteaux datant du Xvème ainsi que d’ un donjon de la même époque en cours de restauration d’où le regard balaye toute la vallée.
Dans les environs immédiats, le Pont du Coq unique de par sa construction en angle droit ainsi que le hameau de Marignole, blotti au pied du Mont Bertrand (2482m) figurent au chapitre des belles surprises de la journée. Toutefois c’est de la chapelle Notre Dame des Fontaines que les habitants sont à juste titre le plus fiers, à tel point qu’elle a été surnommée « La Chapelle Sixtine des Alpes du Sud ». Son extérieur assez quelconque ne laisse en rien deviner la richesse des fresques dont l’intérieur est tapissé, fresques représentant les différents cycles de la vie de Jésus que l’on doit à deux frères piémontais du Xveme. La paroi située face à l’autel est entièrement consacrée aux scènes apocalyptiques relatives au Jugement Dernier, et les monstres qui y sont dépeints dans le style naïf de l’époque pourraient alimenter quelques cauchemars bien contemporains !
Le soir, repus de l’histoire de cette scénique vallée, nous nous attardons à la terrasse de l’Auberge Saint Martin pour y déguster les mets traditionnels de la région : tourte brigasque à base de poireaux en entrée, truite aux amandes et tarte aux myrtilles (à signaler une délicieuse variante de cette dernière – la tarte aux blettes, jamais goûtée jusqu’à ce jour !). Peu importe que le torrent local soit asséché et que les truites d’élevage soient toutes en provenance d’Italie – leur chair est ferme et délicieuse et le rosé vendu 4€ le pichet pour deux frais à souhait !
Granges d’alpage et pelouses embrasées
Avec ses 2000 espèces de fleurs dont un dixième considéré « rare », le Parc National du Mercantour a de quoi enchanter le botaniste tout autant que l’historien ou le randonneur. Toute la palette de la flore sauvage y est représentée : les fleurs arctiques poussant au pied des glaciers, souvent plus petites et cossues que leurs cousines méditerranéennes, nous éblouissent tout particulièrement par leurs coloris vifs et joyeux.
Nous aurons d’ailleurs l’occasion de les savourer pleinement sous une autre forme lorsque Claudine, la patronne de notre deuxième logis, nous propose le digestif à base de fraise des bois ou de génépi (cette dernière plante, nous explique-t-elle, pousse à 2000m dans les failles rocheuses, et seuls les autochtones ont le droit de la cueillir).
Nous avons en effet décidé de séjourner pour la deuxième partie du séjour à l’autre bout du Parc du Mercantour ; dans le village classé de Saint-Dalmas-le-Selvage en Haute-Tinée. Ici, nous sommes à 1500 m et la rudesse de la haute montagne se fait sentir. Autant les villages de la Roya recelaient une ambiance rieuse marquée par la Méditerranée toute proche, autant les hameaux du Pra et de Bousiéyas, points de départ de nos randonnées, sont désormais désertés une bonne partie de l’année de par la rigueur du climat. Au col de la Bonette (2800m, la route y menant étant la plus élevée d’Europe), sur une piste goudronnée se perdant dans les méandres d’un paysage presque lunaire, nous croisons toutefois un troupeau de brebis surveillé par des pasteurs dont le campement consiste, assez bizarrement, en une yourte blanche de Mongolie !
La région est riche en balades dont quelques unes se déroulant le long des crêtes au faîte de la vallée de la Tinée nécessitent une préparation physique et logistique plus importante. A ne rater toutefois sous aucun prétexte même pour des randonneurs tout à fait moyens , la balade du Col de Tortisse : les paysages à couper le souffle, les cascades en série, des lacs d’altitude en enfilade ainsi qu’une faune riche et variée, tout contribue à faire de cette balade une des plus réussies que l’on puisse faire dans cette montagne qui revêt ses plus belles couleurs pour celui qui ose l’approcher à pied.
info plus
COMMENT S’Y RENDRE ET OU LOGER
Par l’aéroport de Nice, desservi aussi bien par les lignes régulières que par des « low-cost airlines ». De là, louer une voiture afin d’explorer différents coins du Parc National du Mercantour qui fait 1463Km² si on compte les zones périphériques, en sachant que la façon la plus pratique de les relier entre eux est de traverser la frontière italienne en passant par le spectaculaire col des Lombards.
A la Brigue, l’hôtel Fleur des Alpes, au charme un peu désuet, ravira par la gentillesse de sa patronne et la modicité des prix pour une chambre donnant sur le ruisseau à l’arrière (43 Euros en haute saison)
.A Saint-Dalmas-le-Selvage le gîte de Claudine Garin, véritable cordon-bleu et grande spécialiste de sa région, peut être réservé en appelant le 04.93.02.45.66.
Vous aurez ainsi le loisir d’assister à la rentrée des oies caquettant à travers la place du village pour rejoindre leur grange au coucher du soleil.
Pour conclure, ces lieux imprégnés d’histoire et ancrés au cœur d’une nature grandiose ne laisseront personne indifférent ; familles, couples et randonneurs solitaires, tous en reviendront enchantés.
COMMENT S’Y RENDRE ET OU LOGER
Par l’aéroport de Nice, desservi aussi bien par les lignes régulières que par des « low-cost airlines ». De là, louer une voiture afin d’explorer différents coins du Parc National du Mercantour qui fait 1463Km² si on compte les zones périphériques, en sachant que la façon la plus pratique de les relier entre eux est de traverser la frontière italienne en passant par le spectaculaire col des Lombards.
A la Brigue, l’hôtel Fleur des Alpes, au charme un peu désuet, ravira par la gentillesse de sa patronne et la modicité des prix pour une chambre donnant sur le ruisseau à l’arrière (43 Euros en haute saison)
.A Saint-Dalmas-le-Selvage le gîte de Claudine Garin, véritable cordon-bleu et grande spécialiste de sa région, peut être réservé en appelant le 04.93.02.45.66.
Vous aurez ainsi le loisir d’assister à la rentrée des oies caquettant à travers la place du village pour rejoindre leur grange au coucher du soleil.
Pour conclure, ces lieux imprégnés d’histoire et ancrés au cœur d’une nature grandiose ne laisseront personne indifférent ; familles, couples et randonneurs solitaires, tous en reviendront enchantés.





