
France
France : Lozère, notre Grand Nord à nous
Sur les hauts plateaux de Lozère, désertés par les agriculteurs depuis le début du siècle, certains ne conservent comme privilège que celui de souffler sur la faible flamme de la tradition, d’autres ont su planter de nouvelles racines...
La vitalité de ces derniers, leur fraîcheur d’esprit, leur dynamisme transmet aujourd’hui un nouvel élan à cette mystérieuse et splendide région. Qu’ils animent un gîte, élèvent des loups, des bisons, des cervidés, des huskies de Sibérie où qu’ils dirigent une minuscule station de ski, les habitants de la Margeride, terre d’une rare sauvagerie, méritent vraiment le détour...
Accompagné de Thierry Crouset, animateur de la petite station nordique des Bouviers, nous sommes partis à la rencontre de ces habitants de la Margeride, au cœur de l’hiver... En route pour la balade...
Cinq mois d’hibernation pour les habitants de la f
Le brouillard matinal s’est levé découvrant un paysage digne d’un roman de Conan Doyle : immenses forêts de conifères ponctuées de quelques trouées de feuillus et neige à perte de vue. Au loin, une étonnante bâtisse de granit blottie comme un gros chat... Nous redressons la motoneige et filons dans sa direction.
Eliane, Michel et Lucien sont métayers. Bâtie par les Templiers à proximité de la source miraculeuse de Saint Roc, la ferme du Sauvage, dont ils assurent la productivité, est une splendeur de l’architecture rurale médiévale. Epais murs de granit sans joints apparents, hautes charpentes en ogives, toiture intacte (5000 m²)... Ni les siècles, ni les hivers les plus rigoureux n’ont eu raison des structures de cette imposante demeure.
Dans la pièce principale, une flambée pétille dans l’âtre d’une cheminée aussi large qu’un bœuf. Le rouge et la gentiane sont débouchés tandis que dans la remise, un cochon passe de vie à trépas dans une ambiance dominicale bonne enfant. Dans l’étable mitoyenne, c’est tout à l’inverse le silence et le recueillement : couchée sur le flanc, une génisse Aubrac s’apprête à mettre bas... " D’habitude, elles nous font ça la nuit ! Je ne dors que d’un œil pour guetter leur moindre mouvement. Vous savez, ce sont un peu comme nos enfants... " murmure Eliane.
Les trois habitants du Sauvage vivent une drôle d’hibernation : une sortie au village par semaine pour remplir le congélateur et rassurer les quelques rares voisins, réveil à 6h00 tous les matins, entretien des 80 vaches et de la centaine de moutons, des poneys, des chevaux, stockage du bois, alimentation des cheminées, vidange des tuyauteries pour éviter le gel, fabrication de toutes sortes de spécialités culinaires (terrines, saucisses, confitures de baies, conserves de champignons...), accueil des randonneurs à ski avec le gîte et le couvert... Un peu de radio, un peu de télé. Parfois rien du tout lorsque la tempête de neige fait rage. Il leur faudra attendre mi-avril et les premières jonquilles pour relâcher les bêtes et reprendre leur souffle... Mais pour rien au monde ils ne quitteraient leurs terres !
Les
" Suivez le petit chemin dans le sous-bois et vous parviendrez à leur roulotte ! ".
Les rayons oranges du soleil hivernal filtrent à travers les grands sapins. A l’orée d’une petite clairière, nous apercevons la haute stature de José suivie de près par Frédérique et un jeune huskie, frétillant d’impatience. Deux traîneaux sont sur la piste, devancés par la longe bordée de ses harnais.
"Il y a quelques années " me confie José " nous avons rencontré un tzigane extraordinaire. Cet homme nous a appris à communiquer avec les chiens, à deviner leur comportement et surtout à créer un climat d’osmose entre eux et nous. Le langage que nous utilisons avec nos bêtes provient d’une tradition séculaire. Notre ambition est d’en transmettre les principes aux maîtres qui désirent redécouvrir les facultés instinctives de leur animal... ". Lauréats, sur ce principe, d’un concours national pour la création d’entreprises, José et Frédérique ont tout quitté pour l’amour de leur premier chien et leur passion pour la nature. Leur paradis ? Une forêt de quelques hectares prêtée par l’un des grands éleveurs de la région, un petit mobil home, une charmante roulotte " façon kiri le clown ", deux immenses enclos pour leur vingtaine de huskies et une petite nurserie pour les chiots...
Douze de leurs chiens sont bientôt attelés aux deux traîneaux préparés près de la roulotte. Nous nous engageons sur une piste plein nord, bordant des paysages magnifiques. Les chiens courent à vive allure dans le froid piquant. Le léger frottement du bois sur la neige rappelle curieusement la glisse d’un voilier sur l’océan...
Attention : Bisons !
Une clôture barbelée de plus de deux mètres de hauteur cerne une dense et vaste forêt de sapins. Nous voici sur le territoire de Bison Bonasus Bonasus...
Dans le double objectif de sauver une espèce en voie de disparition et de tenter d’animer une région strictement rurale considérablement dépeuplée, le comité régional et scientifique de la région a réussi le pari, au début des années 90, de rassembler des bisons d’Europe au cœur de la Margeride. En provenance de Pologne, les premiers venus ont généré rapidement des naissances. Le cheptel comporte aujourd’hui une quarantaine de tête. Et quelles têtes ! Une tonne à l’âge adulte, 1,75 à 2 m au garrot, de petits yeux bruns au regard étonnamment vif et suffisamment de force pour retourner un véhicule d’une seule charge !
Le directeur de la réserve est un fils du pays, fou de sa région, vivant tel un indien moderne, près de ses bisons. L’hiver est sa saison préférée. Pour mieux comprendre son point de vue, nous l’avons suivi à bord de l’un de ses traîneaux tiré par un cheval. " Il est impossible de pénétrer à pied dans la réserve. Malgré leur allure tranquille, ces animaux sont d’un tempérament inquiet et très sauvage. Ils peuvent réagir extrêmement rapidement et charger à une vitesse folle. L’odeur du cheval trompe leur odorat et nous dissimule. ".
Après deux cents mètres dans la forêt, nul ne saurait plus dire si nous sommes en Finlande ou au cœur du Yukon. Le dépaysement est total. Nous croisons les premiers individus près d’une réserve de fourrage. " J’aime ce silence glacé et l’ambiance fantomatique de la forêt... ". Comme nous le comprenons ! " Les visiteurs sont moins nombreux et il est plus facile de pouvoir observer les bêtes. Regardez ce couple et son petit sous les arbres... ".
La louve...
Une quarantaine d’année, mince, sportive, yeux bleus et cheveux blonds tout bouclés, Anne Ménatory n’a aucun points communs physiologiques avec ses meilleurs amis. Hauts sur pattes, oreilles pointues, long museau à l’affût, yeux bruns-jaunes, crocs impressionnants, fourrure noire, blanche ou gris-fauve, les loups du Gévaudan, nichés au sud ouest du plateau de la Margeride, ont la chance d’être protégés par une femme exceptionnelle.
" Du fait de la passion de mon père (Gérard Ménatory est l’un des plus grands spécialistes mondiaux des loups), j’ai bien entendu toujours vécu auprès des loups. Mais je ne me suis véritablement intéressée à la réserve qu’il y a une dizaine d’années. C’est une véritable entreprise à gérer. Nourrir et entretenir 120 loups n’est pas de tout repos. Je profite de l’hiver pour me ressourcer. C’est ici une saison magique. De toute évidence la meilleure pour observer les meutes. "
Un nouvel espace de 25 ha a été aménagé en parc d’observation scientifique. Anne nous offre le privilège d’y pénétrer. " 32 loups de Mongolie ont été introduits ici dans le but de les " désimprégner " et ainsi mieux observer, à l’avenir, leurs comportements à la fois individuels et dans le clan ". La balade est fascinante. Un, puis deux, puis trois... bientôt une dizaine de loups splendides pointent leurs museaux au sortir de la forêt. Nous sommes observés par l’un des plus beaux regards de la nature...Les bêtes se rassemblent et trottent en parallèle à notre chemin, à moins de quinze mètres. Certains se postent en vigie au sommet d’un rocher de granit, d’autres se faufilent entre les buissons de genêts. Pas question de s’asseoir ! Nous adopterions alors une attitude d’infériorité. Encore moins question de s’allonger... nous deviendrions alors une proie facile. Le ballet silencieux et majestueux de ces nobles animaux nous laisse un souvenir impérissable.
Jamais sans ma biche !
Grand, costaud, barbu, Hervé Durand se dit lui-même l’opposé de la génération " baba-cool ".
" Ceux-là, ils n’ont pas eu le courage de venir s’y installer, en Margeride ! ". Lassé du trop maigre revenu que lui procuraient ses moutons, Hervé c’est un jour décidé à mener une étude pour développer un nouvel élevage. Tenté tout d’abord par l’importation de rennes (il est vrai que la biotope de la Margeride semble très adaptée), il s’est finalement orienté vers les cervidés.
L’investissement de départ fût conséquent : aménagement du site d’élevage, création de nouvelles clôtures et achat d’une vingtaine de têtes aux Pays Bas (la France n’est pas encore suffisamment développée en ce domaine). Puis il lui fallut s’armer de trésorerie et de patience : un cerf n’est mature qu’à 3 ans et un jeune ne peut être abattu qu’à partir de 18 mois. " Je ne chauffe qu’une seule pièce dans la maison... et encore ! Je me lève tôt, je me couche tôt, je passe la quasi totalité de mon temps à m’occuper des bêtes. Ma seule joie en hiver : recevoir des visiteurs de passage... ".
La ferme d’Hervé fait partie du groupement " Bienvenue à la Ferme ". Pour mieux encore recevoir les enfants qui lui rendent visite des quatre coins de la France, il s’est bâti son propre musée pédagogique de matériel agricole. Hervé ressemble à un père Noël sans sa hotte...
Votre point de départ en Margeride : un chalet sou
Depuis la nuit des temps, les Bouviers sont une étape pour ceux qui voyagent. Un refuge, un point de rencontre au cœur de la Margeride. Cet ancien refuge des gardiens de boeufs est aujourd’hui devenu une charmante petite station de ski nordique (1418 m) composée d’une auberge restaurant et d’une dizaine de chalets de bois pouvant chacun abriter une famille de 5 personnes.
Ici pas de remontes pentes ni de queues au " tire-fesses ", chaussez vos raquettes ou vos skis de fond, des kilomètres de pistes bordées d’épicéas et de sapins vous attendent... La neige est plus souvent au rendez-vous que l’on ne pourrait le croire. Et lorsqu’elle est là, croyez-nous, elle y reste ! Les températures, là-haut, descendent bien souvent en dessous des - 10°.
Un véhicule est indispensable. La station, vraiment minuscule, ne dispose pas de commerces. Son isolement en pleine nature est assurément l’un de ses plus grands charmes. Si vous êtes amateur d’astronomie, emmenez une lunette. Les ciels sont d’une pureté rare. Quant aux enfants, un centre d’accueil et d’animation ouvre tout l’hiver pour les accueillir.
info plus
Pour réserver votre chalet (février est la meilleure période), n’hésitez pas à joindre les bureaux de la Maison de la Lozère à Paris au 01 43 54 26 64 (de 9h30 à 11h30 et de 13h à 18h). Toutes les infos à propos des activités (ski de fond, traîneau à chiens, balades en raquettes..) et des différentes réserves sont disponibles à la station.





