
France
France : Les protecteurs de l'eau
Savez-vous que le réseau des égouts de Paris est l’un des plus modernes et des plus vastes du monde ? Ok, l’idée de les visiter entre un shopping aux Galeries Lafayette et une expo au Grand Palais n’est peut-être pas meilleur goût... Mais tout de même... Ne devons-nous pas respect à ces générations d’hommes chargés de l’assainissement de l'eau, l’un de nos biens les plus précieux ? Nous nous sommes donc rendus au Pont de l’Alma, dans l’antre des " protecteurs de l’eau "... Edifiant.
Petite histoire des égouts de Paris...
Dès le XIème siècle, Philippe Auguste fait paver les rues de Paris en prévoyant une rigole d’évacuation des eaux usées. Vers 1370, Huges Aubriot (prévôt de Paris) fait construire, rue Montmartre, le premier égout voûté et maçonné. Le réseau se développe alors lentement, mais est encore loin d’être suffisant quelques 500 ans plus tard, pour traiter les 100 000 m3 d’eaux usées que rejettent les parisiens. Ce manque d’assainissement sera, entre autre, à l’origine de l’épidémie de choléra de 1832. 20 ans après cette période tragique, le Baron Haussmann et l’ingénieur Eugène Belgrand entreprennent le début de la construction du réseau que nous connaissons aujourd’hui (environ 2300 km de galeries !)
Le traitement des eaux usées, par le biais de champs d’épandage, est l’une des améliorations techniques majeures apportées par Belgrand. Toutefois ces champs s’avéreront eux aussi insuffisants et les ingénieurs de la ville de Paris entreprendront, dès 1935, la construction de stations d’épuration. La globalité du projet des égouts de Paris, lancé par Belgrand, en 1850 s’achèvera donc officiellement en 1947...
400 travailleurs de l’eau...
400 égoutiers (600 avec le personnel de " surface ") ont en charge l’entretien du réseau parisien. Leurs missions se partagent entre le nettoyage des galeries et la réparation des canalisations, le sauvetage éventuels de personnes tombées ou perdues, la dératisation (par inondation) et la surveillance des stations d’épuration. Explorateurs d’un monde souterrain peu reluisant, ils sont équipés de combinaisons, de cuissardes, de gants, d’un masque (en cas de contact avec des gaz toxiques comme le méthane) et doivent impérativement être vaccinés contre l’hépatite A et B, la typhoïde et la maladie de l’urine du rat...
Une balade à pieds secs...
A quelques mètres, sous la surface de Paris (Pont de l’Alma), le Musée des Egouts de Paris se traverse à pieds secs... même si l’ambiance est des plus humides...
Un parcours fléché mène de salle en salle, le plus souvent au dessus d’un flot d’eaux usagées protégé par une grille de métal. Ces eaux (peut-on encore appeler cela de l’eau ?) sont brunes, épaisses, poisseuses et dégagent une odeur que l’on peut qualifier de " très imagée ". Quand elles s’écoulent sous l’avenue Bosquet, on ne peut s’empêcher de penser que pauvres ou riches... nous produisons bien les mêmes ordures.
Des engins impressionnants...
Les galeries, le plus souvent traversées par de larges canalisations en métal couvertes de moisissures blanches et filandreuses, s’entrecroisent sur 500 m environ pour nous permettre de découvrir toutes les facettes du traitement des eaux (avec explications sur panneaux imagés, en 4 langues s’il vous plaît !). Un " wagon-vanne ", un " bateau-vanne " et d’énormes boules de curage s’exposent grandeur nature pour illustrer les différentes facettes du nettoyage du réseau. A la vue de ces " machines infernales ", on se surprend à penser que les scénaristes d’Indiana Jones n’ont peut-être pas tout inventé...
La galerie Belgrand exige de prendre son temps... Ici sont exposées de nombreuses maquettes d’engins retraçant toute l’histoire des améliorations techniques apportées au métier d’égoutier. Du moyen-âge à Haussman en passant par Victor Hugo et le célèbre épisode des pérégrinations souterraines de Jean Valjean, l’aventure des égouts de Paris se dévoile en chapitres distincts, présentés de manière pédagogique.Les voûtes et les perspectives des couloirs attirent régulièrement les élèves des écoles d’art (parisiennes et étrangères). Si la visite est insolite, elle l’est encore plus avec ses étudiants, assis par terre et y allant gaiement qui à la peinture, qui au fusain ou au crayon sur de larges feuilles blanches...
La balade se termine par une projection vidéo datant (malheureusement) d’une douzaine d’années. Malgré son petit côté kitsch, elle permet, au terme de la visite, de prendre conscience, si ce n’est un peu plus, du courageux métier d’égoutier.
Cette visite est à conseiller à tous. Nous en sommes sortis différents, marqués par l‘importance de la gestion de l’eau et des déchets et ce bien plus que par n’importe quel reportage télévisuel. Quant à penser que certaines villes, bien plus peuplées que la nôtre de part le monde, ne disposent d’aucuns de ces aménagements... On ne peut que frémir et compatir...
info plus
Le site le plus complet
Musée des égouts de Paris :
place de la résistance. Pont de l’Alma à la hauteur du 93, quai d’Orsay - Paris, métro Alma Marceau. Tel . 01.47.05.10.29. Ouvert tous les jours (de 11h00 à 16h00 l’hiver et de 11h00 à 17h00 l’été). Fermé le jeudi et le vendredi.




