
Guadeloupe
Guadeloupe : Parfum d'Antilles
La plus grande île des petites Antilles est fréquentée depuis longtemps par les touristes et les voyageurs. On y vient pour ses innombrables plages de sable blanc ou noir bordées de cocoteraies, son volcan légendaire en activité, ses montagnes abruptes et couvertes de forêts primaires, ses paysages luxuriants...
Mais au delà de la simple consommation, on aime son exubérance d’odeurs, de couleurs et d’émotions qui vous requinquent pour tout un futur hiver de grisaille, si comme moi vous choisissez de la surprendre en été.
La cuisine du Paradis
Quittez vite Pointe à Pitre, ses banlieues sans charme et son ennui chronique et installez vous dans une petite pension de famille sympathique et conviviale, comme celle de Madame Rose ! Elle tient un gîte sur Basse-terre, à mi-chemin entre une plage de sable noir et les premières pentes escarpées de la Soufrière.
Le premier soir, ne faites rien ! Vautrez-vous simplement sur la terrasse en teck qui a enduré tous les excès du climat. Successivement calciné par le soleil, noyé sous les pluies, desséché par les alizés ou bousculé par les cyclones, le bois exhibe lascivement le labyrinthe mystérieux de ses veines sombres.
Commencez votre soirée par une assiette d’acras de morue à la coriandre, quelques boudins épicés et moelleux, de grosses cuillères ventrues de féroce délicieusement pimentés... et n’oubliez pas le ti punch, si possible bien corsé ! Continuez ensuite par la grande spécialité culinaire de Rose : le ragoût de thazar et son soufflé de cristophine. Vous voici béat de volupté, rassasié par la cuisine si goûteuse et délicate, hypnotisé par les couleurs vives des fleurs du jardin et le vert fluo des lézards anolis qui défient la pesanteur sur les murs ocres, enivré par les senteurs florales qui s’entremêlent à la faveur des caprices de l’Alizé... Puis la torpeur vous saisira tandis que Rose vous contera la vie des îles en se balançant dans son fauteuil en bois de mahogany.
e matin suivant, éreinté par cette première nuit de croassements et de moiteur estivales, vous allez enfin vous assoupir sous les pales de cuivre vrombissantes du plafond quand un gang de coqs hystériques vous réveille définitivement. Ne regrettez rien car Rose vous attend déjà avec son fameux petit déjeuner : cocktail de jus de goyave et de cerises amères, crêpes fourrées à la confiture de corrossol, salade de papaye et sapotille, mangue fraîche... Un nouveau moment de bonheur avant d’attaquer la Soufrière.
Le volcan vert
Le corps repu mais l’esprit encore assoupi, vous partez vers le sommet du volcan à travers la forêt humide aux lourds parfums d’humus. Trébuchant sur les écheveaux de lianes traîtres, louvoyant entre les troncs obèses des acomat-boucan, frôlant des fougères arborescentes géantes de près de 10 mètres de hauteur ! Dans cet univers oppressant et saturé d’humidité, les prétextes à une pause ne manquent pas. Pour humer la lourde suavité d’une orchidée sauvage, caresser les conques d’une tige de fleurs de balisier ou s’attendrir devant un vol de colibris froufou.
En atteignant la savane d’altitude et un ciel généralement lumineux, la sente se redresse franchement avant de s’enrouler autour du volcan. Vous avancez maintenant sur un sol détrempé par les 10 mètres de précipitations annuelles, au milieu des sphaignes multicolores, des plantes vivaces, des algues z’oreilles à macaque, des fuchsias, des myrtilles... jusqu’au plateau sommital, décapé par l’haleine soufrée des bouches des cratères.
Le plus souvent, on est dans les nuages et les brumes du volcan. Mais ce jour-là, peut-être... les alizés souffleront !
Vous admirerez alors la Guadeloupe dans sa presque totale insularité. A l’ouest la côte sous le vent, l’île de Marie Galante et l’archipel des Saintes à l’est, et vous vous perdrez dans le moutonnement des mornes qui verdoient vers le nord.
Grande-Terre
Le lendemain, sur la route qui mène à Grande-Terre, faites une halte dans une bananeraie et dégustez la douzaine de variétés locales. Gouttez aux énormes plantain qui ne se mangent que cuites à l’eau ou sur la braise, aux figues-pommes acidulées et charnues qui font de délicieuses confitures, aux sucrières si fondantes et sucrées en dessert... Vous saurez alors presque tout sur les bananes !
Juste avant de franchir la rivière salée qui sépare Basse-Terre de Grande-Terre, dénichez-vous une de ces cases de pêcheur où l’on sert une cuisine créole toute simple, au milieu des flamboyants et des bougainvillées. Protégé de la chaleur et du soleil par des jalousies aux teintes pastels, essayez une marmite de ouassous (les écrevisses locales) avec des tototes (les fruits de l’arbre à pain).
Continuez ensuite vers l’ouest jusqu’aux Grands-fonds.
Egarez-vous sans crainte dans le labyrinthe végétal des vallées et des mornes plantés de bananiers et de manguiers avant de vous arrêter pour la nuit dans une auberge. Ce sera peut-être chez Jacques, l’un des derniers Blanc-Matignon de la région.
Ses ancêtres aristocrates, de la famille des Comtes de Matignon, s’étaient réfugiés ici pendant la Révolution pour fuit la guillotine. Après l’abolition de l’esclavage en 1848, ils durent travailler la terre de leurs mains et devinrent ainsi des " petits-blancs ".
Dans sa case minimaliste en bois jaune safran coiffée d’un toit de tôle rouge, vous connaîtrez d’autres bonheurs gastronomiques ! Comme un inoubliable ragoût de cabri à l’avocat ou un colombo de pigeon, tandis que des gamins installés sous les frangipaniers frapperont sourdement sur des tambours de gwoka et agiteront nonchalamment des chachas, gosses calebasses remplies de graines.
Sur Grande-Terre, prenez le temps d’explorer le cimetière de Morne à l’eau. Construit sur le flanc d’une colline escarpée, c’est un échiquier de tombes et de chapelles à damiers noirs et blancs, parfois ornées de décorations aussi insolites qu’un avion en plastique rouge, une ballerine en argent ou un régime de bananes taillé dans du balsa.
Sur la côte nord, pataugez dans les eaux troubles de la mangrove, comme un gamin ou une gamine, le pantalon ou la jupe retroussé haut sur les cuisses et les pieds protégés de la voracité des crabes par une solide paire de sandalettes. Ensuite, vengez-vous sur assiette d’énormes touloulous farcis, des crabes de terre attrapés vivants dans un " zatrap a crab ", nourris de bananes et d’ignames pendant plusieurs jours avant d’être mitonnés avec épices et manioc.
Pour bien terminer votre séjour, envolez-vous dans un Cessna pour la plus confidentielle des îles locales.
La Désirade
Christophe Colomb l’avait baptisée ainsi après sa deuxième traversée " laborieuse " de l’Atlantique. Ce n’est qu’une simple échine de calcaire désertique échouée au large de la côte nord-est de la Guadeloupe, une île desséchée et pauvre, mais c’est peut-être la plus belle car les touristes l’on oubliée ! Après avoir flâné chaudement entre les cases couleur pastel du bourg de Grande Anse, marchez jusqu'à Baie-Mahault et posez vos affaires dans une paillote en bord de plage. Le bonheur est là, tout simple, à courir la montagne, à cueillir des fleurs " pompons de marins ", à taquiner les iguanes et à déguster le meilleur blaff d’oursins du monde... Comme Robinson, seul sur la plage !
info plus
“Cahiers de la Cuisine Créole”... complet et alléchant !
Petit tour du côté du rhum et du ti’ punch
Un grand choix de locations aux Antilles, de particulier à particulier
La Désirade (site officiel de la région Guadeloupe)
L’actualité sismique de la Soufrière par l’observatoire volcanologique français
De manière générale, pour en savoir plus à propos des volcans du monde.





